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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la petite-centaurée de Muhlenberg au Canada

Biologie

Peu de données ont été publiées sur la biologie du Centaurium muehlenbergii. L’information présentée ci-dessous provient de flores, d’articles scientifiques sur d’autres espèces de Centaurium, de communications personnelles avec des spécialistes des Centaurium et des observations personnelles (inédites) des rédacteurs.

Cycle vital et reproduction

Le Centaurium muehlenbergii est une petite herbacée des milieux humides dégagés qui fleurit au début de l’été. Le fruit est une capsule bivalve mince renfermant un grand nombre de petites graines. Bien que la production de fruits ait été observée récemment chez les populations de l’île de Vancouver, les taux de production de graines et de recrutement n’ont pas été étayés. On ne connaît pas non plus le mode de reproduction du C. muehlenbergii (J. Pringle, comm. pers., 2001), mais on sait qu’à la fois l’autogamie (autopollinisation) et l’allogamie (pollinisation croisée) sont présentes chez le genre Centaurium (Kugler, 1977). Il est probable que l’allopolyploïdie se soit produite chez plusieurs clades de Centaurium, et le complexe du C. muehlenbergii montre des signes d’hybridation et d’introgression entre divers taxons (G. Mansion, comm. pers.).

La plupart des auteurs définissent le Centaurium muehlenbergii comme espèce annuelle. La base de données sur les plantes de l’USDA-NRCS (2005) le définit comme annuelle ou bisannuelle. Selon Hickman (1993), la plante pourrait accomplir son cycle en deux ans si elle est endommagée.

Il n’existe aucune documentation sur les taux de mortalité ni sur les facteurs de survie pour les différentes étapes du cycle vital du Centaurium muehlenbergii. Le C. erythraea, espèce étroitement apparentée, produit un important réservoir de graines (Davies et Waite, 1998). Il est possible que le C. muehlenbergii se rétablisse également, après une période de conditions défavorables, en partie grâce à un réservoir de graines dormantes.

Herbivores

Aucun cas de broutage direct du Centaurium muehlenbergii n’est répertorié. Toutefois, le site d’Oak Bay a déjà servi de pâturage pour le bétail, et il est aujourd’hui fortement brouté par le lièvre et le chevreuil, tandis que celui de l’île Chatham (îles Gulf) accueille une importante population de Bernache du Canada. On ne connaît pas l’incidence de ces herbivores sur le C. muehlenbergii, mais il est possible que dans certains cas le broutage favorise l’espèce en éliminant la végétation concurrente (M. Fairbarns, comm. pers., 2003).

Physiologie

Les Centaurium se rencontrent dans une grande diversité d’habitats. La plupart sont calciphiles, certains sont acidiphiles (par ex. le C. scilloides), quelques-uns sont limités aux sols gypseux. Toutefois, il semble que les conditions édaphiques soient moins limitatives pour la germination et la croissance des Centaurium que la quantité d’eau et de lumière disponible (G. Mansion, comm. pers., 2001).

Dispersion

Le Centaurium muehlenbergii ne semble posséder aucun mécanisme spécialisé de dispersion. Il est probable que la plupart des graines germent à quelques centimètres tout au plus de la plante mère. La population découverte récemment près de Nanaimo n’est probablement pas une nouvelle population, mais plutôt une population passée inaperçue jusqu’à ce jour en raison de son très faible effectif (7 individus). Dans les quelques décennies depuis que l’espèce a été découverte dans le sud de l’île de Vancouver, aucun cas de dispersion locale ou à distance n’a été observé.

Relations interspécifiques

Les relations interspécifiques du Centaurium muehlenbergii sont en grande partie inconnues. McGee (1985) mentionne qu’en sol pauvre le C. erythraea , espèce parente du C. muehlenbergii , dépend pour sa croissance et sa survie d’une association mycorhizienne.

La plupart des Centaurium ne sont pas très compétitifs, de sorte qu’on les rencontre surtout dans des milieux perturbés ou dégagés (G. Mansion, comm. pers., 2001). Le C. muehlenbergii semble peu compétitif et risque d’être remplacé par des espèces envahissantes, en particulier des graminées exotiques (M. Fairbarns, comm. pers., 2003).

Adaptabilité

Sauf peut-être pour l’existence d’un réservoir de graines et une tolérance aux fluctuations saisonnières d’humidité, on ne connaît au Centaurium muehlenbergii aucune spécialisation particulière qui lui permettrait de s’adapter rapidement à un changement brusque de conditions ou de se rétablir rapidement après un événement stochastique tel qu’un incendie, une période de sécheresse prolongée ou la cueillette. Nous n’avons trouvé aucun rapport d’obtention de semis ou de multiplication artificielle réussie ni d’exploitation horticole de l’espèce. On ne sait pas non plus s’il est possible d’utiliser des semences de source horticole à des fins d’établissement de nouvelles populations. Le C. erythraea (érythrée petite-centaurée), espèce étroitement apparentée au C. muehlenbergii, se cultive beaucoup comme herbe médicinale et figure dans de nombreux catalogues de semences horticoles au Canada, aux États-Unis et en Europe. On recommande généralement pour cette espèce de semer les graines in situ, en sol « moyen » à sableux, en plein soleil ou à l’ombre partielle.