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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le scinque des Prairies (Eumeces septentrionalis) au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins de l’espèce

Le scinque des Prairies vit dans les prairies mixtes et les savanes (Breckenridge, 1943; Somma et Cochran, 1989). Au Canada, on ne le trouve que dans les zones de sol sableux. Les sols sableux permettent probablement aux scinques de s’enfouir sous la limite du gel et peuvent aussi faciliter la nidification des femelles. Selon une analyse préliminaire de l’habitat du scinque des Prairies au Manitoba, l’espèce est associée à des communautés d’arbustes et de graminées et évite les forêts décidues et conifériennes (J. Scott, comm. pers., 2003).

Au Manitoba, toutes les observations de scinques des Prairies, sauf une, ont été faites dans des zones de sables loameux Stockton et de sables Miniota du delta de l’Assiniboine (Bredin, 1989). Les sables loameux Stockton couvrent une superficie d’environ 140 000 ha dans le Sud du Manitoba, tandis que les sables Miniota occupent quelque 3700 ha. Dans cette région, les scinques semblent être plus abondants sur les pentes exposées au sud et à l’ouest (Bredin, 1989). La seule population connue se trouvant à l’extérieur du delta de l’Assiniboine vit dans les dunes de Lauder, à environ 90 km au sud-ouest du delta. Les sables Souris des dunes de Lauder couvrent plus de 60 000 ha, mais les scinques ne semblent en occuper qu’environ 1 ha (Bredin, 1989). La population des dunes de Lauder est séparée des autres populations par une zone de sols plus lourds.

Les femelles nidifient sous divers objets ou dans des terriers (Nelson, 1963). Elles choisissent plus fréquemment des objets artificiels que des objets naturels. Les objets artificiels habituels sont des feuilles de tôle, de vieux panneaux, du contreplaqué et des bardeaux; on en a même déjà observées sous des tapis mis au rebut (Bredin, 1989; Somma, 1990). Les abris de nidification naturels sont des roches plates (Somma, 1990), mais l’habitat de l’espèce au Manitoba est généralement dépourvu de roches (Bredin, 1989). Les scinques peuvent aussi nidifier sous des arbres tombés, généralement des épinettes blanches (Picea glauca), et dans des touffes de barbon à balais (Schizachyrium scoparium), une graminée (Bredin, sous presse).

Au Minnesota et en Iowa, le scinque des Prairies hiberne dans des dépôts de gravier (Scott et Sheldahl, 1937; Breckenridge, 1943). Scott et Sheldahl (1937) ont observé que les hibernacles se trouvaient à plus d’un mètre de profondeur. Dans des enclos expérimentaux, des scinques qui s’étaient enfouis à 0,3 m sous la surface du sol ont survécu à l’hiver (Breckenridge, 1943). L’observation en Iowa d’un groupe de 52 scinques des Prairies en un même site d’hibernation (Scott et Sheldahl, 1937) laisse penser que l’hibernation en groupe pourrait être commune. Toutefois, les scinques observés au Minnesota par Nelson (1963) passaient l’hiver en solitaire. On ne dispose d’aucune donnée sur les habitats d’hibernation de l’espèce au Canada.

Tendances

Les limites de l’aire de répartition manitobaine du scinque des Prairies n’ont probablement pas changé au cours des dernières décennies. Avec les relevés étendus réalisés par Errol Bredin au cours des quelques dernières décennies, il paraît peu probable qu’on trouve des scinques des Prairies à l’extérieur de l’aire connue de l’espèce, les prairies mixtes à sol sableux dont celle-ci a besoin étant limitées au Manitoba. Dans les dunes de Carberry, comme partout ailleurs en Amérique du Nord (Samson et Knopf, 1994), la quantité de prairie mixte a diminué tout au long du 20e siècle à cause de facteurs divers, dont l’agriculture, l’urbanisation, la construction de routes, la lutte contre les incendies - qui fait que la prairie se transforme en tremblaie-parc - et la propagation de l’euphorbe ésule, plante exotique.

La culture de la pomme de terre a connu un essor important dans la région de Carberry. En 1961, elle n’occupait que 1320 ha, comparativement à 7287 ha en 2000 (Town of Carberry, 2003). Les champs de pomme de terre qui bordent aujourd’hui la BFC Shilo pourraient représenter une perte d’habitat pour le scinque des Prairies. Dans le cadre d’une étude sur la prairie mixte effectuée par le gouvernement du Manitoba à 83 endroits, on a établi que 5004 ha de prairie mixte ont été mis en culture dans la période 1995-1998 et que 1125 ha additionnelles étaient désignées pour une mise en culture, avec pour conclusion que l’exploitation agricole constitue la principale menace pour ce type de milieu (Mansell et Moore, 1999). Par ailleurs, on ne connaît pas les effets sur le scinque des Prairies des pesticides, notamment des fongicides, utilisés dans les cultures de pomme de terre.

En outre, la prairie mixte se transforme en partie en tremblaie-parc, notamment à cause de la lutte contre les incendies. Plus de 22 p. 100 des 1000 ha de prairie appartenant à la Couronne ont été envahis par le tremble dans la période 1946-1994 (Mansell et Moore, 1999). On estime que la superficie totale de la tremblaie-parc s’accroît d’environ 7 p. 100 par année, même dans les pâturages broutés (G. Oliver, comm. pers., 2003). À ce jour, le scinque des Prairies a disparu d’au moins quatre secteurs à cause de la succession végétale (E. Bredin, données inédites, 2003). L’avancée de la tremblaie-parc se produit surtout dans les secteurs inutilisés de la Base des forces canadiennes Shilo et dans l’ensemble du parc provincial Spruce Woods (Bredin, 1993; J. Scott, comm. pers., 2003). Les brûlages dirigés font l’objet de restrictions dans les terres de la Couronne entourant le parc provincial Spruce Woods, et, malgré que certains brûlages aient été effectués dans le parc pour maintenir des zones de prairie importantes, il y a tout de même eu une perte notable de prairie mixte au cours des dernières décennies (G. Oliver, comm. pers., 2003). La succession végétale est empêchée dans les secteurs utilisés du champ de tir de la BFC Shilo en grande partie à cause des feux allumés accidentellement durant les exercices de tir. Le service de contrôle du champ de tir de la base militaire effectue actuellement certains brûlages dirigés dans un nombre limité de secteurs (Bredin, 1999). 

L’euphorbe ésule (Euphorbia esula), plante exotique envahissante, entraîne aussi une perte d’habitat. Elle remplace de nombreuses autres espèces végétales et semble rendre le milieu non propice au scinque des Prairies, celui-ci étant absent des secteurs envahis par cette plante (Bredin, 1988). Selon une estimation prudente, plus de 130 000 ha, dont 40 000 ha de terres publiques se trouvant principalement dans les bassins de l’Assiniboine et de la Souris, sont envahis par l’euphorbe ésule au Manitoba (anonyme, 2002). Au moins trois localités ont été abandonnées par le scinque des Prairies à la suite de l’envahissement de l’étage inférieur par l’euphorbe ésule (Bredin, 1988).

Protection et propriété des terrains

Environ 75 p. 100 des 1770 km² des dunes de Carberry se trouvent sur des propriétés publiques à vocations diverses (Bredin, 1988, 1989). Le scinque des Prairies est présent dans la réserve forestière Spruce Woods (601 km²), le parc provincial Spruce Woods (249 km²), la Base des forces canadiennes Shilo (233 km²), des terres de la Couronne ou des zones de gestion de la faune provinciales (168 km²) et des pâturages communautaires (93 km²). On ne le trouve dans aucun parc national (J. Tuckwell, comm. pers., 2003). Il est aussi présent dans au moins une des parcelles de prairie mixte du projet Yellow Quill de la Société canadienne pour la conservation de la nature (842 ha), près de la BFC Shilo (G. Fortney, comm. pers., 2003). Il convient de souligner que l’espèce est présente seulement dans quelques parties de ces propriétés. Par exemple, la prairie occupe moins de 25 p. 100 du parc provincial Spruce Woods. Ces propriétés publiques sont certes « protégées », mais cela ne garantit pas la préservation de l’habitat du scinque. Comme il a été mentionné précédemment dans la rubrique sur les tendances de l’habitat, les brûlages dirigés sont restreints dans le parc provincial Spruce Woods et les terres environnantes, de sorte que l’avancée de la forêt constitue une grave menace. De plus, le tremble prolifère même dans les pâturages broutés. Les données télémétriques montrent que la forêt occupe maintenant une part importante de certaines de ces propriétés. La prairie mixte occupe actuellement moins de 60 p. 100 de la BFC Shilo (S. Punak, comm. pers., 2003) et environ 25 p. 100 seulement du parc provincial Spruce Woods.

L’ensemble du territoire des dunes de Lauder (93 km²) appartient à la province et a le statut de zone de gestion de la faune. Le scinque ne semble occuper qu’un petit îlot (< 1 ha) de ce vaste territoire.