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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Polystic des rochers (Polystichum scopulinum) au Canada

COSEPAC Résumé

Polystic des rochers
Polystichum scopulinum

Information sur l’espèce

Le Polystichum scopulinum est une fougère cespiteuse vivace à rhizome court et robuste. Les feuilles (frondes) sont simplement pennées, persistantes, ascendantes, longues de 10 à 50 cm et larges de 3 à 7 cm. Les folioles (segments primaires des frondes), au nombre de 20 à 40 de chaque côté du rachis, sont oblongues avec des divisions (segments secondaires ou pinnules) aiguës et bordées de dents épineuses minuscules. Les sores (groupes de sporanges) sont ronds, insérés près de la nervure médiane et protégés par une indusie (membrane) entière ou frangée.

Répartition

On trouve le Polystichum scopulinum dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique, puis sporadiquement au sud, dans l’ouest des États-Unis, jusque dans le Colorado, l’Arizona et la Californie. Une population isolée a aussi été répertoriée dans le nord-est du Québec, et une autre dans l’ouest de l’île de Terre-Neuve. En Colombie-Britannique, on trouve l’espèce dans la vallée de la rivière Tulameen, au nord-ouest de Princeton dans le sud-ouest de la province. Au Québec, on la trouve au mont Albert, en Gaspésie. La situation actuelle d’une population historique connue grâce à une récolte réalisée en 1950 dans la région de Humber West (mont North Arm), dans l’ouest de l’île de Terre-Neuve, demeure inconnue, malgré des recherches récentes quoique limitées.

Habitat

En Amérique du Nord, on ne trouve le P. scopulinumque dans des terrains où affleurent des roches ferromagnésiennes ou ultramafiques (serpentine). Bien que l’on trouve un certain nombre d’affleurements ultramafiques dans l’ouest de la Colombie-Britannique, l’espèce occupe uniquement la bande ultramafique (clinopyroxénite à olivine) entre le mont Olivine et le mont Grasshopper dans la vallée de la rivière Tulameen, à des altitudes de 978 à 1768 m. On trouve habituellement sur ces versants une flore ligneuse et non ligneuse appauvrie, typique des milieux ultramafiques, qui contraste avec les forêts montagnardes denses avoisinantes dominées par le douglas (Pseudotsuga menziesii). Au Québec, on ne trouve le P. scopulinum que sur les pentes de la vallée du Diable orientées au sud, sur le flanc est du mont Albert, à une altitude de 800 à 900 m. La flore y est également appauvrie et comprend des espèces endémiques locales serpentinicoles, comme le Minuartia marcescens, le Salix chlorolepis et le Solidago simplex ssp. simplex var. chlorolepis. La population observée à Terre-Neuve occupait les pentes d’une crête serpentineuse sèche orientées au sud.

Biologie

On ne dispose que d’information limitée sur la biologie et l’écologie du P. scopulinum. Les végétaux qui occupent les milieux ultramafiques sont adaptés à de faibles concentrations de calcium, d’azote, de phosphore et de molybdène, et à de fortes concentrations de magnésium, de chrome et de nickel. Ces affleurements rocheux sont aussi caractérisés par des sols peu profonds et une couverture végétale clairsemée, ce qui crée des microclimats xériques qui excluent de nombreuses espèces avoisinantes adaptées à des microclimats plutôt mésiques. 

Taille et tendances des populations

Les trois populations de P. scopulinum répertoriées en Colombie-Britannique occupent une bande d’affleurements rocheux ultramafiques qui mesure 100 m sur 4 km et s’étend du mont Olivine, situé du côté sud de la rivière Tulameen, au mont Grasshopper, situé du côté nord. L’effectif de ces populations varie entre 5 et 400 individus. Il est fort probable que d’autres populations occupent cette bande ultramafique, mais le terrain accidenté en rend l’accès extrêmement difficile. L’effectif du P. scopulinum en Colombie-Britannique est demeuré stable entre 1996 et 2002. L’unique population québécoise est composée de neuf petites colonies situées à proximité les unes des autres et comptant au total environ 215 individus. Aucune donnée démographique n’est disponible en ce qui concerne la population de Terre-Neuve, observée pour la dernière fois en 1950. En raison de sa localisation relativement éloignée, de sa nature vivace et de sa reproduction asexuée par allongement des rhizomes, il se peut que cette population existe toujours.

Facteurs limitatifs et menaces

Ce qui menace actuellement le plus directement la population de Polystichum scopulinum de Colombie-Britannique est l’exploitation minière, l‘aménagement routier ou les feux de forêt. Au Québec, on pense qu’une récolte excessive a fortement réduit la population durant la première moitié du XXe siècle; cette menace n’existe toutefois plus aujourd’hui. Les espèces introduites ne représentent aucune menace en raison des propriétés ultramafiques des sols à tous les sites. Il est actuellement impossible de déterminer les menaces éventuelles pour la population historique de Terre-Neuve.

Importance de l’espèce

Le Polystichum scopulinum appartient à un groupe d’espèces relativement petit dont les aires de répartition se limitent à la côte du Pacifique et ont comme limite nord le sud-ouest de la Colombie-Britannique. La population du Québec est extrêmement isolée. On n’a pas encore étudié de façon adéquate l’importance de ces populations périphériques et isolées, surtout en ce qui concerne leurs caractéristiques génétiques. Ces populations sont souvent différentes des populations centrales sur les plans génétique et morphologique et peuvent avoir une importance évolutionnaire et écologique hors de proportion avec le pourcentage de l’effectif de l’espèce qu’elles représentent. Il pourrait se révéler important de protéger les populations périphériques et génétiquement distinctes pour la survie de l’espèce tout entière.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Le Conservation Data Centrede la Colombie-Britannique a attribué la cote S1 à l’espèce, qui figure sur la liste rouge du Ministry of Sustainable Resource Management de la province. Il s’agit du classement le plus alarmant pour ce qui est des plantes vasculaires indigènes rares en péril dans la province. Au Québec, l’espèce est également classée S1 par le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec du ministère de l'Environnement. Ce classement signifie que l’espèce est considérée comme gravement menacée en raison de son extrême rareté (5 occurrences ou moins, ou très peu d’individus restants) ou de certains facteurs la rendant particulièrement susceptible de disparaître de la province ou de s’éteindre complètement. À l’échelle mondiale, le P.  scopulinum a la cote G5 et il est fréquent à commun dans son aire de répartition principale.

Aucune loi britanno-colombienne ne protège spécifiquement les plantes vasculaires rares et en péril dans la province. La population de la région de la rivière Tulameen est située sur des terres publiques mais ne fait pas partie d’une zone protégée. Cette région pourrait devenir une réserve écologique, mais aucune proposition à cet effet n’a encore été faite. La population québécoise se trouve dans un parc provincial (parc de la Gaspésie) et, en 1993, le gouvernement provincial a attribué à l’espèce le statut d’espèce menacée; l’habitat de cette population bénéficie ainsi d’une protection légale. À Terre-Neuve, l’espèce a été classée SH par NatureServe et comme pouvant être en péril (May Be At Risk) par le gouvernement provincial.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsables des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétences, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (Novembre 2004)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged,Note de bas de pagee
Espèce sauvage pour laquelle l’information est insuffisante pour évaluer directement ou indirectement son risque de disparition.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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