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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le calochorte de Lyall (Calochortus lyallii) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

La plupart des sites connus du Calochortus lyallii sont situés dans un secteur continu de terres de la Couronne comprenant les versants supérieurs du mont Black. Ces terres, administrées par le Ministry of Forests de la Colombie-Britannique, sont entourées en contrebas d’une mosaïque de ranchs privés et font elles-mêmes l’objet de licences pour la paissance et l’exploitation forestière. Or, on a décrit l’effet du piétinement par les bovins sur le C. lyallii et notamment sur son rendement reproducteur. Des règlements limitent l’intensité du broutage et les périodes de paissance sur les terres de la Couronne, mais il semble bien que l’intensité a plutôt augmenté au cours des dernières années, au mont Black, le bétail en paissance libre des ranchs de la région ayant été attiré par la repousse abondante résultant de l’incendie de 1994.

Figure 4. Effectif de chaque stade de développement du Calochortus lyallii dans trois sites du mont Black, en 1996 et en 1997.

Figure 4. Effectif de chaque stade de développement du Calochortus lyallii dans trois sites du mont Black, en 1996 et en 1997. [Les stades dont définis par la taille des sujets (largeur de la feuille basilaire) et par leur état reproducteur : juv = juvéniles (sujets qui n’ont pas encore commencé à se reproduire); non-repro = sujets florifères qui ne produisent pas de fruits; veg = adultes à l’état végétatif; one, two, >two = sujets produisant respectivement une fleur, deux fleurs et plus de deux fleurs; grazed = sujets broutés, dont la hampe florale a été enlevée par les insectes; absent = sujet mort ou dormant en 1997.]

En 1995, sur les versants nord et est du mont Black, des « coupes de récupération » ont eu pour effet d’éliminer tous les arbres dans de vastes secteurs touchés par l’incendie, ce qui a rendu encore plus facile l’accès des bovins à plusieurs sites du Calochortus lyallii. À certains endroits, l’aire de coupe à blanc s’étend jusqu’à moins de 100 m de sites du C. lyallii, ce qui fait craindre en outre un envahissement par les mauvaises herbes exotiques. En fait, le fait que l’incendie, le broutage et la coupe forestière aient tous eu lieu à l’intérieur d’une courte période pourrait avoir des conséquences graves pour les communautés végétales indigènes du mont Black. Déjà, tout un cortège de plantes nuisibles, dont le Cirsium arvense (chardon des champs), le Cynoglossum officinale (cynoglosse officinale) et le Verbascum thapsus (grande molène), se sont établies dans certains secteurs, et les mauvaises herbes Filago arvensis (cotonnière des champs) et Lactuca serriola (laitue scariole) sont en train d’envahir au moins un des sites.

Ironiquement, ce n’est pas tant la coupe forestière elle-même, mais plutôt les travaux de plantation subséquents, qui ont le plus directement menacé l’habitat du Calochortus lyallii au mont Black. Durant ces travaux, des douzaines de clairières naturelles, dont au moins une renferme une population de C. lyallii n’ayant jamais été signalée, ont été choisies par erreur comme cibles de reboisement et systématiquement plantées de semis de conifères. Un certain nombre de ces semis ont été par la suite enlevés à la main, mais bon nombre se trouvent toujours à l’endroit où ils avaient été plantés. Or, si on les laisse croître jusqu’à leur taille adulte, ces espèces arborescentes introduites auront presque certainement pour effet d’altérer l’écosystème prairial de la région, qui en ce moment renferme des superficies appréciables de milieux convenant au C. lyallii.

Les deux sites du lac Kilpoola, situés à 1,5 km au sud du mont Black, sur des terres louées à un ranch privé, présentent également des signes de perturbation récente. Un chemin d’exploitation forestière, taillé à toute vitesse pour donner accès au bois récupérable à la suite de l’incendie de 1994, passe à seulement quelques mètres des deux sites et pourrait les exposer à d’autres types de circulation motorisée hors-route. On mesure encore mal l’incidence immédiate de la coupe elle-même, puisque ces sites n’ont été « découverts » que récemment et qu’on ne connaît donc pas leur situation antérieure. Cependant, comme ils sont relativement petits et isolés par rapport aux autres, ils sont peut-être particulièrement sensibles à la perturbation, d’autant plus que la crête où ils sont situés possède la couverture arborescente la plus clairsemée de tous les sites canadiens du Calochortus lyallii et est facile d’accès pour le bétail.

Outre les effets anthropiques et la perte naturelle d’habitat liée à la succession naturelle vers une végétation forestière, divers facteurs biotiques pourraient avoir un rôle limitatif sur la répartition et l’abondance du C. lyallii près de la limite nord de son aire de répartition. Dans les sites du mont Black, par exemple, le succès de la reproduction semble exiger la présence d’une espèce particulière d’insecte pollinisateur. D’autres facteurs ont probablement une incidence sur les effectifs du C. lyallii, comme la prédation des fruits par les insectes, la prédation des bulbes par les petits rongeurs et le piétinement par les cervidés.