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L’albatros à queue courte (Phoebastria albatrus)

Facteurs limitatifs et menaces

Éruptions volcaniques

Environ 85 p. 100 de la population d’Albatros à queue courte nichent dans l’île Torishima, volcan actif dont les violentes éruptions de 1902 et de 1939 ont détruit une grande partie des anciens sites de nidification. En outre, des éruptions sous-marines se sont produites en 1965 et en 1975. Vers la fin de 2002, il y a eu une petite éruption et le volcan crache actuellement des gaz (Hasegawa, 2002, in litt.). Il est impossible de prévoir le moment et l’ampleur des prochaines éruptions, qui représentent une menace importante pour la population. Une éruption survenant pendant la saison de reproduction pourrait tuer de nombreux oiseaux et détruire l’aire de reproduction (Hasegawa et DeGange, 1982). De plus, l’habitat de reproduction et les oiseaux nicheurs sont menacés par les fréquents glissements de boue et l’érosion occasionnés par les pluies de mousson auxquelles l’île est exposée (Federal Register, 2000).


Pêche commerciale

Les impacts potentiels de la pêche commerciale comprennent les lésions ou les mortalités causées directement par les engins de pêche, ainsi que les problèmes associés aux débris, dans lesquels les oiseaux peuvent se prendre. Les premiers représentent probablement le plus important obstacle potentiel au maintien et à l’accroissement de la population d’Albatros à queue courte dans les eaux canadiennes.

En général, les oiseaux de mer sont susceptibles de se prendre dans les engins de pêche abandonnés, mais l’ampleur de ce phénomène est inconnu. Chaque année, dans l’île Torishima, on découvre sur le rivage trois ou quatre Albatros à queue courte prises dans une ligne de pêche et certains en meurent (Hasegawa, 2001, in litt.). Les engins de pêche perdus ou abandonnés constituent une menace pour l’Albatros à queue courte dans toute son aire de répartition.

Il est connu que l’Albatros à queue courte est présent dans la zone de pêche commerciale située au large de l’Alaska, en nombres variant selon l’endroit et le moment (Gilroy et al., 2000). L’espèce a été observée à partir de bateaux de pêche au large de l’Alaska et sept individus ont été signalés comme prises accidentelles dans les pêches de l’Alaska de 1983 à 1998 (Cochrane et Starfield, 1999). Il y a probablement eu d’autres prises non signalées (Sherburne, 1993; Balogh, 2003, in litt.). La majorité des prises était associée à la pêche à la palangre du poisson de fond (autre que le flétan) et une d’elles à la pêche du flétan du Pacifique (Hippoglossus stenolepis) (Gilroy et al., 2000). Toutes les prises ont eu lieu en septembre.

Jusqu’à présent, le ministère des Pêches et des Océans n’a pas signalé de prises accidentelles d’Albatros à queue courte dans les eaux canadiennes (L. Yamanaka, comm. pers., 2003). Le degré de chevauchement entre l’industrie et l’espèce est difficile à quantifier, car les efforts d’observation des oiseaux pélagiques sont trop faibles et irréguliers. Cependant, il est possible que les deux soient présents au même endroit et en même temps. À mesure que les populations d’Albatros à queue courte augmentent, la possibilité de chevauchement augmentera probablement en conséquence. Les activités de pêche commerciale visant le flétan et le sébaste (Sebastes spp.) sont concentrées le long de la plate-forme continentale au large de la côte de la Colombie-Britannique, avec d’autres efforts le long de la côte de la partie nord de l’île de Vancouver et du côté est du bassin de la Reine-Charlotte (J. Smith, comm. pers., 2003). Neuf des dix mentions d’Albatros à queue courte pour les eaux de la Colombie-Britannique proviennent de ces régions (figure 3). Des Albatros à pieds noirs sont régulièrement tués dans les pêches à la palangre commerciales visant le flétan et le sébaste dans les eaux de la Colombie-Britannique, malgré l’obligation d’employer des moyens permettant d’éviter la capture d’oiseaux de mer figurant dans les conditions d’obtention de permis (pour la pêche au flétan). Par conséquent, ce n’est probablement qu’une question de temps avant que des Albatros à queue courte ne soient capturés dans les eaux de la Colombie-Britannique.

Les prises accidentelles d’oiseaux de mer peuvent également être corrélées avec l’âge et le sexe, selon l’endroit et le moment où les oiseaux s’alimentent, en relation avec les concentrations locales des pêches (Cochrane et Starfield, 1999). Il ne semble pas y avoir de preuves à l’appui d’un biais relatif au sexe dans la mortalité observée chez l’Albatros à queue courte en général, mais certaines indications donnent à penser que l’âge aurait une incidence dans le cas de la mortalité due aux pêches étant donné que six des sept prises signalées en Alaska se rapportaient à des individus immatures (Cochrane et Starfield, 1999). La majorité des observations d’Albatros à queue courte effectuées dans les eaux canadiennes se rapportait à des oiseaux immatures (tableau 1). Il est donc possible que la menace soit plus grande pour ces individus aux endroits où les activités de pêche chevauchent l’aire de répartition de l’espèce au Canada. Chez les espèces qui vivent longtemps, comme les albatros, le taux de survie des adultes est le facteur susceptible d’avoir l’incidence la plus élevée sur le taux de croissance de la population. Cependant, Cochrane et Starfield (1999) pensent que la mortalité due à la pêche chez les immatures pourrait avoir une incidence aussi forte que le taux de survie des adultes sur les tendances démographiques dans le cas de l’Albatros à queue courte.

Il n’y a pas d’information disponible sur les prises accidentelles dans les pêches étrangères, ailleurs qu’aux États-Unis et au Canada. Aux États-Unis, selon le niveau actuel et le taux de croissance de la population, on considère que le taux de mortalité enregistré dans la pêche à la palangre, bien qu’important, ne constitue pas une menace pour la survie de l’espèce (NMFS, 2003), mais qu’il ralentit probablement le rétablissement de l’espèce. Cependant, en cas de déclin majeur de la population à la suite d’un phénomène stochastique (p. ex. une éruption volcanique pendant la saison de reproduction, ou un déversement d’hydrocarbures important), l’incidence de la pêche à la palangre sur l’Albatros à queue courte pourrait devenir non négligeable (Cochrane et Starfield, 1999; Federal Register, 2000).


Pollution par les hydrocarbures

La pollution par les hydrocarbures peut présenter une menace pour l’Albatros à queue courte en provoquant des troubles physiologiques dus à la toxicité du pétrole et en influant sur la capacité de thermorégulation des oiseaux touchés. Comme on l’a mentionné, on a déjà envisagé l’exploitation des hydrocarbures à proximité des îles Senkaku (Hasegawa et DeGange, 1982; Federal Register, 2000). Une exploitation future pourrait avoir une incidence sur le milieu marin utilisé par les albatros pendant la saison de reproduction à cause du risque de déversements ou de fuites associé à l’extraction, au chargement et au transport des hydrocarbures.

Des déversements d’hydrocarbures peuvent aussi se produire dans de nombreuses parties de l’aire de répartition marine de l’espèce, notamment aux États-Unis et au Canada. Le mazoutage des oiseaux et de leur habitat peut découler du déversement illégal régulier des eaux de cale huileuses et de déversements d’hydrocarbures majeurs, le cas échéant. Dans le cas particulier du Canada, les récentes discussions touchant la levée du moratoire actuel sur l’exploration gazière et pétrolière au large de la côte de la Colombie-Britannique concrétisent ce risque. Les régions susceptibles d’être touchées par le forage comprennent le bassin de la Reine-Charlotte, des hauts-fonds du détroit d’Hécate et des secteurs situés au large des côtes nord et nord-ouest de l’île de Vancouver (K. Morgan, comm.  pers., 2003). Vu la répartition de l’Albatros à queue courte dans la région côtière de la Colombie-Britannique, il est donc possible que l’espèce soit éventuellement affectée par l’industrie des hydrocarbures.


Ingestion de débris en plastique

Les albatros avalent souvent en mer des objets en plastique, probablement parce qu’ils les prennent pour des aliments. L’ingestion de plastiques peut provoquer des mortalités résultant de lésions internes ou d’une réduction du volume d’aliments ingérés et d’une déshydratation (Sievert et Sileo, 1993). Les jeunes oiseaux peuvent être particulièrement vulnérables à l’ingestion de plastiques avant le développement de leur capacité de régurgiter (Sherburne,1993). Dans l’île Torishima, les Albatros à queue courte régurgitent régulièrement de grandes quantités de débris en plastique (Federal Register, 2000), observation devenue de plus en plus commune au cours des dix dernières années. Cependant, on ne connaît pas les effets de cette ingestion sur la survie des oiseaux et la croissance de la population.


Compétition interspécifique

L’Albatros à pieds noirs niche lui aussi dans l’île Torishima. Par le passé, cette espèce nichait en basse pente, mais elle étend actuellement son aire de nidification vers le haut, empiétant sur celle de l’Albatros à queue courte (Hasegawa et DeGange, 1982). Cependant, Sherburne (1993) indique que l’Albatros à queue courte arrive dans l’île pour nicher six semaines avant l’Albatros à pieds noirs. On ne sait donc pas si l’empiétement observé correspond réellement à une compétition entre les deux espèces pour l’habitat de nidification.


Espèces introduites

Le rat noir (Rattus rattus) a été introduit par bateau dans l’île Torishima à un certain moment pendant l’occupation humaine, et il est maintenant présent dans une bonne partie de l’île, notamment dans la pente où nichent les albatros. Bien que l’on soupçonne une prédation des œufs ou des poussins par ce rongeur, on n’en a aucune preuve directe (Hasegawa, 1984). Le chat (Felis catus) a également été présent dans l’île, probablement introduit pendant la chasse visant la récolte de plumes. Cependant, il n’y a eu aucune observation récente de chats dans l’île et l’on pense qu’il n’y en a plus.