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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le S. gaspensis et le S. dispar semblent se limiter en grande partie aux pentes abruptes des hautes terres comportant des quantités différentes d’affleurements et de talus rocheux, souvent à proximité de torrents. Le S. gaspensis est surtout présent dans des forêts matures sur des talus bien formés, et moins dans des zones ne comptant pas ou peu de talus (Scott, 1988). Aux monts Kelly et South, cette espèce a été piégée le long de cours d’eau aux rochers peu nombreux (Scott, 1988). Il existe certaines variations géographiques dans l’utilisation de l’habitat; les populations de la péninsule gaspésienne et du Nouveau Brunswick sont le plus souvent présentes sur des substrats qui ne sont pas des talus et dans des forêts de conifères, alors que dans l’île du Cap-Breton, la répartition du S. gaspensis semble associée aux talus et aux forêts décidues, mais moins aux cours d’eau (Scott, 1988).

Les musaraignes semblent habiter les talus à une certaine profondeur, et utilisent le labyrinthe de passages entre les rochers (Richmond et Grimm, 1950). Il semble que l’espèce préfère des types précis de formations rocheuses, soit celles qui dessinent des tailles et des formes particulières de talus (par exemple, le granite; F. Scott, comm. pers.). Bien que de nombreuses occurrences se situent près de cours d’eau (au Québec, le S. gaspensis a d’abord été récolté à l’extrémité de petits cours d’eau--Anthony et Goodwin, 1924), ces observations sont probablement faussées en raison du comportement de piégeage des mammalogistes (Scott, 1988).

Au Nouveau-Brunswick, le S. gaspensis a été capturé dans un habitat d’épinettes comportant peu de sous-bois, le long d’un petit cours d’eau (Peterson et Symansky, 1963). Un échantillonnage minutieux effectué près de cet endroit a permis de trouver un grand nombre de S. gaspensis à 15 m de cours d’eau sur la pente exposée au nord du mont Sagamook (Whitaker et French, 1984). La forêt était dominée par l’épinette noire (Picea mariana), le bouleau jaune, le thuya occidental(Thuja occidentalis) et le sapin baumier. Le sous-étage était principalement composé d’érables (espèces d’Acer) et d’herbacées. Des parties des versants adjacents étaient couvertes de talus, qui consistaient en de gros rochers de 0,4 à 1,3 m de diamètre.

Dans l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, le S. gaspensis a été consigné dans sept habitats; deux d’entre eux ont été décrits par Roscoe et Majka (1976) : 1) un peuplement mixte composé d’épinettes (Picea spp.), de bouleaux à papier (Betula papyrifera), de sapins baumiers (Abies balsamifera) ainsi que de quelques érables (Acer spp.) dispersés; et 2) une forêt décidue mature composée d’érables à sucre (Acer saccharum) et de bouleaux jaunes (Betula alleghaniensis).

Le premier peuplement était situé à côté d’un petit cours d’eau, du côté nord du mont South, dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, et avait un sous-étage abondant d’aulne rugueux (Alnus rugosa), d’herbacées, de fougères et d’herbes. Le deuxième peuplement était situé le long d’une pente exposée au nord (vallée Grande Anse, parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton), au sol composé de roches abattues, comportant des rochers de 0,5 à 2 m de diamètre, et couvert de mousses et de dryoptérides spinuleuses (Dryopteris spinulosa) éparses. Les caractéristiques des cinq autres peuplements sont décrites par Scott (1988).

Récemment, le S. gaspensisa été signalé au Québec dans trois forêts mixtes matures, une forêt de conifères mature et une forêt mixte en régénération; les musaraignes ont été capturées le long de petits ruisseaux, bordés de forêt mixte, de conifères ou d’arbustes. Des rochers couverts de mousse étaient également présents dans le secteur (J. Jutras, comm. pers.). Il y a peu de temps, un seul S. gaspensis a été capturé dans le parc national Forillon, dans la péninsule gaspésienne, dans un habitat de cours d’eau semblable, au couvert végétal de mousse (S. Paradis, comm. pers.).

Au Canada, à l’instar du S. gaspensis, le S. dispar a été signalé dans des habitats rocheux à proximité de cours d’eau. Au Nouveau-Brunswick, McAlpine et al. (2004) a trouvé le S. dispar sur une pente de 50 à 75 degrés au-dessus d’un talus granitique couvert de mousse, dans une forêt dont l’étage supérieur était dominé par l’épinette rouge (Picea rubens), comptant des bouleaux jaunes dispersés et beaucoup de gros débris ligneux. Kirkland et Schmidt (1982), de leur côté, ont observé l’espèce sur un talus ouvert d’un versant de forêt décidue ou de conifères. Un autre spécimen a été piégé sur un versant rocheux exposé à l’est, dans une forêt décidue-coniférienne dominée par le bouleau jaune comptant des érables à épis (Acer spicatum) ainsi que des sapins baumiers subdominants. Le sous-étage était composé de mousses et de fougères.

En Nouvelle-Écosse, Scott (1987) a piégé le S. dispar sur une pente exposée à l’est (40 °) du mont Folly, dans une forêt décidue mature dominée par l’érable à sucre, le hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia) et le bouleau jaune. La zone comptait environ 35 p. 100 de talus et 5 p. 100 d’affleurements rocheux. Cependant, il semble que le S. dispar ne se limite pas aux talus naturels, car Kirkland (1976) en a signalé sur des dépôts de déchets de mine en terrasses dans l’État de New York; de même, Scott et van Zyll de Jong (1989) en ont capturé un sur un talus artificiel créé par une voie ferrée traversant une vallée abrupte.

Tendances en matière d’habitat

Nous ne possédons presque aucune donnée sur les tendances des deux espèces en matière d’habitat. Les talus, qui semblent l’habitat préféré, ne sont apparemment pas menacés par des perturbations humaines (Scott, 1988; F. W. Scott, comm. pers.). Cet habitat n’est généralement pas propice à l’exploitation forestière, car les pentes sont trop abruptes et instables. Le bouleau jaune et l’érable à sucre sont fréquemment utilisés comme bois de chauffage, comme dans le cas de la foresterie commerciale, mais il est peu probable que les talus fassent l’objet de récolte en raison de leur difficulté d’accès. En outre, les talus ne sont pas propices à l’exploitation minière, même si le granite contient des minéraux exploitables.

Protection et propriété

Les zones protégées dans le nord du Nouveau-Brunswick et la péninsule gaspésienne comportent une énorme quantité d’habitats montagneux; une proportion élevée d’habitats potentiellement propices pour ces espèces appartiennent donc au gouvernement. Cependant, certaines zones ne bénéficient pas d’une protection gouvernementale, et il est possible que l’habitat de certaines populations de musaraignes dans ces régions soit menacé. Ces derniers ont été mentionnés par Scott (1988) : il s’agit du mont Moose, au Nouveau-Brunswick, une petite montagne envahie par des terres agricoles, et de toutes les zones de l’île du Cap-Breton à l’extérieur du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton.