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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la lasthénie glabre (Lasthenia glaberrima) au Canada

Biologie

 Peu de données ont été publiées sur la biologie du Lasthenia glaberrima, si on exclut la description taxinomique du genre publiée par Ornduff (1966). Sauf indication contraire, l’information présentée ci-dessous repose sur les données inédites recueillies sur le terrain par Matt Fairbarns.

Cycle vital et reproduction

Le Lasthenia glaberrima est une plante annuelle à vie courte. Les graines germent à partir d’avril jusqu’au début de mai. En dépit de nombreuses visites du site en 2003, 2004 et 2005, aucune plantule n’a été observée plus tard qu’en mai. Ornduff (1966) mentionne que chez certaines espèces de Lasthenia, toutes les graines viables germent après un arrosage abondant et ne constituent donc pas de réservoir de longue durée.

La floraison commence au début de mai et atteint son apogée au plus tard à la mi-mai. À la différence de la plupart des Lasthenia, l’espèce est autogame (Chan, comm. pers., 2005; Ornduff, 1966), ce qui explique probablement les rayons réduits des fleurs. La dispersion des akènes s’observe à partir de la mi-mai, et, à la fin juin, la plupart des individus ne portent plus d’akènes. L’espèce produit généralement plusieurs inflorescences, les individus de petite taille en produisant parfois seulement une ou deux. Chez les individus matures, la plupart des capitules produisent de nombreux akènes qui parviennent à maturité.

La plante continue de croître jusqu’à ce que la sécheresse estivale entraîne son dépérissement. La mortalité survient normalement à la fin mai ou en juin, et les pluies estivales semblent trop rares pour pouvoir provoquer un regain de croissance végétative, la floraison et la fructification.

Herbivores

Aucun cas de dommages causés au Lasthenia glaberrima par des herbivores n’est répertorié, et aucun dommage foliaire attribuable à des herbivores n’a été observé au cours des nombreuses visites de la population canadienne de l’espèce effectuées en trois ans. Cependant, en 2005 et 2006, des capitules ont été broutés.

Physiologie 

Le Lasthenia glaberrima survit à la sécheresse de l’été et au froid de l’hiver sous forme de graines. Comme chez de nombreuses autres espèces annuelles de Lasthenia, la plante meurt probablement avant le milieu de l’été même si on ne cesse de l’arroser (Ornduff, 1966).

Dispersion

Il est peu probable que l’aigrette favorise la dispersion des akènes par le vent; elle sert probablement plutôt à attacher les akènes au pelage de mammifères (Ornduff, 1966). Une étude du Lasthenia californica, qui produit des akènes à aigrette semblables à ceux du L. glaberrima, a montré qu’une petite proportion seulement des akènes est dispersée par des mammifères. Chez le L. californica, un courant d’air ou un petit coup sur la plante suffisent à détacher les akènes mûrs. Ceux-ci ne se dispersent pas à très grande distance; ils tombent au pied de la plante mère ou se prennent dans des touffes de graminées poussant à proximité (Rajakaruna et Bohm, 1999). Le L. glaberrima est néanmoins l’une des espèces les plus répandues du genre, et on peut penser que son mode de fécondation autogame et l’aigrette écailleuse de ses akènes ont joué un rôle primordial dans sa répartition.

Relations interspécifiques

On ne connaît aucune relation interspécifique qui pourrait accroître le risque que le Lasthenia glaberrima disparaisse du Canada.

Adaptabilité

Le Lasthenia glaberrima est bien adapté aux fortes fluctuations saisonnières du régime hydrique des mares printanières formées dans la roche. L’espèce tolère l’état de saturation en eau du sol au moment de la germination de ses graines et au début de sa croissance, condition limitant la croissance des espèces vivaces qui partagent son habitat. Au début de sa croissance, la plante est submergée, ses entre-nœuds sont courts, et ses feuilles sont longues et flasques. Les ramifications inférieures peuvent être distantes et former des tissus corticaux aérenchymateux en réponse au manque d’oxygène du milieu. La tolérance de la plante à l’inondation lui permet de croître rapidement et d’atteindre la maturité avant la sécheresse estivale. Lorsque la mare s’assèche, les tiges aériennes croissent rapidement. Leurs entre-nœuds sont généralement plus longs, et les feuilles sont plus courtes et plus rigides. Le L. glaberrima survit à la longue période de sécheresse intense de l’été, caractéristique des mares printanières, grâce à ses graines enfouies dans le sol. Comme de nombreuses autres espèces annuelles des mares printanières, les Lasthenia affichent une grande variation selon les fluctuations des précipitations, fleurissant et produisant des graines dans des circonstances très variables. Dans une même localité, les plantes peuvent avoir une taille réduite et produire peu de feuilles et de capitules durant les années sèches, tandis qu’elles sont énormes et très ramifiées durant les années plus favorables. En règle générale, les plantes produisent un unique capitule terminal au début de la période de floraison puis produisent d’autres capitules sur les ramifications latérales si le milieu demeure humide. Paradoxalement, durant les années sèches (alors que les plantes ont tendance à avoir une taille très réduite), le nombre d’individus peut être très élevé alors que leur biomasse et leur production de graines peuvent être nettement en deçà des niveaux atteints durant les années pluvieuses. La taille des plantes varie par ailleurs fortement selon la densité de la population (Ornduff, 1966).

Aucune expérience de transplantation n’a été tentée. Comme il s’agit d’une espèce annuelle à racine pivotante ayant des exigences écologiques particulières, les chances de réussir la transplantation de plants de source horticole sont faibles.