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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Paruline à ailes dorées au Canada

Taille et tendances de la population

Activités de recherche

Les chercheurs du Cornell Lab of Ornithology à Ithaca (New York) mènent un projet d’atlas de la Paruline à ailes dorées (GOWAP) qui vise à déterminer l’aire des habitats acceptables et les besoins en matière d’habitat (le cas échéant) de la Paruline à ailes dorées, en accordant une attention particulière aux différences entre les habitats naturels et les habitats créés par l’humain. Le projet a également pour but de cartographier la fréquence d’hybridation avec la Paruline à ailes bleues dans toute l’aire de répartition de la Paruline à ailes dorées, en plus de définir les paramètres selon lesquels un site peut être considéré comme un refuge sûr pour la Paruline à ailes dorées dans les régions de coexistence avec la Paruline à ailes bleues.

Le Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) compte environ 4 400 parcours actifs au Canada et aux États-Unis, dont quelque 2 900 sont effectués chaque année. Chaque parcours s’étend sur 39,2 km, avec des dénombrements de trois minutes à chaque 0,8 km (Sauer et al., 2005). Les données du BBS sont les plus complètes établies en Amérique du Nord pour l’analyse des tendances des populations d’oiseaux.

Le BBS couvre la totalité de l’aire de reproduction de la Paruline à ailes dorées. Toutefois, plusieurs éléments doivent être pris en considération dans l’utilisation de ces données : 1) dans les zones d’hybridation entre la Paruline à ailes bleues et la Paruline à ailes dorées, les hybrides et les Parulines à ailes bleues phénotypiques peuvent tous deux chanter le chant de la Paruline à ailes dorées, et la confirmation visuelle n’est pas nécessaire (Sauer et al., 2005); 2) les hybrides de générations suivantes ne présentent souvent que de légers signes d’introgression, ce qui signifie qu’on pourrait les confondre avec les espèces d’origine; 3) les parcours du BBS sont limités aux zones comportant des routes et des observateurs expérimentés, ce qui entraîne des lacunes d’échantillonnage à certains endroits.

L’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario procède également à des relevés visant à déterminer la prévalence de la Paruline à ailes dorées dans la province, en divisant la zone couverte en carrés de 10 km et en effectuant des dénombrements ponctuels aléatoires. Les données actuellement disponibles du deuxième atlas proviennent d’activités de recherche équivalentes dans une proportion d’environ 85 p. 100 aux activités menées dans le cadre du premier atlas, ce qui signifie qu’une comparaison des deux devrait refléter de façon précise l’évolution de l’abondance de la Paruline à ailes dorées (M. Cadman, comm. pers.). Toutefois, le premier atlas (de 1981 à 1985) traite le complexe Paruline à ailes dorées / Paruline à ailes bleues différemment du deuxième (de 2001 à 2005). Comme dans le BBS, les occurrences « entendu seulement » sont permises dans le premier atlas, alors qu’elles ne le sont pas dans le deuxième, n’étant inclus que les cas où l’oiseau chanteur a réellement été observé. Il va sans dire que cela complique les comparaisons entre les deux atlas (M. Cadman, comm. pers.), bien que les données demeurent probablement une bonne indication des tendances des populations.

 

Abondance

Les évaluations de la taille des populations représentent les meilleures estimations et sont principalement fondées sur les données du BBS, qui ne sont pas parfaites (comme il est mentionné ci-dessus). Le nombre réel de Parulines à ailes dorées au Canada reste à confirmer, et il faudra pour ce faire procéder à des relevés approfondis dans un vaste éventail de terrains et d’emplacements.

On estime que la taille de la population mondiale oscille entre 105 000 et 270 000 couples reproducteurs (K. Rosenberg, comm. pers.; données de Partenaires d’envol; Sauer et al., 2005). Quarante pour cent des effectifs se reproduiraient au Minnesota, alors que 69 p. 100 de tous les oiseaux se trouvent au Minnesota, au Michigan et dans le Wisconsin. Le Canada abrite actuellement environ 18,5 p. 100 de la population nicheuse (N = 19 425 – 49 950), 18,2 p. 100 de la population mondiale se trouvant en Ontario (N = 19 110 – 49 140; P. Blancher, comm. pers.; données du BBS, Sauer et al., 2005).

 

Fluctuations et tendances

Amorcée il y a plus de 30 ans (Gill, 1997; Sauer et al., 2005), la baisse atteindrait maintenant un taux annuel de 3,4 p. 100 (P = 0,00001, 241 parcours) aux États-Unis, grimpant à 8,5 p. 100 (P = 0,000, 127 parcours) dans la région 5 de l’USFWS (voir le tableau 2 pour obtenir la liste des États; Sauer et al., 2005). La Paruline à ailes dorées subit actuellement une baisse globale (États-Unis et Canada réunis) de 2,4 p. 100 par année (P = 0,001, 271 parcours), ce qui en fait l’un des passereaux les plus vulnérables et à la baisse la plus marquée en Amérique du Nord.

Au Canada, les données du BBS recueillies entre 1968 et 2002 indiquent une augmentation annuelle notable de 8,9 p. 100 (p < 0,05, 47 parcours), mais qu’il faut placer dans le contexte d’une baisse vertigineuse de 79 p. 100 au cours des dix dernières années (-14,4 p. 100 par année, P < 0,05, 37 parcours, de 1993 à 2002; SCF 2005).

On en est actuellement à la dernière année (2005) de collecte de données pour l’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario, qui brossera un portrait à jour des tendances relatives à cette espèce en Ontario. Dans le premier atlas (de 1981 à 1985), on retrouvait la Paruline à ailes dorées dans 469 carrés de 10 km. D’après les données réunies jusqu’ici pour le deuxième atlas (de 2001 à 2004), cette paruline se ne retrouverait plus que dans 278 carrés. On pense que l’aire de répartition a diminué dans 200 carrés (c.‑à-d. les carrés où l’on a répertorié l’oiseau dans le premier atlas, mais pas dans le second) et qu’elle a augmenté dans 118 carrés. Il y a chevauchement entre le premier et le deuxième atlas dans 160 carrés (34 p. 100).

Dans le premier atlas, la présence de la Paruline à ailes bleues était relevée dans 139 carrés, alors que ce chiffre est passé à 196 dans le deuxième atlas jusqu’ici. De plus, bien que la Paruline à ailes bleues ait réduit son aire de répartition dans 47 carrés, elle l’a étendue dans 123 carrés. Ces données indiquent que la Paruline à ailes dorées est en baisse dans de nombreuses régions de l’Ontario, tandis que la Paruline à ailes bleues et ses hybrides sont en progression (données du BBA fournies par M. Cadman, comm. pers.).

Les données de baguage de l’observatoire d’oiseaux de Long Point (LPBO, Port Rowan, Ontario) montrent que le nombre de Parulines à ailes dorées capturées s’est accru jusqu’au milieu des années 1980 pour ensuite fléchir (tableau 1). Le nombre de Parulines à ailes bleues baguées au LPBO a également crû au cours des 30 dernières années, et à un rythme beaucoup plus rapide que la Paruline à ailes dorées. En effet, on constate un changement du ratio Paruline à ailes dorées / Paruline à ailes bleues de 2,4 :1 à 0,14 :1 sur une période de 30 ans (données du LPBO; J. McCracken, comm. pers.; tableau 1).

 

Tableau 1. Données de baguage de l’observatoire d’oiseaux de Long Point (LPBO) pour la Paruline à ailes dorées et la Paruline à ailes bleues, de 1960 à 2004 (données du LPBO fournies par J.D. McCracken).
Période de 9 ansNombre d’oiseaux baguésRatio
 Ailes dorées Ailes bleues(Ailes dorées : Ailes bleues)
1960-19681252,4 :1
1969-19771281,5 :1
1978-198635650,54 :1
1987-1995611820,34 :1
1996-2004251730,14 :1

En résumé, les effectifs de Parulines à ailes dorées sont en baisse de façon générale. La diminution est moins prononcée au Canada qu’aux États-Unis, mais le rythme s’accélère dans de nombreuses régions du pays, particulièrement en Ontario. Certaines régions enregistrent encore des hausses associées à l’expansion de l’aire de répartition (c’est le cas de la Saskatchewan et du Manitoba), mais on ne doit pas interpréter ces hausses comme étant le signe que cette paruline obtient plus de succès dans ces régions qu’ailleurs; ces hausses s’expliquent probablement plutôt, du moins en partie, par leur situation allopatrique.

 

Effet d’une immigration de source externe

L’expansion continue de l’aire de répartition de la Paruline à ailes dorées au Canada signifie que les populations continueront probablement de s’accroître dans certaines zones. Toutefois, la capacité de ces populations d’assurer la continuité de l’espèce au Canada dépendra autant de la disponibilité de l’habitat que de l’arrivée de la Paruline à ailes bleues. On pourrait ainsi retrouver la Paruline à ailes dorées dans des refuges à plus hautes altitudes et latitudes et peut-être dans les marécages où les contacts avec la Paruline à ailes bleues sont limités (Gill, 2004).