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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la violette jaune des monts de la sous-espèce praemorsa au Canada - Mise à jour

Biologie

Généralités

Il existe peu de données sur la biologie de la violette jaune des monts. Sauf indication contraire, l’information présentée ci-dessous repose en majeure partie sur des données inédites recueillies par le rédacteur du présent rapport dans le cadre d’une étude phénologique de l’espèce en Colombie-Britannique. Il n’existe aucune information sur d’éventuels usages pharmacologiques ou ethnobotaniques de l’espèce.

Cycle vital et reproduction

Le réchauffement du sol lève la dormance des pousses en mars, et les feuilles sont entièrement déployées à la fin d’avril ou au début de mai. La partie aérienne de la plante commence à se flétrir dans les deux dernières semaines de juin et meurt dans les deux dernières semaines de juillet, à mesure que s’installe la sécheresse estivale.

Si les conditions sont favorables, la plante peut fleurir dès la deuxième année, mais le plus souvent elle met plusieurs années pour atteindre la maturité. On ne connaît pas l’âge moyen de la maturité au Canada, mais on pense qu’il se situe entre 3 et 6 ans. Les fleurs chasmogames (fleurs qui s’ouvrent et peuvent être fécondées par pollinisation croisée) se forment à la fin d’avril et en mai, tandis que les fleurs cléistogames (fleurs qui demeurent closes et sont fécondées par autopollinisation) sont produites plus tard. L’apparition de fleurs chasmogames est rare à la fin mai et en juin, mais la plante produit des fleurs cléistogames tant que l’appareil aérien subsiste. La plupart des individus matures produisent 1 à 3 fleurs chasmogames et 0 à 5 fleurs cléistogames. La dispersion des capsules se produit en juin et juillet, et, à la fin juillet, toutes les graines sont libérées. Les capsules sèches s’ouvrent brusquement en projetant leurs graines jusqu’à 1 mètre. Les capsules renferment en moyenne 8,8 graines. La plupart des graines produites tôt dans la saison sont bien formées, et les premières observations donnent à croire qu’elles ont une longue durée de vie. Les graines sont dures, luisantes et pourvues à chaque extrémité d’un corps oléagineux (élaïosome) de couleur claire. On trouve souvent des graines avortées de couleur claire, surtout dans les capsules qui arrivent tardivement à maturité (obs. pers.).

La production à la fois de fleurs chasmogames et de fleurs cléistogames est peut-être une stratégie : les fleurs chasmogames permettent une plus grande recombinaison génétique et limitent ainsi la dépression de consanguinité, tandis que les fleurs cléistogames, produites plus tard dans la saison, lorsque des pluies aléatoires prolongent la vie de la plante, accroissent considérablement la fécondité de celle-ci sans demander le temps et la dépense d’énergie nécessaires à la production des fleurs chasmogames.

La disposition des pièces florales favorise la fécondation par le pollen d’autres fleurs du même individu ou de fleurs d’autres individus (Baker, 1935; Beattie, 1969). La violette jaune des monts est probablement fréquentée par les mêmes pollinisateurs que les espèces étroitement apparentées, à savoir des mouches, des papillons, des abeilles solitaires et des thrips (Baker, 1935; Beattie, 1974; Davidse, 1976).

Les élaïosomes attirent les fourmis, et il a été démontré chez d’autres violettes que les fourmis peuvent disperser les graines à une distance de 50 cm et plus. Le transport des graines par les fourmis augmente la distance de dispersion (Ohkawara et Higashi, 1994), et les graines emportées dans des nids de fourmis ont généralement un taux de germination significativement plus élevé (Culver et Beattie, 1980). On a observé chez une autre violette que les graines des fleurs cléistogames avaient généralement une vitalité légèrement moindre que celles des fleurs chasmogames, mais cette différence de vitalité est compensée par un coût de production beaucoup moindre (Berg et Redbo-Torstensson, 1999).

La violette jaune des monts ne peut pas être multipliée par voie végétative.

Herbivorie

Les feuilles de la violette jaune des monts en Colombie-Britannique sont souvent endommagées par des insectes phytophages, mais les dommages sont généralement légers. Les insectes attaquent également les fleurs chasmogames (obs. pers.).

Le broutage du bétail et des animaux sauvages ne semble pas causer de dommages directs importants à l’espèce. On peut penser qu’il réduit la concurrence d’espèces herbacées ou arbustives plus hautes. Par ailleurs, il semble favoriser les graminées et les espèces à grandes feuilles exotiques. La violette jaune des monts échappe à la pression de compétition du fait qu’elle pousse dans des milieux de faible productivité et qu’elle accomplit la majeure partie de son cycle vital avant le plein développement d’espèces plus compétitives.