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Programme de rétablissement de l'alasmidonte naine

Sommaire

En 2000, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a désigné l’alasmidonte naine (Alasmidonta heterodonta) comme étant une espèce disparue du Canada.

L’alasmidonte naine vivait autrefois à environ 70 emplacements dans 15 bassins hydrographiques importants de la Caroline du Nord au Nouveau‑Brunswick, et sa présence a toujours été considérée comme étant naturellement occasionnelle ou rare dans l’ensemble de cette aire de répartition. Au Canada, l’alasmidonte naine n’était présente qu’à plusieurs sites dans la rivière Petitcodiac (N.‑B.), où elle était une espèce commune en 1960 (d’après un relevé effectué cette année‑là). L’espèce n’a toutefois pas été observée à nouveau lors des relevés subséquents en 1984 et en 1997‑1998. Il existe une importante disjonction de l’aire de répartition de l’espèce entre un lieu de résidence au Vermont (Nord‑Est des États-Unis) et l’unique lieu d’occurrence historique au Canada. Cette répartition discontinue est peut‑être due au fait que la population canadienne provient d’un refuge glaciaire (zone sans glace ayant servi d’habitat durant les périodes glaciaires) différent de celui des populations des États‑Unis. Si tel est le cas, la population canadienne pourrait être isolée génétiquement des populations des États-Unis depuis au plus 50 000 ans et pourrait maintenant posséder des caractéristiques génétiques uniques. L’espèce est désignée en voie de disparition aux États-Unis, et elle peut maintenant être observée uniquement dans 20 des lieux où elle était présente autrefois.

Le cycle de vie de l’alasmidonte naine compte deux stades précoces critiques : le stade larvaire qui parasite un poisson hôte spécifique et le stade d’établissement où un microhabitat aux conditions particulières est nécessaire à la survie. L’identité de l’hôte de l’alasmidonte naine n’est pas connue avec certitude, mais des éléments suggèrent que l’alose savoureuse est l’hôte probable dans le réseau hydrographique de la rivière Petitcodiac. Un fond de sable ou de gravier fin est nécessaire à l’établissement de l’espèce et à la survie des adultes. Les juvéniles et les adultes ont apparemment besoin d’un habitat où l’eau est courante et ils sont sensibles aux faibles teneurs en oxygène, à l’envasement et à la pollution chimique.

La disparition de l’hôte, en raison de l’absence d’une passe à poissons au niveau du pont-jetée entre Moncton et Riverview (construit en 1968), serait la principale cause de la disparition de l’alasmidonte naine de la rivière Petitcodiac. La construction de ce pont‑jetée à entraîner des changements importants au sein des communautés de poissons, notamment la disparition de plusieurs espèces, y compris l’hôte présumé de l’alasmidonte naine, et une baisse considérable de l’effectif de populations d’autres espèces. Les données disponibles suggèrent qu’il reste encore un habitat de qualité pour l’alasmidonte naine dans le réseau hydrographique de la rivière Petitcodiac et ce, malgré la dégradation dans certains secteurs. Plusieurs autres espèces de moules d’eau douce, y compris deux espèces du même genre que l’alasmidonte naine (A. undulataetA. varicosa), ont récemment été observées dans ce réseau hydrographique.

En ce moment, le rétablissement de l’alasmidonte naine au Canada est jugé irréalisable. Pour que le rétablissement soit possible : 1) le pont‑jetée doit être reconfiguré afin de permettre le passage des poissons; 2) une nouvelle population de l’hôte de l’alasmidonte naine doit s’établir dans le réseau hydrographique de la rivière Petitcodiac, soit par le biais de processus naturels (l’alose savoureuse et d’autres espèces côtières sont présentes dans le fond de la baie de Fundy) ou par un ensemencement au moyen de poissons d’élevage; 3) des alasmidontes naines d’une autre population ou d’élevage doivent être introduites en nombre suffisant pour permettre l’établissement d’une population viable. Il est probable que plusieurs milliers d’adultes seraient nécessaires pour assurer la viabilité démographique d’une nouvelle population. Toutes ces étapes sont possibles, mais pas sans difficulté, ni incertitude. L’espèce est désignée en voie de disparition aux États‑Unis, ce qui pourrait limiter le nombre de poissons disponibles pour appuyer un programme de réintroduction.