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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Rorqual boréal (Balaenoptera borealis) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Des facteurs généraux pouvant influer sur les populations de mysticètes sont analysés par Clapham et al. (1999); ils touchent notamment l’interaction avec les pêches, les collisions avec les bateaux, la chasse à la baleine, la pollution, les maladies et la dégradation de l’habitat. Cependant, aucun facteur propre à l’espèce ne limite le rétablissement du rorqual boréal, et les menaces auxquelles il est exposé sont indirectes.

Sur le littoral atlantique, où le trafic maritime constitue une sérieuse menace pour d’autres espèces de cétacés, une seule collision entre un rorqual boréal et un bateau a été signalée (Waring et al., 2001). Toutefois, en raison de la nature pélagique de l’espèce, il se peut qu’il y ait sur les deux côtes des collisions non détectées avec des bateaux. Sur les deux côtes, on ne rapporte aucun cas de mortalité ou de blessures liées aux pêches ni de problèmes avec les engins (Perry et al., 1999; Waring et al., 2001). Par contre, la pêche hauturière aux filets dérivants peut présenter une menace (Barlow et al., 1997).

La perturbation acoustique et la perte d’habitat sont de plus en plus préoccupantes pour toutes les espèces de cétacés. On comprend cependant peu les effets de la pollution acoustique sur les rorquals. Les sources de pollution acoustique sont entre autres le trafic maritime, les bateaux de course récréatifs, les sonars, les activités industrielles et militaires et la thermographie acoustique (Gordon et Moscrop, 1996). L’effet du bruit des bateaux semble dépendre du comportement des animaux et du bateau qui approche (Perry et al., 1999). On rapporte que le rorqual boréal affiche davantage un comportement d’évitement que le rorqual commun quand il est approché (Gunther, 1949, cité dans Perry et al., 1999).

Les bruits aigus intermittents produits par les activités minières et les exercices militaires déclenchent probablement une réaction d’évitement. À des niveaux assez élevés, ils peuvent même causer la mort chez certaines espèces (Gordon et Moscrop, 1996). On a démontré que des bruits chroniques, par exemple ceux provenant des plates-formes pétrolières, suscitent une réaction d’évitement chez les cétacés et les incitent à modifier leur utilisation de l’habitat (Gordon et Moscrop, 1996; Schick et Urban, 2000). Les récentes activités d’exploitation pétrolière ainsi que l’exploitation potentielle des réserves dans les eaux du Canada atlantique (sur la plate-forme Néo-Écossaise, les Bancs de Terre-Neuve et le sud de la plate-forme continentale du Labrador) peuvent par conséquent dégrader l’habitat utilisé par le stock de la Nouvelle-Écosse.

Les facteurs pouvant limiter la persistance et le rétablissement du rorqual boréal sont principalement indirects et reflètent en fait l’état global des océans. Parmi ces facteurs figurent la bioaccumulation des substances toxiques et la compétition interspécifique pour des proies. Bien que les substances chimiques immunotoxiques semblent généralement poser un risque pour les mammifères marins (Ross, 2002), O’Shea et Brownell (1994) ont conclu que rien ne prouve que la contamination par les métaux et les organochlorés exerce réellement des effets toxiques sur les mysticètes, principalement en raison du fait qu’ils se nourrissent d’organismes de niveaux trophiques inférieurs.

La plus grande menace est sans doute le remplacement potentiel dans l’écosystème des grands mysticètes par des stocks écologiquement équivalents de poissons(Payne et al., 1990). Cette question a pour la première fois été étudiée dans la mer de Béring. L’étude a révélé que certaines espèces de poissons sont d’importants compétiteurs des cétacés (Trites et al., 1999).

On ne sait pas dans quelle mesure le rorqual boréal continue de souffrir de chute des fanons ou d’infections parasitaires. Certaines données sur la mortalité peuvent être recueillies en examinant des individus échoués; toutefois, il existe actuellement très peu de données. La contribution de ces infections à la mortalité naturelle de l’espèce peut augmenter si le système immunitaire est compromis par d’autres facteurs, notamment l’accumulation de substances toxiques.

Le rorqual boréal fréquente des habitats relativement isolés, ce qui pourrait réduire certaines des menaces auxquelles il est exposé. Néanmoins, la perte d’habitat due à la compétition avec les pêches commerciales, au bruit et au trafic des bateaux ou à la prospection sismique ne doit pas être écartée.