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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le cornouiller fleuri au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

La principale menace qui pèse sur le cornouiller fleuri est l’anthracnose du cornouiller, maladie fongique qui cause un fort taux de dépérissement(variant généralement entre 25 et 75 p. 100 parmi les populations infectées, mais atteignant 97 p. 100 chez une population de l’Illinois [Schwegman et al., 1998]) et une mortalité à l’échelle de l’aire de répartition du Cornus floridadans l’est de l’Amérique du Nord. Les symptômes de la maladie ont été observés pour la première fois aux États-Unis au milieu des années 1970. L’agent causal, espèce jusque-là inconnue, a été identifié et décrit en 1988 (Redlin, 1991). On soupçonne qu’il a été introduit d’Asie, car le cornouiller kousa (Cornus kousa), originaire de Chine, affiche une résistance à l’égard de l’anthracnose du cornouiller (Ranney et al., 1994) semblable à d’autres formes géographiques de résistance, telles qu’on peut l’observer chez diverses espèces de châtaigniers asiatiques résistantes à la brûlure du châtaignier. En Ontario, les premiers symptômes de l’anthracnose du cornouiller ont été détectés au milieu des années 1990, et la présence de la maladie y a été confirmée en 1998. La maladie frappe sans égard à la taille ou à l’âge, mais les arbres et semis du sous-étage sont particulièrement vulnérables. Le temps frais et humide du printemps et de l’automne favorise l’apparition de l’infection, mais cette dernière peut se déclarer à n’importe quel moment de la saison de croissance. Chez les arbres infestés, des massesde conidies blanches à saumon suintent à partir des feuilles et des rameaux touchés. La sécheresse et les blessures causées par le gel semblent accroître la susceptibilité de l’hôte (RNC, 2004). Certains rapports font état de taux d’anthracnose moins élevés dans les milieux bien éclairés ou bien ventilés (p. ex. Chellemi et Britton, 1992), mais en Ontario, aucune différence appréciable de cet ordre n’a été observée. Des arbres gravement infestés ont été trouvés autant en bordure qu’à l’intérieur des forêts.

L’Arboretum de la University of Guelph (Henry Kock, comm. pers.) a tenté de limiter la circulation du matériel de pépinière importé des États-Unis au moment où l’anthracnose était déjà bien connue aux États-Unis mais n’avait pas encore été décelée au Canada. Aucune restriction spéciale autre que les procédures de certification et d’inspection frontalière d’usage ne limite actuellement l’importation de matériel de pépinière de cette espèce en provenance des États-Unis (Ken Marchant, spécialiste forestier de l’ACIA, comm. pers.).

Bien que rarement documentée, une résistance manifeste à l’anthracnose du cornouiller a été observée chez quelques individus au Catoctin Mountain Park, au Maryland, après que la maladie eut tué la majorité des arbres infestés (mortalité de 79 p. 100 en 1991). Un des arbres survivants a été cloné et nommé « Appalachian Spring » (Windham et al., 1998).

Le déclin subit des deux populations suivies sur une période de 11 ans (figures 3 et 4) laisse présager la disparition prochaine de populations dans quelques années. L’évolution de la situation à la suite de l’apparition de la maladie hollandaise de l’orme et de la brûlure du châtaignier donne à croire que cette disparition pourrait ne pas être totale.

Parmi les autres menaces qui pèsent sur le cornouiller fleuri, Strobl et Bland (2000) mentionnent les nématodes à galles des racines et divers insectes défoliateurs et perceurs du bois. Ces menaces sont certainement négligeables en comparaison de l’anthracnose du cornouiller. La perte et la fragmentation de l’habitat à l’échelle de la zone carolinienne, en particulier dans l’extrême sud-ouest du comté d’Essex et dans la région de Chatham-Kent, réduit la superficie et la continuité de l’habitat essentiel à la recolonisation. S’il est actuellement impossible de conclure que l’habitat joue un rôle limitatif, la perte et la fragmentation de l’habitat représentent des facteurs de stress additionnels qui peuvent exacerber l’incidence de l’anthracnose du cornouiller, principalement en limitant les occasions pour l’espèce de développer une résistance à la maladie. La mise en place de programmes de restauration régionaux comme le programme de restauration du patrimoine naturel du comté d’Essex pourrait contribuer à alléger cette menace.