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L’albatros à queue courte (Phoebastria albatrus)

Biologie

Généralités

On possède très peu de données quantitatives sur la biologie de l’Albatros à queue courte. Comme tous les oiseaux de mer pélagiques, il passe la majeure partie de sa vie en mer, ne revenant à terre que pour nicher. C’est un oiseau qui vit longtemps et atteint lentement sa maturité, et les femelles reproductrices ne pondent qu’un seul œuf par année. Cette situation est compensée par le faible taux de mortalité naturelle chez les adultes (Cochrane et Starfield, 1999). La durée moyenne d’une génération est estimée à 26 ans (par rapport à une moyenne de 24,2 ans et une fourchette de 15 à 30 ans pour 13 autres espèces d’albatros; P. Sievert, comm. pers., 2003).


Reproduction

L’Albatros à queue courte est monogame et la plupart des adultes dont le partenaire est toujours vivant se reproduisent chaque année. Les individus qui perdent leur partenaire peuvent prendre au moins deux ans pour trouver un nouveau partenaire et nicher de nouveau avec succès. Les couples retournent pratiquement au même lieu de nidification chaque année et les oiseaux éclos dans l’île Torishima y reviennent en général pour se reproduire.

Dans la colonie de l’île Torishima, on estime que la première reproduction s’effectue à l’âge de six ans (Sievert et Hasegawa, 2003), soit plus tôt que chez d’autres espèces d’albatros, et cette situation s’explique peut‑être par la faible densité d’individus dans la colonie comparativement aux densités de reproducteurs élevées observées par le passé (Cochrane et Starfield, 1999). Environ 50 p. 100 des individus de la population sont considérés comme ayant atteint leur maturité sexuelle (6 ans ou plus) (H. Hasegawa, 2001, in litt) et l’on estime que 75 p. 100 de ces individus matures nichent chaque année (Sievert et Hasegawa, 2003). À partie de 1976, le taux annuel moyen de réussite de la reproduction (pourcentage des œufs pondus qui ont produit un jeune ayant atteint l’âge de l’envol) a été élevé, se situant à environ 64 p. 100 (Sievert et Hasegawa, 2003). Un faible taux de réussite de la reproduction a été enregistré les années où une éruption volcanique (1988) ou des phénomènes météorologiques (1995) catastrophiques sont survenus pendant la saison de reproduction, de sorte qu’il y aurait une plus grande variabilité dans la réussite de la reproduction que chez certaines autres espèces d’albatros (Cochrane et Starfield, 1999).

Dans l’île Torishima, les oiseaux arrivent à la colonie de nidification à partir d’octobre et ils commencent à construire leur nid. La ponte s’effectue de la fin octobre au début de novembre. La femelle pond un seul œuf et l’incubation, effectuée par les deux parents, dure 64 ou 65 jours. Les œufs détruits ne sont pas remplacés (Austin, 1949). L’éclosion a lieu de la fin de décembre au début de janvier. À la fin de mai ou au début de juin, la croissance des petits est presque terminée et les adultes commencent à abandonner leur nid. Les jeunes prennent leur envol peu après le départ des adultes de la colonie et ils ne reviennent qu’à l’âge de deux à cinq ans, en tant qu’oiseaux non reproducteurs (Hasegawa et DeGange, 1982). Les individus non reproducteurs et ceux qui n’ont pas réussi à se reproduire quittent la colonie à la fin de l’hiver et au printemps. On ne possède pas de renseignements détaillés sur les activités reproductrices dans l’île Minami-kojima, mais il est probable qu’elles sont similaires à celles qui ont lieu dans l’île Torishima.


Survie

Dans la colonie de l’île Torishima, le taux de survie annuel des adultes est estimé à 96,7 p. 100 et celui des oiseaux immatures (tous ceux qui n’ont pas atteint l’âge de la première reproduction), à 94,1 p. 100 (Sievert et Hasegawa, 2003). On ne dispose pas d’intervalles de confiance. Il n’y a pas non plus de données sur la variation annuelle au sein des classes d’âge (Cochrane et Starfield, 1999). La longévité de cette espèce n’est pas connue, mais Hasegawa (dans Cochrane et Starfield, 1999) estime que les individus peuvent vivre jusqu’à 50 ans ou plus.

Il y a peu d’information disponible sur les causes de mortalité naturelle chez l’Albatros à queue courte (Hasegawa et DeGange, 1982). La perte d’œufs ou de poussins résultant de l’abandon du nid, de tempêtes ou de l’interférence d’autres albatros, ainsi que la perforation accidentelle d’œufs, la maladie, les parasites et le roulement d’œufs hors du nid sont tous des facteurs de mortalité possibles, mais non quantifiés (Hasegawa et DeGange, 1982). D’après Harrison (1979), les requins capturent peut‑être certains jeunes de l’année après leur envol. On sait que des adultes et des poussins meurent lorsqu’ils s’empêtrent dans des buissons ou autres végétaux de ce genre (Austin, 1949).


Déplacements et dispersion

On connaît peu les déplacements saisonniers de l’Albatros à queue courte. Par le passé, on pensait qu’après avoir quitté la colonie, la majorité des oiseaux se dispersait vers les Aléoutiennes et la mer de Béring, un bon nombre descendant le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord, certains poussant vers le sud jusqu’en Basse‑Californie (McDermond et Morgan, 1993).

D’après les observations des 30 dernières années, pendant la saison de reproduction (décembre à avril), les adultes et les immatures sont concentrés dans la région des colonies de nidification dans îles Izu et Bonin (McDermond et Morgan, 1993), bien qu’ils puissent s’éloigner de centaines de milles ou plus des colonies pour chercher leur nourriture (Federal Register, 2000). Les études récentes montrent l’existence de deux profils de dispersion chez les individus immatures après la reproduction : certains se dirigent relativement vite vers le nord jusque dans l’ouest des îles Aléoutiennes, alors que d’autres individus passent tout l’été dans les eaux côtières du nord du Japon et des îles Kouriles, en Russie. Au début de septembre, ces derniers traversent les îles Kouriles pour se rendre dans l’ouest des îles Aléoutiennes. Une fois dans les Aléoutiennes, la plupart des oiseaux se dirigent vers le golfe d’Alaska (Suryan et al., 2003).

En dehors de la saison de reproduction, la majeure partie des adultes signalés ont été observés près des îles Aléoutiennes (Camp, 1993; McDermond et Morgan, 1993; Sherburne, 1993). En toute saison, il y a proportionnellement plus d’immatures (que d’adultes) qui ont été observés dans l’est et dans le nord du Pacifique. Ces résultats vont dans le sens de ceux qui sont présentés pour les eaux canadiennes (voir les sections ci‑dessus). Cette situation donne à penser que les jeunes oiseaux errent plus loin (que les adultes) et pendant des périodes plus longues (McDermond et Morgan, 1993).


Alimentation et interactions interspécifiques

Comme la plupart des albatros, l’Albatros à queue courte se nourrit en surface (Prince et Morgan, 1987) et peut s’alimenter de nuit (Hasegawa et DeGange, 1982; Sherburne, 1993). Bien qu’il y ait très peu de données publiées à ce sujet, on sait que le régime alimentaire de l’espèce comprend du calmar, du poisson, des œufs de poissons volants, des crevettes et d’autres crustacés (Prince et Morgan, 1987; Federal Register, 2000). Le régime alimentaire des poussins varie, mais le calmar, les poissons volants et les gros crustacés en sont les éléments les plus importants (Hasegawa et DeGange, 1982). Actuellement, il n’y a pas d’information sur les variations du régime en fonction des saisons, de l’habitat ou des conditions environnementales (Federal Register, 2000).

Un certain nombre des Albatros à queue courte observés en mer ont été aperçus en compagnie d’autres oiseaux de mer auxquels ils étaient associés, notamment d’autres albatros, des fulmars, des mouettes et des puffins (Lane, 1962; Wyatt, 1963; Tramontano, 1970; Wahl, 1970; Camp, 1993; Cochrane et Starfield, 1999), mais on ne sait pas s’il y a interaction ou compétition interspécifiques. Ces observations sont habituellement faites à partir de bateaux de pêche et il est possible que chaque espèce soit attirée indépendamment par les activités de pêche.


Comportement et adaptabilité

On sait que l’Albatros à queue courte suivait les baleiniers et mangeait les issues et les déchets des carcasses de baleine. Bien qu’on le considère comme un oiseau un peu timide, l’Albatros à queue courte suit encore les navires (Wahl, 1970; Gruchy et al., 1972; Yesner, 1976; Hasegawa et DeGange, 1982). Comme bien d’autres oiseaux de mer, l’Albatros à queue courte est également attiré par les activités de pêche et la présence de la nourriture « gratuite » que constituent les issues ou les appâts. Ce comportement s’accompagne d’un risque de mortalité lié à une capture accidentelle dans la pêche à la palangre (voir les sections ci‑dessous).

Par le passé, on a vu des Albatros à queue courte en groupe dans les eaux entourant l’île Torishima (Austin, 1949) et des petits groupes ont parfois été observés en pleine mer (Camp, 1993). Un déversement d’hydrocarbures ou, plus probablement, un rejet intentionnel d’eaux de cale huileuses, dans une région abritant un grand nombre d’individus qui se laissent dériver en groupe pourrait avoir une incidence importante sur la population (Federal Register, 2000).

L’Albatros à queue courte est un oiseau très mobile ayant une grande aire de répartition marine. Cette caractéristique permettrait à l’espèce de s’adapter aux changements saisonniers et interannuels dans la répartition de ses proies.