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Plan de gestion de la gonidée des Rocheuses (Gonidea angulata) en Colombie-Britannique [version finale]

2. Gestion

2.1 But de la gestion

Le but de la gestion de la gonidée des Rocheuses est de maintenir des populations viables, autonomes, remplissant leur fonction écologique et largement réparties au sein d’habitats appropriés dans son aire de répartition actuelle de la Colombie-Britannique.

Relativement à l’atteinte de ce but, l’aire de répartition actuelle de la gonidée des Rocheuses comprend le bassin hydrographique de la rivière Okanagan, de l’endroit le plus au nord où l’on a observé une coquille (à Vernon) jusqu’à celui le plus au sud (région des Osoyoos). L’aire de répartition sera agrandie si on observe des spécimens dans les bassins hydrographiques de la Kootenay ou du Columbia ou si on confirme l’observation ayant eu lieu par le passé à l’île de Vancouver.

2.2 Objectifs

  1. D’ici 2015, combler les lacunes dans les connaissances sur le cycle biologique, sur l’aire de répartition provinciale et sur les menaces pesant sur la gonidée des Rocheuses.

  2. D’ici 2015, dresser l’inventaire de 75 % de l’habitat littoral potentiel dans le bassin hydrographique de la rivière Okanagan, en utilisant un protocole normalisé pour recueillir l’information sur l’habitat et les menaces à chaque site examiné. 

  3. D’ici 2015, faire en sorte qu’il y ait eu augmentation du nombre d’activités d’intendance lancées ou complétées par les utilisateurs et les gestionnaires des terres situées près des habitats de la gonidée des Rocheuses.

  4. Lorsque les résultats des recherches et des inventaires sur la gonidée des Rocheuses seront disponibles, les intégrer à la planification de l’utilisation des terres afin d’éclairer la prise de mesures d’atténuation des menaces et de protection des terres.

2.3 Mesures

Les mesures de rétablissement de la gonidée des Rocheuses sont divisées en six catégories : 1) Protection; 2) Gestion; 3) Recherche; 4) Surveillance et évaluation; 5) Vulgarisation et communication; 6) Restauration (voir tableau 3). Comme on a pu le constater dans les sections précédentes, il existe une importante incertitude quant au cycle biologique, à la répartition, aux facteurs limitatifs de la gonidée des Rocheuses ainsi qu’aux menaces pesant sur cette espèce. En conséquence, l’approche globale décrite ci-après doit mettre l’accent sur des mesures supplémentaires visant à réduire cette incertitude à l’étape de la mise en œuvre, par exemple par la recherche, la surveillance et l’évaluation. Cette méthode devrait constituer le fondement des mesures de gestion qui seront prises dans le futur.

2.3.1 Protection

Certaines mesures sont déjà mises en place pour protéger la gonidée des Rocheuses et son habitat. Celles-ci incluent la réglementation, les protocoles et les lignes directrices fédérales et provinciales. Bien que la plupart de ces mesures concernent les poissons et l’habitat du poisson en général, quelques lignes directrices émises en vertu de protocoles régionaux tiennent plus particulièrement compte de la gonidée des Rocheuses. Comme on l’indique dans la section 1.5.2.1, ces mesures de protection font également l’objet d’une surveillance et d’une vérification.

  1. Protection à l’échelle fédérale
    • Loi sur les pêches
    • Loi canadienne sur l’évaluation environnementale
  2. Protection à l’échelle provinciale
    • Fish Protection Act et Riparian Areas Regulation
    • Water Act et Water Protection Act
    • En vertu du Riparian Areas Regulation de la Water Act de la Colombie-Britannique, on a élaboré un protocole relatif aux basses plages des grands lacs de la région de l’Okanagan, qui est disponible à l’adresse suivante : http://www.env.gov.bc.ca/okanagan/esd/ollp/documents/Foreshore-protocol-May2009.pdf. Selon ce document, les promoteurs de projets qui seront situés sous la laisse de haute mer doivent respecter des protocoles particuliers selon le type et l’emplacement de l’activité en ce qui concerne les zones de pêche vulnérables ainsi que la gonidée des Rocheuses. Pour les projets à grande échelle (p. ex. quais multiples et marinas), les promoteurs doivent également mener une étude sur les vagues, le vent et les sédiments afin de tenir compte des changements qui peuvent être liés au projet (Robbins, comm. pers., 2009a).

Parmi les initiatives stratégiques qui pourraient également inclure la gonidée des Rocheuses pour améliorer sa protection, mentionnons les suivantes :

  1. Intégrer des considérations relatives aux moules dans la stratégie de gestion durable de l’eau dans la région de l’Okanagan (Okanagan Sustainable Water Strategy) et dans le projet d’approvisionnement et de demande en eau du bassin de l’Okanagan (Okanagan Water Supply and Demand Project) dirigés par le Okanagan Basin Water Board (http://www.obwb.ca/index/).
  2. Transmettre l’information sur la gonidée des Rocheuses et ses besoins en matière d’habitat aux agents responsables de la protection de l’habitat de tous les paliers de gouvernement qui mettent en œuvre des mesures en vertu du Riparian Areas Regulation de la Forest and Range Practices Act de la province ou des politiques agricoles (ministère de l’Agriculture et des Terres de la Colombie-Britannique, 2008).
  3. Inciter les gestionnaires des ressources en eau à prendre la conservation des moules en considération dans leurs décisions concernant l’attribution des ressources en eau.
  4. Incorporer des dispositions de gestion relatives aux moules dans les pratiques de gestion optimales et les lignes directrices, y compris dans les lignes directrices concernant l’aménagement du milieu riverain, et ce à tous les paliers de gouvernement.

2.3.2 Gestion

Les mesures de gestion de la gonidée des Rocheuses nécessitent une approche qui fera intervenir tous les paliers administratifs. Les dispositions relatives à la gonidée des Rocheuses doivent être intégrées davantage aux documents de planification ainsi qu’aux lignes directrices en vigueur aux échelles fédérale, provinciale, régionale et municipale. Le protocole relatif aux basses plages des grands lacs de la région de l’Okanagan tient compte des moules et l’on fournit des protocoles d’échantillonnage à ceux qui demandent au ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique la permission de construire des marinas ou des quais, d’effectuer du dragage ou d’aménager les rives d’un lac (Nield, comm. pers., 2009).

2.3.3 Recherche

Il existe plusieurs lacunes importantes dans les connaissances sur la gonidée des Rocheuses (section 1.7). En matière de recherche, on mettra un accent prioritaire sur le cycle biologique, sur les poissons hôtes, sur la cartographie de l’habitat, sur la clarification des menaces pesant sur l’espèce et sur les poissons hôtes ainsi que sur l’inventaire dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce au Canada. On doit dresser l’inventaire des mollusques dans les réseaux hydrographiques des rivières Kootenay et Similkameen ainsi que du fleuve Columbia, et dans le cours inférieur de la rivière Thompson. On doit également dresser des inventaires supplémentaires dans le sud de l’île de Vancouver pour confirmer l’absence de la moule à cet endroit ou pour confirmer que le spécimen historique a fait l’objet d’un échange commercial (une coquille datant d’environ 1890 est conservée au Musée de zoologie de l’Université du Michigan).

Tout en travaillant sur ces lacunes dans les connaissances, nous poursuivrons les efforts afin d’accroître l’intérêt de la recherche universitaire. À l’heure actuelle, la reproduction en captivité de gonidées des Rocheuses pour introduire des individus supplémentaires dans les populations sauvages et dans d’autres emplacements n’est ni envisagée ni jugée nécessaire à la gestion de l’espèce. La reproduction en captivité peut toutefois être utilisée pour accroître les connaissances sur le cycle biologique et sur la capacité reproductrice de l’espèce, et cette recherche doit être réalisée dans le bassin hydrographique d’où proviennent les spécimens. Aussi, le transfert de spécimens à l’intérieur d’un bassin hydrographique ou entre différents bassins hydrographiques n’est pas considéré comme une priorité, bien qu’une analyse décisionnelle ainsi qu’un document de travail doivent être élaborés pour déterminer si cette activité de recherche serait bénéfique.

2.3.4 Surveillance et évaluation

Les mesures de surveillance et d’évaluation visent à améliorer et à mettre en œuvre les protocoles normalisés d’évaluation des populations et de l’habitat (p. ex. normes sur les données des inventaires des poissons [Fish Inventory Data Standards; FIDS]; formulaires de rapport sur les mollusques du Centre de données sur la conservation) afin de surveiller les populations dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce au Canada. Une surveillance continue est nécessaire aux emplacements où l’on a observé la gonidée des Rocheuses vivante dans le bassin hydrographique de l’Okanagan.

2.3.5 Vulgarisation et communication

L’intendance nécessite la collaboration volontaire de tous les Canadiens afin de protéger les espèces en péril et les écosystèmes dont ces dernières ont besoin. Dans l’Accord sur les espèces en péril conclu entre le Canada et la Colombie-Britannique, on reconnaît que « l’intendance par les propriétaires des terres et des plans d’eau, ainsi que par leurs utilisateurs, est essentielle afin d’éviter que des espèces ne deviennent en péril et pour protéger et rétablir les espèces qui sont en péril » et que « des mesures coopératives et volontaires sont les premières approches pour assurer la protection et le rétablissement des espèces en péril » (Environnement Canada, 2009). Parmi les mesures d’intendance, mentionnons le respect des lignes directrices ou des  pratiques de gestion optimales pour soutenir les espèces en péril, la protection de façon volontaire d’importantes zones d’habitats, l’ajout de clauses restrictives concernant la conservation dans des titres de propriété, le don écologique de propriétés (en tout ou en partie) pour protéger certains écosystèmes ou certaines espèces en péril et la vente de propriétés à des fins de conservation.

L’éducation du public ainsi que les initiatives d’intendance doivent cibler davantage les citoyens qui peuvent agir directement sur la protection des espèces, y compris les personnes œuvrant dans le milieu de la pêche récréative, les propriétaires et les gestionnaires de propriétés riveraines adjacentes à des colonies de moules, les gestionnaires de terres publiques (p. ex. plages et propriétés de loisir) ainsi que les professionnels de la ressource travaillant ou habitant dans les districts régionaux et les municipalités. Les stratégies de vulgarisation et de communication viennent compléter les mesures de protection mises en œuvre (section 2.3.1). Le gouvernement de la Colombie-Britannique a donc décidé d’étendre au grand public la diffusion du protocole relatif aux basses plages des grands lacs de la région de l’Okanagan et la communication d’information à cet égard (Robbins, comm. pers., 2009a).

Parmi les mesures de vulgarisation en cours, mentionnons la distribution de dépliants d’information sur les moules dans les boutiques d’équipement de plongée et dans les marinas ainsi qu’aux représentants du gouvernement (tous les paliers) et aux professionnels de la ressource. Des panneaux et des documents d’interprétation seront présents sur les plages et les berges de lacs qui abritent des populations de moules, et ceux-ci cibleront plus particulièrement les personnes qui pourraient déterrer, enterrer ou déplacer des moules à l’intérieur de la zone.

2.3.6 Restauration

L’habitat de la gonidée des Rocheuses en Colombie-Britannique comprend principalement des substrats de fonds boueux et mous recouverts d’un mélange de galets, de gravier et de sable dans la zone littorale des lacs ou des cours d’eau. Ce type d’habitat convient rarement pour les propriétés de rivage lacustre à vocation récréative, c’est pourquoi on y a souvent effectué des activités de dragage et d’aménagement de plages, par exemple. La restauration de l’habitat touché par l’aménagement à des fins récréatives (p. ex. plages de sable artificielles), le dragage et les activités de canalisation (p. ex. pour les marinas) est possible mais demeure difficile et demande la participation de tous les paliers de gouvernement. Les initiatives de restauration qui visent plus particulièrement la gonidée des Rocheuses feront vraisemblablement partie de projets de restauration de bassins hydrographiques à plus grande échelle. Par exemple, le Projet de restauration de la rivière Okanagana pour but de rétablir les méandres sur une section de la rivière Okanagan, tout juste au nord d’Oliver. Ce projet comprend l’élargissement d’une section de la rivière Okanagan et l’agrandissement de la plaine inondable, ce qui améliorera l’habitat riverain et aquatique dans cette zone (Matthews, comm. pers., 2008). On envisage la possibilité de transférer des moules dans cette zone ou (une fois l’identification des poissons hôtes confirmée) d’y transférer des poissons porteurs de glochidies dans le but d’établir une population. Il faut procéder à de plus amples recherches et à une analyse décisionnelle concernant le transfert de gonidées des Rocheuses dans cette zone. En 2006-2007, cette zone a fait l’objet de relevés visant un certain nombre d’espèces, y compris la gonidée des Rocheuses; cependant, aucune moule ni coquille n’y a été observée (Matthews, comm. pers., 2008). Une surveillance annuelle de ce site pourrait permettre l’observation de nouvelles moules qui se seront établies dans cette section restaurée de la rivière.