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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la maraîche (Lamna nasus) au Canada

Protection actuelle ou autres désignations

Gestion au Canada

Au Canada, la gestion de la maraîche est apparue dans les années 1990, en réaction à la nouvelle pêche canadienne de cette espèce. La gestion de la maraîche relève du ministère des Pêches et des Océans. Les tentatives d’élaboration d’un plan de gestion pour des espèces de requins pélagiques du Canada atlantique exigeaient en premier lieu que soit modifiée la Loi sur les pêches, parce que ces espèces n’étaient pas couvertes par la réglementation des pêches (O’Boyle et al., 1998); ces modifications sont entrées en vigueur en 1994 (O’Boyle et al., 1998). La maraîche est maintenant protégée au niveau fédéral par la Loi sur les océans et par la Loi sur les pêches (R.S., 1985, c. F-14) aux termes du Règlement de pêche de l’Atlantique (ministère de la Justice, 2002).

Les plans de gestion des pêches de requins pélagiques du Canada atlantique de 1994 et 1995 ont mis en place plusieurs mesures de gestion pour la maraîche. Le plan de gestion de 1994 interdisait le prélèvement des nageoires (la dorsale étant prélevée et la carcasse rejetée en mer) (O’Boyle et al., 1998). Le MPO a aussi commencé à analyser les captures de maraîche en 1994, et produit le premier rapport sur l’état du stock de maraîche cette année (Laboratoire de recherche sur les requins du Canada, 2003). Depuis 1995, les plans de gestion des requins ont, entre autres mesures de gestion, limité le nombre de permis, limité le type d’engins et les zones de pêche, déterminé des saisons de pêche et fixé des exigences scientifiques précises (O’Boyle et al., 1998; Campana et al., 1999). Le plan de gestion de 1995 précisait que les permis seraient de type exploratoire, d’une durée d’un an (O’Boyle et al., 1998). Les plans de gestion des pêches pour les requins pélagiques du Canada atlantique ont établi une directive non restrictive sur les captures, soit 1500 t de maraîche avant 1997 (O’Boyle et al., 1998). Une évaluation préliminaire du stock basée sur les taux de prise commerciale a été présentée en 1996 (Laboratoire de recherche sur les requins du Canada, 2003). La directive sur les prises était sensiblement équivalente aux débarquements déclarés de l’espèce au Canada atlantique en 1992, mais ne pouvait pas à ce moment-là reposer sur des estimations de l’abondance du stock (Campana et al., 1999).

Le Plan de gestion des pêches des requins pélagiques du Canada atlantique publié en 1997, plus exhaustif, visait à régir l’exploitation de toutes les espèces de grands requins pélagiques (dont la maraîche) de 1997 à 1999 (MPO, 1997). Il avait pour objectif de maintenir une ressource biologiquement durable, qui alimenterait une pêche autosuffisante (MPO, 1997). Selon le plan, la conservation ne devait pas être compromise et une approche prudente guiderait le processus décisionnel (MPO, 1997). Tous les permis seraient du type exploratoire pendant que l’on recueillerait des informations scientifiques et qu’on évaluerait la durabilité de la ressource. Le total autorisé des captures (TAC) était fixé à 1000 t par an pour 1997-1999, sur la base surtout des prises historiques et de l’observation que les taux de capture récents avaient décliné (O’Boyle, 1998). Les informations scientifiques disponibles à l’époque ne permettaient pas déterminer si le TAC était durable (Campana et al., 2001). Les débarquements à partir de 1998 ont été limités par restriction du quota (O’Boyle et al., 1998).

Basé sur la première évaluation analytique du stock de maraîche (Campana et al., 1999), le Plan de gestion intégrée des pêches des requins pélagiques du Canada atlantique de 2000-2001 ramenait le quota à 850 t, et limitait à 100 t le quota de la pêche d’automne dans les aires d’accouplement de la maraîche au sud de Terre-Neuve (MPO, 2000). On ne savait pas alors si le quota abaissé serait soutenable à long terme, et de nouvelles recherches sur la maraîche ont été menées pour étayer une meilleure évaluation du stock (Campana et al., 2001).

Le plan de gestion de 2002 à 2007 (MPO, 2002) repose sur l’évaluation de 2001 du stock de maraîche (Campana et al., 2001), qui incluait de nouvelles informations scientifiques et, pour la première fois, un modèle de la dynamique de la population de maraîche. À la lumière de cette évaluation, le TAC a été abaissé à 250 t, et la pêche n’a plus accès aux aires d’accouplement au sud de Terre-Neuve (Campana et al., 2002a); le plateau néo-écossais reste ouverte à la pêche. Le TAC est réparti comme suit : 200 t à la pêche dirigée et les 50 t restantes aux prises accessoires (MPO, 2002). Le MPO procédera à une nouvelle évaluation de la maraîche en 2006.

Recherche

Les évaluations de la maraîche, et sa gestion subséquente, ont grandement bénéficié des informations biologiques recueillies dans le cadre du programme coopératif de recherche mené sur cette espèce. En 1998, un effort de recherche concentré a été entrepris au MPO (à l’Institut océanographique de Bedford), avec un appui en espèces et en nature de l’industrie canadienne de la pêche au requin, pour recueillir des données détaillées sur le cycle biologique et la dynamique de la populations de maraîche (MPO, 1999). La collecte des données incluait des prélèvements de tissus et des mesures détaillés effectués à bord par le personnel scientifique et, depuis 1998, des mesures d’au moins 75 p. 100 des maraîches débarquées ont été faites par les membres de l’industrie de la pêche (MPO, 1999; Campana, comm. pers.). De plus, une collaboration avec les scientifiques de l’Apex Predator Program (programme des prédateurs supérieurs) du National Marine Fisheries Service des États-Unis a fourni un accès à de l’expertise et à des données inédites (MPO, 2000). Ce programme de recherche a permis de publier plusieurs communications (Campana et al., 2002a, b; Jensen et al., 2002; Joyce et al., 2002; Natanson et al., 2002), et de faire deux évaluations du stock de maraîche (Campana et al., 1999; 2001). D’autres recherches, toujours avec l’appui de l’industrie canadienne de la pêche, sont prévues (MPO, 2000). 

Gestion aux États-Unis

Aux États-Unis, la maraîche est protégée en vertu de la Magnuson-Stevens Act et gérée par le National Marine Fisheries Service (Branstetter, 1999). L’actuelle réglementation de la pêche commerciale visant la maraîche comporte la délivrance de permis de pêche à accès limité et des exigences de déclaration, des quotas annuels, des limites par campagne pour les permis de pêche accessoire et l’interdiction du prélèvement des nageoires, et n’autorise l’utilisation que de certains engins (NMFS, 2001). Le premier plan de gestion des pêches de requins des États-Unis (1993) arrivait à la conclusion que les requins pélagiques, en tant que groupe, faisaient l’objet d’une pêche à pleine capacité; cependant, on n’a encore effectué aucune évaluation formelle des stocks de ce groupe pour déterminer leur situation et mesurer l’efficacité de la réglementation en vigueur (NMFS, 2003). Depuis 1999, la maraîche et d’autres requins sont réglementés aux termes du Fishery Management Plan for Atlantic Tunas, Swordfish, and Sharks (plan de gestion des pêches des thons, espadons et requins de l’Atlantique). Ce plan vise à gérer les pêches de manière à maintenir un rendement optimal pour assurer les plus grands avantages globaux en termes de production alimentaire, tout en préservant les pêches traditionnelles et en protégeant les écosystèmes marins (Cortes, 2000b).

Gestion et situation à l’échelle internationale

Aucune mesure de gestion n’a été mise en place pour les pêches de la maraîche dans des eaux internationales et, bien que des collectes d’informations sur les captures de requins dans ces eaux aient été entreprises, les données restent insuffisantes pour qu’on puisse mener des évaluations. Le Plan d’action international pour la conservation et la gestion des requins (PAI-REQUINS) établi par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est un protocole volontaire conçu en vue d'assurer la conservation et la gestion des requins et leur utilisation durable à long terme (FAO, 1998). En collaboration avec le PAI-REQUINS, plusieurs organismes halieutiques régionaux de l’Atlantique Nord, dont le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA) et l’Organisation des pêches de l’Atlantique Nord-Ouest (OPANO), ont entrepris des initiatives pour encourager leurs États membres à recueillir des informations sur les requins, dont la maraîche (FAO, 1999). La population de maraîche de l’Atlantique Nord-Ouest est située surtout dans les sous-zones 3 à 6 de l’OPANO. Cet organisme demande à ses membres de présenter des rapports d’avancement sur l’élaboration de leurs plans d’action nationaux visant les requins et de déclarer les captures des espèces de requins, mais n’a encore effectué aucune évaluation de la ressource. L’entente actuelle entre la CICTA et le CIEM est que les requins pélagiques (comme la maraîche) qui sont des prises accessoires dans la pêche du thon devraient être évalués par la CICTA, parce que celle-ci devrait posséder de meilleures données sur les captures et rejets de ces espèces (Clarke, comm. pers.). Une évaluation de la maraîche au sein du CIEM est possible, mais il n’existe actuellement pas de plan précis à cet effet (Clarke, comm. pers.). La CICTA a tenu un atelier en 2001 pour examiner les données disponibles sur la maraîche, le requin bleu et le mako à nageoires courtes dans l’Atlantique, en vue de planifier des évaluations de ces trois espèces. Cependant, bien que l’on prévoie effectuer des évaluations des deux dernières espèces, la CICTA n’envisage pas d’évaluer la maraîche dans un avenir proche (Restrepo, comm. pers.), probablement parce que l’évaluation canadienne est considérée comme suffisante.

La maraîche figure sur la liste rouge de l’UICN dans la catégorie « faible risque/quasi menacé », ce qui signifie que son statut se rapproche de « vulnérable » (IUCN, 2002). L’évaluation de l’UICN indiquait que, même s’il n’est pas prouvé que des populations complètes aient été appauvries au point de justifier la désignation « vulnérable », celles de l’Atlantique Nord ont été gravement surexploitées par la pêche à la palangre (IUCN, 2002). Dans une évaluation de la situation des espèces de requins, Castro et al. (1999) ont classé la maraîche dans la catégorie 4 sur leur échelle de 5, autrement dit comme une espèce qui présente des déclins historiques marqués des captures, et ont indiqué que la pêche intensive a appauvri en quelques années les stocks de maraîches, partout où elle s’est pratiquée, ce qui prouve bien que cette espèce ne peut pas survivre à une forte pression de pêche. Dans son nouveau volume sur les requins du monde, Compagno (2001) indiquait que, dans une optique de conservation, la situation de la maraîche est très préoccupante, à cause du déclin prononcé des captures dans les pêches ciblées de l’Atlantique Nord, et de l’exposition continue de l’espèce au prélèvement des nageoires dans les pêches hauturières à la palangre.