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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le scinque des Prairies (Eumeces septentrionalis) au Canada - Mise à jour

Biologie

Généralités

Le scinque des Prairies est un petit lézard insectivore dont la longueur du museau au cloaque peut atteindre approximativement 85 mm (Bredin, 1988, 1989). Les femelles peuvent devenir plus grosses que les mâles (Nelson, 1963; Bredin, 1989). Les juvéniles ont la queue d’un bleu vif, coloration à peu près disparue chez la plupart des individus quand ils atteignent une longueur museau-cloaque d’environ 45 mm, après leur premier hiver (Nelson, 1963). L’espèce est essentiellement terrestre, mais on a déjà vu des individus plonger pour éviter la capture. On n’a jamais vu le scinque des Prairies grimper dans des arbres ou des arbustes (Nelson, 1963), à la différence du scinque pentaligne, espèce étroitement apparentée. Les scinques peuvent assurer leur thermorégulation sous couvert et sont donc rarement aperçus. Ils ont besoin d’un sol meuble leur permettant de s’enfouir assez profondément pour échapper au gel durant l’hiver.

Reproduction

La reproduction a lieu au printemps. À cette période de l’année, le menton prend une coloration nuptiale orangée chez les mâles, qui deviennent agressifs les uns envers les autres. Les pontes sont de 4 à 18 œufs, les grosses femelles ayant des couvées plus importantes que les petites (Somma, 1987b); le nombre d’œufs pondus par une même femelle peut varier grandement d’une année à l’autre (Nelson, 1963). En période de sécheresse, on a observé une moyenne de 1,8 œuf par femelle (n=5), comparativement à 8,4 œufs (n=8) pour des années humides (Bredin, 1988). Les œufs sont pondus à la fin de juin et au début de juillet, l’éclosion se produisant environ trente jours après la ponte (Nelson, 1963; Bredin, 1988).

Les femelles nidifient en groupe; on a déjà trouvé jusqu’à trois nids sous un même abri au Manitoba (Bredin, obs. pers.) et en Iowa (Freese, comm. pers., 2003). Les œufs sont pondus sous couvert, et les femelles demeurent près de leurs œufs jusqu’à l’éclosion. Chez la seule population étudiée à l’aide de marques radioactives, les femelles construisaient des nids souterrains, 3 à 9 cm sous la surface du sol, malgré la présence d’objets pouvant servir d’abri, qu’elles utilisaient par ailleurs dans d’autres périodes de l’année (Nelson, 1963). Les nids étaient de petites cavités ovales creusées dans des terrains sablonneux dégagés et dépourvus d’abris. En laboratoire, on a obtenu des taux d’éclosion de moins de 40 p. 100 (Somma et Fawcett, 1989); il existe aussi des données pour des nids naturels. Les femelles demeurent généralement avec les petits durant quelques jours après leur éclosion (Somma, 1987a). Les petits nouvellement éclos mesurent en moyenne environ 25 mm du museau au cloaque (Breckenridge, 1943; Nelson, 1963; Bredin, 1989). La maturité sexuelle est atteinte à une longueur museau-cloaque d’environ 65 mm, et les femelles se reproduisent pour la première fois après leur deuxième ou leur troisième hiver (Breckenridge, 1943; Bredin, 1989). Les femelles se reproduisent en général annuellement et reviennent souvent dans le même secteur pour nidifier (Nelson, 1963). La longévité de l’espèce est inconnue puisque peu de scinques marqués ont été recapturés plus de deux années plus tard; cependant, un individu capturé une première fois à l’état adulte a été recapturé cinq années plus tard, ce qui indique que la longévité de l’espèce serait d’au moins sept ans (Bredin, 1999).

Survie

Les taux de mortalité pour les différentes classes de taille et d’âge sont mal connus. Comme chez la plupart des reptiles, ce sont les œufs, les petits et les juvéniles qui seraient les plus vulnérables. Les scinques des Prairies, particulièrement les juvéniles, sont la proie de plusieurs oiseaux, mammifères et serpents et même de leur propre espèce (Breckenridge, 1943). La Crécerelle d’Amérique pourrait en être un prédateur important, un couple nicheur ayant été vu rapporter au nid de nombreux scinques pour nourrir ses petits. Bredin (1989) a observé une crécerelle d’Amérique fondre sur un scinque et l’emporter. Il a aussi été signalé que des chats domestiques tuaient des scinques (Bredin, 1989). Les taux de prédation des adultes sont probablement faibles vu la grande quantité de temps qu’ils passent sous couvert ou dans le sol; cependant, chez une population du Minnesota, 77 p. 100 des adultes avaient perdu leur queue ou possédaient une queue régénérée (Nelson, 1963). Les attaques de prédateurs pourraient donc être fréquentes.

Le fait que les femelles prennent soin de leurs œufs pourrait assurer un succès de nidification supérieur à celui observé chez les reptiles qui les abandonnent. La mortalité des œufs est notablement réduite quand les femelles s’en occupent (Somma et Fawcett, 1989). Quand l’humidité du sol est très faible ou très élevée, les œufs survivent moins bien. Il existe une corrélation positive entre la taille du petit à l’éclosion et l’humidité du sol durant l’incubation (Somma, 1989). Il est probable que les petits de plus grande taille à l’éclosion survivent davantage, mais aucune étude sur la survie des juvéniles ou le recrutement n’a été réalisée chez le scinque des Prairies. La mortalité hivernale n’a pas non plus été évaluée, mais elle pourrait être élevée, particulièrement chez les jeunes de l’année.

Physiologie

Au Manitoba, les scinques des Prairies commencent à émerger de l’hibernation dans la deuxième moitié d’avril (Bredin, 1988). Généralement, les mâles émergent en premier, et les juvéniles, trois ou quatre semaines après les adultes (Nelson, 1963). L’hibernation débute vers la mi-septembre et dure plus de sept mois. Le site d’hibernation se trouve en général à l’extérieur du domaine vital estival, jusqu’à une distance de 25 m. Ces lézards n’hibernent pas en groupe et reviennent parfois d’une année à l’autre au même site d’hibernation; ils s’enfouissent à une profondeur pouvant atteindre 66 cm (Nelson, 1963). 

En s’exposant au soleil, les scinques des Prairies peuvent maintenir une température corporelle supérieure à la température de l’air ambiant ou du substrat (Nelson, 1963). La plage de températures corporelles optimales semble être de 22 à 35 °C, et l’animal meurt lorsque sa température corporelle atteint les 41 à 44 °C (Nelson, 1963). Les scinques sont souvent inactifs jusque tard dans la matinée, et leur activité se met à décliner vers le milieu de l’après-midi. Ils passent la nuit sous couvert ou enfouis dans le sable à 5-8 cm de profondeur (Nelson, 1963).

Déplacements et dispersion

Les scinques des Prairies se déplacent peu durant leur saison d’activité; on les trouve souvent sous le même couvert au cours d’une année donnée et même d’une année à l’autre (Bredin, obs. pers.). Le domaine vital est habituellement de faible étendue. On a observé que certains individus sont restés dans un secteur de seulement 30 m de diamètre durant quatre ans, la longueur maximale jamais mesurée pour un domaine vital étant d’environ 100 m (Nelson, 1963). Les scinques peuvent à l’occasion parcourir de plus grandes distances. Un scinque solitaire a été observé près d’une voie ferrée traversant une tourbière à mélèze, à plus de 1 km du bord de la tourbière (Bredin, 1989). Il n’existe aucune donnée sur la dispersion des jeunes de l’année, mais dans le cas du scinque pentaligne, on en a déjà aperçus à plus de 100 m du nid (Seburn, 1993).

Alimentation et interactions interspécifiques

Le scinque des Prairies se nourrit d’une grande variété d’invertébrés, et il est peu probable que les ressources alimentaires puissent constituer un facteur limitatif pour cet ectotherme. Au Minnesota, les adultes mangent surtout des grillons, des sauterelles et des araignées (Breckenridge, 1943). On a observé que le régime alimentaire des adultes se compose d’orthoptères (fréquence d’occurrence de 27 p. 100), d’arachnides (29,5 p. 100), d’homoptères (principalement des cicadelles), de coléoptères et de lépidoptères (principalement des larves; 28 p. 100). Le régime des jeunes de l’année, semblable, se compose d’araignées (46 p. 100), d’orthoptères (15 p. 100), de diptères (15 p. 100) et d’homoptères (13 p. 100) dont la taille se situe principalement entre 4 et 9 mm (Nelson, 1963). Des fourmis, invertébrés communs, ont été trouvées par Breckenridge (1943) dans un seul estomac d’adulte, et aucun estomac de jeune de l’année examiné par Nelson (1963) n’en renfermait. Il peut y avoir cannibalisme : Breckenridge (1943) a en effet constaté qu’une femelle adulte avait dévoré un jeune d’un an. Selon des expériences effectuées en captivité, les scinques du Manitoba semblent préférer les araignées et les grillons (Bredin, 1989); les scinques captifs n’ont consommé des sauterelles et des larves de ténébrions qu’après plusieurs jours de jeûne, et des coléoptères, des chenilles et un mélange de viande hachée ne les ont pas du tout intéressés.

Comportement et adaptabilité

Non seulement le scinque des Prairies semble tolérer nombre d’altérations anthropiques du paysage, mais il semble même en profiter. Les scinques sont souvent abondants dans les secteurs renfermant beaucoup de débris, comme les vieilles décharges (Bredin, 1988). Ils s’adaptent aussi aux altérations associées aux populations humaines peu denses, en utilisant les tas de bois, les débris, les galeries et autres éléments pour s’abriter et nidifier. Ils sont cependant vulnérables à la prédation par les animaux de compagnie, les chats en particulier. Ils sont communs dans certains secteurs broutés par le bétail. Les menaces les plus importantes pesant sur l’habitat de l’espèce sont l’établissement de la tremblaie-parc découlant de la lutte contre les incendies ainsi que la prolifération de l’euphorbe ésule.