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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le calochorte de Lyall (Calochortus lyallii) au Canada

Habitat

Situation générale

L’aire de répartition du Calochortus lyallii en Colombie-Britannique est entièrement située à l’intérieur de la South Okanagan Basin Ecosection de la Southern Interior Ecoprovince, selon la classification de Demarchi (1996). Selon le système de classification biogéoclimatique des écosystèmes utilisé en Colombie-Britannique (Meidinger et Pojar, 1991), l’aire fait partie de la zone intérieure à douglas et plus précisément du secteur IDFxh1, variante très chaude et très sèche, avec douglas bleu, caractéristique de l’Okanagan (Lloyd et al., 1990; Bryan, 1996). Dans cette région, le climat est continental et modéré par l’ombre pluviométrique de la chaîne Côtière et des monts Cascades, ce qui donne des étés chauds et secs, ainsi que des hivers frais (Meidinger et Pojar, 1991). Le substratum est principalement constitué d’une granodiorite, la « syénite du mont Kruger », et recouvert de till glaciaire (Bryan, 1996). Les sols des sites étudiés sont variables, allant de brunisols eutriques à des chernozems foncés (Bryan, 1996).

 

Structure et composition de la communauté végétale

Le Calochortus lyallii pousse dans les clairières naturelles de la forêt de douglas bleu (Pseudotsuga menziesii var. glauca), exposées dans n’importe quelle direction et situées à une altitude de 900 à 1 300 m. Les sites sont de secs à mésiques et présentent une pente de 0 à 40 p. 100. La végétation est diverse, constituée de graminées et d’herbacées à feuilles larges et dominée par deux graminées cespiteuses, l’Elymus spicatus (agropyre à épi) et le Festuca idahoensis (fétuque d’Idaho). Parmi les autres graminées souvent associées au C. lyallii, mentionnons le Koeleria macrantha (koelérie à crêtes) et le Calamagrostis rubescens (calamagrostide rouge). Les plantes à feuilles larges les plus communes sont le Zygadenus venenosus (zigadène vénéneux), le Fritillaria pudica (fritillaire pudique), le Balsamorhiza sagittata (balsamorhize à feuilles sagittées), le Lupinus sericeus (lupin soyeux) et le Collinsia parviflora (collinsie à petites fleurs) (tableau 1). Dans les sites les plus secs, le Lewisia rediviva (lewisie à racine amère) et l’Artemisia tridentata (armoise tridentée) font également partie de la communauté végétale. La couverture arbustive est généralement clairsemée, formée du Spiraea betulifolia (spirée à feuilles de bouleau), du Ribes cereum (gadellier cireux) et de l’Amelanchier alnifolia (amélanchier à feuilles d’aulne) (tableau 1). Quelques sujets envahissants ou résiduels de douglas bleu sont également présents dans la plupart des sites.

Deux espèces associées au Calochortus lyallii, l’Haplopappus carthamoides subsp. carthamoides (pyrrocome faux-carthame) et l’Orobanche corymbosa subsp. mutabilis (orobanche changeant), sont très rares en Colombie-Britannique (Douglas et al., 1998a), et sont ici signalées pour la première fois dans le secteur. Ces deux espèces figurent sur la liste rouge provinciale maintenue par le Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique.

Un grand nombre de ces plantes sont des espèces indicatrices de sites de haut-de-pente (qui tendent à perdre de l’eau plutôt qu’à en recevoir) à sol mince, de sec à modérément sec, et moyennement riche en azote (ou, dans le cas de l’Elymus spicatus, à sol extrêmement sec mais riche en azote), et leur fréquence tend à diminuer à mesure qu’augmente l’altitude et la pluviosité (Klinka et al., 1989). Les associations prairiales réunissant de telles espèces sont assez communes dans les secteurs situés au sud du col Richter, et il s’agit sans doute de communautés sub-climaciques maintenues à un stade peu avancé de la succession par des incendies périodiques. Un incendie a justement traversé le secteur étudié au cours de l’été 1994, détruisant la plus grande partie de la forêt environnante, mais laissant essentiellement intacte la communauté herbacée. Comme le Calochortus lyallii est relativement peu tolérant à l’ombre et ne pousse donc pas sous couverture arborescente dense, il se peut que la perturbation associée aux incendies contribue à procurer à l’espèce une quantité suffisante de milieux dégagés. On estime en effet qu’en l’absence d’une telle perturbation, les communautés prairiales seraient éliminées par la succession forestière normale en une centaine d’années, ou peut-être davantage (Ecosystems Working Group, 1995).

 

Tableau 1. Sommaire des sites du Calochortus lyallii, avec pente, exposition et liste des espèces associées
LocalitéPente et expositionPlantes vasculaires associées

Mont Black

Versant est (no 1)

0-35 % / N45E-S45E

 

Elymus spicatus
Festuca idahoensis
Astragalus miser
Haplopappus carthamoides
Orobanche corymbosa
Lewisia rediviva
Lomatium ambiguum
Fritillaria pudica
Collinsia parviflora
Artemisia tridentata

Versant est (no 2)*15-25 % / N45EPseudotsuga menziesiivar. glauca
Calamagrostis rubescens
Zygadenus venenosus
Astragalus miser
Versant nord (no 1)0-35 % / N80O-N45EElymus spicatus
Festuca idahoensis
Amelanchier alnifolia
Spiraea betulifolia
Erigeron corymbosa
Lupinus sericeus
Balsamorhiza sagittata
Koeleria micrantha
Collinsia parviflora
Calamagrostis rubescens
Versant nord (no 2)0-30 % / N80O-N80EElymus spicatus
Festuca idahoensis
Calochortus macrocarpus
Heuchera cylindrica
Erigeron corymbosa
Lupinus sericeus
Balsamorhiza sagittata
Koeleria micrantha
Lomatium macrocarpum
Calamagrostis rubescens
Achillea millefolium
Versant nord-est20-30 % / S/OS/O
Terrasse surplombant le chemin forestier du mont Black*0-5 % / N20O-N60OZygadenus venenosus
Achillea millefolium
Ribes cereum
Elymus spicatus
Penstemon confertus
Astragalus miser
Versant ouest (no 1)2-40 % / S20O-N45OElymus spicatus
Festuca idahoensis
Balsamorhiza sagitatta
Koeleria macrantha 
Ribes cereum
Ceanothus velutinus
Calamagrostis rubescens
Lupinus sericeus
Versant ouest (no 2)*10-20 % / S-S45EPseudotsuga menziesii var. glauca
Elymus spicatus
Lewisia rediviva
Artemisia tridentata
Penstemon pruinosa
Eriogonum heracleoides
Lupinus sericeus
Versant ouest (no 3)*0-15 % / S30O-S60OPseudotsuga menziesii var. glauca
Elymus spicatus
Artemisia tridentata
Balsamorhiza sagitatta
Lewisia rediviva
Penstemon pruinosa
Lupinus sericeus
Phacelia linearis

Lac Kilpoola

À l’ouest du ruisseau Lone Pine  (no 1)*

0 % / --

 

Pseudotsuga menziesii var. glauca
Elymus spicatus
Festuca idahoensis
Eriogonum heracleoides
Lomatium ambiguum

À l’ouest du ruisseau Lone Pine (no 2)*30 % / NPseudotsuga menziesiivar. glauca
Elymus spicatus
Festuca idahoensis
Ribes cereum
Epilobium angustifolium
Achillea millefolium

 

Microhabitat

Comme il a été signalé, la plupart des sites de Calochortus lyallii de la Colombie-Britannique sont limités par l’écotone entre prairie et forêt, bien que l’espèce s’établisse parfois sous couvert forestier très clairsemé (tableau 1). Une analyse des gradients d’abondance du C. lyallii dans deux de ces sites n’a révélé que des corrélations peu marquées entre cette abondance et des variables écologiques, telles que l’humidité du sol, l’épaisseur du sol, l’épaisseur de la litière, la couverture muscinale et l’exposition. Cependant, dans un troisième site, plus sec, l’abondance du C. lyallii présentait une corrélation positive considérable avec l’humidité du sol, ainsi qu’avec d’autres variables associées à celle-ci, comme l’épaisseur du sol, l’épaisseur de la litière et la couverture de  la litière. Il se peut donc que l’humidité du sol constitue un facteur limitatif pour l’espèce dans certaines conditions. Par ailleurs, dans deux des trois sites, l’abondance du C. lyaliii présentait une forte corrélation négative avec l’inclinaison du terrain et avec la pierrosité du substrat, mais il ne semble pas qu’une pente modérée ou une pierrosité modérée influent de manière appréciable sur la densité locale de l’espèce (M. Miller, données inédites).

 

Spécificité de l’habitat

Les relations écologiques décrites ci-dessus ne s’appliquent qu’aux populations connues du Calochortus lyallii situées en Colombie-Britannique, et pas nécessairement à l’espèce dans l’ensemble de son aire. Dans l’État de Washington, par exemple, le C. lyallii pousse à des altitudes de 500 mètres à plus de 1 600 mètres, ce qui est une plage altitudinale beaucoup plus étendue que celle observée en Colombie-Britannique. Plusieurs des sites de basse altitude de l’État de Washington sont en outre beaucoup plus secs que tous les sites canadiens et abritent souvent des associations végétales entièrement différentes. La répartition relativement restreinte de l’espèce à la limite nord de son aire doit donc être interprétée avec précaution. Elle pourrait s’expliquer par des facteurs physiologiques (liés par exemple aux exigences thermiques et nutritives de la plante), écologiques (absence des pollinisateurs voulus, etc.) ou historiques (temps insuffisant pour permettre à l’espèce d’atteindre tous les milieux qui lui conviendraient), ou encore par une combinaison de ces facteurs.