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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la maraîche (Lamna nasus) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Cycle biologique et vulnérabilité à la surexploitation

Par rapport aux poissons osseux, les requins ont une productivité basse et donc une faible résilience à la pression de pêche. D’ailleurs, les pêches au requin se sont caractérisées par une augmentation des captures suivie d’un déclin rapide puis d’un effondrement des stocks (Ripley, 1946; Olsen, 1959; Parker et Stott, 1965; Holder, 1970), qui mettent des décennies à se rétablir, quand ils y arrivent (Anderson, 1990; Hoff et Musick, 1990). Le caractère chronique des effondrements des pêches au requin a conduit Holden (1973, 1974) et Walker (1998) à se demander si l’exploitation durable de ces espèces peut être envisagée. Walker (1998) est arrivé à la conclusion que les stocks de requins peuvent être exploités de façon durable et, s’ils sont soigneusement gérés, assurer une pêche très stable. Cependant, l’augmentation de l’exploitation des requins et de la demande en produits du requin observée à l’échelle mondiale dans les 20 dernières années a actuellement un impact négatif sur de nombreuses espèces de requins (Stevens et al., 2000; Baum et al., 2003).

Le cycle biologique de la maraîche est typique des espèces à la productivité très basse. La maraîche vient au dernier rang des catégories de productivité de l’American Fisheries Society (tableau 4), qu’il a été proposé d’utiliser dans le cadre d’un système de critères de risque d’extinction pour les poissons marins (Musick, 1999).

Le cycle biologique de la maraîche la rend très vulnérable à la surexploitation et limite sa capacité de rétablissement. Par exemple, comme l’abondance de la population et le recrutement sont étroitement couplés chez la maraîche, la surpêche du potentiel reproducteur, soit une réduction de la biomasse du stock reproducteur jusqu’au point où le recrutement est compromis, pourrait survenir rapidement (et cela semble avoir déjà été le cas) chez cette espèce. De plus, pour les requins à très basse productivité, comme la maraîche, Punt (2000) a fait la mise en garde que la biomasse et le taux de mortalité par pêche auquel le recrutement est insuffisant peuvent être très proches des taux où survient la dépensation et, à terme, l’extinction de la population. La compensation dépendante de la densité par augmentation de la fécondité ou de la survie des juvéniles, que l’on s’attend à observer dans des populations de poissons arrivées à des niveaux bas, sera très limitée chez la maraîche du fait de sa faible productivité. C’est pourquoi le rétablissement après la surexploitation pourrait prendre, et semble prendre, des décennies. L’histoire de la pêche à la maraîche témoigne de cette vulnérabilité de l’espèce à la surexploitation : une pêche intensive a partout appauvri en quelques années les stocks de maraîche (Castro et al., 1999).

Tableau 4. Paramètres du cycle biologique de la maraîche par rapport aux valeurs recommandées par l’American Fisheries Society comme paramètres de l’indice de productivité en tant que lignes directrices pour les espèces à très basse productivité.
Productivitér
(par année)
k de von BertalanffyParamètre
Fécondité (par année)
Âge à la maturitéÂge maximum
Espèce à très basse productivité
<0,05
<0,05
<10
>10 ans
>30 ans
Maraîche
0,05
  • Femelle : 0,061
  • Mâle : 0,08
4
  • Femelle : 13 ans
  • Mâle : 8 ans
29-46 ans

Exploitation dans l’Atlantique Nord-Ouest (de 1961 à 2002)

On cite souvent la surexploitation de la population de maraîche de l’Atlantique Nord-Ouest pour illustrer la vulnérabilité des requins à la surpêche. L’exploitation commerciale de la maraîche dans l’Atlantique Nord-Ouest a commencé en 1961 lorsque des navires norvégiens, qui avaient surpêché l’espèce dans le nord-est de l’Atlantique (Rae, 1962 in Castro et al., 1999), ont commencé des pêches exploratoires dans la population vierge au large de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Angleterre (Castro et al., 1999; MPO, 1999). Des navires des îles Féroé se sont joints à eux dans les années suivantes. Les débarquements déclarés de maraîche dans l’Atlantique Nord-Ouest sont passés de 1 924 t en 1961 à 9 281 t en 1964 mais, dès 1967, la flottille norvégienne avait presque disparu de la région et, en 1970, les prises étaient tombées à moins de 1 000 t en conséquence de l’effondrement de la pêche; la flottille a alors visé d’autres espèces et d’autres régions (figure 9; Castro et al., 1999; MPO, 1999).

Dans les deux décennies qui ont suivi l’effondrement, la population de maraîche n’est remontée qu’à environ 30 p. 100 de son effectif de 1961 (figure 6). Pendant cette période, les prises sont restées à des niveaux très bas (<500 t/an) (MPO, 1999), limitées uniquement par la très faible abondance de l’espèce, puisqu’il n’y avait pas de restriction à la pêche. Le rétablissement de la population a été faible mais, en fait, correspond à ce à quoi on peut s’attendre pour une espèce dont le taux maximal d’augmentation est estimé à 0,05. Comme on ne dispose pas d’information sur la taille et l’âge à la maturité de la maraîche dans les années 1960, il est impossible de déterminer si l’intense pression de pêche dans cette décennie a induit un changement génétique dans ces éléments du cycle biologique. La baisse de la taille et de l’âge à la maturité aurait aussi pu nuire au rétablissement de la population de maraîches.

Figure 9. Débarquements déclarés de maraîche dans l’Atlantique Nord-Ouest, par pays.

Figure 9. Débarquements déclarés de maraîche dans l’Atlantique Nord-Ouest, par pays.

Lorsque l’effort de pêche visant la maraîche a connu un regain en 1990, le niveau de la population était encore bas (figure 6). En 1992, les débarquements déclarés atteignaient presque 2 000 tm, en conséquence d’une augmentation de l’effort des unités féroéiennes et de l’entrée de navires canadiens dans la pêche (Joyce, 1999). Les bateaux féroïens ont cessé de pêcher dans la zone économique exclusive de 200 milles du Canada en 1994, et ils ont arrêté de pêcher la maraîche dans tout l’Atlantique Nord-Ouest. En 1994, la flottille canadienne se composait de trois navires hauturiers de pêche à la palangre pélagique et de plusieurs unités côtières (MPO, 1999). Depuis lors, la quasi-totalité des maraîches ont été le fait de bateaux canadiens, et les débarquements ont chuté d’un pic de 1 615 t en 1994 à 224 t en 2002.

À l’heure actuelle, dans l’Atlantique Nord-Ouest, les maraîches sont capturées essentiellement dans le cadre de la pêche commerciale dirigée canadienne à la palangre pélagique. Les maraîches sont généralement prises à une profondeur de 50 à 150 m, avec des calmars comme appât (Laboratoire de recherche sur les requins du Canada, 2003). Jusque dernièrement, la pêche canadienne a concentré ses efforts sur des maraîches largement immatures sur le plateau néo-écossais au printemps et sur de grandes maraîches surtout matures au large de Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent à l’automne (Campana et al., 2002a). La pêche était le fait de bateaux côtiers et hauturiers, qui ne mènent pas leurs activités au même endroit ni au même moment (MPO, 1999). Les deux flottilles exploitaient le plateau néo-écossais au printemps, la flottille hauturière se concentrant sur la bordure continentale et la flottille côtière travaillant sur une bonne partie de la plate-forme (MPO, 1999; Campana et al., 2002a). À l’automne, l’effort, minime, de la flottille côtière visait le plateau néo-écossais, et la majeure partie des captures étaient faites par la flottille hauturière dans le golfe du Saint-Laurent, au large du sud de Terre-Neuve et sur les Bancs de Terre-Neuve (MPO, 1999; Campana et al., 2002a). La pêche sportive est à peu près inexistante (MPO, 1999). Depuis 2002, la pêche d’automne est fermée sur les Bancs de Terre-Neuve (Divisions 4Vn et 3LNOP de l’OPANO) (MPO, 2002).

Bien que les autres prises de maraîches soient limitées, elles pourraient, du fait que l’espèce a une si faible abondance, contribuer de façon significative à la mortalité due à la pêche, et ne devraient pas être considérées comme négligeables. Dans les eaux canadiennes, les prises accessoires de maraîche par la pêche canadienne de l’espadon à la palangre, la pêche japonaise du thon à la palangre et diverses pêches côtières ont atteint une moyenne de 31 tm par an entre 1994 et 2000 (MPO, 1999; tableau 5). Aux États-Unis, les maraîches sont capturées dans une petite pêche dirigée au large de la Nouvelle-Angleterre, et comme prises accessoires dans les pêches du thon et de l’espadon à la palangre pélagique, où elles sont considérées comme une espèce-cible secondaire (tableau 5; NMFS, 2001). Les quotas de maraîche pour 2003 aux États-Unis sont de 92 tm, soit beaucoup plus que les débarquements des dernières années (NMFS, 2002). On ne connaît pas les prises des navires étrangers pêchant à l’extérieur des eaux canadiennes, mais on pense qu’elles sont faibles (MPO, 1999). Les prises accessoires dans les eaux internationales sont cependant mal surveillées. Bien que le programme japonais d’observation de la pêche à la palangre pélagique dans l’Atlantique ait enregistré la prise de six maraîches sur 55 lignes mères dans une région située au nord-est de la zone canadienne (Matsushita et Matsunaga, 2002), on ne peut pas estimer les captures totales sans connaître l’effort de pêche total.

Tableau 5. Débarquements de maraîche (tm) par la pêche dans les eaux canadiennes, total autorisé des captures (TAC) canadien de maraîche, débarquements de maraîche (tm) dans les eaux des États-Unis et internationales.
AnnéePêche dirigée à la palangreEaux canadiennes –
Prise accessoire avec espadon
Eaux canadiennes –
Prise accessoire avec thon
Eaux canadiennes –
Autres prises accessoires
Eaux canadiennes
Déclaré comme « autres requins »
TotalTACEaux des États-UnisEaux internationales
1991
329
0
0
0
185
514
-
?
?
1992
805
0
0
9
171
985
-
?
?
1993
912
0
0
8
178
1098
-
?
?
1994
1551
9
2
18
263
1844
-
?
?
1995
1313
21
0
15
151
1500
(1500)
?
?
1996
1024
6
1
24
87
1142
(1500)
?
?
1997
1295
6
0
40
(129)
1341
1000
2
?
1998
1020
8
0
28
(108)
1056
1000
9
?
1999
930
2
1
23
(80)
956
1000
2
?
2000
888
2
1
8
(75)
899
850
2
?
2001
?
?
?
?
?
498
850
<1
?
2002
?
?
?
?
?
224
250
?
?

Source : Campana et al., 2001; Laboratoire de recherche sur les requins du Canada, 2003; Cortes, 2002b; NMFS, 2003.

Notes : Les requins pélagiques déclarés jusqu’en 1996 comme « autres requins » sont présumés être des maraîches, et ont donc été inclus dans le calcul du total des débarquements de maraîche dans les eaux canadiennes.

Les quotas de 1995 et 1996 n’étaient pas restrictifs.

Les taux d’exploitation des maraîches par la pêche canadienne dans les années 1990, estimés à l’aide de trois méthodes différentes (modèle à structure par âge et sexe, méthode des Z de Paloheimo, et marquage-recapture), ont été jugés plusieurs fois supérieurs à la FMSY  (estimée à partir du modèle structuré par âge et sexe à = 0,046; figure 10). Le modèle de la dynamique de la population structuré par âge et sexe estimait que les taux d’exploitation en 2000 se situaient entre = 0,14 et 0,16 pour les maraîches d’âge 2, entre 0,21 et 0,25 pour les individus d’âge 5, et à 0,26 pour ceux d’âge 8 (passe de référence; passe 5; tableau 3). Les estimations des autres passes du modèle étaient soit semblables soit plus élevées (tableau 3). La méthode des Z de Paloheimo, qui estime le taux instantané de mortalité totale sur la base de la réduction, entre années consécutives, des captures selon l’âge d’une cohorte (Ricker, 1975), suggère, pour la période de 1998 à 2000, une mortalité due à la pêche de 0,22 pour les maraîches immatures sur le plateau néo-écossais et 0,18 pour les maraîches d’âges 9 à 12/13 dans la pêche de Terre-Neuve-golfe du Saint-Laurent (lorsqu’on n’intègre aucune incertitude dans les estimations ni dans la mortalité naturelle) (Campana et al., 2001). Les calculs de Peterson sur les données de marquage-recapture des études canadiennes et américaines, ajustées en fonction de la sélectivité selon l’âge, estimaient que la mortalité survenue de 1994 à 2000 se situait entre 5 et 20 p. 100, avec une moyenne de ~11 p. 100 (Campana et al., 2001, 2002). Les estimations issues de la dernière méthode pourraient être moins fiables, étant donné le petit nombre de recaptures d’individus marqués et l’hypothèse que la mortalité des individus marqués, les pertes de marques et le taux de déclaration des marques sont inconnus. Malgré l’incertitude entachant le F précis de chaque estimation et d’une estimation à l’autre, il est cependant clair que la mortalité des maraîches due à la pêche au cours des années 1990 était bien supérieure à FMSY.

Comme on pouvait s’y attendre, cette récente mortalité due à la pêche a entraîné une baisse rapide de la population de maraîche de l’Atlantique Nord-Ouest, ramenant son abondance à un minimum record (figure 6). Lorsque la pêche à la maraîche a augmenté dans les années 1990, le ministère des Pêches et des Océans a tenté d’agir de manière préventive et fixé des quotas bas, mais les données biologiques nécessaires pour faire des évaluations quantitatives du stock n’étaient pas disponibles au départ (voir Protection actuelle). C’est pourquoi les quotas fixés dans les années 1990 ne pouvaient pas reposer sur des estimations de l’abondance des stocks, mais ont été basés sur les niveaux de prise historiques (O’Boyle et al., 1998). À mesure que de nouvelles données ont été recueillies, il est devenu clair que la mortalité par pêche était trop élevée et, dans chaque plan de gestion subséquent, les quotas de maraîche ont dû être abaissés (tableau 5). De plus, les quotas, qui étaient déjà trop élevés durant la totalité des années 1990, ont été dépassés par les débarquements en 1997, 1998 et 2000. Les niveaux d’exploitation et mesures de gestion actuels seront respectivement abordés plus bas dans les sections Aperçu et Gestion au Canada.

Autres facteurs

Même si la cause première du déclin de la maraîche dans l’Atlantique Nord-Ouest est presque sans aucun doute la surexploitation, il faudrait prendre en considération d’autres facteurs qui ont contribué à ce déclin. Par exemple, les baisses des populations de poissons de fond, qui composaient plus de 40 p.100 de l’alimentation de la maraîche dans les années 1990 (tableau 2), ont pu aggraver le déclin au cours de cette période. Il est cependant peu probable que la disponibilité de nourriture soit un facteur limitatif significatif pour la maraîche, étant donné la grande diversité de son alimentation et le fait que la population a été en rétablissement jusqu’à l’augmentation des captures dans les années 1990. Il n’y a pas d’indication que d’autres facteurs (comme le changement climatique) aient contribué au déclin de la maraîche.

Figure 10. Estimations des valeurs récentes de la mortalité instantanée par pêche (F) issues du modèle de la dynamique de la population structuré par âge et par sexe, des Z de Paloheimo, et des calculs de Peterson sur les données de marquage, avec la plage d’incertitude approximative. Toutes les estimation de F sont supérieures à FMSY (ligne tiretée). Reproduit avec l’autorisation de Campana et al., 2001.

Figure 10.  Estimations des valeurs récentes de la mortalité instantanée par pêche (F) issues du modèle de la dynamique de la population structuré par âge et par sexe, des Z de Paloheimo, et des calculs de Peterson sur les données de marquage, avec la plage d’incertitude approximative. Toutes les estimation de F sont supérieures à FMSY (ligne tiretée). Reproduit avec l’autorisation de Campana et al., 2001.

Aperçu

À la lumière de l’évaluation du stock de maraîche effectuée en 2001 (Campana et al., 2001), un plan de gestion a été mis en place pour la période de 2002 à 2007, dans lequel le quota a été ramené à 250 t par an (200 t pour la pêche dirigée, la combinaison des prises directes et des prises accessoires ne devant pas dépasser 250 t; MPO, 2002). Bien que la population ait pu se rétablir quelque peu dans les années 1970 et 1980 malgré des captures plus élevées (~350 t par an), les quotas actuels correspondent à une mortalité par pêche, F, plus grande qu’à cette époque, parce que l’abondance était alors substantiellement plus élevée que maintenant. En fait, avec une abondance aussi basse que l’est actuellement celle de la maraîche, même des captures faibles en valeur absolue peuvent correspondre à un taux d’exploitation élevé. L’autre élément préoccupant est le très faible effectif de maraîches matures dans la population.

On présume que le présent quota de maraîche, 200 à 250 t, correspond environ à FMSY (Campana, 2003). La valeur de FMSY a été estimée, à partir d’une analyse par table de survie, à 0,04 dans une hypothèse de croissance logistique. En prenant la moyenne des estimations de la mortalité par pêche fournies pour les années 1990 par les trois méthodes décrites plus haut, = 0,20, et des captures moyennes au cours de cette période, soit de 1000 t par an, le quota actuel a été calculé pour correspondre à FMSY , soit = 0,20/5 = 0,04, donc 1000 t/5=200 t. Il y a dans l’estimation de FMSY et du quota plusieurs sources d’incertitude qui en limitent la précision. L’incertitude entachant les paramètres utilisés dans l’analyse par table de survie, surtout la mortalité naturelle, pourrait affecter significativement les résultats (Cortes, 2002a), et devrait être examinée (p. ex. au moyen d’une analyse de sensibilité). Il faudrait aussi examiner les implications de l’incertitude quant à la mortalité par pêche. Les différentes estimations de la mortalité par pêche ont été moyennées, mais Quinn et Deriso (1999) déconseillent de prendre des valeurs intermédiaires, étant donné l’incertitude due aux différences entre les ensembles de données ou les méthodes. Si la mortalité par pêche est en fait supérieure à 0,20, comme le suggère l’estimation issue du modèle structuré par âge et par sexe, le quota actuel serait une surestimation. Dans le calcul du quota, on suppose que la population était à l’équilibre sur les périodes considérées, alors qu’en fait elle était en déclin (figure 6). Par conséquent (toutes autres choses étant égales par ailleurs), un quota correspondant à 4 p.100 de la population du milieu des années 1990 (= 200 t) serait supérieur en valeur absolue à un quota de 4 p. 100 de la population actuelle, qui est plus petite. Par exemple, si la biomasse actuelle est de 4409 t (tableau 3), le quota pour F = 0,04 serait d’environ 175 t. En outre, l’analyse par table de survie utilisait un régime de sélectivité composite (pour les deux régions du golfe de Terre-Neuve et du plateau néo-écossais), mais la pêche n’est maintenant ouverte que sur cette dernière. Enfin, l’analyse par table de survie est une méthode d’évaluation déterministe qui ne fait pas intervenir de stochasticité démographique ou environnementale, ce qui peut avoir une incidence significative sur la persistance de populations à faible abondance (Lande, 1993).

Pour diverses raisons, une récolte à un niveau de mortalité par pêche de FMSY, qui devrait généralement amener une population vers son niveau le plus productif BMSY (Quinn et Deriso, 1999), est trop élevée pour la maraîche. D’abord, il y a relativement peu de populations de poissons pour lesquelles on dispose d’estimations de la production maximale équilibrée (MSY) et de la FMSY assez précises pour être utilisables dans la gestion de l’espèce (Quinn et Deriso, 1999). Les incertitudes déjà mentionnées quant à l’estimation de la FMSY de la maraîche et au calcul du quota actuel indiquent que c’est le cas ici. Deuxièmement, Quinn et Deriso (1999) suggèrent que, pour les populations dont l’abondance est inférieure à un certain seuil (on recommande souvent 20 p. 100, donc plus haut que l’estimation de l’effectif actuel de maraîche), la mortalité due à la pêche devrait être réduite ou éliminée. Troisièmement, à sa faible abondance actuelle, la population de maraîche pourrait connaître une dépensation (effets d’Allee). Punt (2000) a montré que, dans les populations de requins subissant une dépensation, la valeur de Fcrash, taux de mortalité par pêche à laquelle la population s’éteint, se rapproche de FMSY.

Les mesures de gestion de la maraîche mises en place à la lumière de l’évaluation du stock de 2001 (p. ex. réduction du quota, MPO, 2002) ne sont pas en vigueur depuis assez longtemps pour qu’on puisse déterminer si elles auront un effet positif démontrable sur la population. Même si, dans le plus récent rapport sur la maraîche du ministère des Pêches et des Océans, on indique que l’important abaissement des quotas de capture permettra à la population de se rétablir (Campana et al., 2003), ces déclarations sont prématurées, et peu fondées si l’on considère les incertitudes évoquées plus haut. De même, le commentaire du MPO selon lequel le déclin de la maraîche aurait été enrayé et est réversible est lui aussi prématuré (Campana et al., 2003). En fait, la trajectoire de la biomasse issue du modèle structuré par âge et par sexe ne donne pas d’indication que le déclin de l’abondance de l’espèce ait pris fin (figure 6). À l’heure actuelle, il n’est même pas certain que les déclins soient réversibles. Des recherches récentes ont clairement montré que les réductions de la mortalité par pêche, bien que nécessaires, ne sont pas toujours suffisantes pour permettre à une population de se rétablir (Hutchings, 2001).