Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis) au Canada

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur la
musaraigne de Gaspé
Sorex gaspensis
au Canada

Musaraigne de Gaspé

Espèce non en péril 2006

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2006. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis) au Canada  – Mise à jour.  Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vii + 25.

Rapports précédents

Scott, F.W.1988. Rapport de situation du COSEPAC sur la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. 1+19p   

Note de production

Le présent rapport de situation contient des renseignements sur la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis) et la musaraigne longicaude ou à longue queue (Sorex dispar). Toutefois, seulement la musaraigne de Gaspé a été évaluée par le COSEPAC.

Le COSEPAC aimerait remercier David Anthony Kirk et Jennie L. Pearce qui ont rédigé la mise à jour du rapport de situation sur la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis), en vertu d’un contrat avec Environnement Canada. Mark Brigham, coprésident du Sous-comité de spécialistes des mammifères terrestres du COSEPAC, a supervisé le présent rapport et en a fait la révision.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : (819) 997-4991 / (819) 953-3215
Téléc. : (819) 994-3684
Courriel du COSEPAC@ec.gc.ca
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Gaspé Shrew Sorex gaspensis in Canada.

Illustration de la couverture

Musaraigne de Gaspé --Illustration par Nancy Halliday de Kays and Wilson’s Mammals of Nature America, ©Princeton University Press (2002).

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2006
de catalogue CW69-14/477-2006F-PDF
ISBN 0-662-71761-9

Retournez à la table des matières

COSEPAC Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation --Avril 2006

Nom commun : Musaraigne de Gaspé

Nom scientifique : Sorex gaspensis

Statut : Espèce non en péril

Justification de la désignation : Il est fort probable que cette musaraigne soit plus répandue et abondante qu’on ne le croit actuellement. Bien que son présumé habitat de prédilection soit restreint et isolé dans le paysage, il n’est pas en péril. L’espèce semble répandue dans les habitats de talus dans l’ensemble de son aire de répartition. De nouveaux renseignements remettent en question le statut taxinomique de cette musaraigne. Celle-ci pourrait bien être une sous-espèce de Sorex dispar. Lorsque la désignation initiale a été effectuée, elle était considérée comme une espèce endémique au Canada.

Répartition : Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse

Historique du statut : Espèce désignée « préoccupante » en avril 1988. Réexamen du statut et inscription à la catégorie « non en péril » en avril 2006. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.

Retournez à la table des matières

COSEPAC Résumé

Musaraigne de Gaspé
Sorex gaspensis

Information sur l’espèce

Membres du complexe Sorex, qui comprend entre 40 et 50 espèces holarctiques, la musaraigne de Gaspé (Sorex gaspensis; en anglais, Gaspé Shrew) et la musaraigne longicaude ou à longue queue (S. dispar; en anglais, Long-tailed ou Rock Shrew) sont étroitement liées; elles se distinguent principalement par leur taille. Les deux espèces sont petites et minces, de couleur gris ardoise et ont une longue queue, mais le S. dispar est légèrement plus gros que le S. gaspensis (S. dispar : de 3,1 à 8,3 g, longueur totale de 103 à 136 mm, longueur de la queue de 46 à 67 mm, longueur condylobasale de 16,45 à 18,70 mm, longueur de la rangée de dents molariformes de 3,75à 4,30 mm; S. gaspensis  : de 2,2 à 4,3 g, longueur totale de 95 à 127 mm, longueur de la queue de 45 à 55 mm, longueur condylobasale de 15,35 à 16,35 mm, longueur de la rangée de dents molariformes de 3,40 à 3,65 mm). Bien qu’elles soient actuellement reconnues comme deux espèces distinctes, leur taxinomie est incertaine. Selon des analyses génétiques effectuées par Judith Rhymer et ses collègues, le S. gaspensis devrait être reconnu comme une sous-espèce de S. dispar, et des résultats préliminaires d’études génétiques approfondies menées actuellement par Don Stewart et ses collègues confirment les conclusions de Rhymer et al. En raison des incertitudes taxinomiques le présent rapport porte sur le S. dispar et le S. gaspensis.

Répartition

Actuellement, le S. gaspensis est la seule espèce de musaraigne propre au Canada, ce qui risque cependant de changer si le statut de sous-espèce S. dispar gaspensis lui est accordé. L’espèce a été consignée dans cinq régions : une dans la péninsule gaspésienne, au Québec; deux au Nouveau-Brunswick; et deux dans le nord de la Nouvelle-Écosse. Jusqu’à présent, il existe 133 mentions de l’espèce (33 endroits) : 80 dans les Maritimes et 53 au Québec. Parmi celles-ci, 16 ont été capturées depuis 1988. Le S. dispar est également présent au Canada, à une extrémité de l’étroite zone d’occurrence qui s’étend de la Caroline du Nord jusqu’au Maine et les Adirondack, dans l’État de New York. On compte 21 mentions de S. dispar au Canada (11 sites), au sud-est du Québec (n = 12 spécimens), au sud-est (2) et au centre sud (1) du Nouveau-Brunswick, et en Nouvelle-Écosse continentale (6). De ceux-ci, six ont été consignés depuis 1988.

Habitat

Les besoins en matière d’habitat du S. gaspensis et du S. dispar sont semblables, et ces espèces se limitent en grande partie aux pentes abruptes des régions montagneuses comportant des quantités différentes d’affleurements et de talus rocheux. Elles habitent principalement sur les versants supérieurs et mésoiques des vallées exposées à l’est, au nord ou à l’ouest et comportant des fougères, des mousses et autre végétation dense. Les arbres de l’étage dominant comprennent des espèces associées aux sites mésoiques, notamment le bouleau jaune (Betula alleghaniensis) et l’érable à sucre (Acer saccharum). Les mentions récentes du S. gaspensis au Québec ont été effectuées dans des forêts matures mixtes (quatre mentions), une forêt d’érable à sucre comportant des bouleaux jaunes, une forêt de conifères matures et, dans un cas, un peuplement mixte en régénération. Il est possible que les données sur l’habitat soient peu fiables, car les échantillons sont orientés vers les habitats considérés comme préférés.

Biologie

Il existe peu de données sur la biologie de ces deux espèces, ce qui reflète leurs habitats cryptiques et inaccessibles ainsi que la faible fréquence des captures. Elles sont insectivores et vivraient environ de 14 à17 mois. À l’instar d’autres musaraignes, elles atteignent probablement leur maturité sexuelle au cours du deuxième été suivant leur naissance. La taille des portées varie entre deux et six petits, et les femelles reproductrices ont probablement une ou deux portées par année. On croit que les adultes ont un domaine vital fixe, bien qu’il soit possible que les mâles errent beaucoup pendant la saison de la reproduction, à la recherche de femelles. Les petits sont probablement sevrés vers l’âge de 25 jours, au moment où ils se dispersent pour trouver leur propre domaine vital. On estime que les musaraignes sont vulnérables à la prédation et à la famine surtout pendant le sevrage et la dispersion.

Taille et tendances des populations

Nous ne possédons presque aucune donnée sur la taille et les tendances des populations des deux espèces (ou sous-espèces) et, à l’exception de quelques nouvelles occurrences, nos connaissances sur l’écologie de ces musaraignes n’ont pas beaucoup changé depuis la publication du rapport de situation du COSEPAC sur le S. gaspensis en 1988. Il est très probable que les deux espèces sont plus répandues et abondantes de ce que l’on croit actuellement, même si l’occurrence de l’habitat préféré est limitée et isolée dans le paysage. Faute d’inventaire ou de surveillance systématique de ces espèces dans les habitats connus et potentiels, il est impossible de fournir une évaluation des changements éventuels relatifs à la population.

Facteurs limitatifs et menaces

Les menaces potentielles envers ces espèces sont limitées, car leur habitat n’est pas propice aux activités humaines telles que la foresterie, l’agriculture ou l’exploitation minière. Les populations sont répandues, et bien qu’il ne soit pas exclu qu’une population disparaisse en raison d’un incendie intense, les deux espèces semblent généralisées dans les habitats de talus de toute la région.

Importance de l’espèce

Le S. gaspensisest important, car on croit actuellement qu’il représente la seule espèce de Sorex nord-américaine propre au Canada. À l’instar de certaines populations d’autres espèces au Canada atlantique, il est possible que sa petite population isolée soit une relique de l’histoire géographique et glaciaire.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Le S. gaspensisa été désigné comme une espèce préoccupante en avril 1988 par le COSEPAC, et il figure à l’annexe 3 de la Loi sur les espèces en péril (LEP, 2002). Dans les provinces, ces deux espèces ne sont pas protégées par des lois sur les espèces en péril.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (2006)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged, Note de bas de pagee
Une catégorie qui s’applique lorsque l’information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l’admissibilité d’une espèce à l’évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l’espèce.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

Retour à la référence de la note de bas de pagea

Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

Retour à la référence de la note de bas de pageb

Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

Retour à la référence de la note de bas de pagec

Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

Retour à la référence de la note de bas de paged

Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

Retour à la référence de la note de bas de pagee

Retournez à la table des matières

Information sur l’espèce

Nom et classification

Le Sorex gaspensis et le S. disparappartiennent à l’ordre des insectivores et à la famille des Soricidés (sous-famille des Soricinés, tribu des Soricini). Le genre Sorex compte de 40 à 50 espèces et est présent dans tout le holarctique. La musaraigne de Gaspé (S. gaspensis Anthony et Goodwin; en anglais, Gaspé Shrew) appartient au sous-genre Otisorex. Le S. gaspensis et la musaraigne longicaude (S. dispar Batchelder; en anglais, Long-tailed ou Rock Shrew) sont des alloespèces qui comprennent le groupeS. dispar. Deux sous-espèces de S. disparsont actuellement reconnues : S. d. dispar Batchelder et S. d. blitchi Schwartz. Le S. gaspensis est monotypique (Kirkland et Van Deusen, 1979).

LeS. dispar et le S. gaspensis sont actuellement reconnus comme des espèces différentes, principalement en raison de leur taille. Le taille des S. dispar décline du sud au nord, la sous-espèce S. d. blitchi du sud des Appalaches étant la plus grande (Kirkland et Van Deusen, 1979). En extrapolant cette variation au Québec, Kirkland et Van Deusen (1979) ont suggéré que, si le S. gaspensis appartenait au cline dispar, il devrait être plus gros. Cependant, le S. gaspensis est légèrement plus petit que le S. dispar. La discontinuité relative à la taille et à la répartition des deux espèces appuie l’hypothèse que le S. gaspensis est une espèce distincte (Kirkland et Van Deusen, 1979). French et Kirkland (1983) ainsi que Scott et van Zyll de Jong (1989) ont confirmé ces conclusions.

Cependant, des similitudes dans la forme des crânes de S. dispar et de S. gaspensis remettent en question la notion voulant qu’il s’agisse de deux espèces. De plus, un cline hypothétique plus prononcé à l’extrémité nord coïncidant avec un climat plus dur laisse également croire à l’existence d’une seule espèce. En raison du petit nombre de spécimens de l’extrémité septentrionale du cline en vue des analyses (Scott et van Zyll de Jong, 1989; Rhymer et al., 2004), la question demeure ouverte.

Le paragraphe suivant, rédigé par Don Stewart (comm. pers.), résume les récents travaux génétiques. Deux études de la variation de l’ADN mitochondrial ont été menées sur le complexe S. dispar/S. gaspensis : Rhymer et al. (2004) ont eu recours à l’étude des séquences de régulation de l’ADN mitochondrial (284 pb); et Don Stewart, Fred Scott et Stephen Petersen (en préparation) ont utilisé les séquences d’ADN du gène mitochondrial cytochrome b (309 pb) amplifiées par l’ADN extrait de petits (~ 1 x 5 mm) échantillons de peau séchée. En plus de l’analyse de différents gènes mitochondriaux, les deux études n’ont pas porté sur la même zone géographique. Rhymer et al. (2004) ont examiné 35 spécimens du nord-ouest du Maine, du sud du Québec et de la péninsule gaspésienne, au Québec. Stewart et al. (en préparation) ont étudié des spécimens de S. dispar du Tennessee, de la Caroline du Nord, de l’État de New York et du Canada atlantique, ainsi que des spécimens de S. gaspensis du Nouveau-Brunswick et de l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Rhymer et al. (2004) ont observé peu de polymorphisme et aucune différentiation entre les deux espèces, et Stewart et al. (en préparation), la présence de deux clades dans l’échantillon qui comptait 18 individus : un clade comprenait des spécimens de S. dispar du Tennessee, de la Caroline du Nord et de l’État de New York, et l’autre comportait principalement des spécimens de S. gaspensis, mais incluait également trois spécimens de S. dispar de la Nouvelle-Écosse. Il y avait très peu de variation séquentielle dans chacun de ces clades. La divergence de séquence moyenne entre les deux clades était relativement faible (~ 1 p. 100), ce qui correspondrait peut-être au statut conspécifique, tel que le suggèrent Rhymer et al. (2004).

La divergence observée pour cette séquence de cyt b (309 bp) est inférieure à celle observée entre plusieurs autres espèces de musaraignes étroitement associées (par exemple, 3,2 p. 100 entre le S. palustris et le S. bendirii; 5,7 p. 100 entre le S. cinereus et le S. haydeni; et 3,9 p. 100 entre le S. hoyi et le S. thompsoni, deux espèces de musaraignes de Hoy putatives). Actuellement, la taxinomie du S. dispar et du S. gaspensis doit être considérée comme incertaine. Même si, dans ses travaux, Rhymer a clairement indiqué qu’il était impossible de distinguer les deux espèces, le territoire géographique des spécimens examinés était très petit (nord-ouest du Maine et région de Gaspé). Les recherches en cours de Stewart et al. (en préparation), qui comprennent des spécimens des secteurs méridionaux (Tennessee, Caroline du Nord) et du nord-est (Nouvelle-Écosse continentale et île du Cap-Breton) de l’aire de répartition, donnent à penser qu’il existe peut-être des divisions importantes sur le plan taxinomique au sein de ce complexe. Cependant, en raison du niveau de divergence des séquences de cytochrome b, on pourrait faire valoir que les deux clades représentent des sous-espèces plutôt que des espèces différentes.

Ensemble, les deux études laissent croire qu’il serait peut-être nécessaire de tracer à nouveau les frontières géographiques de ces deux espèces ou sous-espèces putatives (S. dispar et S. gaspensis ou S. dispar dispar et S. dispar gaspensis). Il est peu probable que le S. gaspensis (ou S. dispar gaspensis) continue à être reconnu comme un taxon endémique au Canada. Il est nécessaire de mener d’autres recherches sur ce complexe d’espèces qui mettraient l’accent sur : 1) un échantillon élargi de l’aire de répartition du S. dispar en Nouvelle-Angleterre, en particulier dans les régions où il est probable que les deux lignées d’ADN mitochondrial définies par Stewart et al. (en préparation) entrent en contact (Vermont, New Hampshire, sud du Maine); 2) le séquençage supplémentaire d’ADN du gène mitochondrial (par exemple, le gène cytochrome b complet); et 3) l’ajout de marqueurs d’ADN nucléaire (par exemple, microsatellites).

Description morphologique

Le S. dispar et le S. gaspensis sont tous les deux petits, minces et de couleur gris ardoise toute l’année (généralement sur les surfaces dorsale et ventrale). Leur queue est longue, bien recouverte de poils et n’est pas distinctement bicolore (Kirkland, 1981). Le S. gaspensis pèse environ 3 g (de 2,2 à 4,3 g), sa longueur totale atteint de 95 à 127 mm, et sa queue mesure de 45 à 55 mm. Le S. dispar est plus grand à tous les égards (de 3,1 à 8,3 g, longueur totale de 103 à 136 mm, longueur de la queue de 46 à 67 mm). Morphologiquement, les crânes des deux espèces se distinguent par la longueur condylobasale et la longueur de la rangée de dents molariformes. Chez le S. gaspensis,la longueur condylobasale atteint < 16,4 mm (de 15,35 à 16,35 mm), et la longueur de la rangée de dents molariformes, < 3,7 mm (de 3,40 à 3,65 mm); chez le S. dispar, ces caractéristiques sont plus grandes (longueur condylobasale de 16,45 à 18,70 mm, longueur de la rangée de dents molariformes de 3,75 à 4,30 mm; Kirkland et Van Deusen, 1979, tableau 1).

Tableau 1. Moyenne et écart-type des mesures chez les Sorex dispar et S. gaspensis adultes. Les mesures du S. gaspensis sont tirées de Kirkland et van Deusen (1979). Les quatre premières mesures du S. dispar ont été calculées à partir de spécimens recueillis au Canada (Woolaver et al., 1998; McAlpine et al., 2004; Kirkland et Schmidt, 1982; Scott et van Zyll de Jong, 1989; Scott, 1987). Les deux autres mesures ont été tirées de Kirkland et van Deusen (1979), et font référence à des S. dispar capturés en Nouvelle-Angleterre, car nous ne possédions pas ces mesures pour des spécimens canadiens. Il existe une différence significative à p < 0,01 relativement à toutes les moyennes.
MesuresSorex disparSorex gaspensisTest t
Longueur totale120,26 ± 4,24 (n = 5)105 ± 8,78 (n = 21)
3,74
Longueur de la queue57,68 ± 1,85 (n = 5)49,72 ± 2,65 (n = 23)
6,34
Longueur du membre postérieur13,08 ± 0,78 (n = 5)11,98 ± 0,57 (n = 23)
3,67
Masse4,08 ± 0,37 (n = 5)2,89 ± 0,63 (n = 9)
3,83
Longueur condylobasale17,12 ± 0,33 (n = 33)15,88 ± 0,37 (n = 18)
12,29
Longueur de la rangée de dents molariformes3,92 ± 0,12 (n = 49)3,56 ± 0,07 (n = 18)
3,74

Leur pelage dorsal, leur corps effilé, leur museau exceptionnellement long et leur longue queue permettent de distinguer physiquement le S. dispar et leS. gaspensis des autres musaraignes sympatriques. La musaraigne fuligineuse (S. fumeus) est massive et robuste, et sa queue est encrassée (épaissie à la mi-longueur). De plus, la longueur de sa queue mesure en moyenne 60 à70 p. 100 de la longueur de la tête et du corps, alors que, chez le S. dispar et le S. gaspensis, elle est habituellement plus longue, soit 80 à 90 p. 100 de la longueur de la tête et du corps en moyenne (Kirkland, 1981). LeS. dispar et le S. gaspensis se distinguent des autres Sorex nord-américains par la position de la limite postérieure du foramen infraorbitaire (postérieur au plan entre M1 et M2) et le rostre (qui est plus long que celui des autres Otisorex; voir figure 1).

Figure 1. Caractéristiques distinctives du crâne du S. gaspensis (semblable à celui du S. dispar) comparativement aux autres Otisorex, notamment la position du foramen infraorbitaire relativement à la M1 et à la M2, et le rostre (d’une photographie dans Lupien, 2001).

Caractéristiques distinctives du crâne du S. gaspensis(semblable à celui du S. dispar) comparativement aux autres Otisorex, notamment la position du foramen infraorbitaire relativement à la M1 et à la M2, et le rostre (d’une photographie dans Lupien, 2001)

Retournez à la table des matières

Répartition

Le S. gaspensis est actuellement la seule musaraigne nord-américaine dont l’aire de répartition se situe entièrement au Canada. L’espèce est signalée dans cinq régions : une dans la péninsule gaspésienne, au Québec; deux au Nouveau-Brunswick; et deux dans le nord de la Nouvelle-Écosse (figure 2). Jusqu’à présent, il existe 133 mentions de l’espèce (33 endroits en 2004) : 80 dans les Maritimes et 53 au Québec. Depuis la publication du rapport de situation de Scott (1988), quatre autres mentions historiques ont été situées et 15 nouvelles mentions ont été signalées.

Figure 2. Répartition géographique S. d. dispar, S. d. blitchi et S. gaspensis, des sous-espèces de S. dispar. Cette carte a été modifiée de Rhymer et al. (2004). Légende : 1 =S. gaspensis; 2 = S. d  dispar du nord des États-Unis; 3 = S. d. blitchi du sud des États-Unis; 4 = Chevauchement de S. gaspensis et de S. d. dispar.

Répartition géographique S. d. dispar, S. d. blitchi et S. gaspensis, des sous-espèces de S. dispar

De récents relevés indiquent que l’écart géographique est ténu quant à l’aire de répartition du S. dispar et du S. gaspensis (voir par exemple McAlpine et al., 2004). Jusqu’à présent (2004), 21 spécimens de S. dispar ont été consignés au Canada (11 sites) : 12 dans le sud-est du Québec, deux dans le sud-est et un dans le centre sud du Nouveau-Brunswick ainsi que six en Nouvelle-Écosse continentale (McAlpine et al., 2004). LeS. dispar se limite aux régions montagneuses du nord-est de l’Amérique du Nord (figure 3).

Figure 3. Emplacements canadiens où le S. gaspensis et le S. dispar ont été signalés.

 Emplacements canadiens où le S. gaspensis et le S. dispar ont été signalés

Il est très probable que les deux espèces sont plus répandues que ce que l’on croit actuellement. De nombreuses zones d’habitat propice n’ont pas fait l’objet de relevés. Par exemple, il existe des habitats qui semblent propices aux deux espèces dans les monts Cobequid de la Nouvelle-Écosse et les collines Nerepis, au Nouveau-Brunswick (Woolaver et al.,1998; McAlpine et al., 2004). Il y a un vaste habitat de talus granitique dans les hautes terres de l’est de l’île du Cap-Breton entre Tarbotvale et Cape Smokey (Scott, 1988; F. Scott, comm. pers.).

Les deux espèces sont difficiles à détecter, et il serait nécessaire de mener des piégeages intensifs. Par exemple, en Nouvelle-Écosse, seul un S. dispar a été récolté au cours des 1 500 nuits de piégeage (Woolaver et al.,1998; M. Elderkin, comm. pers.) et environ 1 000 nuits ont été nécessaires pour piéger chacun des quatre S. disparrécoltés dans la vallée du ruisseau Smith (Scott et van Zyll de Jong, 1989). De même, dans le parc national Forillon, dans la péninsule gaspésienne, un seul S. gaspensis se trouvait parmi les 27 spécimens de Sorex récoltés au cours de 340 nuits de piégeage (S. Paradis, comm. pers.).

La zone d’occurrence du S. gaspensis et du S. dispar a été calculée à l’aide de la technique du polygone convexe minimal (C. Lougheed, Environnement Canada, comm. pers.). Nous n’avons pas tenu compte dans le calcul des zones de polygone qui recouvraient l’océan Atlantique (sites du nord de la Nouvelle-Écosse) ou le nord des États-Unis (sites du sud du Québec). Relativement aux observations isolées, une zone au rayon de 2 km a été dessinée autour de chaque site. Ces calculs ont défini une zone d’occurrence de 13 089 km² pour le S. gaspensis et de 1 369 km² pour le S. dispar. Si l’on considère les deux espèces comme des sous-espèces, la zone d’occurrence totale serait de 14 385 km² (zone d’occurrence combinée du S. gaspensis et du S. dispar).

Nous avons calculé la zone d’occupation à l’aide de deux types de grille : une de 2 km² et une autre de 4 km² (C. Lougheed, comm. pers.). La grille de 2 km² constituait une estimation conservatrice de la zone d’occupation, et celle de 4 km² l’était moins. La grille de 2 km² a permis d’obtenir une zone d’occupation totale pour le S. gaspensis de 128 km² et, pour le S. dispar, de 36 km². La zone d’occupation combinée pour les deux espèces s’établissait à 164 km². La grille de 4 km² a permis d’obtenir une zone d’occupation pour le S. gaspensis de 480 km² et, pour leS. dispar, de 128 km². La zone d’occupation combinée pour les deux espèces s’établissait à 608 km². Puisque les zones d’occupation calculées sont très petites, il est possible que la grille de 4 km² exclue des habitats adjacents apparemment propices n’ayant pas été inventoriés. Nous estimons que d’autres relevés menés dans des habitats propices permettraient d’observer d’autres populations (en particulier à l’aide d’un échantillonnage systématique); toutefois, il sera nécessaire de déployer des efforts importants, en raison du faible taux de détection de l’espèce.

Il n’existe aucune donnée sur les changements historiques du nombre de populations ni de leur étendue, mais nous présumons qu’il est relativement stable en raison de l’absence de perturbation de l’habitat par les humains.

Tableau 2. Emplacements où le S. gaspensis a été récolté et emplacement actuel des spécimens dans les collections de musées. Tableau tiré de Scott (1988) et mis à jour
ProvinceComtéSiteNombreDateMuséeSexeSources
Nouvelle-ÉcosseVictoriaMont South, parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton21974MCN 46973-46974U1
Nouvelle-ÉcosseInvernessVallée de Grande Anse, parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton11974MCN 469751
4U
1
Nouvelle-ÉcosseInvernessVallée de la rivière Cheticamp, Hautes-Terres-du-Cap-Breton41974MCN 46976-46979U 
Nouvelle-ÉcosseVictoriaSommet du mont Kelly, près d’Englishtown11971NSM 971.324.16 
Nouvelle-ÉcosseInvernessRuisseau Lewis11981NSM 981.301.5 
Nouvelle-ÉcosseInvernessRuisseau Wreck Cove11981NSM 981.302.1 
Nouvelle-ÉcosseInvernessNord-est de Margaree11979NSM 979.305.1S♂ 
QuébecGaspé-OuestAux chutes près du chalet, parc provincial de la Gaspésie21953MCN 21950-219512A♂ 
QuébecGaspé-OuestPrès des chutes, parc provincial de la Gaspésie31955AMNH 173442-443, 1736453♂ 
QuébecGaspé-OuestMont Albert, parc provincial de la Gaspésie21923AMNH 64190, 64191♂♀ 
QuébecGaspé-Ouest16 km à l’ouest du mont Albert, parc provincial de la Gaspésie11923AMNH 64189 
QuébecBonaventureVallée de la Cascapédia à Red Camp, 12 km à l’intérieur71927AMNH 74511-13, 74515, 74517-181♂
5♀
 
QuébecBonaventureVallée de la Cascapédia à New Dureen, 19 km à l’intérieur11927AMNH 74516 
QuébecBonaventureVallée de la Cascapédia à Middle Camp, 32 km à l’intérieur11927AMNH 74514 
QuébecMatapédia/MataneVallée de la Cascapédia aux montagnes Big Berry, 56 km à l’intérieur11927AMNH 74808U 
Québec Rivière Cascapédia, montagnes Berry11927AMNH 74519U 
Québec Rivière Cascapédia, Red Camp21927AMNH 74520-745212♂ 
Québec Rivière Cascapédia, Middle Camp11927AMNH 74522 
Québec Rivière Cascapédia, ruisseau Indian Falls31995  5
Québec Rivière Cascapédia, ruisseau Morency11995  5
Québec Rivière Cascapédia, ruisseau Charles61995   
Québec Rivière Cascapédia, ruisseau Charles11999   
Québec Rivière Cascapédia, ruisseau Dechêne12000   
Québec Petite Cascapédia12001   
Québec Parc de la Gaspésie11996  5
Québec Mont Albert, lac Sainte-Anne11961   
Québec Mont Albert, ruisseau des Quatre Lacs à la hauteur du petit lac Sainte-Anne11961   
Québec Rivière Bonaventure, caverne de Saint-Elzéar-de-Bonaventure131977   
Québec Près du ruisseau Deloge à Notre-Dame-des-Bois11998  5
Québec Parc national Forillon12002  5
Nouveau-BrunswickCarletonMont Moose, près de Bath11980USNM 553302A♀ 
Nouveau-BrunswickNorthumberland5,6 km au SO du mont Carleton, parc provincial Mont-Carleton11961MR R-125A♂2
Nouveau-BrunswickRestigouchePente nord du mont Sagamook, Mt parc provincial Mont-Carleton671980MNB 1843-1846,
SU 12018-12019,
TWF 561,
USNM 553242-553301
3A♂ 2A♀ 62S?3,4

1 AMNH 74510 mentionné dans Scott (1988) introuvable

Abréviation des collections : AMNH = American Museum of Natural History, New York; MNB = Musée du Nouveau-Brunswick, Saint John; MCN = Musée canadien de la nature, Ottawa; NSM = Nova Scotia Museum, Halifax; MR = Musée Redpath, Montréal; SU = The Vertebrate Museum, Université de Shippensburg, Shippensburg (PA); TWF = Collection privée de Thomas W. French; USNM = United States National Museum, Washington; ACAD = Wildlife Museum, Université Acadia.

Sources : 1. Roscoe et Majka (1976), 2. Peterson et Symansky (1963), 3. Whitaker et French (1982), 4. French et Kirkland (1983), 5. Rhymer et al. (2004).

Tableau 3. Emplacements canadiens où le S. dispar a été récolté et emplacement actuel des spécimens dans les collections de musées
ProvinceComtéSiteNombreDateMuséeSexeSources
Québec Armstrong, 16 km SE près de Lac du Portage et de la frontière du Maine21955AMNH 174347, 2525292♂1
Québec Sud de Chartierville, à quelques verges au nord de la frontière du New Hampshire31955AMNH 252526-2525282♂ 1♀1
Québec  31955AMNH 174344-1743462♂ 1♀ 
Québec Parc du Mont-Mégantic21995  6
Québec Parc do Mont-Mégantic11998  6
Québec Gosford11997  6
Nouveau-BrunswickAlbertCrowley Mountain, collines Nerepis12002MNB 5970A♂2
Nouveau-BrunswickAlbert5,3 km N,
3,5 km O de Riverside-Albert
21978
1979
SU 8393
??
2S♂
3, 4
Nouvelle-ÉcosseCumberlandFolly Mountain11984NSM 984.301.1A♀5
Nouvelle-ÉcosseCumberlandVallée du ruisseau Smith41986NMC 52250-52251, NSM 10017, 100243S♂ A♂7
Nouvelle-ÉcosseColchesterRuisseau Copper Mine11996ACAD 04000001951S♂8

Sources : 1. Peterson (1966), 2. McAlpine et al. (2004), 3. Kirkland et Schmidt (1982), 4. Kirkland et al. (1979), 5. Scott (1987), 6. Rhymer et al.(2004), 7. Scott et van Zyll de Jong (1989), 8. Woolaver et al. (1998).

Retournez à la table des matières

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le S. gaspensis et le S. dispar semblent se limiter en grande partie aux pentes abruptes des hautes terres comportant des quantités différentes d’affleurements et de talus rocheux, souvent à proximité de torrents. Le S. gaspensis est surtout présent dans des forêts matures sur des talus bien formés, et moins dans des zones ne comptant pas ou peu de talus (Scott, 1988). Aux monts Kelly et South, cette espèce a été piégée le long de cours d’eau aux rochers peu nombreux (Scott, 1988). Il existe certaines variations géographiques dans l’utilisation de l’habitat; les populations de la péninsule gaspésienne et du Nouveau Brunswick sont le plus souvent présentes sur des substrats qui ne sont pas des talus et dans des forêts de conifères, alors que dans l’île du Cap-Breton, la répartition du S. gaspensis semble associée aux talus et aux forêts décidues, mais moins aux cours d’eau (Scott, 1988).

Les musaraignes semblent habiter les talus à une certaine profondeur, et utilisent le labyrinthe de passages entre les rochers (Richmond et Grimm, 1950). Il semble que l’espèce préfère des types précis de formations rocheuses, soit celles qui dessinent des tailles et des formes particulières de talus (par exemple, le granite; F. Scott, comm. pers.). Bien que de nombreuses occurrences se situent près de cours d’eau (au Québec, le S. gaspensis a d’abord été récolté à l’extrémité de petits cours d’eau--Anthony et Goodwin, 1924), ces observations sont probablement faussées en raison du comportement de piégeage des mammalogistes (Scott, 1988).

Au Nouveau-Brunswick, le S. gaspensis a été capturé dans un habitat d’épinettes comportant peu de sous-bois, le long d’un petit cours d’eau (Peterson et Symansky, 1963). Un échantillonnage minutieux effectué près de cet endroit a permis de trouver un grand nombre de S. gaspensis à 15 m de cours d’eau sur la pente exposée au nord du mont Sagamook (Whitaker et French, 1984). La forêt était dominée par l’épinette noire (Picea mariana), le bouleau jaune, le thuya occidental(Thuja occidentalis) et le sapin baumier. Le sous-étage était principalement composé d’érables (espèces d’Acer) et d’herbacées. Des parties des versants adjacents étaient couvertes de talus, qui consistaient en de gros rochers de 0,4 à 1,3 m de diamètre.

Dans l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, le S. gaspensis a été consigné dans sept habitats; deux d’entre eux ont été décrits par Roscoe et Majka (1976) : 1) un peuplement mixte composé d’épinettes (Picea spp.), de bouleaux à papier (Betula papyrifera), de sapins baumiers (Abies balsamifera) ainsi que de quelques érables (Acer spp.) dispersés; et 2) une forêt décidue mature composée d’érables à sucre (Acer saccharum) et de bouleaux jaunes (Betula alleghaniensis).

Le premier peuplement était situé à côté d’un petit cours d’eau, du côté nord du mont South, dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, et avait un sous-étage abondant d’aulne rugueux (Alnus rugosa), d’herbacées, de fougères et d’herbes. Le deuxième peuplement était situé le long d’une pente exposée au nord (vallée Grande Anse, parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton), au sol composé de roches abattues, comportant des rochers de 0,5 à 2 m de diamètre, et couvert de mousses et de dryoptérides spinuleuses (Dryopteris spinulosa) éparses. Les caractéristiques des cinq autres peuplements sont décrites par Scott (1988).

Récemment, le S. gaspensisa été signalé au Québec dans trois forêts mixtes matures, une forêt de conifères mature et une forêt mixte en régénération; les musaraignes ont été capturées le long de petits ruisseaux, bordés de forêt mixte, de conifères ou d’arbustes. Des rochers couverts de mousse étaient également présents dans le secteur (J. Jutras, comm. pers.). Il y a peu de temps, un seul S. gaspensis a été capturé dans le parc national Forillon, dans la péninsule gaspésienne, dans un habitat de cours d’eau semblable, au couvert végétal de mousse (S. Paradis, comm. pers.).

Au Canada, à l’instar du S. gaspensis, le S. dispar a été signalé dans des habitats rocheux à proximité de cours d’eau. Au Nouveau-Brunswick, McAlpine et al. (2004) a trouvé le S. dispar sur une pente de 50 à 75 degrés au-dessus d’un talus granitique couvert de mousse, dans une forêt dont l’étage supérieur était dominé par l’épinette rouge (Picea rubens), comptant des bouleaux jaunes dispersés et beaucoup de gros débris ligneux. Kirkland et Schmidt (1982), de leur côté, ont observé l’espèce sur un talus ouvert d’un versant de forêt décidue ou de conifères. Un autre spécimen a été piégé sur un versant rocheux exposé à l’est, dans une forêt décidue-coniférienne dominée par le bouleau jaune comptant des érables à épis (Acer spicatum) ainsi que des sapins baumiers subdominants. Le sous-étage était composé de mousses et de fougères.

En Nouvelle-Écosse, Scott (1987) a piégé le S. dispar sur une pente exposée à l’est (40 °) du mont Folly, dans une forêt décidue mature dominée par l’érable à sucre, le hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia) et le bouleau jaune. La zone comptait environ 35 p. 100 de talus et 5 p. 100 d’affleurements rocheux. Cependant, il semble que le S. dispar ne se limite pas aux talus naturels, car Kirkland (1976) en a signalé sur des dépôts de déchets de mine en terrasses dans l’État de New York; de même, Scott et van Zyll de Jong (1989) en ont capturé un sur un talus artificiel créé par une voie ferrée traversant une vallée abrupte.

Tendances en matière d’habitat

Nous ne possédons presque aucune donnée sur les tendances des deux espèces en matière d’habitat. Les talus, qui semblent l’habitat préféré, ne sont apparemment pas menacés par des perturbations humaines (Scott, 1988; F. W. Scott, comm. pers.). Cet habitat n’est généralement pas propice à l’exploitation forestière, car les pentes sont trop abruptes et instables. Le bouleau jaune et l’érable à sucre sont fréquemment utilisés comme bois de chauffage, comme dans le cas de la foresterie commerciale, mais il est peu probable que les talus fassent l’objet de récolte en raison de leur difficulté d’accès. En outre, les talus ne sont pas propices à l’exploitation minière, même si le granite contient des minéraux exploitables.

Protection et propriété

Les zones protégées dans le nord du Nouveau-Brunswick et la péninsule gaspésienne comportent une énorme quantité d’habitats montagneux; une proportion élevée d’habitats potentiellement propices pour ces espèces appartiennent donc au gouvernement. Cependant, certaines zones ne bénéficient pas d’une protection gouvernementale, et il est possible que l’habitat de certaines populations de musaraignes dans ces régions soit menacé. Ces derniers ont été mentionnés par Scott (1988) : il s’agit du mont Moose, au Nouveau-Brunswick, une petite montagne envahie par des terres agricoles, et de toutes les zones de l’île du Cap-Breton à l’extérieur du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton.

Retournez à la table des matières

Biologie

On en connaît peu sur la biologie et le cycle vital du S. gaspensis et du S. dispar. Les données suivantes se fondent principalement sur les renseignements tirés de l’examen physique des spécimens capturés ou inférés d’études biologiques sur des espèces de musaraignes similaires.

Cycle vital et reproduction

Le S. gaspensis et le S. dispar sont insectivores et se nourrissent principalement de petits invertébrés comme les mille-pattes, les araignées, les coléoptères, les mouches et les sauterelles (Richmond et Grimm, 1950). Au Canada, le contenu stomacal d’un spécimen de S. dispar comportait des araignées et des mille-pattes (août, McAlpine et al., 2004) et celui de spécimens deS. gaspensis, des coléoptères, des mouches, des trichoptères et des lepidoptera (2 spécimens,Hamilton et Hamilton, 1954; 64 spécimens,Whitaker et French, 1984). Les araignées constituent probablement l’aliment le plus important (Whitaker et French, 1984).

Les deux espèces vivraient environ de 14 à 17 mois, et atteignent probablement leur maturité sexuelle au cours du deuxième été suivant leur naissance. Chez le S. dispar, la saison de reproduction semble s’étendre du début du printemps à la fin de l’été (Kirkland, 1981) et, selon la maturité sexuelle des spécimens capturés, elle est probablement de durée similaire chez le S. gaspensis (French et Kirkland, 1983; McAlpine et al., 2004). La pariade est généralement rudimentaire chez les musaraignes : les mâles poursuivent les femelles jusqu’à ce qu’il y ait contact. La femelle en rut permettra au mâle de s’accoupler avec elle; en d’autres cas, elle répondra agressivement aux avances du mâle. Les femelles sont probablement en rut pendant quelques heures toutes les trois semaines, environ. Il est possible que la copulation répétée soit nécessaire pour stimuler l’ovulation. La gestation dure probablement de 22 à 25 jours. Le dénombrement d’embryons donne à penser que la portée compte de deux à six petits (Richmond et Grimm, 1950; Kirkland et van Deusen, 1979; French et Kirkland, 1983). Les jeunes sont probablement entièrement sevrés vers l’âge de 22 à 25 jours. Les femelles reproductrices peuvent avoir deux portées si la première a été conçue au début de mai.

Nous présumons que les deux espèces sont grandement solitaires. Les femelles ont généralement un domaine vital fixe, qu’elles habitent pendant la plus grande partie de leur vie. Cependant, les mâles erreraient pendant la saison de reproduction, abandonnant possiblement leur territoire, à la recherche de femelles en rut. Les rencontres entre musaraignes peuvent entraîner des réactions agressives, notamment des postures et des signaux vocaux et, souvent, des bagarres. Ces interactions sont rarement mortelles, mais une musaraigne ne pouvant pas se nourrir pendant une certaine période risque la famine. Les relations agressives atteignent probablement leur apogée au milieu de l’été, au moment où les juvéniles entrent en compétition avec des adultes pour l’obtention d’un territoire et d’un site de nidification, et où la densité de population est élevée.

Prédateurs

Des strigidés, des belettes, des chats et des grandes musaraignes ont déjà été observés capturant et mangeant de petites musaraignes, telles que le S. disparet le S. gaspensis. Les musaraignes ne font habituellement pas l’objet de prédation en raison de leurs sécrétions désagréables au goût situées dans leurs glandes dermiques. Les musaraignes en déplacement sont probablement les plus vulnérables à la prédation, car elles sont actives sur le sol plutôt que dans des tunnels et passages sous la surface. À notre connaissance, il n’existe aucune information sur les répercussions précises de la prédation sur leS. gaspensis ou le S. dispar.

Physiologie

Les musaraignes se caractérisent par leur métabolisme élevé et leur appétit vorace. Généralement actives le jour et la nuit, elles doivent manger toutes les deux ou trois heures pour maintenir leur métabolisme élevé. Afin de conserver leur température corporelle en hiver, elles accélèrent leur métabolisme et réduisent les pertes de chaleur par une mue pré-hivernale, qui leur donne un pelage long et épais. L’utilisation de l’espace souterrain par les deux espèces atténue probablement les effets du rude climat hivernal, car le talus et la couche de neige ont une influence de modération importante sur la température. Possiblement en raison de leur métabolisme et des niveaux d’activité élevés, les musaraignes ont généralement une perte respiratoire par évaporation élevée; elles ont donc un grand besoin d’eau (Churchfield, 1990).

Déplacements et dispersion

En général, les jeunes Sorex quittent leur région natale dès qu’ils sont sevrés, et ils peuvent errer beaucoup à la recherche de leur propre domaine vital. L’établissement rapide dans un domaine vital est important pour la survie des juvéniles, car il leur assure un accès à la nourriture ainsi qu’aux sites de nidification et réduit les risques de prédation ainsi que d’interactions agressives avec les congénères. Les distances de dispersion du S. gaspensis et du S. dispar sont inconnues.

Relations interspécifiques

Le S. gaspensis et le S. dispar ont été capturés en association avec d’autres petits mammifères, y compris le campagnol de Gapper (Clethrionomys gapperi), la musaraigne cendrée (Sorex cinereus), la musaraigne palustre (S. palustris), la musaraigne fuligineuse (S. fumeus), la musaraigne de Hoy (Microsorex hoyi), la grande musaraigne (Blarina brevicauda), la souris sylvestre (Peromyscus maniculatus), la souris sauteuse des bois (Napaeozapus insignis), le campagnol des prés (Microtus pennsylvanicus) et le campagnol des rochers (Microtus chrotorrhinus) (Roscoe et Majka, 1976; Kirkland et Schmidt, 1982; Whitaker et French, 1984; Scott, 1987; Scott et van Zyll de Jong, 1989, McAlpine et al., 2004). On ignore la mesure dans laquelle ces espèces entrent en compétition pour l’habitat et la nourriture avec leS. gaspensis et le S. dispar.

Les musaraignes sont les hôtes d’une grande variété d’ectoparasites et d’endoparasites.Whitaker et French (1982) ont décrit 18 ectoparasites trouvés sur 67 individus S. gaspensis piégés dans le parc provincial Mont-Carleton, au Nouveau-Brunswick; Whitaker et French (1988) ainsi qu’O’Connor (1985) ont décrit les ectoparasites trouvés sur le S. dispar dans l’État de New York et au Tennessee. Cependant, il existe peu de données indiquant que la charge parasitaire affecte le taux de mortalité des musaraignes (Churchfield, 1990).

Adaptabilité

Il n’existe aucune donnée sur l’adaptabilité des deux espèces.

Retournez à la table des matières

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

C’est à l’aide de pièges à fosse que le S. dispar et le S. gaspensis sont le mieux échantillonnés. Généralement, ceux-ci sont le plus efficaces s’ils sont placés sous la surface du talus, entre les roches (Richmond et Grimm, 1950). Il est aussi souvent possible de placer les pièges dans les déchets qui s’accumulent entre les roches de talus (F. Scott, comm. pers.).

Il est possible que l’échantillonnage à l’aide de pièges à fosse récolte davantage de mâles, à tout le moins chez le S. dispar, 14 des 17 spécimens dont le sexe était connu étant des mâles (tableau 3). Chez le S. gaspensis, 12 femelles et 19 mâles ont été capturés. En raison de la biologie présumée de l’espèce, la capture de juvéniles en dispersion et de mâles errants devrait être plus fréquente que la capture de femelles, qui sont plus sédentaires. Il est possible que l’espèce utilise les cours d’eau comme routes de dispersion plutôt que comme habitat de reproduction. Il est nécessaire de mener davantage d’activités de recherche dans les crevasses de talus afin de définir l’habitat de reproduction des femelles.

Selon des mentions récentes de S. dispar en Nouvelle-Écosse continentale (Woolaver et al., 1998), l’espèce serait plus répandue et abondante que ce que l’on croyait. Le nouveau site a été prévu d’après des données biophysiques tirées d’un site occupé et en déployant un algorithme de système d’information géographique (SIG) afin de prévoir les zones potentielles. D’autres sites potentiels sont situés dans les collines Cobequid, dans les comtés de Cumberland et de Colchester, en Nouvelle-Écosse. Toutefois, aucune recherche orientée n’a été menée en vue d’établir la présence ou l’absence de musaraignes dans ces régions (M. Elderkin, comm. pers.).

Il est nécessaire d’effectuer un échantillonnage intensif approprié afin d’établir la situation des populations de S. gaspensis et de S. dispar dans leur aire de répartition canadienne. Bien que les talus ne soient pas facilement identifiables par imagerie satellite, les pentes abruptes (40 °) peuvent être définies par des cartes topographiques.

Abondance

On ne connaît pas la densité de population de S. gaspensis et de S. dispar. Sur le mont Sagamook, dans le parc provincial Mont-Carleton (Nouveau-Brunswick), 67 individus ont été capturés en 1980, mais, ailleurs, la taille des échantillons est faible.

Fluctuations et tendances

Il n’existe aucune donnée sur ces aspects des populations.

Effet d’une immigration de source externe

Les populations de S. gaspensis sont isolées et séparées sur le plan géographique. En raison de la petite taille présumée du domaine vital et des habitudes migratoires limitées de l’espèce, la dispersion entre des populations de S. gaspensis est probablement impossible.

Retournez à la table des matières

Facteurs limitatifs et menaces

En raison de l’inaccessibilité de l’habitat du S. gaspensis et du S. dispar, peu de facteurs risquant de menacer les populations ont été définis. Il est probable que de nombreuses populations sont présentes dans des terres publiques (fédérales ou provinciales), qui bénéficient donc d’un certain degré de protection. L’exploitation forestière commerciale ou la coupe d’arbres pour le bois de chauffage est difficile, voire impossible, sur les talus abrupts (de 35 à 45 °). Les routes sont généralement construites au fond des vallées, car les talus ne constituent pas une fondation stable à cette fin. Les incendies constitueraient une menace potentielle, et les feux entraînant le remplacement de peuplements risquent de tuer de nombreuses musaraignes. Toutefois, on ne sait pas si les incendies sur ou sous les talus affectent les musaraignes. À haute altitude, les talus ne sont pas exposés aux crus de fonte de neige hivernales ou printanières (Herman et Scott, 1992; Herman et Scott, 1994). Les populations de musaraignes sont petites et isolées; le S. gaspensis est donc vulnérable aux phénomènes stochastiques qui font disparaître des populations. Cependant, il semble que des populations isolées de cette espèce aient survécu pendant de nombreuses années.

Retournez à la table des matières

Importance de l'espèce

Actuellement, le S. gaspensis est la seule espèce de Sorex nord-américaine unique au Canada; celui-ci et le S. dispar sont probablement les mammifères canadiens les moins connus.

Retournez à la table des matières

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Au Canada, le S. gaspensis a été désigné comme une espèce préoccupante par le COSEPAC (dernière évaluation en avril 1988). L’espèce figure actuellement à l’annexe 3 de la Loi sur les espèces en péril (Lois du Canada 2002). En Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et au Québec, ni le S. gaspensis ni le S. dispar ne font partie de listes de lois sur les espèces menacées de disparition. Cependant, le Québec considère le S. gaspensis comme « susceptible d’être désignée espèce menacée ou vulnérable ». 

Selon NatureServe, à l’échelle mondiale, le S. gaspensis est coté G3, vulnérable à une disparition du pays ou de la planète (vulnerable to extirpation or extinction, évalué le 1er novembre 1996). L’espèce est cotée S1, extrêmement rare dans toute son aire de répartition provinciale, soit cinq occurrences ou moins ou très peu d’individus au Nouveau-Brunswick et S2, rare dans toute son aire de répartition provinciale (de 6 à 20 occurrences ou peu d’individus) et peut-être vulnérable à la disparition du pays en raison de sa rareté ou d’autres facteurs en Nouvelle-Écosse. Au Québec, l’espèce est cotée S1.

À l’échelle mondiale et aux États-Unis, le S. dispar est coté G4, apparemment non en péril (apparently secure) par NatureServe (NatureServe, 2004, évalué le 1er novembre 1996). Cependant, au Canada, NatureServe cote cette espèce N1N2, en péril--gravement en péril (imperiled--critically imperiled, évaluée le 8 février 2000). Au Québec, sa situation provinciale n’a pas été évaluée, mais l’espèce est cotée S1 en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, bien que cette désignation soit incertaine au Nouveau-Brunswick.

Retournez à la table des matières

Résumé technique

Sorex gaspensis

Musaraigne de Gaspé (Musaraigne longicaude) – Gaspé Shrew (Long-tailed Shrew)

Répartition au Canada :

Québec, Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Écosse

Information sur la répartition

Superficie de la zone d’occurrence (km²) au Canada :

13 089 km²; calculée à l’aide du polygone convexe minimal (voir texte).

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue).

Inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?

Non

Superficie de la zone d’occupation (km²) :

128 km² calculée à l’aide d’une grille de 2 km²; 480 km² calculée à l’aide d’une grille de 4 km².

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue).

Inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

Non

Nombre d’emplacements actuels connus ou inférés.

33 (11)

Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)?

Non

Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Inconnue

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.).

Inconnu

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles).

Inconnu

Tendance de la population quant au nombre d’individus matures en déclin, stable, en croissance ou inconnue.

Inconnue

S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte).

 

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

Non

La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations, relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de < 1 individu/année)?

Oui

Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?

Inconnu

Énumérer les populations et donner le nombre d’individus matures dans chacune.

Inconnu

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

Aucune n’a été définie.

Effet d’une immigration de source externe

Statut ou situation des populations de l’extérieur?

L’espèce n’est pas présente aux États-Unis.

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

Non

Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre au Canada?

N’est pas présente à l’extérieur du Canada.

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible au Canada pour les individus immigrants?

Oui, mais l’habitat est naturellement fragmenté et isolé.

La possibilité d’une immigration de populations externes existe-t-elle?

Non

Analyse quantitative

Statut existant

COSEPAC : Espèce préoccupante (avril 1988); Non en péril (avril 2006)

Statut et justification de la désignation

Statut : Non en péril

Code alphanumérique : S. O.

Justification de la désignation : Il est fort probable que cette musaraigne soit plus répandue et abondante qu’on ne le croit actuellement. Bien que son présumé habitat de prédilection soit restreint et isolé dans le paysage, il n’est pas en péril. L’espèce semble répandue dans les habitats de talus dans l’ensemble de son aire de répartition. De nouveaux renseignements remettent en question le statut taxinomique de cette musaraigne. Celle-ci pourrait bien être une sous-espèce de Sorex dispar. Lorsque la désignation initiale a été effectuée, elle était considérée comme une espèce endémique au Canada.

Applicabilité des critères

  • Critère A (Population globale en déclin) : Il n’y a aucune preuve directe du déclin de la population, mais les données sur la taille des populations ne sont pas exactes. L’espèce est probablement répandue dans toute son aire de répartition canadienne. Il est possible qu’il s’agisse d’une sous-espèce de S. disparet non d’une espèce distincte.
  • Critère B (Petite aire de répartition, et déclin ou fluctuation) : Zone d’occurrence > 13 000 km²; la zone d’occupation mesure au moins 128 km². Il est probable que cette musaraigne est plus répandue et abondante que ce que l’on croit actuellement.
  • Critère C (Petite population globale et déclin) : La taille totale de la population est inconnue, mais il n’existe aucune menace apparente envers l’habitat propice.
  • Critère D (Très petite population ou aire de répartition limitée) : La taille totale de la population est inconnue, mais l’espèce est répandue.
  • Critère E (Analyse quantitative) : Non disponible.

Retournez à la table des matières

Remerciements et experts contactés

Nous remercions le Service canadien de la faune, Environnement Canada, pour le financement de la préparation du présent rapport. De nombreuses personnes nous ont aidés relativement aux mentions et aux données sur les espèces de musaraignes, notamment Daniel Banville (ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs du Québec, Faune Québec), Sean Blaney (Centre de données sur la conservation du Canada atlantique), Sherman Boates (Wildlife Division, Department of Natural Resources de la Nouvelle-Écosse), Mark Elderkin (Wildlife Division, Department of Natural Resources de la Nouvelle-Écosse), Graham Forbes (Département de biologie, Université du Nouveau-Brunswick), Stefen Gerriets (Centre de données sur la conservation du Canada atlantique), Jacques Jutras (ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs), Louis Mathieu (ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Direction du développement de la faune), Sylvain Paradis (Parcs Canada), Judith Rhymer (Department of Wildlife and Ecology, Université du Maine), Dwayne Sabine (ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick), Don Stewart (Département de biologie, Université Acadia) et Maureen Toner (ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick). Nous remercions tout particulièrement Mark Elderkin pour son aide relative aux réimpressions, Jacques Jutras et Sylvain Paradis pour avoir fourni des données récentes sur le Québec, Judith Rhymer et Don Stewart pour les présentations de la génétique du S. gaspensis et du S. dispar, Genevieve Kirk pour les traductions et Fred Scott pour les présentations sur l’histoire naturelle de ces espèces ainsi que pour ses précieux commentaires sur une version préliminaire du présent rapport. Enfin, nous sommes reconnaissants envers Cecilia Lougheed qui nous a grandement soutenus relativement aux cartes de la répartition et aux calculs des zones d’occupation et d’occurrence.

Retournez à la table des matières

Sources d’information

Anthony, H.E., et G.G. Goodwin. 1924. A new species of shrew from the Gaspé Peninsula, American Museum Novitates 109:1.

 Churchfield, S. 1990. The natural history of shrews. Cornell University Press, Ithaca (État de New York).

French, T.W., et J.G.L. Kirkland. 1983. Taxonomy of the Gaspé shrew, Sorex gaspensis, and the rock shrew, S. dispar, Canadian Field-Naturalist 97:75-78.

Hamilton, Jr. W.J., et W.J. Hamilton III. 1954. The food of some small mammals from the Gaspé Peninsula, P.Q., Canadian Field-Naturalist 68:108-109.

Herman, T.B, et F.W. Scott. 1992. Global change at the local level: assessing the vulnerability of vertebrate species to climatic warming, p. 353-367, in Science and the Management of Protected Areas (J.H.M. Willison, S. Bondrup-Nielsen, C. Drysdale, T.B. Herman, N.W.P. Munro et T.L. Pollock, éd.), Developments in Landscape Management and Urban Planning 7, Elsevier (Amsterdam), 548 p.

Herman, T.B., et F.W. Scott. 1994. Protected Areas and Global Climate Change: Assessing the Regional or Local Vulnerability of Vertebrate Species, p. 13-27, in Impacts of climate change on ecosystems and species: Implications for protected areas (J. Pernetta, R. Leemans, D. Elder et S. Humphrey, éd.), IVth World Congress on National Parks and Protected Areas, Caracas, Venezuela, IUCN, Gland, Suisse, 103 p.

Kirkland, G.L., D.F. Schmidt et C.J. Kirkland.1979. First record of the long-tailed shrew (Sorex dispar) in New Brunswick, Canadian Field-Naturalist 93:195-198.

Kirkland, G.L. Jr. 1981. Sorex dispar and Sorex gaspensis, Mammalian Species 155:1-4.

Kirkland, Jr. G.L. 1976. Small mammals of a mine waste situation in the Central Adirondacks, New York: A case of opportunism by Peromyscus maniculatus, American Midland Naturalist 95:103-110.

Kirkland, Jr. G.L., et D.F. Schmidt. 1982. Abundance, habitat, reproduction and morphology of forest-dwelling small mammals of Nova Scotia and southeastern New Brunswick, Canadian Field-Naturalist 96:156-162.

Kirkland, Jr. G.L., et H.M. van Deusen. 1979. The shrews of the Sorex dispar Group: Sorex dispar Batchelder and Sorex gaspensis Anthony and Goodwin, American Museum Novitates 2675:1-21.

Lois du Canada (2002). Espèces en péril. [consulté en novembre 2004].

Lupien, G. 2001. Recueil photographique des caractéristiques morphologiques servant à l’identification des micromammifères du Québec, volume I – Insectivores, Société de la faune et des parcs du Québec, Jonquière (Québec).

McAlpine, D.F., S.L. Cox, D.A. McCabe et J.-L. Schnare. 2004. Occurrence of the long-tailed shrew (Sorex dispar) in the Nerepis Hills, New Brunswick, Northeastern Naturalist 11:383-386.

NatureServe. 2004. NatureServe Explorer: an online encyclopedia of life [application Web], version 3.1. Consulté en août 2004.

O'Connor, B.M. 1985. Mites (Acari) associated with the long-tailed shrew, Sorex dispar (Insectivora: Soricidae), in Tennessee, American Midland Naturalist 114:184-187.

Peterson, R.L. 1966. The mammals of Eastern Canada, Oxford University Press, Toronto.

Peterson, R.S., et A. Symansky. 1963. First record of the Gaspé shrew from New Brunswick, Journal of Mammalogy 44:278-279.

Rhymer, J.M., J.M. Barbay et H.L. Givens. 2004. Taxonomic relationship between Sorex dispar and S. gaspensis: inferences from mitochondrial DNA sequences, Journal of Mammalogy 85:331-337.

Richmond, N.D., et W.C. Grimm. 1950. Ecology and distribution of the shrew Sorex dispar in Pennsylvania, Ecology 31:279-182.

Roscoe, B., et C. Majka. 1976. First record of the rock vole (Microtus chrotorrhinus) and the Gaspé shrew (Sorex gaspensis) from Nova Scotia and a second record of the Thompson's pygmy shrew (Microsorex thompsoni) from Cape Breton Island, Canadian Field-Naturalist 90:497-498.

Scott, F.W. 1987. First record of the long-tailed shrew, Sorex dispar, for Nova Scotia, Canadian Field-Naturalist 101:404-407.

Scott, F.W. 1988. Status report on the Gaspé Shrew Sorex gaspensis in Canada, Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada, Ottawa, Canada.

Scott, F.W., et C.G. van Zyll de Jong. 1989. New Nova Scotia records of the long-tailed shrew, Sorex dispar, with comments on the taxonomic status of Sorex dispar and Sorex gaspensis, Canadian Field-Naturalist 116:145-154.

Whitaker, Jr. J.O., et T.W. French. 1982. Ectoparasites and other associates of some insectivores and rodents from New Brunswick, Canadian Journal of Zoology 60:2787-2797.

Whitaker, Jr. J.O., et T.W. French. 1984. Food of six species of sympatric shrews from New Brunswick, Canadian Journal of Zoology 62:622-626.

Whitaker, Jr. J.O., et T.W. French. 1988. Ectoparasites and other arthropod associates of some voles and shrews from the Catskill Mountains of New York, Great Lakes Entomologist 21:43-48.

Woolaver, L.G., M.F. Elderkin et F.W. Scott. 1998. Sorex dispar in Nova Scotia, Northeastern Naturalist 5:323-330.

Retournez à la table des matières

Sommaire biographique des rédacteurs du rapport

Né en Angleterre, David Anthony Kirk a immigré au Canada en 1989 et travaille depuis comme écologiste chercheur à son compte. Il a réalisé 12 rapports de situation du COSEPAC (six rapports complets et six mises à jour). La majeure partie de ses recherches portent sur la surveillance de la biodiversité (y compris les espèces en péril) à grande échelle. Il s’est également penché sur les effets de l’agriculture et de la foresterie sur les plantes, les invertébrés et les oiseaux. À l’étranger, ses recherches ont porté sur les effets des lièvres introduits sur la végétation et l’avifaune des Seychelles et la conservation des maquis en Afrique du Nord, ainsi que sur le partage référentiel des ressources entre les vautours sympatriques en Afrique du Sud. M. Kirk a publié plus de 25 articles scientifiques, en plus de nombreux rapports techniques; ses compte rendus ont porté sur des sujets divers, tels que les répercussions des organismes génétiquement modifiés sur la biodiversité du Canada, l’évaluation de la valeur économique des oiseaux à titre de prédateurs des ravageurs des terres agricoles, les effets du Cormoran à aigrette (Phalacrocorax auritus) sur la végétation insulaire carolinienne et sur les mesures d’atténuation de la prédation par les mésoprédateurs des tortues et d’autres espèces en péril.

Née en Australie, Jennie L. Pearce a immigré au Canada en 1999. Ses recherches menées dans les deux pays ont porté sur le modelage spatial de la répartition et de l’abondance des espèces sauvages; sa thèse de doctorat traitait du Méliphage casqué (Lichenostomus melanops cassidix), en voie de disparition. Mme Pearce s’intéresse particulièrement à l’évaluation de la précision des modèles spatiaux et à la façon dont ils peuvent être utilisés pour résoudre des problèmes de gestion du paysage, par exemple, la conservation d’espèces en péril, la gestion des forêts dans un cadre durable sur le plan écologique et l’affectation d’entreprises d’exploitation des ressources sur le paysage. Elle s’intéresse également à l’utilisation des bio-indicateurs pour la gestion durable des forêts, notamment pour les grands et les petits mammifères [y compris le carcajou (Gulo gulo) et les musaraignes], les amphibiens, les carabes et les araignées. Elle a publié plus de 25 articles scientifiques dans ce domaine, et a participé à de nombreux ateliers et travaux de congrès.

Retournez à la table des matières

Collections examinées

Aucune collection n’a été examinée au cours de la préparation du présent rapport de situation.

Retournez à la table des matières