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Teigne tricheuse du yucca (Tegeticula corruptrix)

Biologie

On sait très peu de choses sur la biologie du T. corruptrix, car les seules études qui lui ont été consacrées à ce jour portaient sur son incidence sur le lien de mutualisme entre la teigne du yucca et le yucca glauque. Sa description étant toute récente, elle a longtemps été regroupée avec d’autres espèces tricheuses dans les analyses statistiques réalisées à ce jour. On peut toutefois supposer que sa biologie ressemble à bien des égards à celle de la teigne du yucca, car les deux espèces sont très étroitement apparentées.

 

Cycle vital et reproduction

Les adultes émergent du sol du début de juillet jusqu’en septembre (D. Hurlburt, données inédites). Ils se rassemblent et s’accouplent dans les dernières fleurs à s’ouvrir ou sur les tiges et les feuilles de la plante hôte et entrent en activité lorsqu’il fait complètement noir (Pellmyr, 1999). Les femelles déposent leurs œufs dans les jeunes fleurs qui mesurent environ de 2,5 à 4,0 cm de longueur (D. Hurlburt, données inédites). Les femelles peuvent déposer un grand nombre d’œufs en de nombreux endroits d’un même fruit (D. Hurlburt, données inédites; Pellmyr, 1999; Snell, 2004). Dans certaines régions, une gouttelette de sève peut exsuder de chaque site de ponte (Pellmyr, 1999). Le phénomène ne semble toutefois pas se produire ni en Alberta ni dans le nord du Montana, peut-être en raison des forts vents qui soufflent dans ces régions (D. Hurlburt, obs. pers.).

Les œufs éclosent de 7 à 10 jours plus tard. La vie larvaire (figure 5) comporte quatre stades. Cinq ou six semaines après la ponte, les chenilles percent un trou de sortie dans les parois du fruit et en émergent pour se laisser choir au sol, suspendues à un fil de soie. Une fois enfouies dans le sol jusqu’à une profondeur de 10 à 20 cm, elles se tissent un cocon de soie entremêlé de grains de sable et de fins débris ligneux, puis entrent en diapause prénymphale. Comme chez la teigne du yucca, les cocons sont habituellement trouvés à l’intérieur d’un rayon de 25 cm autour de la plante hôte (D. Hurlburt, données inédites). Une étude de terrain (D. Hurlburt, données inédites) a confirmé que chez une faible proportion de la population, la diapause prénymphale peut durer jusqu’à trois ans; la durée maximale de cette diapause demeure inconnue. La teigne se transforme en chrysalide après la levée de cette diapause. Les adultes émergent après le début de la période de floraison du yucca glauque, quelques semaines plus tard.

Figure 5.    Chenille de deuxième stade du Tegeticula corruptrix dans une graine de yucca glauque (Yucca glauca) (Onefour, Alberta; août 2003).(Photo : D. Hurlburt)

Figure 5.    Chenille de deuxième stade du Tegeticula corruptrix dans une graine de yucca glauque (Yucca glauca) (Onefour, Alberta; août 2003).(Photo : D. Hurlburt)

Chez une espèce apparentée, le Prodoxus y-inversus, la diapause peut se prolonger sur une très longue période (jusqu’à 30 ans, Powell, 2001). Rien n’indique que la diapause peut être aussi prolongée chez la teigne du yucca et la teigne tricheuse du yucca. Dans l’étude de Powell, les conditions d’élevage optimales auxquelles les chenilles du Prodoxus ont été exposées en laboratoire et l’absence de prédateurs pourraient avoir contribué à prolonger artificiellement la durée de la diapause chez le P. y-inversus (J. Addicott, comm. pers., d’après une conversation d’Addicott avec Powell). Le prolongement de la diapause chez une fraction de la population est considéré comme une stratégie qui permet à une partie des effectifs d’émerger durant des années où les conditions abiotiques ou biotiques (p. ex. floraison de la plante hôte) sont optimales et d’ainsi assurer la persistance de la population (Wagner et Powell, 1988). Comme seulement 5 % des effectifs du T. yuccasella ont survécu à une diapause de deux ans à Onefour et qu’une partie des effectifs survivants meure au moment de l’émergence (COSEPAC, 2002), on voit difficilement comment les quelques individus des populations septentrionales de T. corruptrix qui subissent une diapause prolongée pourraient assurer la persistance de la population. 

 

Herbivores/prédateurs

Les herbivores et les prédateurs du yucca glauque, les ongulés sauvages, représentent une menace aussi importante à la survie de la teigne tricheuse du yucca qu’à celle de la teigne du yucca (COSEPAC, 2002).  Le broutage des fleurs et des fruits par le cerf-mulet (Odocoileus hermionus) et l’antilope d’Amérique (Antilocarpa americana) peut réduire considérablement le taux de nouaison chez le yucca glauque (Hurlburt, 2004). Cette consommation réduit le nombre de sites de ponte disponibles et entraîne la mort des chenilles présentes dans les fruits broutés (Hurlburt, données inédites). 

 

Dispersion

En comparaison d’autres espèces de papillons nocturnes, la teigne tricheuse du yucca a une piètre capacité de vol et ne se déplace généralement pas directement d’un plant de yucca à l’autre. Sa plus grande taille lui confère peut-être un léger avantage par rapport aux autres espèces, mais le fait que les plants et les populations isolés de yucca ne sont généralement pas infestés donne à croire que la teigne tricheuse ne parvient pas à atteindre les nouveaux sites ou est incapable de détecter la présence des plants de yucca à distance. La dispersion du T. corruptrix à des populations de yucca jusque-là non infestées n’a jamais été documentée. Il convient cependant de noter que très peu de populations de yucca font l’objet d’un suivi à long terme. Des cas de dispersion facilitée par des fronts orageux sont connus chez d’autres insectes, mais le phénomène n’a jamais été documenté chez quelque espèce de teigne du yucca que ce soit. En conséquence, l’éventualité d’une dispersion naturelle de teignes tricheuses entre les populations de Pinhorn et de Onefour semble peu plausible, et un renforcement de ces populations par des immigrants venus du Montana, où les populations de yucca les plus proches se trouvent à 200 km, apparaît encore plus improbable. Il est par contre possible que des chenilles puissent être transportées d’un endroit à l’autre à l’intérieur de fruits de yucca, ou dans le sol, sous forme de chenilles en diapause prénymphale (p. ex. en cas de transplantation d’un plant de yucca). Malgré l’absence de preuves indiquant que les Premières nations aient fait usage du yucca au Canada, on croit que les Pieds-Noirs pourraient avoir contribué de cette façon à la dispersion de graines de yucca et, par conséquent, de teignes.

 

Relations interspécifiques

Le T. corruptrix est un prédateur des graines de plusieurs espèces de yuccas, dont les Yucca baccata, Y. kanabensis, Y. torreyi (Y. treculeana), Y. schidigera, Y. glauca, Y. baileyi et Y. elata (James, 1998; Pellmyr, 1999). Au Canada, cette teigne n’attaque que le Y. glauca, notre seule espèce indigène.

   La survie de la teigne tricheuse du yucca dépend du mutualisme entre le yucca et la teigne du yucca. Comme l’espèce pond ses œufs et se nourrit uniquement dans les fruits de yucca à l’état larvaire, l’interaction bénéfique entre le yucca et son pollinisateur doit s’exercer pour que la teigne tricheuse puisse se reproduire. 

Tirant profit du mutualisme qui existe entre la teigne du yucca et les yuccas, les chenilles du T. corruptrix peuvent réduire dans une proportion pouvant atteindre 30 % le taux de nouaison en s’alimentant à l’intérieur des fruits (James, 1998). Aux États-Unis, les chenilles de la teigne du yucca limitent la survie des chenilles du T. corruptrix sur le Y. kanabensis en leur livrant une concurrence pour les graines. Le fait qu’elles soient plus grosses (stade du développement plus avancé) contribuerait à amplifier leur impact sur la teigne tricheuse (James, 1998). Il a été démontré que les plants de yucca isolés dans le temps et l’espace d’autres plants en fleur sont moins infestés par la teigne tricheuse (Hurlburt, données inédites).

Dans le cadre d’expériences préliminaires, D. Hurlburt (données inédites) a évalué l’impact du T. corruptrix sur le yucca glauque et la teigne du yucca, en posant comme hypothèse de départ que les populations de la teigne du yucca dans les régions se trouvant à la limite nord de l’aire de l’espèce ne sont pas assez denses pour limiter la survie de la teigne tricheuse, permettant ainsi une exploitation plus intense de la plante par la teigne tricheuse. Toutefois, chez les plants de yucca infestés par le T. corruptrix, la proportion de graines non viables par fruit était à peine plus élevée et le nombre de graines viables consommées, à peine plus faible que chez les plants non infestés. La présence de la teigne tricheuse n’a eu aucun effet sur le nombre de chenilles de la teigne du yucca par fruit. Les mécanismes permettant aux populations septentrionales de la teigne tricheuse d’atteindre de fortes densités demeurent méconnus.

 

Adaptabilité

On ignore dans quelle mesure le T. corruptrix peut s’adapter à des conditions changeantes, mais la question mérite d’être étudiée. La teigne du yucca et le yucca glauque présentent tous deux des adaptations uniques qui semblent accroître leur survie à la limite nord de leur aire de répartition (Hurlburt, 2004). Même si l’abondance des populations de la teigne du yucca est plus faible et plus variable à la limite nord de l’espèce qu’ailleurs, les taux de reproduction du yucca glauque et de la teigne du yucca s’y comparent à ceux des populations plus méridionales. En Alberta et au Montana, la période de floraison du yucca glauque est plus longue, et la teigne du yucca y présente une période de vol plus longue et des systèmes de reproduction et de ponte uniques. Comme la teigne tricheuse du yucca forme des populations abondantes à la limite de son aire en dépit de la variabilité de la pollinisation et de la floraison du yucca glauque, il y a lieu de croire qu’elle présente des adaptations similaires favorisant sa survie.