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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Martinet ramoneur au Canada

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COSEPAC
Résumé

Martinet ramoneur
Chaetura Pelagica

Information sur l’espèce

Parfois confondu avec les hirondelles, le Martinet ramoneur s’en distingue facilement par son corps fusiforme, ses longues ailes pointues et étroites, sa courte queue d’apparence épineuse et son vol rapide et saccadé. Les ailes repliées dépassent de beaucoup la queue. Le plumage est brun foncé, à l’exception de la gorge, qui est plus pâle. Il n’y a pas de dimorphisme sexuel chez le Martinet ramoneur, et le plumage des jeunes est semblable à celui des adultes.

 

Répartition

L’aire de nidification du Martinet ramoneur se limite à l’est de l’Amérique du Nord. Au Canada, l’espèce se reproduit dans le centre-est de la Saskatchewan, le sud du Manitoba, le sud de l’Ontario et le sud du Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et peut-être à l’Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve. Environ le quart de l’aire de nidification de l’espèce est située au Canada. Aux États-Unis, le Martinet ramoneur est observé à l’ouest jusqu’au Montana, à l’est jusqu’en Nouvelle-Angleterre et au sud jusqu’au Texas et en Floride. Il hiverne dans le bassin supérieur de l’Amazone, en Amérique du Sud, surtout au Pérou, dans le sud et le nord-est de l’Équateur, le nord-ouest du Brésil et le nord du Chili.

 

Habitat

Les Martinets ramoneurs s’alimentent en vol et on les voit souvent rassemblés à proximité des plans d’eau en raison de l’abondance des insectes. Avant l’arrivée des Européens en Amérique du Nord, ils nichaient et se reposaient surtout à l’intérieur d’arbres creux; or, cette arrivée a marqué le début de l’exploitation forestière, les arbres creux sont alors devenus de plus en plus rares, et les martinets ont rapidement adopté les cheminées. Bien qu’il soit possible que les cheminées aient fourni plus de sites de nidification que les arbres creux ne le faisaient avant l’arrivée des Européens, la grande disponibilité de ces arbres dans les vieilles forêts laisse croire que la population de martinets n’a pas augmenté avec la construction des cheminées. L’espèce est aujourd’hui surtout associée aux zones urbaines et rurales où les cheminées sont disponibles comme site de nidification et de repos, mais il est certain qu’une part inconnue (sans doute petite) de la population utilise encore les arbres creux des vieilles forêts. Dans le nord de son aire de nidification, le Martinet ramoneur préfère les sites où la température ambiante est relativement stable. L’habitat d’hivernage de l’espèce est constitué de forêts en bordure de cours d’eau, de lisières de forêt sempervirente tropicale des basses terres, de terres agricoles, de zones suburbaines et de centres-villes.

 

Biologie

Le Martinet ramoneur est monogame et, en général, ne se reproduit  pas avant sa deuxième année. Les couples restent fidèles durant de nombreuses années et retournent au site de nidification de l’année précédente. Chaque couple utilise un site différent, qu’il défend. Le nid, en forme de demi-soucoupe, est fait de petites brindilles que l’oiseau fixe à l’aide de sa salive adhésive à la paroi verticale et qu’il colle les unes aux autres. En moyenne, la couvée compte 4 œufs et, au Canada, il n’y a qu’une ponte par année. Le taux d’envol varie de 70 à 86 p. 100, avec une moyenne de 3 jeunes atteignant l’envol par nid. À l’automne, de grands groupes de martinets se déplacent vers le sud des États-Unis (Texas, Louisiane), traversent ensuite le golfe du Mexique et suivent la côte atlantique pour atteindre l’Amérique du Sud. Au printemps, les Martinets ramoneurs refont à peu près le même trajet en sens inverse.

 

Taille et tendances des populations

Les estimations de la population canadienne de Martinets ramoneurs varient de 8 000 à 17 250 individus nicheurs. Dans le présent rapport, on considère que la population canadienne compte 11 820 nicheurs (Québec : 2 520; Ontario : 7 500; Maritimes : 900; autres provinces : 900), mais les données pour l’extérieur du Québec et de l’Ontario devraient tout au plus être considérées comme des hypothèses bien fondées. Les populations de Martinets ramoneurs sont en déclin dans toute l’aire de répartition de l’espèce. Durant les 15 à 20 dernières années, la zone d’occupation en Ontario et au Québec a diminué de 46 p. 100 et de 35 p. 100, respectivement. D’après les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS, pour Breeding Bird Survey), la population canadienne de Martinets ramoneurs a diminué de 7,8 p. 100 par année depuis 1968, ce qui représente une réduction globale de 95 p. 100. On peut observer le déclin marqué des effectifs dans toutes les provinces pour lesquelles des données du BBS existent. Le déclin n’a été que de 2,37 p. 100 par année au cours des 15 dernières années, ce qui représente un déclin total d’environ 28 p. 100 pour les 3 dernières générations (13,5 années). En Amérique du Nord, l’espèce a subi un déclin de 1,6 p. 100 par année depuis 1966. Aux États-Unis, 58 p. 100 des États pour lesquels des données existent montrent une tendance significative à la baisse pour 1966-2002.

 

Facteurs limitatifs et menaces

Le Martinet ramoneur fait partie d’un groupe d’oiseaux insectivores qui s’alimentent en vol et qui comprend les hirondelles et les engoulevents, dont les populations ont subi d’importants déclins en Amérique du Nord. On ne connaît pas la cause de ces déclins, et c’est le Martinet ramoneur qui a subi le déclin le plus important.

Le principal facteur limitatif des populations de Martinets ramoneurs semble être la réduction du nombre de sites de nidification et de repos qui résulte de l’exploitation forestière, de la démolition de vieux bâtiments abandonnés et, surtout, de la chute marquée du nombre de cheminées classiques adéquateset accessibles, principal habitat de nidification de l’espèce. L’utilisation croissante du chauffage à l’électricité et au gaz, la rénovation des vieilles cheminées classiques, les nouveaux règlements en matière de prévention des incendies (installation d’une doublure métallique à l’intérieur des cheminées en brique, et installation de pare-étincelles, de chapeaux et d’un exclos pour empêcher les animaux d’entrer dans les cheminées) ont réduit le nombre de cheminées classiques disponibles pour les martinets. Le taux de conversion des cheminées augmentant, il restera très peu de sites adéquats d’ici une trentaine d’années. Au Québec, le nombre de sites de nidification est limité, et on estime que seulement 60 p. 100 des adultes en âge de se reproduire arrivent à le faire; la situation est sans doute similaire ailleurs au Canada.

La survenue d’ouragans durant la migration des martinets et les mauvaises conditions météorologiques durant la saison de nidification ont causé beaucoup de mortalités. Il est possible que la fréquence de ces extrêmes météorologiques augmente avec le réchauffement planétaire. D’autres menaces qui pèsent sur l’espèce sont le ramonage des cheminées durant la période de nidification, la pulvérisation de pesticides et l’intolérance de certains propriétaires de bâtiments.

 

Importance de l’espèce

Le Martinet ramoneur est la seule espèce de martinet présent dans l’est de l’Amérique du Nord. Il suscite beaucoup d’intérêt au sein du public et chez les ornithologues amateurs. Comme l’espèce est observée surtout dans les villes et les villages, elle est relativement facile à voir, et son entrée spectaculaire dans les dortoirs a toujours fasciné les gens. Plusieurs dortoirs sont réputés, et de nombreux visiteurs y admirent le spectacle de centaines d’oiseaux entrant dans les cheminées au coucher du soleil.

 

Protection actuelle ou autres désignations de statut

À part la protection que lui fournit la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, le Martinet ramoneur ne jouit d’aucune autre protection au Canada et aux États-Unis. L’espèce ne figure sur aucune des listes des espèces menacées au Canada et aux États-Unis, ni sur celle de l’Union mondiale pour la nature (UICN). Dans son aire d’hivernage ou durant sa migration à l’extérieur du Canada et des États-Unis, le Martinet ramoneur ne bénéficie d’aucune forme de protection connue.