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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le lotier splendide (Lotus formosissimus) au Canada

Facteurs limitatifs

Menaces

La menace la plus directe et la plus immédiate pesant sur le Lotus formosissimus est la destruction de son habitat. Cette destruction est particulièrement préoccupante dans le cas des communautés de type Quercus garryana - Bromus et des prés de graminées qui leurs sont souvent associés. Ces deux types de végétation, confinés au sud‑est de l’île de Vancouver et à certaines des îles Gulf, étaient sans doute beaucoup plus répandus avant l’arrivée des premiers colons européens. Malgré le petit nombre de mentions précisant l’étendue de ces communautés avant et pendant la colonisation, il est probable qu’elles occupaient la majeure partie du territoire actuel de la ville de Victoria (voir la carte des pages 9 et 10, dans McMinn et al., 1976). En fait, selon Roemer (1972), l’attrait exercé par les chênaies de Garry a été une des principales raisons de la création du fort Victoria à cet endroit. La destruction de ce type de végétation s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui, et il est presque disparu à l’extérieur des parcs et des réserves écologiques. C’est un des milieux les plus vulnérables à la destruction, parce qu’il occupe des terrains en pente douce situés à proximité des secteurs de l’île de Vancouver qui sont les plus peuplés et présentent le climat le plus favorable, ce qui les expose tout particulièrement à l’exploitation agricole et résidentielle. Le Conservation Data Centre du Ministry of Environment, Lands and Parks de la Colombie-Britannique a attribué la cote S1 aux communautés de type Quercus garryana - Bromus. Cette cote indique que ce type de végétation est « très fortement menacé à cause de son extrême rareté (généralement cinq occurrences ou moins, ou très petit nombre de sujets), ou parce qu’un ou plusieurs facteurs le rendent particulièrement sujet à disparaître » (C. Cadrin, comm. pers.). Même si aucune cote n’a été attribuée aux prés de graminées, il est probable que ceux-ci occupent une superficie encore plus restreinte que les communautés de type Quercus garryana - Bromus et sont tout autant en péril.

À l’heure actuelle, les besoins d’expansion de l’infrastructure urbaine de Victoria et d’autres agglomérations de l’île de Vancouver exercent des pressions énormes sur les chênaies de Garry non protégées. Un certain nombre de chênaies sont menacées ou déjà en train d’être détruites par la construction d’habitations et l’étalement connexe des services. Or, la disparition de ces peuplements limite gravement la disponibilité de milieux propices à l’établissement du Lotus formosissimus.

Les activités humaines ont toujours fortement influé sur les chênaies de Garry et les prés de graminées. Les Autochtones brûlaient déjà ces peuplements pour y perpétuer d’importants habitats fauniques et pour y récolter des bulbes de Camassia (plante de la famille des Liliacées), qui constituaient pour eux une importante source d’amidon alimentaire (Roemer, 1972; Turner et Bell, 1971). Roemer (1972) estimait que certains de ces peuplements, en l’absence d’intervention humaine, auraient fini par être remplacés par des forêts de Pseudotsuga menziesii.

Au cours du siècle dernier, la suppression du feu a probablement contribué à l’effondrement des populations du Lotus formosissimus. Tous les sites où le L. formosissimus a été récolté ont probablement été autrefois perpétués par des incendies détruisant périodiquement la végétation concurrente et créant de nouveaux milieux où le L. formosissimus pouvait s’établir. Cependant, ces sites ont été peu perturbés depuis et, en conséquence, ont été envahies par d’autres espèces, notamment par les arbustes Symphoricarpos albus et Cytisus scoparius.

L’introduction d’espèces européennes a aussi entraîné de profondes modifications, non seulement dans les prés de graminées associés aux chênaies de Garry, mais également dans les milieux rocheux xériques de la région de Victoria, où le Lotus formosissimus a déjà été récolté. Une des espèces les plus nuisibles à cet égard est le Cytisus scoparius, qui domine maintenant les milieux xériques exposés de la majeure partie de l’est de l’île de Vancouver et des îles Gulf.

De même, la végétation herbacée actuelle des prés de graminées et des milieux rocheux xériques diffère énormément de celle qui était présente avant l’arrivée des Européens dans la région côtière de Colombie-Britannique. Cette végétation se compose principalement de graminées introduites, qui constituent probablement plus de 90 p. 100 de la biomasse herbacée. Au nombre de ces espèces figurent l’Anthoxanthum odoratum, le Dactylis glomerata, le Cynosurus echinatus, l’Aira praecox et plusieurs espèces du genre Bromus. Comme le soulignait Roemer (1972) au sujet de la chênaie de Garry, il est impossible de savoir quelles espèces indigènes constituaient autrefois cette végétation, ni dans quelle mesure elles ont été supplantées, parce que tous les peuplements se composent maintenant surtout d’espèces introduites et qu’il n’existe plus aucun exemple de la végétation « pré-européenne ». L’impact possible de ces espèces sur la croissance et l’établissement du L. formosissimus demeure incertain, mais il est probable que le gazon dense formé par les graminées empêche la germination des graines viables enfouies du L. formosissimus et l’établissement de cette espèce.

Dans le cas de la pointe Rocky, le Lotus formosissimus est également menacé par les herbivores (probablement les vaches, les cervidés et/ou les lapins, qui abondent dans la région). Nous avons pu observer que de nombreuses tiges du L. formosissimus avaient été broutées presque au ras du sol et mesuraient moins de 10 cm, ce qui peut avoir de lourdes conséquences sur la croissance et le succès de reproduction de l’espèce. De plus, le broutage peut réduire sa capacité de concurrencer les autres espèces herbacées.

Enfin, la seule caractéristique commune à tous les sites connus du Lformosissimus est que l’accès du grand public y est restreint. Par conséquent, ces sites ne subissent pas le fort degré de piétinement observé dans la quasi totalité des autres chênaies de Garry et prés de graminées de la région de Victoria, notamment là où ces peuplements sont situés dans des parcs publics. Même si un nombre important d’espèces introduites, qui réagissent habituellement très bien aux perturbations et sont généralement des espèces dominantes, font partie de la végétation actuelle des sites du Lotus formosissimus, elles sont loin d’être aussi abondantes à la pointe Rocky, à l’île Bentinck et à l’île Trial que dans les autres localités. Ces espèces comprennent le Cytisus scoparius, l’Ulex europaeus, le Rubus discolor et le Dactylis glomerata et sont généralement présentes non seulement dans les chênaies de Garry, mais également dans les milieux perturbés. Il est fort probable que l’accès restreint du public soit la principale raison de la survie du Lotus formosissimus dans ces localités.

 

Changements dans les populations

En Colombie-Britannique, les populations du Lotus formosissimus n’ont pas été surveillées au fil du temps, de sorte qu’il est impossible de préciser les changements survenus dans ces populations. On ne sait même pas si les populations actuelles sont les vestiges d’une répartition plus continue le long de la côte sud-est de l’île de Vancouver, puisque toutes ces populations se trouvent dans la région de Victoria. Cependant, compte tenu de l’ampleur de la dégradation et de la destruction des chênaies de Garry et des prés en Colombie-Britannique, il est probable que l’effectif et le nombre des populations du Lotus formosissimus aient diminué au cours des 100 dernières années.