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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Martinet ramoneur au Canada

Biologie

Généralités

Les Martinets ramoneurs passent la plus grande partie de leur journée en vol. Ce sont des oiseaux extrêmement grégaires, qui se nourrissent et se reposent en grosses bandes (Chantler et Driessens, 2000; Snow et Perrins, 1998). Durant la migration, ils se rassemblent en groupes qui peuvent atteindre des milliers d’oiseaux dans leurs sites de repos le long de leur voie migratoire (Groskin, 1945; Michael et Chao, 1973). Les dortoirs sont aussi utilisés pendant l’été, avant et après la nidification, par les oiseaux nicheurs et durant tout l’été par la plupart des non-reproducteurs et des reproducteurs en échec.


Reproduction

L’information sur la reproduction présentée ici provient principalement des travaux menés par Ralph Dexter (de 1944 à 1983) à la Kent State University (Ohio) et par Richard B. Fischer (de 1939 à 1953) dans l’État de New York.

Le Martinet ramoneur est un nicheur solitaire, et un seul nid est construit par site de nidification (cheminée, arbre creux, conduit d’aération, etc.; Fischer, 1958; Dexter, 1969, 1974, 1991). Bien qu’il arrive que sur un même bâtiment pourvu de nombreuses cheminées plusieurs couples puissent nicher à proximité les uns des autres (Dexter, 1969), le Martinet ramoneur n’est pas un oiseau colonial au sens strict du terme (Fischer, 1958). Les individus forment une colonie éparse où chaque couple utilise un site différent, qu’il défend. Dexter (1969) a même mentionné que les martinets évitaient d’utiliser un conduit d’aération adjacent à un autre déjà occupé par un couple. La seule exception rapportée dans la littérature concerne la présence de deux nids à l’intérieur d’une même grange (Fisher, 1958). Dans ce cas, la taille importante du bâtiment, par rapport à celle d’une cheminée, explique sans doute la présence de deux couples dans le même endroit. Il est difficile de croire qu’il puisse y avoir plus d’un nid dans une cheminée étant donné l’agressivité que démontrent les couples nicheurs envers les autres martinets lorsque la nidification est avancée (C. Garneau, comm. pers).

Habituellement, les martinets s’apparient pour la vie et sont monogames (Dexter, 1992). Les adultes ont très fortement tendance à retourner au site de nidification de l’année précédente (Fischer, 1958; Dexter, 1992). Le même couple se reforme aussi longtemps que les deux partenaires reviennent chaque année au site de nidification (Dexter, 1971). Par contre, si un des partenaires n’est pas au rendez-vous, l’oiseau qui reste s’accouple avec un autre individu. Dexter (1992) a calculé un taux de fidélité au partenaire de 84 p. 100 (294 couples), et 96 p. 100 de ces couples avaient utilisé le même conduit d’aération que l’année précédente. Les couples construisent habituellement leur nid au même endroit sur la paroi d’une année à l’autre (Dexter, 1969).

En général, les Martinets ramoneurs ne se reproduisent pas avant leur deuxième année (Dexter, 1981a), mais il a été démontré que des individus pouvaient nicher dès leur premier été (Dexter, 1952a, 1981b, 1985; Fischer, 1958; Kyle et Kyle, données inédites). La parade nuptiale est surtout aérienne et caractérisée par des poursuites et des vols en couple durant lesquels les oiseaux remontent leurs ailes vers le haut en forme de « V » et effectuent de courts vols planés de cette façon (Fischer, 1958). On a longtemps cru que l’accouplement avait lieu en vol, mais ce n’est pas le cas. Il a lieu à l’intérieur du site de nidification, sur la paroi verticale (Dexter, 1950; Fischer, 1958) ou dans le nid (C. Garneau, comm. pers.). Sous les latitudes nord, les martinets n’ont en général qu’une seule nichée par année (Baicich etHarrison, 1997); on a observé certains couples ayant produit deux couvées par année au Texas (Kyle et Kyle, données inédites).

Le nid est fait de petites brindilles mortes que l’oiseau fixe à l’aide de sa salive adhésive à la paroi verticale et qu’il colle les unes aux autres pour construire un nid en forme de demi-soucoupe (MacNamara, 1918; Shelley, 1929; Fischer, 1958; Zammuto et Franks, 1981). Pour 400 nids étudiés en Ohio, Dexter (1969) a observé que les nids étaient situés à une profondeur moyenne de 6,1 m à partir du haut de la cheminée. Ils étaient fixés le plus souvent sur les parois sud et ouest de la cheminée. Les martinets ne réutilisent habituellement pas les nids construits l’année précédente, car, dans la plupart des cas, ceux-ci tombent durant l’automne et l’hiver (Dexter, 1969). Il arrive cependant que d’anciens nids construits dans des endroits abrités soient réutilisés lorsqu’ils sont en assez bon état pour être rénovés (Amadon, 1936; Fischer, 1958; Dexter, 1978, 1981a; Cink et Collins, 2002; C. Garneau, comm. pers.).

Le nombre d’œufs pondus est de 2 à 6 (habituellement 4 ou 5), et les jeunes éclosent après 19 à 21 jours d’incubation(Fischer, 1958). Celle-ci est effectuée par le mâle et la femelle. Chez cette espèce, le taux d’éclosion est élevé; Fischer (1958) a calculé une valeur de 90,7 p. 100. Ces résultats sont semblables à ceux qui ont été obtenus pour une cheminée artificielle à Lévis entre 1998 et 2003 (Garneau et Gauthier, SCF-Québec, données inédites) et au Texas entre 1989 et 2002 (Kyle et Kyle, données inédites). Le taux d’envol est élevé aussi (86 p. 100), et 3 à 6 jeunes sont produits (Fischer, 1958). Selon les données existantes, le potentiel reproducteur est similaire dans les différentes régions et dans le temps, ce qui laisse penser que lorsque les individus se reproduisent, ils obtiennent un bon succès. Le déclin de l’espèce est donc sans doute attribuable à un autre type de problème.

Selon les nombreuses données de baguage recueillies en Amérique du Nord entre 1920 et 1950, le taux de survie annuel des adultes était d’environ 63 p. 100 (Henny, 1972). Ce taux est semblable au taux de 73 ± 7 p. 100 calculé à l’aide des données de baguage de Paul et Georgean Kyle recueillies au Texas entre 1989 et 2002 (SCF-Québec, données inédites). Chez la plupart des espèces de martinet étudiées, la mortalité est la plus forte dans la première année après l’éclosion (Chantler et Driessens, 2000), mais les données de Kyle et Kyle ont donné un taux de survie des jeunes Martinets ramoneurs (78,8 ± 21,9 p. 100), qui n’était pas significativement différent de celui des adultes. Un tel taux est particulièrement élevé lorsque l’on considère que le Martinet ramoneur effectue de longues migrations transcontinentales. Avec un taux de survie aussi élevé, il n’est pas étonnant que les martinets atteignent des âges avancés pour des oiseaux de si petite taille. Le record de longévité connu pour le Martinet ramoneur est de 14 ans (Dexter, 1979), et la longévité moyenne est de 4,6 ans (Dexter, 1969).


Déplacements et dispersion

Les martinets arrivent dans le sud de l’Ontario à la fin d’avril, et à la mi-mai dans les régions plus nordiques de la province (Cink et Collins, 2002). La plupart des Martinets ramoneurs arrivent au Québec au cours des deux dernières semaines de mai (David, 1996), et ont déjà quitté la province dès la fin août (David, 1996). Au Nouveau-Brunswick, on a signalé la présence de martinets du 22 avril au 10 novembre, mais la plupart ont déjà quitté la province le 18 septembre (Squires, 1976; Tufts, 1986).

Le Martinet ramoneur est une espèce qui migre en groupe, le jour (Coffey, 1936; Tyler, 1940; Whittemore, 1981; Chantler, 1999). Lors de la migration automnale, les oiseaux convergent vers la vallée du Mississippi en provenance du Canada et du nord des États-Unis (Lowery, 1943; Ganier, 1944; Bowman, 1952). Le nombre des oiseaux augmente à mesure que le groupe progresse vers le sud, pour atteindre des milliers d’individus dans les États du golfe du Mexique (Texas, Louisiane, Mississippi). La plus grande partie de la population de martinets traverse alors le golfe du Mexique (Lowery, 1943), survole la péninsule du Yucatan puis suit la côte atlantique de l’Amérique centrale (Howell et Webb, 1995) pour atteindre le Pérou au début de novembre (Plenge et al., 1989). Au printemps, les Martinets ramoneurs refont essentiellement le même trajet en sens inverse et arrivent dans le sud des États-Unis à la mi-mars.


Habitudes alimentaires

Les martinets se nourrissent d’insectes et d’araignées attrapés presque exclusivement en vol (Chantler, 1999). Les principaux insectes capturés sont des phryganes (Trichoptères), des éphémères (Épheméroptères), des tipules (Diptères; Tipulidées), des mouches (Diptères), des coléoptères (Coléoptères), des guêpes, des fourmis et des abeilles (Hyménoptères) et des punaises (Hémiptères) (Cink et Collins, 2002). Pour s’abreuver, les martinets effleurent la surface de l’eau avec leur bec (Whittemore, 1981; Godfrey, 1986).


Physiologie

Les martinets peuvent entrer dans un état de torpeur lorsqu’il fait froid (Ramsey, 1970). Les oiseaux cessent de bouger et leur température corporelle diminue, et elle remonte rapidement lorsque la température ambiante augmente (Ramsey, 1970).


Adaptabilité

Depuis la colonisation de l’Amérique du Nord, le Martinet ramoneur s’est rapidement adapté aux nouveaux habitats artificiels fournis par les constructions humaines (cheminées, conduits, silos, etc.). Cependant, l’espèce semble être en déclin; les habitats auxquels elle est adaptée (arbres creux, cheminées) disparaissant rapidement. Cette question sera abordée à la section « Facteurs limitatifs et menaces ».