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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la maraîche (Lamna nasus) au Canada

Biologie

Généralités

En règle générale, le cycle biologique des requins, très différent du celui des poissons osseux (téléostéens), est caractéristique des espèces à faible taux de croissance intrinsèque. Les requins sont en général de grands animaux, à croissance lente et à maturité tardive. La gestation est longue et ne produit que quelques petits. Ces traits rendent donc les requins vulnérables à la surexploitation. Par rapport aux autres espèces de requins, la maraîche a une faible productivité, ce qui la rend donc encore plus susceptible de surexploitation (Castro et al., 1999; Cortes, 2000a, 2002a).

Reproduction

Dans l’Atlantique Nord-Ouest, la présence de femelles aux premiers stades de la gestation, l’état de maturité des mâles et l’existence de cicatrices d’accouplement récentes sur la plupart des femelles matures de la fin de septembre à novembre indique que c’est à cette saison que prend place l’accouplement (Aasen, 1963; Pratt, 1993; Jensen et al., 2002). De plus, en décembre, toutes les femelles observées sont gravides (Jensen et al., 2002). On connaît mal les besoins ou le comportement de la maraîche en matière de reproduction. Chez la population de maraîches de l’Atlantique Nord-Ouest, l’accouplement a probablement lieu sur les Bancs, au sud de Terre-Neuve, et à l’entrée du golfe du Saint-Laurent, puisque les grandes femelles capturées à l’automne dans ces régions était gravides (Campana et al., 2001). Les femelles gravides étaient prises surtout dans cette région, ainsi que sur le plateau néo-écossais, entre la fin de septembre et décembre (Jensen et al., 2002). Templeman (1963) a signalé la présence de trois femelles gravides sur le sud-ouest des Bancs de Terre-Neuve entre janvier et février dans les années 1950, et quelques femelles aux derniers stades de la gestation ont été observées sur le plateau néo-écossais et dans le golfe du Maine en février et avril (Jensen et al., 2002). De façon générale, cependant, l’aire d’hivernage des femelles gravides reste largement inconnue (Campana et al., 2001; Jensen et al., 2002), puisque l’effort de pêche est limité en hiver.

La maraîche est ovovivipare; les embryons se développent dans l’utérus sans lien placentaire avec la mère. Ils se nourrissent par oophagie : après avoir absorbé le vitellus de leur propre œuf, les embryons se nourrissent des nombreux œufs non fécondés produits par la mère (Shann, 1911, 1923, in Francis et Stevens, 2000; Jensen et al., 2002). Leur abdomen se développe pour former un sac distendu, dans lequel ils stockent de grandes quantités de matériel vitellin (Francis et Stevens, 2000). Les petits embryons de maraîche ont des crocs fonctionnels avec lesquels ils déchirent les capsules des œufs pour consommer les œufs non fécondés; ces crocs tombent lorsque le petit atteint 34 à 38 cm de LF (Francis et Stevens, 2000). Contrairement à ce qu’on observe chez certaines espèces de requins, il n’y a cependant pas d’indication d’adelphophagie (cannibalisme intra-utérin) chez la maraîche (Jensen et al., 2002). La croissance des embryons chez les maraîches de l’Atlantique Nord-Ouest est estimée à environ 8 cm par mois (Jensen et al., 2002).

Dans la population de l’Atlantique Nord-Ouest, la mise bas survient entre le début d’avril et le début de juin; la gestation serait donc de huit à neuf mois (Jensen et al., 2002). Les femelles donnent naissance à une moyenne de quatre petits (Jensen et al., 2002). Dans l’étude de Jensen et al. (2002), la taille des portées allait de trois à six petits; d’autres études ont signalé des portées de un à cinq jeunes (Shann, 1911, 1923; Gauld, 1989; Francis et Stevens, 2000; Compagno, 2001). Les petits sont laissés à eux-mêmes dès la naissance. Peu de nouveau-nés ont été observés pendant la période de mise bas, mais les plus petites maraîches en état de nager figurant dans la base de données historiques de marquage du National Marine Fisheries Service ont des tailles allant de 55 à 79 cm de LF (moyenne : 71 cm) entre avril et juin (Jensen et al., 2002), ce qui suggère une taille à la naissance correspondant aux 67 cm de LF prévus par Aasen (1961, in Natanson et al., 2002; 1963) et aux 58 à 67 cm de LF estimés pour les maraîches du sud-ouest du Pacifique (Francis et Steven, 2000). Les maraîches juvéniles ont de hauts taux de survie naturelle jusqu’à la maturité (voir Survie).

Les maraîches connaissent une croissance relativement rapide dans leur première année, suivie d’une croissance lente et d’une maturité tardive. Pour la population de l’Atlantique Nord-Ouest, l’analyse des progressions modales longueur-fréquence indique les maraîches d’âge 0 étaient recrutées dans la pêche en juillet à une moyenne de 85 cm de LF et atteignaient une moyenne de 98 cm de LF en décembre (Natanson et al., 2002). Les individus d’âge 1 avaient une croissance annuelle de 25 cm, et avaient atteint une moyenne de 123 cm de LF en décembre suivant (Natanson et al., 2002). Une étude récente a permis d’estimer les paramètres de croissance à partir des anneaux de croissance sur 578 vertèbres, et a validé les anneaux jusqu’à un âge de 11 ans en utilisant les vertèbres de requins recapturés d’âge connu et marqués à l’oxytétracycline (Natanson et al., 2001). On a supposé que l’âge des requins de plus de 11 ans avait été estimé correctement, en raison d’une interprétation similaire des bandes (Natanson et al., 2002). Les mâles et les femelles avaient des taux de croissance semblables jusqu’à environ 170 cm de LF, taille des mâles à la maturité sexuelle (Jensen et al., 2002), après quoi la croissance relative des mâles ralentissait (Natanson et al., 2002). Le taux de croissance des femelles baissait de façon semblable à l’arrivée de la maturité (environ 218 cm de LF; Jensen et al., 2002; Natanson et al., 2002). Du fait de ce changement différentiel du taux de croissance, les femelles atteignent une plus grande taille maximale que les mâles; cependant, le taux de croissance global des deux sexes n’est pas substantiellement différent (Natanson et al., 2002). L’étude de Jensen et al. (2002) portant sur 393 mâles et 382 femelles dans l’Atlantique Nord-Ouest a révélé que les mâles atteignent la maturité à des longueurs à la fourche allant de 162 à 185 cm, 50 p. 100 l’atteignant à 174 cm de LF, alors que les femelles l’atteignent entre 210 et 230 cm de LF, dont 50 p. 100 à 218 cm de LF (Jensen et al., 2002). Ces tailles correspondent à des âges de maturité sexuelle de huit ans chez les mâles et de treize ans chez les femelles (Natanson et al., 2002).

La longévité des maraîches est entachée d’incertitude. Il est difficile de déterminer l’âge des élasmobranches, et les estimations varient selon les méthodes. Les âges maximaux basés sur le dénombrement des paires de bandes de croissance des vertèbres étaient de 25 et 24 ans respectivement pour les mâles et les femelles, mais il s’agit probablement d’une sous-estimation, étant donné la pression de pêche qui s’exerce depuis longtemps sur cette population (Natanson et al., 2002). On a aussi utilisé le carbone radioactif des essais nucléaires, qui présente une date connue d’incorporation dans les bandes de croissance des vertèbres, pour confirmer la validité des dénombrements des bandes de croissance comme indicateurs précis de l’âge jusqu’à un âge de 26 ans (Campana et al., 2002b). Deux calculs de longévité, reposant sur l’hypothèse d’un taux de mortalité instantanée constant de M = 0,10 dans une population non exposée à la pêche, suggèrent un âge maximal de 45 ou 46 ans (Campana et al., 1999; Natanson et al., 2002). Si la mortalité naturelle n’était pas constante, mais augmentait chez les poissons ayant atteint la maturité sexuelle ou sénescents (Roff, 1992), l’estimation de la longévité serait plus basse. Si le taux de mortalité naturelle des femelles était de M = 0,20 après l’âge de la maturité sexuelle, la longévité estimative serait de 29 ans (Campana et al., 1999).

Le cycle reproducteur de la maraîche est présumé être d’un an (Jensen et al., 2002). Bien que, chez de nombreuses espèces de requins, il y ait une longue période de latence après la mise bas, cela ne semble pas être le cas pour la maraîche, puisqu’à peu près toutes les femelles à maturité sexuelle qu’on a observées à l’automne étaient gravides (Campana et al., 2003). Il est possible qu’une portion non gravide de la population des femelles soit située ailleurs, mais on n’a eu jusqu’ici aucune indication d’une telle situation (Jensen et al., 2002).

La durée d’une génération, soit l’âge moyen des parents dans la cohorte actuelle, reflète le taux de remplacement des individus reproducteurs dans la population. Chez la maraîche, les femelles atteignent la maturité plus tard que les mâles (treize ans vs. huit ans; Jensen et al., 2002), et la durée d’une génération est calculée comme l’âge moyen des mères. La durée d’une génération est calculée comme l’âge auquel 50 p. 100 des femelles atteignent la maturité + 1/M, M étant le taux instantané de mortalité naturelle. Pour la maraîche, dont 50 p. 100 des femelles atteignent la maturité à 13 ans (Jensen et al., 2002), et chez qui la mortalité naturelle des femelles à maturité est estimée à 0,20 (Campana et al., 2001), la durée d’une génération est égale à 13 + 1/0,20 = 18 ans. À noter que, comme c’est souvent le cas pour les poissons marins, il persiste une incertitude sur les estimations de la mortalité naturelle. Si la mortalité naturelle des maraîches femelles à maturité était plus basse, M = 0,15 ou 0,10, la durée d’une génération serait plus longue, soit 20 ou 23 ans respectivement.

Survie

Comme la théorie du cycle biologique permet de s’y attendre pour une espèce de basse productivité (Roff, 1992), la maraîche a une faible mortalité naturelle. La mortalité naturelle instantanée (M) de la maraîche a été estimée, à partir des courbes de prises dans la population vierge relativement peu soumise à la pêche de 1961, à 0,1 pour les mâles avant la maturité sur le plateau néo-écossais, 0,15 pour les mâles à maturité sur les aires d’accouplement de Terre-Neuve, et 0,20 pour les femelles à maturité sur les aires d’accouplement (Campana et al., 2001). On n’a pas pu estimer la mortalité naturelle pour les femelles avant maturité en 1961, mais on présume qu’elle est la même que pour les mâles (Campana et al., 2001). Dans la plus récente évaluation de la maraîche, la mortalité naturelle des petits (maraîches d’âge 0) a été estimée à M = 0,2 (Campana et al., 2001). Cette conjonction d’un faible taux de fécondité et d’un taux élevé de survie des juvéniles fait que la variabilité du recrutement (abondance de la population) est beaucoup plus basse que chez les poissons osseux. Cependant, la maraîche n’a qu’une faible capacité de compenser la pression d’exploitation. L’analyse des tables de survie montre que le taux maximum d’augmentation, r, est d’environ 0,05 (Campana et al., 2003).

La principale cause de mortalité dans la population de maraîches de l’Atlantique Nord-Ouest est la pêche. En fait, mis à part l’homme, on ne connaît pas de prédateurs à cette espèce (Compagno, 2001). Selon les estimations, à la fin des années 1990, les taux de mortalité instantanée due à la pêche (décrits plus en détail dans Facteurs limitatifs et menaces) se situaient entre 0,11 et 0,26, soit nettement au-dessus du taux d’augmentation intrinsèque. Le fait que l’âge de la classe d’abondance maximale sur les aires d’accouplement a baissé bien en dessous de l’âge de maturité (Campana et al., 2002a) suggère que le recrutement dans la population adulte n’a pas suffi, ces dernières années, à contrebalancer la mortalité par pêche.

Physiologie

La maraîche fait partie des requins pélagiques les plus tolérants au froid, et préfère des eaux de température inférieure à 18 ºC (Compagno, 2001). Comme chez les autres membres de la famille des Lamnidés, le système circulatoire de la maraîche comporte un système d’échangeurs de chaleur à contre-courant, qui permet à l’animal de conserver sa chaleur métabolique et de garder une température corporelle de 7 à 10 ºC plus élevée que celle de l’eau ambiante (Carey et Teal, 1969; Carey et al., 1971), ce qui rend son activité plus efficace dans l’eau fraîche (Scott et Scott, 1988). Une température élevée des muscles fournit à la maraîche l’énergie requise pour la nage rapide.

Déplacements et dispersion

Les données des opérations de marquage dans l’Atlantique Nord donnent de solides indications que les populations de maraîche du nord-est de l’Atlantique sont distinctes de celles du nord-ouest. Le Canada, la Norvège et les États-Unis ont mené leurs propres études par marquage de la maraîche dans l’Atlantique Nord-Ouest. Dans les années 1960, 542 maraîches ont été marquées, et 53 recapturées dans le cadre d’une étude norvégienne sur la population vierge (Aasen, 1963; Natanson et al., 2002). Au cours d’une étude canadienne effectuée entre 1994 et 1996, 256 maraîches ont été marquées et 25 recapturées. Entre 1962 et 2000, 1228 maraîches ont été marquées dans l’Atlantique Nord-Ouest, et 65 dans l’Atlantique Nord-Est, dans le cadre du Cooperative Shark Tagging Program (CSTP) du NMFS des États-Unis (Kohler et al., 2002). Les distances parcourues par les 143 maraîches recapturées dans l’étude menée aux États-Unis allaient de 4 à 1 005 milles marins, avec une moyenne de 234 milles marins (Kohler et al., 2002). Plus de 90 p. 100 des maraîches porteuses d’étiquettes s’étaient éloignées de moins de 500 milles marins du site original de marquage (Kohler et al., 2002). Dans aucune des trois études par marquage, des maraîches n’ont été recapturées de l’autre côté de l’Atlantique, ce qui indique qu’il n’y a pas de mélange entre les populations du nord-ouest et du nord-est de l’Atlantique (MPO, 1999; Kohler et al., 2002). De même, les études par marquage menées dans le nord-est de l’Atlantique n’ont pas observé de recaptures d’individus du nord-ouest, ce dont on a conclu que les maraîches de ces deux zones constituent des populations distinctes (Stevens, 1990; Kohler et al., 2002).

Dans l’Atlantique Nord-Ouest, les données de marquage-recapture montrent qu’il n’y a qu’une population de maraîches, qui effectue d’importantes migrations annuelles, à partir du sud de Terre-Neuve et du golfe du Saint-Laurent et au moins jusqu’au Massachusetts (MPO, 1999; Campana et al., 1999). Campana et al. (2003) ont remarqué que les fluctuations intermensuelles de l’emplacement des pêches canadiennes à la maraîche sont le signe de migrations nord-sud le long de la côte est du Canada, reproductibles d’une année sur l’autre (figure 4). Entre janvier et février, les maraîches sont capturées dans le golfe du Maine, sur le banc Georges et sur le sud du plateau néo-écossais (Campana et al., 1999). Une analyse des données fournies par les observateurs des pêches révèle qu’elles sont présentes sur la lisière du plateau néo-écossais et dans les bassins océaniques au début du printemps (Joyce, 1999). Elles remontent vers le nord-est au cours du printemps, et on les retrouve au large de la côte sud de Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent en été et en automne (Campana et al., 1999). Les femelles gravides sont présentes de la fin de septembre à décembre inclusivement sur le plateau néo-écossais et dans la région des Bancs de Terre-Neuve (Jensen et al., 2002). Les femelles maraîches à maturité, qu’elles soient gravides ou non, sont rarement observées de janvier à juin dans les pêches canadiennes (Jensen et al., 2002); d’un autre côté, l’effort de pêche est limité pendant l’hiver. Les prises de fin d’automne suggèrent un retour vers le sud-ouest (Campana et al., 1999) mais, en général, les aires d’hivernage de la maraîche ne sont pas bien connues. On pense que les maraîches gagnent des eaux plus profondes à la fin de l’automne; d’ailleurs, on en a capturé en hiver au large de la plate-forme continentale, et dans des bassins profonds comme le bassin d’Émeraude et le golfe du Maine (O’Boyle et al., 1996). Les données de marquage fournissent des indices supplémentaires de ces déplacements saisonniers, en ce sens que les individus marqués dans la première moitié de l’année étaient généralement recapturés plus à l’est et au nord, et inversement pour ceux marqués dans la seconde moitié de l’année (Campana et al., 1999).

Les migrations saisonnières des maraîches semblent liées à la température et aux aires d’accouplement. La plupart des maraîches présentes dans les eaux canadiennes se rencontrent à des températures comprises entre 5 et 10 ºC, avec peu de variation sur l’année, ce qui donne à penser que les maraîches changent d’endroit pour rester dans cette plage thermique préférentielle (Campana et al., 2001). C’est après la mise bas, en mai et juin, que les maraîches à maturité commencent à migrer vers le nord en direction du Saint-Laurent et des Bancs de Terre-Neuve, où elles restent jusqu’à l’accouplement, à l’automne (Joyce, 1999).

La population de maraîches de l’Atlantique Nord-Ouest est située à cheval sur les zones économiques exclusives de 200 milles du Canada et des États-Unis, mais la plus grande partie de la zone d’occupation se trouve dans les eaux canadiennes. Les indications recueillies lors des études par marquage donnent à penser que la population de maraîches de l’Atlantique Nord-Ouest ne pourrait pas être renforcée par des individus provenant d’autres régions.

Figure 4. Localisation des captures par des navires côtiers et hauturiers entre janvier et juin et entre juillet et décembre de 1999 et 2000, montrant les variations saisonnières de la répartition de la maraîche. On voit aussi les histogrammes longueur-fréquence de la maraîche. Reproduit avec l’autorisation de Campana et al., 2001.

Figure 4. Localisation des captures par des navires côtiers et hauturiers entre janvier et juin et entre juillet et décembre de 1999 et 2000. (Voir description longue ci-dessous)

Description de la figure 4

Figure 4. Localisation des captures par des navires côtiers et hauturiers entre janvier et juin et entre juillet et décembre de 1999 et 2000, montrant les variations saisonnières de la répartition de la maraîche. On voit aussi les histogrammes longueur-fréquence de la maraîche. Reproduit avec l’autorisation de Campana et al., 2001.

  1. Palangriers, Classe de jauge : 1,2 et 3, Principale espèce capturée : maraîche, 391 sous-campagnes, 599 tonnes métriques indiquées.
  2. Palangriers, Classe de jauge : 1,2 et 3, Principale espèce capturée : maraîche, 60 sous-campagnes, 44 tonnes métriques indiquées.
  3. Palangriers, Classe de jauge : 4 et 5, Principale espèce capturée : maraîche, 297 sous-campagnes, 702 tonnes métriques indiquées.
  4. Palangriers, Classe de jauge : 4 et 5, Principale espèce capturée : maraîche, 113 sous-campagnes, 251 tonnes métriques indiquées.

Nutrition et interactions interspécifiques

La maraîche est essentiellement un piscivore opportuniste, qui se nourrit d’une grande diversité d’espèces pélagiques, épipélagiques et benthiques (Joyce et al., 2002). Compagno (2001) la décrit comme proverbialement vorace. L’examen du contenu stomacal de quelques individus de la baie de Fundy et du golfe du Maine capturés dans les années 1940 a révélé la présence de harengs, de gaspareaux, de maquereaux, de sébastes et de calmars (Scattergood, 1949, cité dans Scott et Scott, 1988). Une étude récente de six maraîches de l’Atlantique Nord-Ouest a montré que plus de 99 p. 100 (en volume) du contenu stomacal se composait de calmars, surtout IIlex illecebrosus (Bowman et al., 2000, cité dans Branstetter, 2002). L’étude la plus exhaustive sur la nutrition a examiné les contenus stomacaux de 1 022 maraîches, de taille allant de 85 à 264 cm, capturées entre février 1999 et janvier 2001 lors des activités canadiennes de pêche à la maraîche et d’une campagne scientifique menée dans l’Atlantique Nord-Ouest (Joyce et al., 2002). Dans l’ensemble, Joyce et al.(2002) ont trouvé des téléostéens (poissons osseux) dans la majorité des contenus stomacaux, où ils constituaient 91 p. 100 en poids de l’alimentation, les céphalopodes étant le deuxième groupe en importance, présents dans 12 p. 100 des contenus stomacaux. L’étude a identifié vingt-et-une espèces, appartenant à vingt familles différentes, dans l’alimentation de la maraîche (tableau 1). Parmi les téléostéens identifiés, c’était les cavalos, des poissons plats inconnus, des lompes et des morues franches qu’on trouvait le plus souvent et qui constituaient en poids la majeure partie de l’alimentation (Joyce et al., 2002). Par rapport aux autres Lamnidés, la maraîche se nourrit plus de céphalopodes et moins d’autres élasmobranches, et l’on n’a pas d’indication qu’elle mange des mammifères marins (Joyce et al., 2002). D’après un résumé de quatre études de la nutrition portant sur 115 contenus stomacaux, Cortes (1999) a estimé que la maraîche avait un niveau trophique de 4,2.

L’alimentation de la maraîche ne montre pas de différences significatives entre les sexes, mais en présente entre les juvéniles (<150 cm), les subadultes (150-200 cm) et les adultes (&gt;200 cm), ainsi que d’une saison à l’autre (Joyce et al., 2002). La maraîche semble devenir plus piscivore à mesure que sa taille augmente, les individus les plus gros étant capables de capturer de grands téléostéens et même de petits élasmobranches (Joyce et al., 2002). Les estomacs de maraîches adultes contenaient plus de poissons de fond et moins de céphalopodes et de poissons pélagiques que ceux des juvéniles et des subadultes. En fait, les maraîches adultes semblent préférer les poissons de fond, si l’on se base sur la contribution en pourcentage de ces derniers au poids du contenu stomacal. L’alimentation de la maraîche varie avec les déplacements saisonniers entre les eaux profondes et les eaux plus proches de la surface. Au printemps, quand la plus grande partie de la population est rassemblée sur le plateau néo-écossais, l’alimentation des juvéniles et des subadultes est surtout composée de poissons pélagiques et de céphalopodes, et celle des adultes de poissons de fond, de poissons pélagiques et de céphalopodes. À l’automne, le poids relatif des poissons pélagiques était considérablement plus bas, et celui des poissons de fond plus élevé, dans l’alimentation de toutes les classes d’âge (Joyce et al., 2002). Cette augmentation est attribuée à la migration dans les eaux moins profondes des Bancs de Terre-Neuve et du golfe du Saint-Laurent, où la gamme de proies disponibles inclut plus d’espèces benthiques (Joyce et al., 2002). 

Comportement et adaptabilité

Le comportement et la sociobiologie de la maraîche sont mal connus (Compagno, 2001). Sa taille, la rapidité de sa nage et sa répartition hauturière en eau profonde la rendent en effet difficile à étudier (Jensen et al., 2002), et la plus grande partie des données disponibles ont été recueillies dans un contexte de pêche. On sait que la maraîche pratique une ségrégation basée tant sur le sexe que sur la taille dans l’Atlantique Nord-Ouest (voir Déplacements et dispersion) et dans le nord-est (Compagno, 2001). Elle est généraliste dans son alimentation (Jensen et al., 2001). On peut la trouver seule, en bancs ou en groupes réunis pour se nourrir; elle peut se rapprocher des côtes et de la surface en été, mais passe l’hiver au large et sous la surface (Compagno, 2001).

Tableau 1. Espèces proies observées dans les contenus stomacaux de maraîches de l’Atlantique Nord-Ouest, regroupées par grandes catégories de proies (N : nombre d’organismes;  % P : pourcentage en poids; Fo : fréquence d’occurrence). D’après Joyce et al., 2002; les noms communs sont tirés de Collette et Klein MacPhee, 2002.
ClasseCatégorie de proie :
nom scientifique
Catégorie de proie :
nom commun
N% PFo
CrustacésChionecetes opiliocrabe des neiges
3
0,12
0,20
CéphalopodesIllex illecebrosusencornet nordique
186
5,41
11,84
Invertébrés non identifiés  
45
0,20
0,29
ÉlasmobranchesSqualus acanthiasaiguillat commun
14
3,61
0,59
Téléostéens pélagiques  
196
26,18
13,41
PoissonsAlepisaurus feroxcavalo féroce
97
16,47
8,02
PoissonsClupea harengushareng atlantique
42
6,20
3,42
PoissonsScomberesox saurusbalaou
3
0,40
0,20
PoissonsScomber scombrusmaquereau bleu
54
3,11
2,45
Poissons de fond  
466
42,56
11,45
Poissons de fondAmmodytes dubiuslançon du Nord
267
1,29
3,33
Poissons de fondAnarhichas lupusloup atlantique
3
3,27
0,29
Poissons de fondHemitripterus americanushémitriptère atlantique
1
0,89
0,10
Poissons de fondMyoxocephalus scorpiuschaboisseau à épines courtes
4
0,09
0,10
Poissons de fondCyclopterus lumpuslompe
51
11,76
3,13
Poissons de fondGadus morhuamorue franche
15
8,07
1,17
Poissons de fondMelanogrammus aeglefinusaiglefin
8
1,94
0,68
Poissons de fondMerluccius albidusmerlu blanc
4
0,85
0,29
Poissons de fondMerluccius bilinearismerlu argenté
16
0,93
0,20
Poissons plats inconnus  
88
12,43
2,64
PoissonsSebastes fasciatussébaste d’Acadie
9
1,05
0,59
Autres téléostéens  
19
0,99
1,17
PoissonsAnguilla rostrataanguille d’Amérique
3
0,77
0,29
AmphibiensArotopteus pharaoh 
1
0,12
0,10
Dragon inconnu  
1
0,08
0,10
Poisson-lanterne inconnu  
1
 
0,10
PoissonsNemichthys scolopaceusavocette ruban
1
 
0,10
PoissonsPetromyzon marinusgrande lamproie marine
12
0,02
0,49
Téléostéens non identifiés  
526
21,01
19,18
Totaux  
3817
100
48,63