Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Programme de rétablissement du corégone de l'Atlantique

1.4 Description et biologie générale

1.4.1 Description physique

Le corégone de l’Atlantique appartient à la sous-famille Coregoninae de la famille des saumons et des truites (Salmonidae) (Scott et Scott, 1988). Il ressemble à un saumon, avec des flancs argentés, un ventre blanc argenté et un dos bleu foncé-noir ou vert foncé (figure 4). Il ne porte aucune tache ou marque sur le haut du corps. Il a une nageoire caudale (queue) distinctement fourchue et une nageoire adipeuse (petite nageoire charnue, caractéristique des salmonidés, entre les nageoires dorsale et caudale).

Selon Scott et Scott (1988), le corégone de l’Atlantique possède de 91 à 100 écailles le long de la ligne latérale, une bouche terminale (mâchoires inférieure et supérieure d’égale longueur) et de petites dents bien développées.

Figure 4. Illustration d’un corégone de l’Atlantique adulte.

Figure 4. Illustration d’un corégone de l’Atlantique adulte.

Bien qu’on n’ait pas étudié la croissance de l’espèce à l’état sauvage, on sait que les spécimens anadromes de la rivière Tusket étaient plus gros que les individus non anadromes de la Petite Rivière. D’après Edge et Gilhen (2001), les adultes peuvent atteindre une longueur de 50 cm (20 po) et un poids de 3,63 kg (8 lb), mais les adultes anadromes mesurent en moyenne 38 cm (15 po), tandis que les adultes confinés aux eaux intérieures mesurent de 20 à 25 cm (8-10 po) (Bradford, 2000).

1.4.2 Noms commun et scientifique

Scott (1967) et Scott et Crossman (1973) ont employé le nom commun corégone de l’Atlantique en raison de la présence régulière de l’espèce dans les eaux salées au large du comté de Yarmouth (Nouvelle-Écosse) et de sa montaison d’automne dans la rivière Tusket (Scott, 1987). Scott (1967) l’a d’abord désigné Coregonus canadensis, mais on s’est rendu compte que ce nom d’espèce était déjà utilisé. En 1987, Scott a donc recommandé le nom Coregonus huntsmani en l’honneur du regretté A.G. Huntsman (Ph.D.), biologiste canadien renommé du milieu marin, qui déjà en 1921, sinon avant, était au courant de la présence d’un corégone inhabituel dans les eaux de la Nouvelle-Écosse (Huntsman, 1922). Par le passé, on nommait aussi l’espèce corégone d’Acadie, corégone du Sault, corégone rond ou corégone commun.

1.4.3 Caractères distinctifs

On peut reconnaître le corégone de l’Atlantique à son apparence externe. On le distingue de la plupart des autres salmonidés par ses écailles plus grandes, mais il faut examiner d’autres caractères pour distinguer le corégone de l’Atlantique du grand corégone, C. clupeaformis, espèce commune dans les lacs de la Nouvelle-Écosse. Ils diffèrent ainsi par le nombre d’écailles sur la ligne latérale (moyenne de 93,8 chez le corégone de l’Atlantique, contre 76,6 chez le grand corégone), le nombre de vertèbres (moyenne de 65,3 chez le corégone de l’Atlantique, contre 60,6 chez le grand corégone), la forme de la bouche (quasi-terminale chez le Corégone de l’Atlantique, subterminale chez le grand corégone) et la taille des dents (petites chez le corégone de l’Atlantique) (Edge et al., 1991; Hasselman, 2003). Sur le plan génétique, le corégone de l’Atlantique diffère du grand corégone et du cisco (Bernatchez et al., 1991; Murray, 2005).

Le Nova Scotia Angler’s Handbook présente chaque année les caractères externes distinctifs du corégone de l’Atlantique et demande au public de signaler aux autorités toute observation possible de l’espèce. Dans le cadre des projets d’intendance de l’habitat dans le secteur de la Petite Rivière, on a produit et distribué un guide et une brochure qui renseignent sur le réseau hydrographique de la Petite Rivière et le corégone de l’Atlantique en voie de disparition.

1.4.4 Cycle vital

Nos connaissances sur le cycle vital du corégone de l’Atlantique sont très limitées, et le peu que nous savons concerne surtout les adultes. 

Population anadrome

Le corégone de l’Atlantique était anadrome, c.-à-d. qu’il migrait à la mer, dans la rivière Tusket (figure 2), et, même s’il n’existe pas de preuve documentée, la Petite Rivière abritait probablement aussi du corégone de l’Atlantique anadrome (figure 3). On sait que les individus de la rivière Tusket occupaient l’estuaire et la mer l’été, retournaient en eau douce au début de l’automne (septembre), effectuaient leur remonte en octobre et en novembre, frayaient probablement à la fin de l’automne ou en hiver, et retournaient à la mer au printemps (Edge et Gilhen, 2001). Des spécimens capturés dans la rivière Tusket en octobre et en novembre avaient les gonades bien développées et n’avaient pas frayé encore, alors que des spécimens pris en mai et en juin les avaient peu développées (Edge et Gilhen, 2001). On ignore les endroits précis où l’ancienne population anadrome de la Tusket frayait, ni les caractéristiques de ces frayères (Bradford et al., 2004a).

L’estomac de corégones de l’Atlantique capturés en milieu marin contenait des crevettes, des amphipodes, du poisson et des vers marins (Edge, 1987).

Population résidente d’eau douce

La population non anadrome occupant les lacs de la Petite Rivière fraie probablement aussi au début de l’hiver. On ignore les endroits précis où ces poissons fraient, ni les caractéristiques des frayères. D’après Murray 2005, les corégones de l’Atlantique peuplant les lacs Minamkeak, Milipsigate et Hebb sont génétiquement identiques. Aucun oeuf ni larve n’a été recueilli dans le milieu. Un seul juvénile a été prélevé au sein d’une concentration de corégones de l’Atlantique de tailles semblables dans le lac Hebb en juin 2000 (Hasselman, 2003). Le manque d’information sur ces stades du cycle vital nous empêche de comprendre la structure des âges et les taux de mortalité de la population.

Les adultes se nourrissent d’un large éventail d’organismes aquatiques. Selon l’analyse de contenus stomacaux, les corégones de l’Atlantiques non anadromes de la Petite Rivière se nourrissent surtout d’insectes aquatiques et de petits poissons, mais pas d’organismes benthiques (Edge et Gilhen, 2001).

Comme mentionné plus haut, il est possible que des individus soient emportés au‑dessus du barrage Hebbville puisque rien ne bloque leur passage vers l’aval. Ces individus se trouvent donc isolés de la population résidente des lacs parce qu’aucun passage vers l’amont ne leur est fourni. De plus, malgré les observations de corégones de l’Atlantique en aval du barrage Hebbville, rien n’indique que ces poissons constituent une population viable (Bradford et al., 2004a).

1.4.5 Besoins en matière d‘habitat

On en sait peu sur les besoins en matière d’habitat du corégone de l’Atlantique. On ignore ses lieux de fraie, d’alevinage et de croissance ainsi que ses préférences à ces égards, et on ne comprend pas ses migrations. On capturait fréquemment des adultes de la population de la Tusket dans l’estuaire. Le corégone de l’Atlantique résident des lacs semble se tenir davantage dans les eaux de surface chaudes que le grand corégone. De récentes études de terrain et de laboratoire indiquent que l’espèce tolère l’eau de mer déjà à un jeune stade (MPO, données non publiées).

1.5 Taille et tendances des populations

Il manque de données pour estimer quantitativement la taille et les tendances des populations de corégones de l’Atlantique des réseaux hydrographiques de la Tusket et de la Petite Rivière, mais on peut faire les commentaires qualitatifs généraux suivants.

1.5.1 Population de la rivière Tusket

Jadis abondante, la population de la rivière Tusket aurait rapidement décliné dans les années 1940 et 1950, sans doute en raison des effets combinés de la construction et de l’exploitation de la centrale hydroélectrique Tusket, du braconnage et de l’acidification de la rivière (Gilhen, 1977; Bradford et al., 2004a). Le déclin s’est poursuivi, et, dans les années 1970, il était exceptionnel pour un pêcheur de gaspareau de capturer un corégone de l’Atlantique. La dernière capture confirmée dans la rivière  Tusket remonte à 1964 (Edge et al., 1991; Bradford et al., 2004a). Aucun individu n’a été observé ou capturé dans le cadre de la surveillance des passes migratoires effectuée depuis 1995 (Bradford et al., 2004a). On croit que cette population a disparu (Edge et Gilhen, 2001; Bradford et al., 2004a).

Dans le réseau de la rivière Annis adjacent, les captures ont également diminué avec le temps, au point où, à la fin des années 1970, moins de dix individus par année étaient capturés dans la pêche au gaspareau (Edge et Gilhen, 2001). Aucune capture de corégone de l’Atlantique n’a été signalée dans la rivière Annis depuis 1982 (Edge et Gilhen, 2001; Bradford et al., 2004a).

1.5.2 Population de la Petite Rivière

Il y a des mentions anecdotiques de la présence du corégone de l’Atlantique dans le réseau de la Petite Rivière qui remontent aux années 1870 (Edge et Gilhen, 2001). On ignore la tendance récente de la population résidente des lacs de la Petite Rivière, car il n’existe aucune estimation de la population. Il y a eu des observations de corégones de l’Atlantique en aval du barrage Hebbville depuis sa construction, mais aucun individu n’a été capturé dans des pêches scientifiques au filet-trappe effectuées à l’automne 1999 et au printemps 2000 (Bradford et al., 2004a). Par conséquent, la présence d’une population anadrome viable de corégones de l’Atlantique en aval du barrage Hebbville est improbable, ou la taille de la population est inférieure au seuil de détection actuellement possible.