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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Mulette feuille d'érable (Quadrula quadrula) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Des populations locales de nombreuses espèces de moules des Grands Lacs ont été détruites à la suite de l’établissement de la moule zébrée (Dreissena polymorpha), une espèce envahissante (Schlosser et al., 1996, présenté). La moule zébrée se fixe à la coquille des unionidés et les empêche de se terrer, de se déplacer, de se nourrir, de respirer et de réaliser d’autres activités physiologiques (Haag et al., 1993; Baker et Hornbach, 1997), ce qui entraîne leur mort. En raison de l’énorme croissance de la population de moules zébrées, cette espèce peut à toutes fins utiles faire disparaître des populations entières d’unionidés en très peu de temps. Des données attestent que le Quadrula quadrula a disparu des lacs Érié et Sainte-Claire ainsi que des rivières Niagara et Detroit à la suite d’infestations de moules zébrées. Selon de récents rapports sur cette espèce dans le réservoir Fanshawe de la rivière Thames, les populations de Q. quadrula de cette rivière seraient menacées par l’espèce envahissante (Maskant, 2004). La moule zébrée doit être considérée comme une grave menace pour le Q. quadrula et tous les unionidés. En outre, selon Strayer et Fetterman (1999), les apports en nutriments, en sédiments et en toxines de sources diffuses constituent les principales menaces pour l’espèce, et l’agriculture en est la principale responsable. Dans le bassin de la rivière Grand, 75 p. 100 des terres sont consacrées à l’agriculture, et il faut prévoir une augmentation des apports en limon et en nutriments provenant des activités agricoles. Dans les bassins des rivières Sydenham et Thames, 80 p. 100 des terres sont consacrées à l’agriculture. Dans le bassin de la Sydenham, les concentrations de nutriments dépasseraient en permanence les normes acceptées. Les barrages et l’envasement sont préoccupants dans le bassin de la rivière Thames. La situation est semblable dans le bassin de la rivière Ausable, où quelque 80 p. 100 des terres sont consacrées à l’agriculture et où les niveaux de particules solides en suspension et de nutriments dépassent les lignes directrices fédérales. En outre, il est à prévoir que l’accroissement de la population humaine dans ces bassins entraîne une augmentation de l’urbanisation, qui a des effets sur la qualité de l’eau.

Dans les bassins des rivières Assiniboine, Rouge et Roseau, la majorité des terres sont consacrées à l’agriculture. Les apports en nutriments ont énormément augmenté dans les dernières années. L’industrie porcine, en expansion, représente également une importante menace pour la qualité de l’eau en raison de l’utilisation croissante du purin comme engrais; le nombre de porcs augmentant, il y aura de plus en plus de purin à éliminer. Les dommages aux berges et aux zones riveraines sont également préoccupants, mais cette menace est généralement beaucoup plus localisée. Le déclin général de la qualité de l’eau attribuable à ces activités agricoles de même que les rejets urbains et industriels risquent en outre d’entraîner une accumulation de métaux dans les tissus des moules, ce qui constitue une source de stress et de toxicité (Pip, 1995). La récolte commerciale de myes qui a été pratiquée brièvement dans la rivière Assiniboine au début des années 1990 (Pip, 2000) et le braconnage présumé d’espèces à valeur marchande, y compris le Quadrula quadrula (Erickson, comm. pers.), représentent d’autres menaces.

La principale limite naturelle à la répartition et à l’abondance des moules d’eau douce est la disponibilité, la répartition et l’abondance des poissons hôtes nécessaires pour mener à bien leur cycle vital. Faute de poisson hôte, le recrutement devient impossible. Si une espèce de moule est longévive, la persistance des populations adultes peut laisser croire qu’elles sont saines malgré cette absence de recrutement. Puisque le Q. quadrula est relativement longévif, c’est la preuve de recrutement qui permettrait d’indiquer que la population est saine et viable, et non uniquement la présence de moules adultes. La barbue de rivière et la barbue à tête plate sont des hôtes connus du Q. quadrula. La première espèce est commune en Ontario et au Manitoba, et cette situation ne devrait pas restreindre la possibilité de reproduction fructueuse chez le Q. quadrula. Cependant, il convient de surveiller les populations de poissons afin de veiller à ce que la reproduction des moules soit possible.

En résumé, les principales menaces en Ontario proviennent des moules zébrées et quaggas ainsi que de l’agriculture et de l’urbanisation, qui nuisent à l’habitat (dégradation de la qualité de l’eau). Au Manitoba, les principales menaces sont liées à la diminution de la qualité de l’eau attribuable aux activités agricoles. Les moules zébrées et quaggas n’ont pas été observées dans les eaux manitobaines.