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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Martinet ramoneur au Canada

Taille et tendances des populations

Abondance

Canada

Il est possible d’estimer la population de Martinets ramoneurs au Canada à partir des données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS, pour Breeding Bird Survey). Ce relevé étant conçu pour des mesures de l’abondance relative, les estimations de l’abondance totale qui en résultent ne sont pas très précises. Peter Blancher (in litt.) a estimé la population canadienne en se fondant sur les données du BBS de 2000 à 2005. Il présume dans son calcul que le BBS a permis d’échantillonner tous les martinets à l’intérieur d’une distance de détection de 400 mètres. Il a aussi utilisé un facteur de correction pour l’heure de la journée de 1,12 pour compenser pour les stations échantillonnées avant que les martinets ne commencent à être actifs le matin. Enfin, il a appliqué un facteur de correction concernant les couples de 1,5 pour compenser pour les adultes qui étaient aux nids durant les relevés, en présumant qu’environ un tiers de la population adulte est non nicheuse. Il en résulte une estimation de la population canadienne de 17 250 individus nicheurs pour les années 2000 à 2005; on obtient une estimation de 20 250 individus nicheurs pour les années 1990 en utilisant la même méthodologie.

On peut sans doute obtenir des estimations démographiques plus précises à partir des relevés provinciaux et régionaux.

Québec

Dans le cadre du programme d’inventaire annuel des Martinets ramoneurs (figure 8) au Québec, on n’a jamais compté plus de 5 000 martinets : 1 572 en 1998; 3 508 en 1999; 3 687 en 2000; 2 095 en 2001; 3 496 en 2002; 3 850 en 2003; 3 131 en 2004 et 4 700 en 2005. En 2006, malgré des recherches plus intenses, seulement 2 415 Martinets ramoneurs ont été recensés; on pense que le déclin serait lié au taux de mortalité élevé résultant du passage de l’ouragan Wilma l’automne précédent. Même si les recherches ont été considérablement accrues à partir de 2004, peu de nouveaux sites, et aucun ne présentant un fort effectif de martinets, ont été trouvés. Compte tenu de la forte couverture et de l’intensité des recherches, la probabilité de découvrir de nouveaux grands dortoirs ou de nombreux nouveaux petits dortoirs est faible.

À partir des données de surveillance de 26 dortoirs (où les données sont suffisantes), il a été établi que les immatures constituent environ 55 p. 100 des oiseaux (Gauthier et al.,sous presse). Même si la couverture et l’intensité des recherches au Québec ont été élevées, tous les sites n’ont pas fait l’objet de relevés chaque année; ainsi, environ 80 p. 100 des sites ont été surveillés en 2005. Pour obtenir une estimation de population précise, nous avons additionné le nombre maximum de martinets observés à chaque site en 2005 et le nombre maximum de martinets observés entre 1998 et 2004 à tous les sites connus qui n’ont pas été surveillés en 2005, pour un total de 5 700 individus. Si nous soustrayons le nombre d’immatures (55 p. 100), la population totale de nicheurs pour la province de Québec en 2005 est alors de 2 520 adultes ou 1 260 couples (Gauthier et al., sous presse).

Ontario

On peut estimer la population en Ontario de diverses manières, mais l’ensemble de données le plus complet est sans doute celui du deuxième atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario. Les estimations d’abondance provenant du premier atlas (Cadman et al., 1987) ont permis d’estimer la population ontarienne entre 29 010 et 265 384 individus pour la période de 1981 à 1985. Avec la même méthode de calcul que celle qui a été utilisée pour l’atlas des Maritimes (estimations d’ordre de grandeur pour chaque carré, puis calcul de la population totale pour la région; Erskine, 1992), la taille de la population ontarienne en 1985 aurait été d’environ 35 000 individus. Le deuxième atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario a utilisé des dénombrements ponctuels pour estimer plus précisément l’abondance des espèces d’oiseaux dans la province. Les données obtenues pour le Martinet ramoneur sont bien meilleures que celles du BBS, parce que les dénombrements ponctuels étaient dispersés de manière plus aléatoire dans le paysage, comprenaient des dénombrements ailleurs que le long des routes et étaient beaucoup plus nombreux que les arrêts effectués dans le cadre du BBS. Le nombre de dénombrements ponctuels a été de 47 901 dans 1 635 carrés d’atlas de 10 sur 10 kilomètres dans le sud de l’Ontario, où la plupart des carrés ont été couverts par les observateurs et où la très grande majorité des Martinets ramoneurs ont été détectés.

Pour éviter que les résultats soient biaisés pour les carrés qui ont fait l’objet de recherches plus intenses, Peter Blancher (in litt.) a calculé la moyenne des dénombrements ponctuels pour chaque carré comptant au moins 10 dénombrements ponctuels. Il a ensuite stratifié les moyennes par carré par écorégion provinciale pour obtenir des estimations pour chacune des écorégions ontariennes (des Martinets ramoneurs ont été observés dans des dénombrements ponctuels dans les 5 écorégions les plus méridionales, dont environ la moitié dans l’écorégion de la forêt carolinienne). Pour calculer la superficie couverte par un dénombrement ponctuel de l’atlas, Blancher s’est servi des mêmes facteurs de correction pour la distance, le moment et les couples que ceux mentionnés plus haut, en se fondant aussi sur l’hypothèse que tous les martinets se trouvant dans un rayon de 400 mètres étaient détectés en 5 minutes. Les observateurs ont signalé 77 p. 100 des Martinets ramoneurs à une distance de moins de 100 mètres et 23 p. 100 à une distance de plus de 100 mètres, ce qui laisse penser que le rayon de détection pourrait être plus petit; cependant, vu la mobilité des martinets, un rayon de 400 mètres semble raisonnable pour des dénombrements de 5 minutes. Si la distance de détection réelle est inférieure à 400 mètres, l’estimation de la population se trouve à être prudente. Il en résulte une estimation pour la population ontarienne de 7 500 individus nicheurs pour la période de 2001 à 2005.


Figure 3 : Nombre maximum de Martinets ramoneurs en fonction du temps dans trois dortoirs historiques du Québec

Figure 3 : Nombre maximum de Martinets ramoneurs en fonction du temps dans trois dortoirs historiques du Québec.


Figure 4 : Nombre maximum de Martinets ramoneurs dans trois dortoirs historiques de la Nouvelle-Écosse

Figure 4 : Nombre maximum de Martinets ramoneurs dans trois dortoirs historiques de la Nouvelle-Écosse.

 

Tableau 3 : Nombre total deMartinets ramoneurs observés aux sites repérés durant l’inventaire des Martinets ramoneurs au Québecentre 1998 et 2003
Région administrativeNombre de Martinets ramoneurs
Bas-Saint-Laurent406
Saguenay–Lac-Saint-Jean35
Québec553
Mauricie-Bois Francs147
Estrie309
Montréal353
Outaouais574
Abitibi–Témiscamingue0
Côte-Nord0
Nouveau-Québec0
Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine28
Chaudière-Appalaches1 134
Laval2
Lanaudière208
Laurentides2 296
Montérégie698
Total6 743

 

Une autre méthode pour estimer les effectifs de Martinets ramoneurs en Ontario consiste à extrapoler les valeurs obtenues au Québec, qui sont fondées sur des relevés systématiques des dortoirs et des sites de nidification dans les cheminées depuis 1998. Les bâtiments de l’Ontario étant semblables à ceux du Québec (structure et cheminées), le nombre de cheminées et, par conséquent, le nombre de Martinets ramoneurs seront proportionnels au nombre de personnes. Selon cette méthode, il y aurait environ 2 988 individus nicheurs en Ontario. Dans le présent rapport, nous avons retenu les valeurs obtenues par la méthode des dénombrements ponctuels utilisée pour l’atlas (7 500 individus).

Canada atlantique et Prairies

Dans l’atlas des oiseaux nicheurs des Maritimes, Erskine (1992) a tiré d’estimations d’ordre de grandeur des effectifs de chaque carré d’atlas une estimation globale pour chaque province maritime. Il en résulte une population estimée d’environ 20 000 ± 3 000 couples pour l’ensemble des Maritimes (Nouveau-Brunswick : 12 000 ± 2 300, Nouvelle-Écosse : 8 500 ± 1 900, Île-du-Prince-Édouard : 15?). Ces valeurs seraient trop élevées, peut-être en raison de la méthode utilisée. En appliquant les tendances démographiques du BBS (tableau 4) à ces valeurs, on obtient une densité de martinets environ dix fois plus élevée que celle établie pour le Québec. L’estimation de la population de Martinets ramoneurs au Québec est fondée sur un inventaire systématique et est donc plus fiable. De plus, la tendance des habitats (dégradation des cheminées classiques) est semblable dans les deux régions. En extrapolant le nombre de martinets sur la base des bâtiments susceptibles d’être utilisés, on obtient un total d’environ 345 couples; cette valeur étant probablement faible, nous proposons une estimation d’environ 450 couples nicheurs (Gauthier et al., en préparation).

Il n’existe aucune estimation de la population de Martinets ramoneurs à Terre-Neuve (Montevecchi et Tuck, 1987), mais il se peut qu’une nidification s’y produise encore de façon sporadique (J. Brazil, comm. pers.). Il n’existe aucune donnée quantitative pour la Saskatchewan, où l’espèce est peu commune (Smith, 1996). Au Manitoba, les Martinets ramoneurs semblent assez communs dans les zones urbaines, mais seuls des relevés sporadiques y ont été effectués (Taylor et al., 2003); quelque 200 martinets ont été observés à Winnipeg en 1980. À la lumière de cette information, on estime que Terre-Neuve et les Prairies comptent environ 450 couples nicheurs.

Gauthier et al. (sous presse) présentent des données selon lesquelles la population canadienne de martinets pourrait n’être que de 8 000 individus nicheurs, mais il est probable qu’elle soit supérieure. Sur la base des valeurs régionales présentées ci-dessus, on estime que la population canadienne est constituée de 11 820 nicheurs (Québec : 2 520; Ontario : 7 500; Maritimes : 900; autres provinces : 900), mais les estimations pour les Prairies et les provinces de l’Atlantique devraient tout au plus être considérées comme des hypothèses bien fondées.


Tendances

Les données des parcours du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) couvrent l’aire de nidification entière de l’espèce et plus de trois décennies. Selon le BBS, la population de Martinets ramoneurs a diminué de 7,8 p. 100 par année entre 1968 et 2005 (Downes et al., 2005) (tableau 4), ce qui correspond à un déclin cumulatif de 95 p. 100 durant cette période de 37 ans. Le déclin s’est accéléré jusqu’en 1998; les tendances pour les 25, les 10 et les 5 dernières années de la période 1968-1998 sont les suivantes : -7,4 p. 100, -11,4 p. 100 et -15,2 p. 100, respectivement (Dunn et al., 2000). Le déclin semble s’être atténué au cours des dernières années, avec un déclin annuel non significatif de 3,4 p. 100 dans la période 1995-2005 (Downes et al., 2005). Durant les 3 dernières générations (13,5 années), le déclin a été de 2,37 p. 100 par année (Sauer et al., 2005), pour un déclin total d’environ 28 p. 100. Toutes ces tendances démographiques tirées du BBS sont établies par comparaison des données des mêmes parcours et des mêmes observateurs.

L’indice démographique annuel, calculé à l’aide des données du BBS, a baissé constamment depuis 1970 (Downes et al., 2005) (figure 5). On peut observer le déclin des effectifs dans toutes les provinces pour lesquelles des données du BBS existent (figure 6).

Tableau 4 : Tendances démographiques du Martinet ramoneur(% de changement/année) au Canada fondées sur les données du relevé des oiseaux nicheurs (BBS)
PériodeRégionTendancePN
1968-20051Canada-7,8*207
1968-20051Ontario-8,4*82
1968-20051Québec-4,9*60
1968-20051Nouveau-Brunswick-4,9 30
1968-20051Nouvelle-Écosse-8,5*29
1968-19851Canada-8,0*138
1968-19851Ontario-6,4*49
1968-19851Québec-9,3*37
1968-19851Nouveau-Brunswick-2,7 27
1968-19851Nouvelle-Écosse-10,8*23
1985-20051Canada-6,8*159
1985-20051Ontario-10,2*65
1985-20051Québec-3,1 46
1985-20051Nouveau-Brunswick-8,6 21
1985-20051Nouvelle-Écosse-5,6 21
1991-20052Canada-2,37 -
1991-20052Ontario-11,3*-
1991-20052Québec+0,88 -
1995-20051Canada-3,4 117
1995-20051Ontario-9,0*47
1995-20051Québec+6,8 38
1995-20051Nouvelle-Écosse-17,3 16

1 Downes et al., 2005;
2 Sauer et al., 2005)
N : nombre de parcours utilisés pour l’analyse;
* : P < 0,05

Le déclin se produit dans l’ensemble de l’aire de nidification du Martinet ramoneur (DeGraaf et Rappole, 1995). Les données du BBS indiquent une tendance significative à la baisse dans l’ensemble de la population de 1,6 p. 100 par année entre 1966 et 2005 (tableau 5). Le déclin s’est accéléré, atteignant -2,5 p. 100 par année pour 1980-2005. Aux États-Unis, où on considère le Martinet ramoneur comme une espèce commune dans la plupart des États où il niche, la population a aussi subi un déclin de 1,5 p. 100 par année depuis 1966 (tableau 5). Sur les 38 États américains pour lesquels des données existent, 22 (58 p. 100) montrent une tendance significative à la baisse pour la période de 1966 à 2005 (Sauer et al., 2005). Parmi ces 22 derniers États, le déclin s’est accéléré dans 16 États (73 p. 100) durant les 25 dernières années (de 1980 à 2005; tableau 5). Sauer et al. (2005) précisent cependant que les données pour les tendances des populations de l’Illinois, de l’Indiana, du Kentucky, du Michigan, du Rhode Island, du Tennessee et de la Virginie-Occidentale sont insuffisantes (p. ex. faible quantité d’oiseaux par parcours et moins de 5 parcours échantillonnés).

Rodriguez (2002) a analysé les données du BBS pour la période de 1966 à 1993 afin d’étudier les changements de l’aire de répartition des oiseaux dont le déclin était significatif. Durant cette période, les populations de Martinets ramoneurs ont subi un déclin de 21 p. 100, et l’aire de répartition de l’espèce a rapetissé de 32,2 p. 100. Rodriguez a observé que le déclin des populations de Martinets ramoneurs était plus rapide aux limites de l’aire de répartition qu’au centre, où les effectifs sont plus élevés.

Les relevés menés pour divers atlas des oiseaux nicheurs ont aussi révélé des déclins : Palmer-Ball (1996) au Kentucky, Hess (2000) au Delaware, et Mulvihill (1992) en Pennsylvanie. Au Connecticut, Zeranski et Baptist (1990) ont observé que le déclin de l’espèce a commencé durant les années 1960 et 1970. La Driftwood Wildlife Association (2000), organisation texane menant une étude sur le Martinet ramoneur, a rapporté un déclin de la population depuis le milieu des années 1980. Selon certains auteurs, la diminution du nombre de cheminées disponibles comme sites de nidification serait la cause du déclin (Zeranski et Baptist, 1990; Hess, 2000). Sibley (1988) a signalé aussi un déclin significatif du nombre de martinets dans l’État de New York, en particulier à New York et ses environs. En Ohio, Peterjohn et Rice (1991) ont observé que le Martinet ramoneur était largement répandu, mais que le déclin de la population était devenu évident dans de nombreuses parties de l’État durant les années 1980. Au Colorado, Kingery (1998) a rapporté que l’espèce était de moins en moins observée depuis peu. Au New Hamsphire et dans le Maryland, le déclin de la population a incité les auteurs à déclarer qu’il faudrait surveiller l’espèce durant les prochaines années et effectuer un suivi (Sutcliffe, 1994; Zucker, 1996).

Tableau 5 : Tendances des populations de Martinets ramoneurs(% de changement/année) aux États-Unis, fondées sur les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS)
Régions1966-20051980-2005
Amérique du Nord-1,6 ***-2,5 ***
États-Unis-1,6 ***-2,5 ***
Alabama-1,5 *-2,8 ***
Caroline du Nord-0,5-1,0
Delaware-2,0 *-1,2
Géorgie-1,1-2,0 ***
Illinois-2,5 ***-3,6 ***
Indiana-2,8 ***-3,8 ***
Iowa-1,9-3,1 ***
Kentucky-2,4***-4,9 ***
Maine-2,5 **-2,6
Maryland-1,6 **-0,7
Missouri-1,5-2,2
New Hampshire-1,9 *-2,9 ***
New Jersey-3,0 **-2,1 **
New York-1,7 ***-1,0
Ohio-0,7-1,6 ***
Oklahoma-3,1 ***-3,3 **
Rhode Island-11,2 **-12,6 **
Tennessee-2,0 ***-3,2 ***
Texas-2,4 ***-3,4 ***
Vermont-2,4 *-0,3
Virginie-1,3 ***-1,4 ***
Virginie-Occidentale-1,6 **-2,5 ***

Sauer et al., 2005).
* : P < 0,10;
** : P < 0,05;
*** : P < 0,01


Figure 5 : Indices annuels de la population canadienne de Martinets ramoneurs selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS)


Figure 5 : Indices annuels de la population canadienne de Martinets ramoneurs selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS).

Downes et al., 2005).


Figure 6 : Indices annuels de la population de Martinets ramoneurs dans quatre provinces canadiennes selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS)

 Figure 6 : Indices annuels de la population de Martinets ramoneurs dans quatre provinces canadiennes selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS).

Downes et al., 2005).


Figure 7 : Répartition de la nidification du Martinet ramoneur dans le sud de l’Ontario de 1981 à 1985 (en haut) et de 2001 à 2005 (en bas)

Figure 7 : Répartition de la nidification du Martinet ramoneur dans le sud de l’Ontario de 1981 à 1985 et de 2001 à 2005.

Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario).

Selon les données recueillies pour le deuxième atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario (de 2001 à 2005), l’espèce a été rapportée dans seulement 48 p. 100 du nombre de carrés de 10 kilomètres carrés dans lesquels elle avait été rapportée dans le premier atlas (de 1981 à 1985), même si l’intensité des recherches sur le terrain a été d’au moins 85 p. 100 de celle de 1981 à 1985. Les données, lorsque corrigées pour intensité des recherches, indiquent un déclin de 46 p. 100 de la zone d’occupation de l’espèce durant les 20 dernières années; le déclin s’est produit dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce en Ontario.

En se fondant sur les données recueillies pour l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional durant les années 1980 (de 1984 à 1989), Lemieux et Robert (1995) ont décrit le Martinet ramoneur comme une espèce assez commune au Québec. Cependant, ils ont mentionné aussi que la population montre une tendance à la baisse. D’après les données du BBS pour la période de 1966 à 1998 (tableau 4), la population québécoise du Martinet ramoneur a baissé de 6,3 p. 100 par année durant cette période. Depuis 1993, il semble que la tendance à la baisse ait été renversée, mais cette récente tendance à la hausse n’est pas statistiquement significative (tableau 4). Cette tendance positive pourrait être la conséquence de quelques bonnes années, responsables d’une augmentation de la population à court terme. Elle pourrait aussi être attribuable au nombre limité de parcours dans la province ou à une estimation qui, comme on l’a vu plus haut, pourrait être biaisée du fait de la courte période considérée; il est donc préférable de retenir les tendances démographiques obtenues sur les plus longues périodes.

Les données du BBS ne sont pas les seules à indiquer une tendance négative au Québec. Pour la période de 1969 à 1989, les données des fichiers de l’Étude des populations d’oiseaux du Québec (ÉPOQ) montrent un déclin annuel significatif de 1,44 p. 100 (p < 0,01) (Cyr et Larivée, 1995). Après avoir pris connaissance de la réduction marquée de l’aire de répartition du martinet en Ontario, on a effectué en 2004 un sous-échantillonnage (n = 200) des carrés de 1995 de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional (n = 790; Gauthier et Aubry, 1995) pour vérifier s’il y avait aussi eu réduction de l’aire de répartition du Martinet ramoneur au Québec. Les résultats ont montré que l’aire de répartition a diminué de manière significative de 33 p. 100 entre 1989 et 2004 (p < 0,001; SCF-Québec, données inédites).

Depuis 1998, le Service canadien de la faune étudie les dortoirs et les sites de nidification du Martinet ramoneur au Québec afin d’estimer la taille de la population, de surveiller les changements des populations, de situer et de caractériser les sites utilisés, d’évaluer combien de sites ont été abandonnés ou fermés avec les années, et d’élaborer des mesures de conservation de l’espèce. Certains résultats de l’étude du SCF sont présentés au tableau 3; 258 sites confirmés ont été repérés entre 1998 et 2005. Ces sites sont répartis dans la plupart des régions du Québec, à l’exception du Nouveau-Québec et de la Côte-Nord, de Laval et de l’Abitibi-Témiscamingue. Les sites sont présentés à la figure 8. Les plus grands dortoirs de la province sont situés à Saint-Georges-de-Beauce et à Mont-Laurier, où au moins 1 000 oiseaux ont été comptés. Jusqu’à présent, la région dans laquelle on a trouvé la majorité des sites est celle de Chaudière-Appalaches. Il existe aussi quelques sites au sud de Montréal et en Estrie, mais le réseau de volontaires est encore en voie de formation. Plus d’un tiers des sites repérés sont des dortoirs, et les martinets utilisent les cheminées des églises ou des presbytères dans 40 p. 100 des cas. Cette étude a été rendue possible grâce à un réseau de bénévoles, 93 observateurs y ayant participé depuis 1998.

Il existe des données historiques sur la présence des Martinets ramoneurs pour 3 dortoirs séparés entre eux par une distance d’au moins 200 kilomètres, situés à Saint-Raymond-de-Portneuf, à Jonquière et à La Pocatière. La tendance à la baisse des effectifs observée à chacun des 3 endroits va dans le sens d’autres données canadiennes (figure 6). À Saint-Raymond-de-Portneuf, situé à 50 kilomètres à l’ouest de Québec, les martinets occupent la cheminée d’un ancien couvent qui a été converti en résidence pour personnes âgées. Les oiseaux continuent à utiliser la cheminée de la résidence. En 1981, on y a compté quelque 1 200 martinets, tandis qu’en 2002, le nombre maximal d’oiseaux était de 234 (figure 3). L’effectif a donc chuté de 81 p. 100 en 21 ans, ou de 3,8 p. 100 par année.

La figure 3 montre aussi les changements des effectifs de Martinet ramoneur à Arvida (ville qui a fusionné avec Jonquière en 1975) de 1958 à 1999. Les observations effectuées entre 1958 et 1986 sont liées à un dortoir situé dans la cheminée d’un supermarché du Carré Davis, dans la zone commerciale du centre-ville. Pour ce qui est des observations de 1988 à 1997, l’emplacement exact du dortoir n’est pas précisé, mais il y a tout lieu de penser qu’il s’agit de la même cheminée étant donné que les Martinets ramoneurs sont très fidèles à leurs sites. Le nombre de martinets qui fréquentent ce secteur de la ville a baissé de manière significative au cours des 40 dernières années. On y recensait environ 1 000 oiseaux à la fin des années 1950 (Browne, 1967), quelques centaines au début des années 1980, quelques douzaines à la fin des années 1980 et seulement environ une quinzaine depuis 1991. La population a chuté de 99 p. 100 en 42 ans (2,4 p. 100/année). La cheminée du supermarché, qui abritait l’important dortoir en 1958, a été fermée à l’automne 1998. Cette cheminée était donc toujours disponible en tant que dortoir avant cette date, mais cela n’a pas empêché le nombre de martinets de diminuer malgré tout. Le suivieffectué à l’été 1999 est venu confirmer le déclin; on a observé seulement 11 oiseaux qui entraient dans la cheminée d’une école du même secteur. Puisqu’un dortoir attire habituellement les oiseaux provenant d’un vaste secteur, on peut penser que ce nombre est représentatif de la population de martinets dans ce secteur de la ville, étant donné que les observateurs l’ont ratissé systématiquement durant tout l’été.

Le troisième dortoir est situé au Musée François-Pilote, à La Pocatière, dans la région du Bas-Saint-Laurent. La cheminée date de la construction du bâtiment (1925) et ne sert plus au chauffage. Le dortoir est utilisé par les Martinets ramoneurs depuis 1940 et il est protégé depuis cette date (Tanguay, 1964-1965). Bien que la cheminée soit toujours disponible pour les oiseaux, on constate que le nombre de martinets a diminué de manière significative depuis la fin des années 1950 (figure 6). En 1958, on a vu 1 200 oiseaux, et seulement 2 ont été vus entrant dans la cheminée en 1999, ce qui représente une diminution de plus de 99,8 p. 100 en 42 ans (2,4 p. 100/année). Il est fort possible que le nombre d’oiseaux présents en 1957 ait été supérieur à 500 puisque l’observateur n’a pu assister qu’au début du rassemblement des martinets (R. McNeil, comm. pers.). Il y a une vingtaine d’années, dans la région de Rimouski, une centaine de martinets étaient aperçus régulièrement en vol alors que dernièrement, on en a dénombré à peine plus d’une vingtaine après bien des tentatives (J. Larivée, comm. pers.).

Si on inclut les données historiques, l’espèce a été signalée dans au moins une quarantaine de lieux différents au Saguenay-Lac-Saint-Jean entre 1971 et 1997 (Savard, 1999) et dans 6 ou 7 municipalités chaque année durant les années 1980 (Savard, 2000). Cependant, à l’été 1999, des martinets ont été observés dans seulement 3 municipalités (Jonquière, La Baie et Roberval) (Savard, 2000). L’espèce semble avoir complètement déserté la ville de Chicoutimi, où elle était présente dans le passé (Savard, 2000). En résumé, selon toutes les sources d’information disponibles pour le Québec, la population de Martinets ramoneurs de la province a subi un important déclin et elle continue à diminuer.


Figure 8 : Répartition des paroisses couvertes durant le programme d’inventaire des Martinets ramoneurs au Québec entre 1998 et 2005 et durant le relevé des martinets dans les bâtiments religieux en 2000

Figure 8 : Répartition des paroisses couvertes durant le programme d’inventaire des Martinets ramoneurs au Québec entre 1998 et 2005 et durant le relevé des martinets dans les bâtiments religieux en 2000.

Les cercles vides représentent les paroisses où aucun martinet n’a été détecté, tandis que les étoiles noires indiquent les paroisses dans lesquelles a été détecté un site pour le Martinet ramoneur (nid ou dortoir), qui est utilisé, abandonné ou fermé.

D’après l’Atlas des oiseaux nicheurs des Maritimes (Erskine, 1992), la population de Martinets ramoneurs dans les provinces Maritimes aurait chuté considérablement durant les 30 années ayant précédé la publication de l’atlas. Les martinets sont moins nombreux à l’Île-du-Prince-Édouard et au Nouveau-Brunswick que dans le passé. A. Erskine (comm. pers.) a aussi mentionné que l’espèce a été moins souvent observée et qu’elle a même disparu dans certaines régions depuis la publication de l’atlas en 1992. La figure 4 présente le nombre maximum de Martinets ramoneurs qui ont été comptés dans 3 dortoirs historiques des Maritimes. Les Martinets ramoneurs ont presque complètement disparu du dortoir de l’University Hall (Université Acadia), alors que le nombre d’oiseaux dans les 2 autres sites semble avoir varié beaucoup avec les années, aucune tendance claire n’y étant décelable. Le nombre de Martinets ramoneurs observés à la cheminée du Robie Tufts Nature Centre (RTNC), à Wolfville, a culminé en 1989 puis a baissé après une intense vague de froid en 1990 (Wolford, 1996).

Dans l’atlas des oiseaux de la Saskatchewan, Smith (1996) classe le Martinet ramoneur dans les espèces peu communes dans la province et souligne que les données historiques laissent penser que l’espèce y a déjà été plus répandue qu’elle ne l’est aujourd’hui. Au Manitoba, les martinets étaient aussi plus abondants dans le passé (Taylor et al., 2003). Par ailleurs, il n’existe aucune donnée sur les tendances de la population à Terre-Neuve.

On ne connaît pas les tendances de la population dans l’aire d’hivernage du Martinet ramoneur (Cink et Collins, 2002). L’exploitation forestière dans la forêt amazonienne pourrait nuire à l’espèce dans l’avenir. Cette question sera approfondie dans la section « Facteurs limitatifs et menaces ».


Probabilité de disparition

Gauthier et al. (sous presse) ont analysé la viabilité de la population de Martinets ramoneurs au Canada. Bien que les auteurs aient utilisé des données datant de plusieurs dizaines d’années et provenant du sud des États-Unis, leurs résultats indiquent que si seulement les martinets âgés d’au moins 2 ans se reproduisaient, entre 40 et 60 p. 100 de ces oiseaux devraient s’accoupler pour maintenir une population viable durant le prochain siècle. Ces résultats montrent non seulement comment une réduction du nombre de sites de nidification disponibles (ou une baisse de la nidification avec succès) influerait sur la viabilité de la population, mais aussi les effets possibles des mesures d’amélioration de l’habitat sur l’espèce (p. ex. la construction de cheminées artificielles).

Selon les analyses, si seulement 30 p. 100 des oiseaux âgés d’au moins deux ans se reproduisaient, la probabilité de disparition de l’espèce durant les 100 prochaines années serait supérieure à 10 p. 100, peu importe le nombre d’oiseaux se reproduisant durant leur première année. Si nous utilisons le nombre moyen maximal de jeunes atteignant l’âge de l’envol par année, la probabilité de disparition seuil de 10 p. 100 durant les 100 prochaines années n’est dépassée que lorsqu’aucun oiseau ne se reproduit durant sa première année. Au Québec, comme le nombre de sites de nidification est faible, il n’y a probablement que très peu de martinets qui se reproduisent durant leur première année.