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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la petite-centaurée de Muhlenberg au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Au Canada, il existe actuellement trois sites où se trouvent des populations de Centaurium muehlenbergii, dont seulement un (Oak Bay) a fait l’objet de relevés réguliers au cours des dix dernières années. La population de l’île Chatham (îles Gulf) se trouve sur une terre des Premières nations dont l’accès est limité, et celle de Nanaimo n’a été découverte qu’en 2003 (tableau 1).

En juin 2002, le principal rédacteur du présent rapport a exploré durant une semaine les milieux du sud-est de l’île de Vancouver susceptibles d’abriter le Centaurium muehlenbergii. Cette campagne de relevés s’inscrivait dans une série de projets visant à déterminer la répartition des plantes rares poussant dans les prés dégagés du sud-est de l’île de Vancouver et des îles Gulf. Dans les dix dernières années, plus de 500 jours-personnes ont été consacrés à la recherche d’espèces rares dans les milieux convenables; ainsi, plus de 80 sites couvrant au total 1 000 ha ont été parcourus (Fairbarns et al., 2003). Les secteurs susceptibles d’abriter le C. muehlenbergii ont été délimités à l’aide de photographies aériennes et de cartes topographiques, et les chercheurs se sont rendus sur place lorsque cela était possible. Une superficie d’environ 200 hectares a été parcourue, et aucune nouvelle population n’a été découverte (tableau 1). Certains sites prometteurs appartiennent à des intérêts privés, et les chercheurs n’y ont pas accédé. Voici les sites qui ont été explorés : l’île Trial au complet et certaines parties de l’île Chatham, l’île Discovery, la pointe Rocky, le parc Uplands, le terrain autour de la résidence du lieutenant-gouverneur, la pointe Harling, l’île Griffon, le mont Little Saanich, le mont Mill Hill, le lieu historique national Fort Rodd Hill, le lac Witty’s Lagoon, l’île Sidney, la réserve de chêne de Garry de Somenos, la réserve écologique du mont Tzuhalem et les plaines Harewood (figure 3).

Il est possible qu’il reste des populations de Centaurium muehlenbergii à découvrir dans le sud de l’île de Vancouver et dans les îles Gulf, en particulier dans certains marais côtiers qui n’ont pas été beaucoup herborisés. Il y a donc lieu de poursuivre la recherche sur le terrain.

Méthodologie des relevés. À ce jour, le Centaurium muehlenbergii a fait l’objet de recherches ciblées : des chercheurs connaissant bien le taxon déterminent, d’après leurs connaissances, leur expérience et leur intuition, les secteurs les plus susceptibles de comporter des milieux propices à l’espèce recherchée puis parcourent ces secteurs jusqu’à ce qu’ils estiment avoir assez bien exploré l’habitat potentiel de l’espèce. C’est la méthode jugée par la plupart des spécialistes comme étant la plus efficace et la plus économique pour le relevé de plantes rares, et la méthode la plus employée à ce jour par les botanistes de Colombie-Britannique. Cependant, elle ne permet pas de faire d’estimations statistiques, de sorte qu’on peut difficilement attribuer un niveau de confiance aux résultats de recherches antérieures. 

Abondance

La population d’Oak Bay est la plus grande des trois populations canadiennes connues; en 2002, elle comptait environ 800 (de 500 à 1 000) individus florifères. Ce chiffre n’est qu’une estimation grossière, fondée sur un unique recensement effectué dans dix quadrats de un mètre carré, répartis de façon aléatoire. L’effectif peut avoir été sous-estimé, puisque l’estimation ne tenait pas compte du fait que la floraison s’échelonne sur une certaine période ni de l’existence possible d’un réservoir de graines.

En 2003, la population de l’île Chatham (îles Gulf) comptait 30 individus florifères. La population de Nanaimo, qui occupe une très faible superficie, ne comptait que sept individus (A. Ceska, comm. pers., 2004).

Fluctuations et tendances

Comme les premières mentions du Centaurium muehlenbergii pour l’île de Vancouver ne donnent aucune indication d’effectif, il n’est pas possible de dégager les tendances à long terme des populations. Toutefois, puisque les populations d’Oak Bay et de l’île Chatham subsistent respectivement depuis au moins 40 et 70 ans, on peut penser qu’elles ont été relativement stables. Par ailleurs, il est bien connu que les espèces annuelles peuvent connaître des fluctuations majeures d’effectif d’une année à l’autre (Harper, 1977). Il en est probablement ainsi pour le C. muehlenbergii. Compte tenu de la superficie d’habitat perdue au profit de l’aménagement depuis un siècle, il est raisonnable de penser que les populations de C. muehlenbergii de la région ont connu un déclin analogue.

Immigration de source externe 

Les populations actuelles de Centaurium muehlenbergii les plus proches des populations canadiennes se trouvent en Oregon (NatureServe, 2005). On ne connaît pas la situation de la population des îles San Juan, où des spécimens ont été récoltés en 1992, car le C. muehlenbergii est toujours classé comme espèce historique à l’échelle de l’État de Washington. La distance séparant les populations canadiennes des populations américaines les plus proches rend très improbables les échanges naturels, génétiques ou autres, entre elles. Les différences entre les conditions environnementales des deux régions peuvent avoir mené à l’évolution d’écotypes distincts, mal adaptés pour survivre dans un milieu différent du leur. Cette divergence écologique ou génétique pourrait réduire considérablement les chances de réintroduction de l’espèce au Canada à partir de propagules de sources externes, si la population canadienne venait à disparaître.