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Calochorte de Lyall (Calochortus lyallii)

Évaluation et statut proposé

Protection actuelle ou autres désignations

À l’échelle mondiale

Le Calochortus lyallii n’est pas protégé par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). L’espèce n’a pas été désignée ni proposée en vertu de la Endangered Species Act des États-Unis, et elle ne figure pas dans le Red Data Book de l’UICN. L’organisme The Nature Conservancy des États-Unis lui a attribué à l’échelle mondiale la cote G3, qui signifie qu’elle est rare ou peu fréquente (normalement de 21 à 100 sites) et peut être sensible aux perturbations à grande échelle, telles que la perte de grandes populations périphériques. Dans la partie sud de son aire de répartition, dans le centre de l’État de Washington, l’espèce est peu fréquente, mais localement abondante.

À l’échelle du Canada et de la Colombie-Britannique

Le Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique a attribué au Calochortus lyallii la cote S1, qui signifie qu’il est très fortement menacé à cause de son extrême rareté (5 sites ou moins, ou très petit nombre de sujets) ou parce qu’un ou plusieurs facteurs risquent de provoquer sa disparition du pays et même de la Terre.  Le même organisme a inscrit l’espèce sur la liste rouge du Ministry of Environment, Lands and Parks de la Colombie-Britannique (Douglas et al., 1998a).

 

Évaluation du statut et recommandation des auteurs

En Colombie-Britannique, le Calochortus lyallii ne se rencontre que dans les hauteurs englobant le mont Black et les secteurs environnants, dans l’extrême Centre-Sud de la Colombie-Britannique. Son habitat, constitué de clairières herbeuses de la forêt de douglas bleu, à une altitude de 900 à 1 300 m, est relativement commun dans les terrains élevés situés au sud du col Richter; l’espèce ne doit donc pas être limitée par le manque d’habitat convenable, du moins localement. Outre la gravité, le C. lyallii ne possède aucun mécanisme évident pour la dispersion de ses graines, et il se peut que cela constitue un facteur limitatif important pour l’établissement de nouvelles populations dans les milieux où l’espèce n’est pas présente.

Malgré les épisodes récents de perturbation due aux travaux sylvicoles et les épisodes réguliers de perturbation due au bétail, rien n’indique pour le moment que les populations de C. lyallii de Colombie-Britannique soit actuellement en déclin ou présentent un risque imminent de disparition. Les populations semblent généralement robustes, tant du point de vue de l’effectif (moyenne estimée à plus de 6 500 sujets) que du recrutement (proportion de nouveaux sujets). La succession vers un milieu forestier, tant naturelle que due aux activités humaines, présente un risque à long terme pour ces populations, mais un incendie survenu récemment au mont Black et dans les collines voisines a eu pour effet immédiat d’augmenter localement la superficie d’habitats dégagés. Par ailleurs, le port bulbifère de la plante, qui l’aide justement à résister aux incendies, la protège peut-être aussi contre d’autres types de perturbation superficielle à court terme, comme le piétinement.

Par contre, au cours des dernières années, le degré de perturbation subi par le mont Black a probablement atteint un niveau sans précédent. Depuis 1995, le milieu a été fragmenté par trois parterres de coupe mesurant chacun plusieurs hectares et a aussi été perturbé par la plantation d’arbres dans des prés qui en étaient auparavant dépourvus. De plus, environ 150 bovins sont relâchés chaque printemps et vont paître dans le brûlis, pratique dont on ignore les conséquences pour ce qui reste de l’habitat. Malheureusement, le caractère très récent de ces agressions rend impossible une évaluation de leur effet à long terme sur les populations actuelles du C. lyallii, d’autant plus qu’on ne possède aucune donnée sur l’effectif et l’étendue antérieurs des sites permettant de comparer le rendement actuel de l’espèce. Quelle que soit la situation actuelle des populations, il faudra un certain temps avant qu’on puisse établir si le C. lyallii est capable de s’adapter à des changements aussi rapides.

On ne sait pratiquement rien, même de façon très générale, sur les facteurs qui peuvent restreindre une espèce donnée à la limite extrême de son aire de répartition; on sait seulement que ces facteurs sont probablement complexes. Dans le cas du C. lyallii, il se peut que l’incapacité de fonctionner efficacement au-delà d’un certain seuil démographique, déterminé par une combinaison de facteurs climatiques, écologiques et physiologiques, empêche l’espèce de migrer plus au nord ou de s’étendre à partir de son aire actuelle (Carter et Prince, 1981). En pareil cas, toute source anthropique de variation démographique (comme le broutage, dont on a constaté l’incidence sur le rendement reproducteur de l’espèce) devient immédiatement préoccupante. Par ailleurs, si le principal facteur limitant la répartition locale du C. lyallii est la dispersion des graines, plutôt que la reproduction elle-même, alors la préservation des secteurs inoccupés par cette espèce, mais pouvant lui convenir, au mont Black et plus au nord, acquiert une importance cruciale à mesure que les sites actuels sont menacés par la perturbation.

En Colombie-Britannique, des 11 sites connus du C. lyallii, deux sont situés sur des terres privées, au-dessus du ruisseau Lone Pine, tandis que les neuf autres se trouvent sur des terres de la Couronne administrées par le Ministry of Forests de la Colombie-Britannique et occupant une superficie continue d’un millier d’hectares sur les versants supérieurs du mont Black. La désignation de ce secteur comme réserve écologique aiderait à protéger l’habitat de l’espèce, une des plus rares au Canada, et permettrait en outre de conserver un écosystème riche et diversifié, caractérisé par une diversité d’habitats et un cortège d’espèces végétales qu’on ne trouve pas ailleurs dans la province. Le secteur abrite au moins deux autres espèces figurant sur la liste rouge de la province et renferme de bons exemples relativement intacts de la prairie à graminées cespiteuses, dont il ne reste que quelques îlots dans le Sud de la province. Le mont Black et le secteur environnant pourraient à tout le moins constituer un excellent modèle pour l’application des principes de la gestion écosystémique en cours d’élaboration dans plusieurs publications traitant de conservation (Noss, 1992).

Dans un article antérieur (Miller et Douglas, 1999), on a recommandé que le statut d’espèce menacée au Canada soit attribué au Calochortus lyallii. Comme sa répartition canadienne est très restreinte et que ses sites sont tous peu étendus et situés à proximité l’un de l’autre, l’espèce est très sensible aux facteurs écologiques stochastiques, ainsi qu’à l’empiètement des activités humaines sur son habitat.