Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Rorqual boréal (Balaenoptera borealis) au Canada

Résumé

Rorqual boréal
Balaenoptera borealis

Information sur l’espèce

Le rorqual boréal (Balaenoptera borealis) vient au troisième rang en taille dans la famille des balaenoptéridés, après le rorqual bleu (B. musculus) et le rorqual commun (B. physalus). Le nom anglais, « sei whale », résulte de l’anglicisation du mot « sejhval », donné par les baleiniers norvégiens en raison de l’arrivée simultanée dans les eaux de la Scandinavie du rorqual boréal et de la « seje », ou goberge (Pollachius virens) (Andrews, 1916).

Le rorqual boréal est gris, avec une zone blanche sur le ventre et les flancs, qui part du menton et va jusqu’à l’ombilic et qui varie d’un individu à l’autre. Cette zone peut paraître mouchetée et être marquée de cicatrices circulaires grises ou blanches, causées par divers prédateurs ou parasites (Andrews, 1916; Ivashin et Golubovsky, 1978), des lamproies (Pike, 1951; Rice, 1977) ou des squalelets féroces (Schevchenko, 1977). La nageoire dorsale est longue et mince; elle se trouve plus vers l’avant du corps que chez le rorqual bleu et le rorqual commun (Andrews, 1916). Les fanons sont plus fins chez le rorqual boréal que chez les autres rorquals; ils constituent donc un caractère fiable pour l’identification de l’espèce (Mead, 1977).

Dans les eaux tropicales, le rorqual boréal est difficile à distinguer du rorqual de Bryde (B. brydei); dans les eaux tempérées, il est difficile à distinguer du rorqual commun. Cette confusion potentielle entre le rorqual boréal et le rorqual commun vaut d’être notée étant donné qu’elle peut influer sur nos connaissances de la répartition et de la taille des populations de l’espèce au large des côtes canadiennes.

Répartition

Le rorqual boréal vit dans tous les océans et effectue des migrations saisonnières, depuis les aires d’hivernage des basses latitudes jusqu’aux aires d’alimentation des hautes latitudes. On ne connaît pas bien l’emplacement des aires d’hivernage (Perry et al., 1999), mais on sait que la répartition estivale du rorqual boréal au sein des aires d’alimentation varie considérablement d’une année à l’autre (Andrews, 1916; Jonsgård et Darling, 1977; Waring et al., 2001). L’espèce fréquente généralement des eaux plus tempérées que les autres rorquals (Mizroch, 1984; Horwood, 1987).

Des faits probants indiquent la présence d’au moins trois stocks de rorquals boréaux (ouest, centre et est) dans le Pacifique (Masaki, 1977). Dans les eaux du Canada atlantique, le stock de la Nouvelle-Écosse est présumé être séparé du stock de l’est de l’Atlantique Nord (IWC, 1977). Par contre, les preuves d’un second stock dans l’Atlantique canadien – le stock du Labrador – ne sont pas concluantes.

Un seul rorqual boréal a été aperçu dans l’est du Pacifique Nord ces dernières années (Perry et al., 1999). Par contre, on voit régulièrement des individus de l’espèce au large du littoral atlantique. Des relevés du NMFS ont découvert des concentrations de rorquals boréaux le long de l’extrémité sud du banc Georges, dans le chenal Nord-Est (Waring et al., 2001). Dans les eaux canadiennes, des rorquals boréaux sont régulièrement observés pendant la réalisation de relevés sur la plate-forme Néo-Écossaise. La difficulté à distinguer le rorqual boréal du rorqual commun peut expliquer le nombre très peu élevé d’observations dans l’est du Pacifique Nord.

Habitat

Le rorqual boréal utilise principalement les habitats pélagiques et vit surtout en eau profonde. Dans le nord-ouest de l’Atlantique, il semble se tenir au bord de la plate-forme continentale (Hain et al., 1985). La principale caractéristique de l’aire d’alimentation du rorqual boréal est probablement les fortes concentrations pélagiques de zooplancton, en particulier de copépodes. Les caractéristiques des aires de reproduction sont inconnues.

Biologie

L’espèce atteint la maturité sexuelle entre 5 et 15 ans. La taille moyenne d’un adulte est de 15 m de long, et le poids moyen, de 19 tonnes (Horwood, 1987). Le rorqual boréal peut vivre jusqu’à 60 ans (Lockyer, 1974). Le plus rapide des rorquals, il peut atteindre des pointes dépassant les 30 nœuds sur de courtes distances (Andrews, 1916). Le rorqual boréal s’accouple et met bas aux basses latitudes, après une période de gestation estimée à 10 à 12 mois (Masaki, 1976). L’intervalle entre les mises bas varie entre 2 et 3 ans, et les petits sont sevrés dans l’aire d’alimentation avant la migration automnale. Ces données indiquent une période d’allaitement d’environ 6 mois. Dans les deux hémisphères, les migrations sont fonction de l’âge, du sexe et des conditions de reproduction (Gambell, 1968; IWC, 1977; Gregr et al., 2000). Le rorqual boréal adopte diverses stratégies d’alimentation, ce qui lui permet d’avoir un régime alimentaire plus généraliste que les autres balaenoptéridés et explique probablement les différences dans la composition de son régime selon les océans.

Taille et tendances des populations

Les meilleures estimations de la taille des populations, encore citées aujourd’hui, varient entre 7 260 et 12 620 pour tout le Pacifique Nord (Tillman, 1977) et entre 1 393 et 2 248 pour l’ouest de l’Atlantique (Mitchell et Chapman, 1977). Elles sont principalement fondées sur les données concernant les captures par unité d’effort (CPUE) recueillies à l’époque de la chasse commerciale à la baleine. En raison du manque de données contemporaines, aucune estimation récente de l’abondance ni aucune donnée sur les tendances des populations ne sont disponibles pour le rorqual boréal, pas plus dans l’est du Pacifique Nord que dans le nord-ouest de l’Atlantique. Pendant la chasse commerciale à la baleine, un millier de rorquals boréaux ont été tués par les stations baleinières de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse, et au moins 4 002 individus ont été tués au large de la Colombie-Britannique.

Facteurs limitatifs et menaces

Les facteurs qui pourraient limiter le rétablissement du rorqual boréal sont notamment la compétition interspécifique, les maladies et les stress d’origine anthropique. L’espèce, réputée être porteuse d’endoparasites et d’ectoparasites, est sensible à une infection causant la chute des fanons (Andrews, 1916; Rice, 1974, 1977). L’ampleur de cette infection de nos jours est inconnue.

On ne connaît pas le degré de compétition entre le rorqual boréal et les autres espèces de baleines, mais les compétiteurs les plus probables sont le rorqual commun et les baleines franches, ces trois espèces étant sympatriques et ayant des régimes alimentaires semblables. Toutefois, étant donné le déclin global de tous les stocks de baleines ainsi que les habitudes polyphages du rorqual boréal, il est peu probable que la compétition interspécifique soit actuellement un facteur limitatif. Par contre, la compétition avec les poissons planctonophages pourrait être un facteur limitatif chez tous les balaenoptéridés (Payne et al., 1990; Trites et al., 1999).

Parmi les menaces anthropiques figurent les collisions avec des bateaux, l’interaction avec les engins de pêche ainsi que la pollution acoustique et chimique (Clapham et al., 1999). On a signalé très peu de collisions avec des bateaux, mais c’est peut-être parce qu’elles ne sont pas détectées vu les habitudes pélagiques du rorqual boréal. De manière semblable, bien que l’on n’ait rapporté sur aucune des deux côtes de mortalité ou de blessures liées aux pêches ni de problèmes avec les engins (Perry et al., 1999; Carretta et al., 2001), la pêche hauturière aux filets dérivants peut constituer une menace (Barlow et al., 1997).

Les effets aigus et chroniques de la pollution acoustique et de la pollution chimique sur le rorqual boréal ne sont pas bien étudiés. Les réactions au bruit des bateaux semblent dépendre du comportement des animaux et du bateau qui approche (Perry et al., 1999). La dégradation des habitats résultant de l’exposition chronique à des stress acoustiques et chimiques peut présenter les plus grands dangers pour l’espèce.

Importance de l’espèce

Comme le rorqual boréal se trouve rarement près des côtes, il n’est pas la principale cible des activités d’observation des baleines. Pareillement, en raison de sa répartition hauturière, il n’a jamais joué un rôle dans la vie des groupes autochtones, sauf peut-être de manière intermittente dans l’est du Pacifique Nord. Néanmoins, l’espèce joue probablement un rôle écologique important.

Protection actuelle et autres désignations

L’Union mondiale pour la nature (UICN) a désigné le rorqual boréal « menacé d’extinction » en raison du déclin important et rapide de ses populations et de la réduction de son aire de répartition causée par l’exploitation au XXe siècle (de 1960 à 1986). La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) cite le rorqual boréal dans son Annexe I, la catégorie des espèces menacées d’extinction. Par ailleurs, les stocks de la Nouvelle-Écosse et ceux de l’est du Pacifique Nord sont considérés comme en danger aux termes de la United States Endangered Species Act. La Commission baleinière internationale (CBI ou IWC) a, quant à elle, classé ces deux stocks dans la catégorie « protégé ». Cette désignation interdit la chasse commerciale, mais pas la chasse aux fins de collecte de données scientifiques.

Au Canada, la Loi sur les pêches et le Règlement sur les mammifères marins interdisent de perturber les mammifères marins, sauf à des fins de chasse, pour laquelle un permis est requis. Aucune aire de répartition du rorqual boréal n’est actuellement protégée dans les eaux canadiennes.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)*
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est expoée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)**
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)***
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)****
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.
** Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
*** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
**** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.