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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la dalée velue au Canada

Habitat

Description physique

Les populations canadiennes de dalée velue se trouvent dans l’écorégion des prairies mixtes de la Saskatchewan et du Manitoba, où elle sont associées à un complexe écologique azonal, les dunes, caractérisé par des sables mobiles et des sables fixés : dunes, creux interdunaires, creux de déflation et plaines de sable (Richards, 1969). L’espèce semble surtout adaptée aux dunes mobiles et aux creux de déflation (Harms, 1990), mais on la trouve aussi dans les sables partiellement fixés des creux interdunaires (Smith, 1996). Selon les observations de Hudson (1982), cette plante semble confinée aux creux de déflation au moins semi‑actifs.

Voici quelques‑unes des herbacées souvent associées à la dalée velue : Stipa comata, Calamovilfa longifolia, Andropogon hallii, Artemisia frigida, Artemisia ludoviciana, Artemisia campestris, Mamillaria vivipara, Euphorbia esula, Koeleria cristata et Lygodesmia juncea. La dalée velue est aussi associée aux espèces arbustives suivantes : Prunus virginiana, Rhus radicans, Ulmus americana et Rosa woodsii.

 

Climat

La région climatique des Prairies, où se trouvent les populations canadiennes de dalée velue, est située dans la zone tempérée froide et caractérisée par des précipitations annuelles faibles, une évaporation élevée et un écoulement rapide des eaux de surface. Ces facteurs sont à l’origine d’un déficit hydrique chronique et de graves pénuries d’eau dans la région des prairies à graminées courtes. Les années moyennes, le sol ne reçoit pas toujours toute l’eau qu’il est capable de retenir, et l’excédent d’eau n’est que de 7 mm en moyenne. Le Sud de la Saskatchewan connaît un déficit hydrique annuel moyen très important, un des plus élevés au Canada (Stamp, 1988), et plus élevé que celui du Sud‑Ouest du Manitoba (Sanderson, 1988).

Figure 3.    Répartition du Dalea villosa var. villosa au Canada.

Figure 3.    Répartition du Dalea villosa var. villosa au Canada. A) localités de Saskatchewan (no 1 : dunes de Dundurn; no 2 : région de Mortlach-Caron; zone hachurée : répartition au Manitoba; B) localités du Manitoba [les étoiles représentent les deux localités où de petites populations ont été observées après la préparation du présent rapport (à gauche : Glenboro; à droite : dunes de Portage)].

Figure 4.  Dunes de Dundurn, localité no 1, Saskatchewan (photo de B. Smith).

Figure 4.  Dunes de Dundurn, localité no 1, Saskatchewan (photo de B. Smith).

 

L’écorégion des prairies mixtes présente un climat de type continental, à forte amplitude annuelle de la température (été chaud et hiver froid). La température moyenne annuelle varie de 6 °C dans les zones les plus chaudes à 0 °C dans les plus froides. La saison de végétation est relativement courte, avec une moyenne de 105 à 130 jours sans gel. Dans la région du lac Diefenbaker, la durée moyenne de la saison sans gel est d’environ 100 jours. Les précipitations annuelles sont relativement faibles, soit d’environ 30 cm dans l’extrême Sud-Ouest de la Saskatchewan à environ 40 cm aux limites nord et ouest de la région. L’été et l’hiver sont habituellement secs. Le printemps est la saison la plus humide; on enregistre durant cette période, principalement en juin, environ les deux tiers des précipitations annuelles, sous forme de pluie. En été, le taux d’évaporation est élevé en raison des températures et de la vitesse moyenne du vent, éaglement élevées (Wallis, 1982).

Dans la région de Dundurn, la température moyenne annuelle est de 1 oC; la moyenne pour les mois de mai à septembre est de 15 oC. Les précipitations annuelles moyennes sont de 34 à 35 cm. Durant la saison sans gel, environ 65 cm s’évapore des surfaces d’eau libre (Hulett et al., 1966).

Près des deux tiers des précipitations que reçoivent les localités du Manitoba où l’on trouve la dalée velue tombent en pluie au cours de la moitié estivale de l’année, le reste principalement sous forme de neige. La durée moyenne de la période sans gel dans le Sud‑Ouest du Manitoba est de 100 jours (Weir, 1988). Le site de dalée velue du parc provincial Spruce Woods reçoit de 300 à 500 mm de précipitations par année, soit deux fois plus qu’un désert au sens strict (Spruce Woods Provincial Park, Spirit Sands, Devil's Punch Bowl Hiking Trails, 1995).

 

Physiographie, hydrologie et facteurs édaphiques

Les populations canadiennes de dalée velue se trouvent dans la région physiographique des Plaines intérieures (Acton, 1988). Au Manitoba, la population des dunes de Lauder se trouve dans la subdivision de la vallée de la Souris, et celle du parc Spruce Woods, dans la subdivision du delta supérieur de la rivière Assiniboine. Ces deux subdivisions sont caractérisées par des dépôts lacustres et des dunes. La population de Boissevain est dans la subdivision de la plaine de till de Boissevain, caractérisée par des alluvions et des moraines (Barto et Vogel, 1978).

Les dunes du Sud de la Saskatchewan et du Manitoba sont des formes éoliennes, édifiées à partir d’alluvions et de dépôts lacustres glaciaires. Le retrait des glaces de cette région est survenu entre 10 000 et 13 000 ans avant le présent. Comme l’inclinaison topographique de la région est en direction nord‑est et que les glaciers faisaient obstruction à l’écoulement des eaux de fonte dans cette direction, celles‑ci se sont écoulées vers le sud‑est le long du front glaciaire et se sont accumulées dans les dépressions, formant des lacs. Lorsqu’un cours d’eau se déverse dans un lac, sa capacité de transport solide diminue. Les plus grosses particules (sable) se déposent donc les premières, formant un delta, et les plus fines sont emportées plus loin dans le lac. Lorsque ces immenses deltas ont été laissés à sec, le vent a modelé le sable en dunes paraboliques. Ces dunes sont caractéristiques des climats semi-arides et se forment dans des sables partiellement fixés par la végétation. Dans le Sud‑Ouest de la Saskatchewan, comme le maître‑vent souffle du nord‑est, la plupart des dunes sont orientées dans le sens nord‑ouest sud‑est. La vitesse de déplacement des dunes non complètement fixées par la végétation, dans d’autres régions, varie entre 0,6 et 6,6 m par année (Hulett et al., 1966).

Le retrait des glaces en Saskatchewan, il y a quelque 17 000 à 10 000 ans, a donné lieu à la formation de lacs sur la ligne du front glaciaire. L’écoulement des eaux de fonte vers les lacs glaciaires a créé d’immenses deltas de sable. Lorsque l’écoulement a cessé, le vent a transformé ces deltas en dunes, comme celles de Dundurn, formées sur la rive sud du lac glaciaire Saskatchewan, qui a existé dans la région de Saskatoon il y a de 14 000 à 11 000 ans (Pylypec, 1989).

Durant la période de déglaciation, entre 15 500 et 12 000 ans avant le présent, une série de lacs glaciaires reliés par leurs deltas et leurs déversoirs formaient un réseau reliant toutes les localités de Saskatchewan et du Manitoba où l’on trouve aujourd’hui des populations de dalée velue. Le déversoir Blackstrap et le lac glaciaire Saskatchewan (Dundurn), le déversoir Thunder et le lac Regina (Mortlach-Caron) ainsi que le déversoir Souris et le lac glaciaire Agassiz (Lauder, Spruce Woods et Boissevain) ont tous contribué à la création des milieux sableux nécessaires à la dalée velue dans les diverses localités des Prairies où cette espèce est présente (Christiansen, 1979).

La population du parc provincial Spruce Woods est établie à l’emplacement du delta du lac glaciaire Agassiz. Il y a plus de 15 000 ans, la rivière Assiniboine, qui était alors beaucoup plus importante qu’aujourd’hui, a créé un immense delta de sable en rejetant les eaux de fonte des glaciers dans le lac Agassiz. De ce delta, qui couvrait à l’époque 6 500 km2, il ne reste plus aujourd’hui que 4 km2 de sable nu. Le reste abrite une végétation et une faune diversifiées (Spruce Woods Provincial Park, Spirit Sands, Devil's Punch Bowl Hiking Trails, 1995).

Les localités de Saskatchewan et du Manitoba où l’on trouve des populations de dalée velue reposent sur un substratum rocheux du crétacé. Celles de Saskatchewan sont sur la formation Bearpaw. Toutes se trouvent dans le bassin de la baie d’Hudson (Richards, 1969).

Ces localités se trouvent toutes dans des zones de sol brun. En Saskatchewan, on observe des régosols non différenciés et des sols chernozémiques brun foncé, à Dundurn, et bruns, à Mortlach (Richards, 1969). Au Manitoba, on trouve à Lauder et au parc provincial Spruce Woods des sols chernozémiques grossiers constitués de sable déposé ou trié par le vent; le site de Boissevain se trouve sur un till loameux (Barto et Vogel, 1978).

 

Importance des facteurs dynamiques

La dalée velue ne pousse que dans les dunes. Il semble qu’elle soit inféodée aux sables au moins partiellement mobiles. Dans les milieux sableux à fort déficit hydrique annuel, une quantité considérable de sol est déplacée par le vent. Dans les dunes en partie fixées par la végétation, l’espèce ne pousse que là où le sable est en mouvement. Or, d’importantes superficies de sables se sont stabilisées au cours des quarante dernières années (Wallis, 1988).

 

Régime de propriété et responsabilité de gestion

A.  Saskatchewan

Le site de Dundurn se trouve sur un terrain appartenant à la Couronne, en partie sur le terrain militaire du Camp Dundurn. Le terrain au sud du camp militaire fait partie du pâturage collectif de Dundurn, géré par l’Administration du rétablissement agricole des Prairies (ARAP). Le site de Mortlach-Caron se trouve en partie dans le pâturage collectif pour ovins de Mortlach, géré dans le cadre d’un programme provincial, et en partie dans un terrain géré par les propriétaires du camping Besant.

B.  Manitoba

Le site du secteur sud des dunes de Lauder se trouve sur un terrain acquis par la Société protectrice du patrimoine écologique du Manitoba comme réserve faunique et géré par la Direction de la faune en vertu du Programme de protection de l’habitat essentiel de la faune. La partie ouest du site du secteur nord des dunes de Lauder se trouve sur un terrain appartenant à la Couronne et devant faire partie de la réserve faunique Lauder Sandhills. Le site de Spirit Sands se trouve dans le parc provincial Spruce Woods.  Celui de Shilo (dunes Bald Head) se trouve sur le terrain du camp militaire Shilo. Le site de Boissevain a probablement disparu.

 

Pratiques et expériences d’aménagement

La prairie mixte est la plus vaste écorégion herbeuse d’Amérique du Nord. En Alberta, la quasi‑totalité de la prairie de graminées courtes et de la prairie mixte a disparu ou a été transformée (Wallis et Wershler, 1988). Ce qu’il reste des grands pâturages libres est pour l’essentiel impropre à l’agriculture. La dalée velue privilégie les zones sableuses peu productives. Le pacage dans ces grands espaces s’est par ailleurs considérablement intensifié, en conséquence de quoi la composition végétale a changé dans tous les types de milieux. Il reste environ 24 p. 100 de la prairie mixte originelle. La dalée velue bénéficie de la protection d’un parc provincial au Manitoba, le parc Spruce Woods, mais d’une protection toute relative, car ce parc a une vocation récréative affirmée. La perte de l’habitat principal et d’habitats particuliers menace sérieusement la survie des espèces en voie de disparition (Fonds mondial pour la nature, 1988).

Les conditions extrêmes qui caractérisent les milieux sableux les protègent dans une certaine mesure contre diverses formes d’exploitation, mais non contre le tourisme, l’exploration gazière et pétrolière et d’autres activités particulières à chaque milieu. Les dunes sont de plus en plus exploitées, de façon durable ou non, pour les activités récréatives, la mise au pâturage du bétail ou l’extraction de matières premières, comme les minéraux, le gaz ou le pétrole. Le pâturage intensif a des conséquences graves pour la composition floristique du milieu; par exemple, des graminées comme la stipe chevelue sont progressivement remplacées par le boutelou gracieux, les cypéracées et la sélaginelle dense. Le piétinement, le broutage et la circulation de véhicules tous terrains peuvent en peu de temps transformer ces milieux en étendues de sable mobile. Il est impératif de prendre des mesures pour conserver et gérer au mieux ces espaces que le grand public tient souvent pour improductifs (Pylypec, 1989).