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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis) au Canada

Biologie

On en connaît peu sur la biologie et le cycle vital du S. gaspensis et du S. dispar. Les données suivantes se fondent principalement sur les renseignements tirés de l’examen physique des spécimens capturés ou inférés d’études biologiques sur des espèces de musaraignes similaires.

Cycle vital et reproduction

Le S. gaspensis et le S. dispar sont insectivores et se nourrissent principalement de petits invertébrés comme les mille-pattes, les araignées, les coléoptères, les mouches et les sauterelles (Richmond et Grimm, 1950). Au Canada, le contenu stomacal d’un spécimen de S. dispar comportait des araignées et des mille-pattes (août, McAlpine et al., 2004) et celui de spécimens deS. gaspensis, des coléoptères, des mouches, des trichoptères et des lepidoptera (2 spécimens,Hamilton et Hamilton, 1954; 64 spécimens,Whitaker et French, 1984). Les araignées constituent probablement l’aliment le plus important (Whitaker et French, 1984).

Les deux espèces vivraient environ de 14 à 17 mois, et atteignent probablement leur maturité sexuelle au cours du deuxième été suivant leur naissance. Chez le S. dispar, la saison de reproduction semble s’étendre du début du printemps à la fin de l’été (Kirkland, 1981) et, selon la maturité sexuelle des spécimens capturés, elle est probablement de durée similaire chez le S. gaspensis (French et Kirkland, 1983; McAlpine et al., 2004). La pariade est généralement rudimentaire chez les musaraignes : les mâles poursuivent les femelles jusqu’à ce qu’il y ait contact. La femelle en rut permettra au mâle de s’accoupler avec elle; en d’autres cas, elle répondra agressivement aux avances du mâle. Les femelles sont probablement en rut pendant quelques heures toutes les trois semaines, environ. Il est possible que la copulation répétée soit nécessaire pour stimuler l’ovulation. La gestation dure probablement de 22 à 25 jours. Le dénombrement d’embryons donne à penser que la portée compte de deux à six petits (Richmond et Grimm, 1950; Kirkland et van Deusen, 1979; French et Kirkland, 1983). Les jeunes sont probablement entièrement sevrés vers l’âge de 22 à 25 jours. Les femelles reproductrices peuvent avoir deux portées si la première a été conçue au début de mai.

Nous présumons que les deux espèces sont grandement solitaires. Les femelles ont généralement un domaine vital fixe, qu’elles habitent pendant la plus grande partie de leur vie. Cependant, les mâles erreraient pendant la saison de reproduction, abandonnant possiblement leur territoire, à la recherche de femelles en rut. Les rencontres entre musaraignes peuvent entraîner des réactions agressives, notamment des postures et des signaux vocaux et, souvent, des bagarres. Ces interactions sont rarement mortelles, mais une musaraigne ne pouvant pas se nourrir pendant une certaine période risque la famine. Les relations agressives atteignent probablement leur apogée au milieu de l’été, au moment où les juvéniles entrent en compétition avec des adultes pour l’obtention d’un territoire et d’un site de nidification, et où la densité de population est élevée.

Prédateurs

Des strigidés, des belettes, des chats et des grandes musaraignes ont déjà été observés capturant et mangeant de petites musaraignes, telles que le S. disparet le S. gaspensis. Les musaraignes ne font habituellement pas l’objet de prédation en raison de leurs sécrétions désagréables au goût situées dans leurs glandes dermiques. Les musaraignes en déplacement sont probablement les plus vulnérables à la prédation, car elles sont actives sur le sol plutôt que dans des tunnels et passages sous la surface. À notre connaissance, il n’existe aucune information sur les répercussions précises de la prédation sur leS. gaspensis ou le S. dispar.

Physiologie

Les musaraignes se caractérisent par leur métabolisme élevé et leur appétit vorace. Généralement actives le jour et la nuit, elles doivent manger toutes les deux ou trois heures pour maintenir leur métabolisme élevé. Afin de conserver leur température corporelle en hiver, elles accélèrent leur métabolisme et réduisent les pertes de chaleur par une mue pré-hivernale, qui leur donne un pelage long et épais. L’utilisation de l’espace souterrain par les deux espèces atténue probablement les effets du rude climat hivernal, car le talus et la couche de neige ont une influence de modération importante sur la température. Possiblement en raison de leur métabolisme et des niveaux d’activité élevés, les musaraignes ont généralement une perte respiratoire par évaporation élevée; elles ont donc un grand besoin d’eau (Churchfield, 1990).

Déplacements et dispersion

En général, les jeunes Sorex quittent leur région natale dès qu’ils sont sevrés, et ils peuvent errer beaucoup à la recherche de leur propre domaine vital. L’établissement rapide dans un domaine vital est important pour la survie des juvéniles, car il leur assure un accès à la nourriture ainsi qu’aux sites de nidification et réduit les risques de prédation ainsi que d’interactions agressives avec les congénères. Les distances de dispersion du S. gaspensis et du S. dispar sont inconnues.

Relations interspécifiques

Le S. gaspensis et le S. dispar ont été capturés en association avec d’autres petits mammifères, y compris le campagnol de Gapper (Clethrionomys gapperi), la musaraigne cendrée (Sorex cinereus), la musaraigne palustre (S. palustris), la musaraigne fuligineuse (S. fumeus), la musaraigne de Hoy (Microsorex hoyi), la grande musaraigne (Blarina brevicauda), la souris sylvestre (Peromyscus maniculatus), la souris sauteuse des bois (Napaeozapus insignis), le campagnol des prés (Microtus pennsylvanicus) et le campagnol des rochers (Microtus chrotorrhinus) (Roscoe et Majka, 1976; Kirkland et Schmidt, 1982; Whitaker et French, 1984; Scott, 1987; Scott et van Zyll de Jong, 1989, McAlpine et al., 2004). On ignore la mesure dans laquelle ces espèces entrent en compétition pour l’habitat et la nourriture avec leS. gaspensis et le S. dispar.

Les musaraignes sont les hôtes d’une grande variété d’ectoparasites et d’endoparasites.Whitaker et French (1982) ont décrit 18 ectoparasites trouvés sur 67 individus S. gaspensis piégés dans le parc provincial Mont-Carleton, au Nouveau-Brunswick; Whitaker et French (1988) ainsi qu’O’Connor (1985) ont décrit les ectoparasites trouvés sur le S. dispar dans l’État de New York et au Tennessee. Cependant, il existe peu de données indiquant que la charge parasitaire affecte le taux de mortalité des musaraignes (Churchfield, 1990).

Adaptabilité

Il n’existe aucune donnée sur l’adaptabilité des deux espèces.