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Naseux de Nooksack (Rhinichthys sp.)

Évaluation et Rapport
de situation du COSEPAC

sur le

naseux de Nooksack

Rhinichthyssp.

au Canada

naseux de Nooksack

texte:Espèce en voie de disparition 2000

COSEPAC logo

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l'information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer l'auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l'évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l'évolution du rapport de situation sont requis. 

COSEPAC. 2000. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le naseux de Nooksack (Rhinichthys sp.) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.Ottawa. vii + 9 p.

(http://www.registrelep-sararegistry.gc.ca/sar/assessment/status_f.cfm).

McPHAIL, J.D. 1996. Rapport de situation du COSEPAC sur le naseux de Nooksack (Rhinichthys sp.) au Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. Pages 1-9.

Note de production :

Veuillez remarquer que le statut proposé à la section « Évaluation et statut proposé » du rapport peut différer de la dernière désignation assignée à l’espèce par le COSEPAC.

 

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC

a/s Service canadien de la faune

Environnement Canada

Ottawa (Ontario)

K1A 0H3

Tél. : (819) 997-4991 / (819) 953-3215

Téléc. : (819) 994-3684

Courriel : COSEWIC/COSEPAC@ec.gc.ca

http://www.cosepac.gc.ca

Also available in English under the title COSEPAC Assessment and Status Report on the Nooksack Dace Rhinichthys sp in Canada.

Illustration de la couverture :

Naseaux de Nooksack -- Fournie par l’auteur.

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2004.

No de catalogue CW69-14/70-2002F-IN

ISBN o-662-87577-X

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COSEPAC Sommaire de l’évaluation

 

Sommaire de l’évaluation –Mai 2000

Nom commun : Naseux de Nooksack

Nom scientifique :Rhinichthys sp.

Statut : Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation : Cette espèce a une aire de répartition limitée au Canada et connaît un déclin important en raison de la perte et de la détérioration de l’habitat.

Répartition : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1996. Réexamen et confirmation du statut en mai 2000. Dernière évaluation fondée sur un rapport de situation existant.


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COSEPAC Résumé du Rapport de situation 1996

Naseux de Nooksack

Rhinichthyssp.

Description 

Le naseux de Nooksack est un cyprinidé de petite taille (longueur standard pouvant atteindre 105 mm environ) largement répandu dans les rivières et les ruisseaux aux eaux limpides et relativement vives de l’ouest du Washington et du sud‑ouest de la Colombie-Britannique. C’est un poisson mince à museau dépassant nettement la bouche, à dos profilé et à ventre aplati. L’adulte a la partie supérieure du corps vert grisâtre, avec une bande de couleur bronze terne juste au‑dessus de la ligne latérale. Les flancs sont blanchâtres à partir de la ligne latérale et deviennent progressivement blanc argenté, comme le ventre. Souvent, les flancs portent des mouchetures foncées, et on distingue une bande noire devant les yeux. La coloration n’est pas très différente d’un sexe à l’autre. Les nageoires pectorales sont cependant visiblement plus longues et plus foncées chez le mâle que chez la femelle. Les juvéniles ont une rayure noire nette au milieu du flanc, qui va depuis le museau jusqu’à une tache sombre et diffuse à la base de la queue.

Répartition 

Le naseux de Nooksack se rencontre dans l’ouest du Washington ainsi qu’au Canada, où il est confiné aux tributaires de la Nooksack, dans la vallée du bas Fraser, en Colombie-Britannique.

Taille et tendances des populations 

Bien que la répartition du naseux de Nooksack au Canada soit restreinte, on peut penser, d’après les spécimens de musée récoltés dans les années 1960, que l’espèce a déjà été abondante dans cette aire. Il n’existe malheureusement aucune estimation officielle de l’effectif passé ou présent de l’espèce. Cependant, un relevé effectué en octobre 1993 dans cinq radiers du ruisseau Bertrand a révélé une densité moyenne de 1,4 adulte au mètre carré (e. t. = ± 0,24). Les populations des ruisseaux Bertrand, Cave, Fishtrap et Pepin semblent toutes saines.

Cependant, les données montrent que l’aire canadienne de l’espèce se rétrécit. Ainsi, l’espèce est disparue du cours supérieur des ruisseaux Bertrand et Fishtrap ainsi que de certains de leurs petits tributaires, notamment le ruisseau Howes, alors qu’elle y était présente dans les années 1960. L’urbanisation rapide des régions d’Aldergrove, de Clearbrook et d’Abbotsford a aggravé l’envasement, la pollution et les fluctuations de débit de ces cours d’eau, de sorte qu’en aval la qualité des eaux se dégrade et la quantité de milieux susceptibles d’abriter le naseux de Nooksack diminue. Les années normales, la plupart des petits cours d’eau sont asséchés à la fin d’août, et les années de sécheresse, même les plus gros (Bertrand et Fishtrap) sont réduits à un filet d’eau. Comme les adultes se nourrissent et se reproduisent dans le gravier meuble des radiers, l’envasement du lit et la diminution du débit en été sont particulièrement néfastes pour l’espèce. Le marché de l’habitation et la demande de gravier étant à la hausse dans la vallée du bas Fraser, les milieux pouvant abriter le naseux de Nooksack continueront de s’amoindrir, et l’espèce disparaîtra probablement du Canada avant dix à vingt ans. 

Habitat 

Les naseux de Nooksack adultes vivent normalement dans les radiers où le courant dépasse 0,25 m/s et où le fond est formé de gravier (éléments de 4 à 10 cm de diamètre), de galets ou de pierres non consolidés. Au Canada, l’espèce ne se trouve que dans des cours d’eau petits ou moyens (1 à 4 m de largeur), probablement parce que la Nooksack n’a pas de plus gros affluents, car au Washington, l’espèce est présente dans plusieurs cours d’eau importants. Contrairement aux adultes, les jeunes de l’année préfèrent les eaux lentes (0,14 ± 0,022 m/s); on les trouve près de l’extrémité aval des fosses.

Biologie générale 

En Colombie-Britannique, le naseux de Nooksack fraye au printemps (avril et mai), apparemment la nuit. Les œufs sont généralement déposés dans la partie amont des radiers. Mâles et femelles atteignent la maturité sexuelle à la fin du deuxième été de leur vie (1+) et se reproduisent au cours du troisième printemps (2+). Le plus vieux spécimen connu de l’espèce est une femelle dans sa sixième année (5+), mesurant 105 mm de longueur (standard). Comme chez la plupart des poissons, le nombre d’œufs par ponte dépend de la taille de la femelle : les femelles du naseux de Nooksack pondent de 200 à plus de 2 000 œufs. En été, les adultes se nourrissent principalement d’insectes vivant dans les eaux des radiers (nymphes de phryganes et d’éphémères, larves de dytiques et adultes de coléoptères de la famille des Elmidés). Dans les bassins, les jeunes se nourrissent surtout d’ostracodes et de pupes de Chironomidés. L’espèce semble se nourrir la nuit. Dans la vallée du bas Fraser, il semble que les adultes demeurent dans les radiers toute l’année. Dans les régions où le climat est plus rude, on pense qu’ils gagnent des eaux plus profondes et plus calmes pour l’hiver.

Facteurs limitatifs 

En Colombie-Britannique, la principale menace pour la population de naseux de Nooksack est la destruction de son habitat par l’activité humaine. Dans la région où vit l’espèce, les ensembles d’habitations, les centres commerciaux et les parcs industriels remplacent les champs et les boisés à une allure vertigineuse. Les ruisseaux Bertrand et Fishtrap ainsi que leurs tributaires sont exposés à plusieurs formes de dégradation : remodelage du tracé, envasement, pollution par des produits chimiques d’origine domestique ou industrielle, dépôt d’ordures, ou encore « embellissement » par la création d’étangs et de parcs pour le plus grand agrément de la population humaine, au détriment de l’habitat naturel des poissons. Les populations canadiennes de naseux de Nooksack, déjà en déclin, sont prises entre un milieu en voie de dégradation en amont et, en aval, un milieu qui ne répond pas à ses exigences écologiques.

Protection 

Au Canada, le naseux de Nooksack ne bénéficie d’aucune protection particulière. Cependant, comme son aire est entièrement englobée dans celle du meunier de Salish (Catostomus sp.), désigné « espèce en voie de disparition » par le COSEPAC en avril 1986 et inscrit sur la liste des espèces fortement menacées du ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique, le naseux de Nooksack bénéficie indirectement des mesures de protection du meunier de Salish mises en œuvre par le ministère de l’Environnement, des Terres et des Parcs de la province.

COSEPAC logo

 MANDAT DU COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

COMPOSITION DU COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

DÉFINITIONS

Espèce : Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D) : Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC) : Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)* : Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M) : Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)** : Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)*** : Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)**** : Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

* : Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

** : Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

*** : Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

**** : Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Environment Canada         Environnement Canada

Canadian Wildlife Service          Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

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Information sur l’espèce

Le naseux de Nooksack (Rhinichthys sp.) est un cyprinidé de petite taille (longueur standard pouvant atteindre 105 mm environ) largement répandu dans les rivières et les ruisseaux aux eaux limpides et relativement vives de l’ouest du Washington (McPhail, 1967). Au Canada, on ne le trouve que dans quelques petits tributaires de la Nooksack, situés dans la vallée du bas Fraser, dans le sud‑ouest de la Colombie-Britannique (McPhail et Lindsey, 1986). Le naseux de Nooksack est un poisson mince à museau dépassant nettement la bouche, à dos profilé et à ventre aplati (figure 1). L’adulte a la partie supérieure du corps vert grisâtre, avec une bande de couleur bronze terne juste au‑dessus de la ligne latérale. Les flancs sont blanchâtres à partir de la ligne latérale et deviennent progressivement blanc argenté, comme le ventre. Souvent, les flancs portent des mouchetures foncées, et on distingue une bande noire devant les yeux. En vue supérieure, on observe nettement une marque pâle à l’avant et à l’arrière de la nageoire dorsale. La coloration n’est pas très différente d’un sexe à l’autre. Les nageoires pectorales sont cependant visiblement plus longues et plus foncées chez le mâle que chez la femelle. Les juvéniles ont une rayure noire nette au milieu du flanc, qui va depuis le museau jusqu’à une tache sombre et diffuse à la base de la queue.

Figure 1. Naseaux de Nooksack Rhinichthys sp.

Figure 1. Naseaux de Nooksack Rhinichthys sp.

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Répartition

La présente description de la répartition du naseux de Nooksack est fondée sur les spécimens des musées du Département de zoologie de la University of British Columbia et de la School of Fisheries de la University of Washington. L’aire du naseux de Nooksack autour du Puget Sound a la forme générale d’un hameçon (figure 2). L’espèce est toutefois étonnamment absente des cours d’eau situés à l’ouest de ce dédale de bras de mer. Du côté ouest de la péninsule Olympic, l’espèce est présente depuis le bassin de la Queets, au nord, jusqu’au bassin de la Willipa, au sud. À l’est de Puget Sound, son aire s’étend, du nord au sud, depuis la Nooksack jusqu’à la Pyuallup. L’espèce est répandue dans le bassin de la Chehalis mais n’a encore jamais été répertoriée pour les rivières Deschutes et Nisqually, près d’Olympia, dans le Washington. Au Canada, le naseux de Nooksack est confiné aux tributaires de la Nooksack situés dans la vallée du bas Fraser, en Colombie-Britannique [ruisseaux Bertrand, Cave, Fishtrap et Pepin; voir la carte en médaillon de la figure 2].

Figure 2.  Répartition du naseux de Nooksack (Rhinichthys sp.).

Figure 2.  Répartition du naseux de Nooksack (Rhinichthys sp.). (La répartition canadienne apparaît dans le médaillon.)


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Protection

Au Canada, le naseux de Nooksack ne bénéficie d’aucune protection particulière. Cependant, comme son aire est entièrement englobée dans celle du meunier de Salish (Catostomus sp.), désigné « espèce en voie de disparition » par le COSEPAC en avril 1986 et inscrit sur la liste des espèces fortement menacées du ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique, le naseux de Nooksack bénéficie indirectement des mesures de protection du meunier de Salish mises en œuvre par le ministère de l’Environnement, des Terres et des Parcs de la province.

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Taille et tendances des populations

Bien que la répartition du naseux de Nooksack au Canada soit restreinte, on peut penser, d’après les spécimens de musée récoltés dans les années 1960, que l’espèce a déjà été abondante dans cette aire. Il n’existe malheureusement aucune estimation officielle de l’effectif passé ou présent de l’espèce. Cependant, un relevé effectué en octobre 1993 dans cinq radiers du ruisseau Bertrand a révélé une densité moyenne de 1,4 adulte au mètre carré (e. t. = ± 0,24). Les populations des ruisseaux Bertrand, Cave, Fishtrap et Pepin semblent toutes saines : plusieurs classes d’âge sont représentées dans chacune, et chacune compte un nombre considérable de jeunes de l’année; en 1993, la classe des individus de un an (1+) était cependant sous-représentée autant dans nos relevés que dans ceux réalisés à l’été pour le compte du Habitat Conservation Fund (S. Inglis, ministère de l’Environnement, des Terres et des Parcs de la Colombie-Britannique, Victoria, comm. pers.). Bien que les populations actuelles soient apparemment saines, les données montrent que l’aire de l’espèce se rétrécit. Ainsi, l’espèce est disparue du cours supérieur des ruisseaux Bertrand et Fishtrap ainsi que de certains de leurs petits tributaires, notamment le ruisseau Howes, alors qu’elle y était présente dans les années 1960. L’urbanisation rapide des régions d’Aldergrove, de Clearbrook et d’Abbotsford a aggravé l’envasement, la pollution et les fluctuations de débit de ces cours d’eau, de sorte qu’en aval la qualité des eaux se dégrade et les milieux susceptibles d’abriter le naseux de Nooksack diminuent. Les sections de ces ruisseaux qui s’écoulent en milieu rural près de la frontière canado-américaine ont été un peu plus épargnées. Toutefois, le déboisement et l’extraction de gravier causent là aussi l’envasement du lit et l’affaiblissement du débit en été. Les années normales, la plupart des petits cours d’eau sont asséchés à la fin d’août, et les années de sécheresse, même les plus gros (Bertrand et Fishtrap) sont réduits à un filet d’eau.

Comme les adultes se nourrissent et se reproduisent dans le gravier meuble des radiers (voir les sections Habitat et Biologie générale), l’envasement du lit et la diminution du débit en été sont particulièrement néfastes pour l’espèce. La diminution du débit en été rétrécit la superficie de radiers favorables aux adultes, justement au moment le plus productif de l’année, et les particules fines en suspension dans les eaux se déposent entre les roches et colmatent les interstices, réduisant les lieux où les adultes peuvent s’abriter et se nourrir. Lorsque le niveau des eaux baisse, les adultes se réfugient parfois dans des fosses; cependant, ces milieux marginaux sont probablement moins favorables à la croissance et la survie des individus que les radiers. Comme le marché de l’habitation et la demande de gravier sont à la hausse dans la vallée du bas Fraser, les milieux pouvant abriter le naseux de Nooksack continueront de se rétrécir, et l’espèce disparaîtra probablement du Canada avant dix à vingt ans.

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Habitat

 Les naseux de Nooksack adultes ont un mode de vie démersal et se tiennent normalement dans les radiers où le courant dépasse 0,25 m/s et où le fond est formé de gravier (éléments de 4 à 10 cm de diamètre), de galets ou de pierres non consolidés. Au Canada, l’espèce ne se trouve que dans des cours d’eau petits ou moyens (1 à 4 m de largeur), probablement parce que la Nooksack n’a pas de plus gros affluents, car au Washington, l’espèce est présente dans plusieurs cours d’eau importants. Contrairement aux adultes, les jeunes de l’année préfèrent les eaux lentes (0,14 ± 0,022 m/s); on les trouve près de l’extrémité aval des fosses (tableau 1). Au Canada, les jeunes se tiennent dans les eaux peu profondes (environ 10 à 20 cm de profondeur), où ils nagent près du fond formé de sable ou de vase. Deux types de milieux lotiques sont donc nécessaires pour satisfaire aux besoins écologiques de l’espèce : eaux vives et substrats rocheux meubles pour les adultes, eaux calmes et substrats vaseux ou sableux pour les jeunes.

Tableau 1.  Comparaison de l’habitat des adultes et des jeunes de l’année chez la population de naseux de Nooksack (Rhinichthys sp.) du ruisseau Bertrand – 1er octobre 1993.
 AdultesJeunes de l’année
Vitesse moyenne du courant0,34 ±0,039 m/s0,14 ±0,022 m/s
Substratgravier (éléments de la grosseur du poing), galets et pierresvase, sable, litière de feuilles

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Biologie générale

En Colombie-Britannique, le naseux de Nooksack fraye au printemps (avril et mai), apparemment la nuit. Les œufs sont généralement déposés dans la partie amont des radiers. Il n’existe aucune mention de livrée nuptiale pour l’espèce, comme c’est le cas pour le naseux des rapides (Rhinichthys cataractae) du Manitoba (Bartnik, 1972). Mâles et femelles atteignent la maturité sexuelle à la fin du deuxième été de leur vie (1+) et se reproduisent au cours du troisième printemps (2+). Le plus vieux spécimen connu de l’espèce est une femelle dans sa sixième année (5+), mesurant 105 mm de longueur (standard). Comme chez la plupart des poissons, le nombre d’œufs par ponte dépend de la taille de la femelle : les femelles du naseux de Nooksack pondent de 200 à plus de 2 000 œufs. En été, les adultes se nourrissent principalement d’insectes vivant dans les eaux des rapides (nymphes de phryganes et d’éphémères, larves de dytiques et adultes de coléoptères de la famille des Elmidés). Dans les fosses, les jeunes se nourrissent surtout d’ostracodes et de pupes de Chironomidés. Les adultes récoltés au milieu de l’avant-midi ont l’estomac vide mais l’intestin postérieur plein, signe qu’ils se nourrissent la nuit. Dans la vallée du bas Fraser, il semble que les adultes demeurent dans les radiers toute l’année. Dans les régions où le climat est plus rude, on pense qu’ils gagnent des eaux plus profondes et plus calmes pour l’hiver

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Facteurs limitatifs

La principale menace qui pèse sur la population canadienne de naseux de Nooksack est la destruction de son habitat par l’activité humaine. Dans les régions d’Aldergrove, de Clearbrook et d’Abbotsford, les ensembles d’habitations, les centres commerciaux et les parcs industriels remplacent les champs et les boisés à une allure vertigineuse. Cette urbanisation effrénée s’accompagne des habituels problèmes écologiques, d’autant plus menaçants pour le naseux de Nooksack qu’ils touchent le cours supérieur des ruisseaux abritant l’espèce. Les ruisseaux Bertrand et Fishtrap ainsi que leurs tributaires risquent de subir le sort généralement dévolu aux cours d’eaux traversant des milieux urbains : remodelage du tracé, envasement, pollution par des produits chimiques d’origine domestique ou industrielle, dépôt d’ordures, ou encore « embellissement » par la création d’étangs et de parcs pour le plus grand agrément de la population humaine, au détriment de l’habitat naturel des poissons. Dans le passé, la destruction accidentelle de sujets de l’espèce dans les sections canadiennes des tributaires de la Nooksack aurait été compensée par l’immigration naturelle de sujets de la population de la Nooksack. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les sections des ruisseaux Bertrand et Fishtrap se trouvant en territoire américain ont été recreusées et se sont envasées. On n’y trouve plus le naseux de Nooksack, ni les conditions dont l’espèce a besoin pour vivre. Les populations canadiennes de l’espèce, déjà en déclin, sont ainsi prises entre un milieu en voie de dégradation en amont et, en aval, un milieu qui ne répond pas à ses exigences écologiques.

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Importance de l'espèce

Le naseux de Nooksack est un des éléments de la faune de la Chehalis (McPhail, 1967, 1987; McPhail et Lindsey, 1986), faune isolée issue de celle du Columbia et, sauf pour le Novumbra hubbsi qui est endémique de la péninsule Olympic, entièrement composée d’espèces étroitement apparentées à celles du Columbia. Les populations isolées de la Chehalis ont commencé à se différencier de leurs congénères du Columbia quelque temps avant la dernière glaciation (Fraser ou Vashon), et ont survécu dans un refuge glaciaire délimité au nord par le Puget Sound et au sud par le fleuve Columbia. C’est pourquoi leur répartition géographique actuelle comprend la rivière Chehalis, les cours d’eau drainant le côté ouest de la péninsule Olympic et certains cours d’eau situés à l’est du Puget Sound. Après le retrait des glaces, deux des éléments de la faune de la Chehalis, le meunier de Salish et le naseux de Nooksack, ont migré vers le nord jusqu’à la vallée du bas Fraser (figure 2).

Le naseux de Nooksack est un isolat typique de la Chehalis : il est apparenté à la forme qu’on trouve dans l’ouest de l’Amérique du Nord d’une espèce très largement répandue, le naseux des rapides (Rhinichthys cataractae), dont il est probablement issu. Il s’en distingue cependant par le nombre d’écailles (McPhail, 1967; Bisson et Reimers, 1977), par la forme du corps et par des différences constantes de séquences dans les gènes mitochondriaux et les gènes nucléaires. Ainsi, les différences de séquences dans les gènes mitochondriaux du naseux de Nooksack et du naseux des rapides sont comparables à celles observées entre le meunier à grandes écailles (Catostomus macrocheilus) et le meunier rouge (Catostomus catostomus), espèces unanimement reconnues comme distinctes (McPhail et Taylor, en préparation). En outre, la répartition du naseux de Nooksack est typique de celle des isolats de la Chehalis : populations dispersées dans la rivière Chehalis et les cours d’eau drainant l’ouest de la péninsule Olympic et le secteur situé à l’est du Puget Sound (figure 2).

De façon générale, les différences génétiques entre les populations isolées de la Chehalis et leurs congénères du Columbia, déterminées d’après les fréquences alléliques d’alloenzymes ou les séquences géniques, sont plus importantes que les différences morphologiques (McPhail et Lindsey, 1986; McPhail et Taylor, en préparation). Néanmoins, les populations de la Chehalis se distinguent généralement de celles du Columbia par un certain nombre de caractères morphologiques. Comme la plupart des éléments de la faune de la Chehalis n’occupent pas la même aire que leurs plus proches parents, toute décision concernant leur statut taxinomique (espèce ou sous‑espèce) ne peut être qu’arbitraire. Mais quel que soit le niveau taxinomique où se situe leur différence, l’existence de lignées divergentes est incontestable, et aux fins de conservation, les isolats de la Chehalis devraient être considérés comme espèces distinctes. Les différences observables sur le plan des caractères morphologiques, des séquences géniques et de la répartition géographique indiquent qu’il n’y a pas eu d’échanges génétiques entre le naseux de Nooksack et le naseux des rapides depuis longtemps (c’est‑à‑dire bien avant le début de la dernière glaciation et peut‑être même avant le Pléistocène).

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Évaluation

L’aire canadienne du naseux de Nooksack va probablement continuer de se rétrécir tant que la mégalopole de Vancouver continuera de s’étendre. Pour mettre un frein à ce déclin, il faudrait des efforts concertés de la part de tous les paliers d’administration pour protéger les derniers cours d’eau où subsiste l’espèce, ce qu’il est illusoire d’espérer. Même en supposant qu’il y ait une volonté politique d’intervenir, il reste néanmoins que les accidents dans les cours d’eau urbains sont inévitables. En outre, comme l’eau de consommation devra être traitée aux chloramines d’ici une dizaine d’années pour des raisons de salubrité publique, il tiendra alors du miracle que la population canadienne de naseux de Nooksack survive jusqu’au prochain siècle.

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Remerciements

L’illustration du naseux de Nooksack a été produite par Diana McPhail sur ordinateur Macintosh, à l’aide du logiciel « Freehand ». Marvin Rosenau, Juanita Ptolemy et Susan Inglis (ministère de l’Environnement, des Terres et des Parcs de la Colombie-Britannique) ont contribué à la préparation de ce rapport de plusieurs façons. Au cours des ans, Ron Jones, Dave Greenfield, Clyde Murray et Gordon Haas m’ont aidé dans l’étude de la nature et de la répartition de la faune de la Chehalis. Leur appui et leur enthousiasme m’ont été précieux. Mike Folkes a participé aux travaux de terrain plus récents. Ruth Withler s’est chargée de l’analyse des alloenzymes, et les analyses d’ADN ont été faites par Claire Thompson et Ric Taylor.

Ce rapport a été commandé et financé par la Direction des pêches du ministère de l’Environnement, des Terres et des Parcs de la Colombie-Britannique.

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Ouvrages cités

Bartnik, V. 1972. Comparison of the breeding habits of the two subspecies of Longnose dace, Rhinichthys cataractae. Canadian Journal of Zoology 50 (1): 83-86.

Bisson, P.A., et P.E. Reimers. 1977. Geographic variation among Pacific Northwest populations of longnose dace, Rhinichthys cataractae. Copeia 1977 (3): 518-522.

McPhail, J.D. 1967. Distribution of freshwater fishes in western Washington. Northwest Science 41: 1-11.

McPhail, J.D., et C.C. Lindsey. 1986. Zoogeography of the freshwater fishes of ascadia (the Columbia system and rivers north to the Stikine).Pages 615-637, in The Zoogeography of North American Freshwater Fishes. C.H. Hocutt et E.O. Wiley (éd.). John Wiley and Sons, New York. 866 p.

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