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Programme de rétablissement de la tortue luth

2.8 Menaces[1]

 Les chercheurs ont constaté un déclin de plus de 70 % du nombre de tortues luths venant pondre sur les plages. L’espèce est menacée aussi bien en mer que sur les plages de nidification. Les dangers auxquels elle est exposée lors de ses migrations et de ses séjours dans ses aires d’alimentation ne sont pas bien connus. Comme le présent programme de rétablissement vise les menaces, connues et éventuelles, qui guettent la tortue luth dans les eaux canadiennes de l’Atlantique, il y a lieu de s’intéresser surtout à celles auxquelles l’espèce est exposée en mer.

 2.8.1 Menaces en mer

 Empêtrement dans les engins de pêche

Il arrive que des tortues luths s’empêtrent dans les filets ou les lignes de pêche placés dans ses aires d’alimentation côtières et de haute mer ou ses couloirs de migration. De toutes les espèces de tortues marines présentes dans l’Atlantique, la tortue luth semble être celle qui se prend le plus fréquemment dans les câbles de palangres, de filets maillants, de casiers, de bouées, etc. (voir par exemple Chan et al., 1988; Goff et Lien, 1988; NMFS, 1992; Cheng et Chen, 1997; Godley et al., 1998).

On peut supposer que le danger pour l’espèce varie selon la nature de l’engin de pêche. Il existe peu de données d’observation concernant l’incidence sur la tortue luth des différents types d’engins de pêche utilisés dans les eaux canadiennes de l’Atlantique; cependant, O’Boyle (2001) énumère ceux qui, à son avis, sont les plus dangereux pour l’espèce (voir le tableau 1).

Tableau 1. Engins de pêche présentant un risque élevé pour les tortues marines.

EnginsEspèces cibléesSecteurs/saisonsObservations

Palangres

Poissons démersauxTous les secteurs, toutes les saisonsLes hameçons sont placés près du fond, mais il subsiste un risque d’empêtrement
 Poissons pélagiquesCôte atlantiqueObservations disponibles
Filets maillantsHarengTerre‑NeuvePêche à boëtte; les filets ne sont pas surveillés régulièrement.
 Poissons démersaux5ZPêche de la morue
 Maquereau4XPêche à boëtte toute l’année
CasierHomard4VWX5Z au largeIl y a des tortues dans ce secteur.
 Poissons démersaux pélagiquesTous les secteurs, toutes les saisonsRisque d’empêtrement
CasierCrabe des neiges3L (d’avril à septembre)Cas d’empêtrement en 2004
 Crabe des neiges4VW (d’avril à septembre)Risque d’empêtrement

Tableau 1. Engins de pêche présentant un risque élevé pour les tortues marines. Pour de nombreux types d’engins, il n’existe pas ou pratiquement pas de données d’observation permettant de déterminer le danger pour les tortues (O’Boyle, 2001).

Les données des observateurs des pêches pélagiques à la palangre révèlent que ces pêches ont une incidence sur les tortues marines. De toutes les pêches pratiquées dans les eaux canadiennes de l’Atlantique qui présentent un risque pour la tortue luth, la flottille de pêche pélagique à la palangre est celle qui a déployé le plus vaste réseau d’observateurs.

Dans les eaux canadiennes de l’Atlantique, la pêche à la palangre du requin ne semble avoir aucune incidence sur les tortues (Javitech, 2003C), contrairement à la pêche à la palangre de l’espadon et du thon (pêche à l’espadon en 2001 : 28 tortues; pêche à l’espadon en 2002 : 33 tortues; pêche hauturière du thon en 2002 : 4 tortues). Sur une période de deux ans où le niveau de présence d’observateurs a été rehaussé à 20 %, toutes les tortues luths prises par la flottille de pêche de l’espadon ont été remises à la mer vivantes. Les mêmes résultats ont été observés dans la pêche hauturière du thon, où le niveau de présence d’observateurs était de 100 % en 2002.

D’après les données des observateurs dans les pêches d’espadon, les hameçons et les avançons sont demeurés attachés aux tortues dans 48,8 % des cas en 2001 et dans 74,5 % des cas en 2002. Seuls les hameçons sont demeurés attachés aux tortues dans 5,6 % des cas en 2001 et dans 24,1 % des cas en 2002. Les hameçons et avançons ont été complètement retirés dans 33,3 % des cas en 2001 et dans 1,4 % des cas en 2002. Le taux de mortalité après remise à la mer des tortues n’est connu pour aucun des cas susmentionnés (Javitech, 2002, 2003A et 2003B).

Malheureusement, il n’y a eu aucune observation des répercussions des engins de pêche fixes sur la tortue luth. On peut cependant tirer des informations utiles de l’observation des tortues échouées. Le Nova Scotia Leatherback Turtle Working Group répertorie, pour la période de 1995 à 2002, 87 tortues luths empêtrées dans des engins de pêche fixes ou flottant dans les eaux de la plate-forme continentale au large de la côte est du Canada.

De ces 87 cas, 74 % peuvent être liés directement ou indirectement à des engins de pêche fixes, et 62 % à des types d’engins en particulier. Vingt‑neuf pour cent des cas sont liés aux pêches du crabe des neiges, du crabe commun, du homard (pêches côtière et hauturière) et du buccin, 22 % aux amarres ou aux bandingues de filets maillants calés, de filets à boëtte et de verveux. Dans 3 % des cas, la ligne principale de palangres de pêche de poissons de fond était en cause.

Des cas analogues sont également répertoriés pour les États-Unis. De 1990 à 2000, 92 tortues luths ont été trouvées emmêlées dans les câbles de casiers fixes entre le New York et le Maine (Dwyer et al., 2002). Des sujets échoués ont été trouvés entortillés dans des lignes ou portant des marques de lignes (Dwyer et al., 2002). Les pêches au chalut de la crevette et d’autres espèces de fond font aussi des victimes. Dans le passé, les filets maillants dérivants utilisés pour la pêche de l’espadon tuaient également des tortues luths. Cependant, en janvier 1999, le U.S. National Marine Fisheries Service (NMFS) a interdit l’usage de filets dérivants (fermeture permanente) pour la pêche de l’espadon dans l’Atlantique nord (50 CFR Part 630).

Depuis 1990, en vertu d’un règlement du NMFS, les chaluts des crevettiers doivent être pourvus de dispositifs permettant aux tortues captives de s’échapper. Cependant, en examinant les données concernant les tortues échouées, Epperly et al. (2002) ont constaté que les ouvertures de ces dispositifs étaient beaucoup trop petites pour permettre le passage de tortues luths et de grosses caouanes et tortues vertes. En 2003, le NMFS a modifié le règlement, prescrivant des ouvertures plus grandes pour la pêche le long de la côte est des États-Unis et dans le golfe du Mexique. Les autorités américaines ont également défini en 1995 une zone de conservation de la tortue luth pour restreindre la pêche au chalut sur la côte atlantique aux moments de l’année où l’espèce y vient en grands nombres.

La propension de la tortue luth à se prendre dans les engins de pêche peut être attribuée à sa grande taille, à la longueur de ses nageoires antérieures et à sa carapace molle. Les lignes de pêche et autres câbles peuvent lui causer des blessures graves, des infections, des nécroses, voire la mort. Les tortues ainsi empêtrées ont de la difficulté à s’alimenter, à plonger, à respirer, à accomplir toutes les fonctions nécessaires à leur survie (Balazs, 1985).

Collisions

Bien qu’aucun cas de collision n’ait été signalé dans les eaux canadiennes de l’Atlantique, des cas ont été observés aux États-Unis et sont également possibles au Canada. Dans les secteurs où la navigation de plaisance, la pêche commerciale et le trafic maritime sont intenses, les collisions et les blessures causées par les hélices des bateaux peuvent entraîner de la mortalité chez la tortue luth (NMFS, 1992). Dans les cas de collision, il est cependant difficile de déterminer avec certitude si l’incident a causé la mort de la tortue ou si la tortue était déjà morte lorsqu’elle a été frappée. La tortue luth se laisse flotter à la surface durant de longs moments dans les eaux tempérées où elle se nourrit, et elle risque alors de se faire frapper par des bateaux.

Pollution marine

Les effets de la pollution marine sur la tortue luth n’ont pas été mesurés; on ne connaît donc pas la mortalité imputable à ce facteur. L’ingestion de débris est peut‑être plus fréquente chez la tortue luth que chez les autres tortues marines en raison de la nature pélagique de l’espèce et du fait que les débris flottants ont tendance à se concentrer dans les zones de convergence, exploitées par les tortues luths adultes et juvéniles comme aires d’alimentation et couloirs de migration (Lutcavage et al., 1997; Shoop et Kenney, 1992).

La tortue luth ingère toutes sortes de débris jetés à la mer, notamment des sacs en polyéthylène, des ballons, des objets en plastique et en mousse de polystyrène, des boules de goudron, des emballages en plastique et des agrès de pêche (voir par exemple Sadove, 1980; Hartog etVan Nierop, 1984; Lucas, 1992; Starbird, 2000). Ces matières peuvent nuire à la digestion et au métabolisme de l’animal, causer des occlusions intestinales et entraîner la mort par inanition ou absorption de sous-produits toxiques (Plotkin et Amos, 1989).

La tortue luth pourrait servir d’indicateur du degré de contamination du réseau trophique océanique par des matières bioaccumulables telles que les métaux lourds et les diphényles polychlorés (BPC), présents notamment dans les méduses qui se nourrissent de plancton (Davenport et Wrench, 1990). On s’attendrait à une bioamplification dans la tortue luth des concentrations de métaux et de BPC présents dans leurs proies. À ce jour, cependant, on n’a trouvé aucune concentration significative de contaminants chimiques dans les tissus prélevés chez des tortues luths des eaux européennes de l’Atlantique (Davenport et al., 1990; Godley et al., 1998).

Bruit

On connaît peu de choses sur l’ouïe de la tortue luth et sur la réaction de l’espèce au bruit. Des études indiquent que les adultes de la tortue verte, de la caouane et de la tortue bâtarde perçoivent les sons de basse fréquence et que leur plus grande sensibilité auriculaire se situe entre 250 et 700 Hz (Ridgway et al., 1969; Lenhardt et al., 1983; Bartol et al., 1999).

Selon des études axées sur les mammifères marins, les effets de l’exposition à un bruit croissant  peuvent comprendre l’accoutumance, la modification du comportement (y compris le déplacement), la perte temporaire ou permanente d’acuité auditive, le masquage des sons perçus par l’espèce et la mort (Richardson et al., 1995). Des études ont montré que les sons de basse fréquence peuvent provoquer le déplacement des tortues de mer et les porter à remonter plus fréquemment à la surface (O’Hara et Wilcox, 1990; Lenhardt et al., 1983). On peut donc craindre que certains bruits éloignent les tortues de leurs aires d’alimentation préférées (voir par exemple O’Hara et Wilcox, 1990; Moein et al., 1994).

Diverses activités anthropiques ont cours dans les eaux de mer du Canada atlantique qui peuvent produire dans l’eau des sons dont la fréquence se situe dans la bande perceptible par les tortues marines. On peut penser à l’exploration et à l’exploitation pétrolières et gazières, au transport maritime, à la pêche, aux activités militaires, au tir aux explosifs et à certaines activités côtières (Davis et al., 1998; Greene et Moore, 1995; Lawson et al., 2000).  Pour ce qui est de l’exposition au bruit produit par les canons à air utilisés en prospection sismique, les études réalisées à ce jour font état de réactions comme l’accélération de la vitesse de nage, une activité plus intense, un changement de direction de nage et l’évitement (MPO. 2004). Des réflexes de sursaut et des comportements natatoires excentriques ont été observés par McCauley et al. (2000). Dans le cadre d’une étude réalisée par Moein et al. (1994), on a constaté une diminution temporaire de l’acuité auditive et une augmentation temporaire de certains paramètres physiologiques (par exemple, concentrations du glucose, des globules blancs et de la créatinine phosphokinase), donnant à penser à des dommages physiques ou des perturbations physiologiques. En général, les données disponibles révèlent qu’il est peu probable que les tortues de mer soient plus sensibles aux bruits sismiques associés à la prospection pétrolières et gazière que les cétacés ou certains poissons (MPO, 2004).

Les prospecteurs ont recours à des mesures comme l’augmentation progressive de l’intensité des canons à air pour inciter les animaux marins, comme les mammifères marins, à s’éloigner de la zone de prospection, ou à l’interruption des activités de prospection lorsqu’ils jugent qu’un animal est trop proche de la zone de prospection. Toutefois, on s’attend à ce que les mesures d’atténuation axées sur la détection soient moins efficaces dans le cas des tortues, car celles-ci sont plus difficiles à identifier visuellement et par leurs sons. Le bruit provenant des plates-formes de production d’hydrocarbures ou des activités de forage de puits d’exploration en mer est généralement de basse fréquence (<500 Hz) (Richardson et al., 1995). Aucune étude n’a cependant été publiée sur les répercussions possibles de ces activités sur les tortues marines. On pense que les tortues marines peuvent avoir une réaction de sursaut au bruit des bateaux et des hélicoptères (NRC, 1990; NOAA, 2002). On suppose que les tortues se trouvant près de la surface de l’eau entendent le bruit des hélicoptères et peuvent y réagir par un changement de comportement, mais aucune étude publiée ne le confirme (NOAA, 2002).


[1] La LEP exige que le programme de rétablissement comporte « une désignation des menaces à la survie de l'espèce . . . qui soit compatible avec les renseignements fournis par le COSEPAC » [LEP, par. 41(1)b)].