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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis) au Canada

COSEPAC Résumé

Musaraigne de Gaspé
Sorex gaspensis

Information sur l’espèce

Membres du complexe Sorex, qui comprend entre 40 et 50 espèces holarctiques, la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis; en anglais, Gaspé Shrew) et la musaraigne longicaude ou à longue queue (S. dispar; en anglais, Long-tailed ou Rock Shrew) sont étroitement liées; elles se distinguent principalement par leur taille. Les deux espèces sont petites et minces, de couleur gris ardoise et ont une longue queue, mais le S. dispar est légèrement plus gros que le S. gaspensis (S. dispar : de 3,1 à 8,3 g, longueur totale de 103 à 136 mm, longueur de la queue de 46 à 67 mm, longueur condylobasale de 16,45 à 18,70 mm, longueur de la rangée de dents molariformes de 3,75à 4,30 mm; S. gaspensis  : de 2,2 à 4,3 g, longueur totale de 95 à 127 mm, longueur de la queue de 45 à 55 mm, longueur condylobasale de 15,35 à 16,35 mm, longueur de la rangée de dents molariformes de 3,40 à 3,65 mm). Bien qu’elles soient actuellement reconnues comme deux espèces distinctes, leur taxinomie est incertaine. Selon des analyses génétiques effectuées par Judith Rhymer et ses collègues, le S. gaspensis devrait être reconnu comme une sous-espèce de S. dispar, et des résultats préliminaires d’études génétiques approfondies menées actuellement par Don Stewart et ses collègues confirment les conclusions de Rhymer et al. En raison des incertitudes taxinomiques le présent rapport porte sur le S. dispar et le S. gaspensis.

Répartition

Actuellement, le S. gaspensis est la seule espèce de musaraigne propre au Canada, ce qui risque cependant de changer si le statut de sous-espèce S. dispar gaspensis lui est accordé. L’espèce a été consignée dans cinq régions : une dans la péninsule gaspésienne, au Québec; deux au Nouveau-Brunswick; et deux dans le nord de la Nouvelle-Écosse. Jusqu’à présent, il existe 133 mentions de l’espèce (33 endroits) : 80 dans les Maritimes et 53 au Québec. Parmi celles-ci, 16 ont été capturées depuis 1988. Le S. dispar est également présent au Canada, à une extrémité de l’étroite zone d’occurrence qui s’étend de la Caroline du Nord jusqu’au Maine et les Adirondack, dans l’État de New York. On compte 21 mentions de S. dispar au Canada (11 sites), au sud-est du Québec (n = 12 spécimens), au sud-est (2) et au centre sud (1) du Nouveau-Brunswick, et en Nouvelle-Écosse continentale (6). De ceux-ci, six ont été consignés depuis 1988.

Habitat

Les besoins en matière d’habitat du S. gaspensis et du S. dispar sont semblables, et ces espèces se limitent en grande partie aux pentes abruptes des régions montagneuses comportant des quantités différentes d’affleurements et de talus rocheux. Elles habitent principalement sur les versants supérieurs et mésoiques des vallées exposées à l’est, au nord ou à l’ouest et comportant des fougères, des mousses et autre végétation dense. Les arbres de l’étage dominant comprennent des espèces associées aux sites mésoiques, notamment le bouleau jaune (Betula alleghaniensis) et l’érable à sucre (Acer saccharum). Les mentions récentes du S. gaspensis au Québec ont été effectuées dans des forêts matures mixtes (quatre mentions), une forêt d’érable à sucre comportant des bouleaux jaunes, une forêt de conifères matures et, dans un cas, un peuplement mixte en régénération. Il est possible que les données sur l’habitat soient peu fiables, car les échantillons sont orientés vers les habitats considérés comme préférés.

Biologie

Il existe peu de données sur la biologie de ces deux espèces, ce qui reflète leurs habitats cryptiques et inaccessibles ainsi que la faible fréquence des captures. Elles sont insectivores et vivraient environ de 14 à17 mois. À l’instar d’autres musaraignes, elles atteignent probablement leur maturité sexuelle au cours du deuxième été suivant leur naissance. La taille des portées varie entre deux et six petits, et les femelles reproductrices ont probablement une ou deux portées par année. On croit que les adultes ont un domaine vital fixe, bien qu’il soit possible que les mâles errent beaucoup pendant la saison de la reproduction, à la recherche de femelles. Les petits sont probablement sevrés vers l’âge de 25 jours, au moment où ils se dispersent pour trouver leur propre domaine vital. On estime que les musaraignes sont vulnérables à la prédation et à la famine surtout pendant le sevrage et la dispersion.

Taille et tendances des populations

Nous ne possédons presque aucune donnée sur la taille et les tendances des populations des deux espèces (ou sous-espèces) et, à l’exception de quelques nouvelles occurrences, nos connaissances sur l’écologie de ces musaraignes n’ont pas beaucoup changé depuis la publication du rapport de situation du COSEPAC sur le S. gaspensis en 1988. Il est très probable que les deux espèces sont plus répandues et abondantes de ce que l’on croit actuellement, même si l’occurrence de l’habitat préféré est limitée et isolée dans le paysage. Faute d’inventaire ou de surveillance systématique de ces espèces dans les habitats connus et potentiels, il est impossible de fournir une évaluation des changements éventuels relatifs à la population.

Facteurs limitatifs et menaces

Les menaces potentielles envers ces espèces sont limitées, car leur habitat n’est pas propice aux activités humaines telles que la foresterie, l’agriculture ou l’exploitation minière. Les populations sont répandues, et bien qu’il ne soit pas exclu qu’une population disparaisse en raison d’un incendie intense, les deux espèces semblent généralisées dans les habitats de talus de toute la région.

Importance de l’espèce

Le S. gaspensisest important, car on croit actuellement qu’il représente la seule espèce de Sorex nord-américaine propre au Canada. À l’instar de certaines populations d’autres espèces au Canada atlantique, il est possible que sa petite population isolée soit une relique de l’histoire géographique et glaciaire.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Le S. gaspensisa été désigné comme une espèce préoccupante en avril 1988 par le COSEPAC, et il figure à l’annexe 3 de la Loi sur les espèces en péril (LEP, 2002). Dans les provinces, ces deux espèces ne sont pas protégées par des lois sur les espèces en péril.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (2006)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged, Note de bas de pagee
Une catégorie qui s’applique lorsque l’information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l’admissibilité d’une espèce à l’évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l’espèce.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

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