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Programme de rétablissement du corégone de l'Atlantique

1.6 Menaces et facteurs limitatifs

Les activités humaines dans les bassins hydrographiques de la rivière Tusket et de la Petite Rivière ont altéré les habitats physiques, l’hydrographie et les caractéristiques chimiques de l’eau. La surpêche pratiquée par le passé a également eu des incidences sur l’abondance de l’espèce. Voici les principaux facteurs limitatifs, menaces et altérations de l’habitat passés et actuels (dans aucun ordre particulier) (Bradford et al., 2004b; MPO, 2004b):

  • construction et exploitation de barrages à des fins de production d’électricité et d’approvisionnement en eau;
  • acidification de l’habitat par les précipitations acides;
  • utilisations des terres, en particulier l’agriculture et la foresterie;
  • activités de pêche du passé;
  • introduction et propagation d’espèces exotiques qui peuvent poser des risques de compétition ou de prédation (p. ex. achigan à petite bouche et brochet maillé).

Bien que les menaces qui pèsent sur le corégone de l’Atlantique dans les deux réseaux hydrographiques (Tusket et Petite Rivière) présentent des similitudes, l’importance des menaces varie entre les deux réseaux (MPO, 2004b). Dans le réseau de la rivière Tusket, les principales menaces sont l’altération de l’habitat, l’entrave au passage du poisson que constituent les barrages hydroélectriques, l’acidification, la prédation par le brochet maillé et l’achigan à petite bouche, ainsi que la surpêche. La Petite Rivière est moins touchée par l’acidification parce que son eau a un plus grand pouvoir tampon; les principaux facteurs qui menacent sa population de corégones de l’Atlantique sont la construction et l’exploitation d’ouvrages d’approvisionnement en eau et la prédation par l’achigan à petite bouche.

Les participants à une réunion récente du processus de consultation régionale du MPO ont examiné ces menaces pour évaluer le niveau de mortalité qui ne compromettrait pas la survie ou le rétablissement du corégone de l’Atlantique et pour relever les causes anthropiques possibles de dommages. Ainsi, les facteurs liés aux activités humaines qui pourraient entraîner la mortalité de corégones de l’Atlantique ont été étudiés (Bradford et al., 2004b). Les conclusions de la réunion sont résumées dans un rapport sur l’état des stocks (MPO, 2004a) et dans la section 2.7 du présent document. L’évaluation des dommages présentée dans le rapport sur l’état des stocks (MPO, 2004a) s’est limitée à la zone d’occupation connue de l’espèce, soit les trois lacs de la  Petite Rivière. 

1.6.1 Travaux- production hydroélectrique ou d’approvisionnement en eau

La construction et les travaux à des fins de production d’électricité et d’approvisionnement en eau ont transformé des habitats lacustres et fluviaux en habitats de réservoir; les fluctuations des niveaux d’eau qui en résultent ont altéré l’habitat d’origine, et les barrages ont bloqué ou entravé le passage des poissons.  Bradford et al. (2004b) ont établi la chronologie de la construction des aménagements hydroélectriques sur la rivière Tusket et la Petite Rivière en relation avec leurs effets sur le passage des poissons et leurs besoins en matière d’habitat.

On croit que la migration du corégone de l’Atlantique dans la rivière Tusket a été restreinte par les barrages et les fermetures saisonnières passées des passes migratoires (Edge et Gilhen, 2001). En effet, ces passes étaient fermées chaque année à l’automne, ce qui interrompait ou empêchait la migration de fraie du corégone de l’Atlantique. La construction du barrage aux chutes Tusket (figure 2) en 1929 a nui à la migration du corégone de l’Atlantique durant de nombreuses années. Une passe migratoire a été construite, d’abord en bois, en 1930. Sa dégradation a nécessité sa reconstruction en 1941, mais la nouvelle structure n’a pas été jugée satisfaisante, et on a construit une autre passe en 1949. On a apporté d’autres améliorations et changements aux passes migratoires du barrage de dérivation principal (lac Vaughn) et du barrage de la centrale électrique (chutes Tusket) dans les années 1960 et 1970 pour faciliter le passage vers l’aval des espèces diadromes comme le saumon et le gaspareau, améliorer l’efficacité globale des passes pour la migration du poisson et réduire la mortalité causée par le passage de poissons dans les turbines. Durant les années 1980 et 1990, les études menées par le MPO et les parties intéressées à la rivière visaient surtout à adapter les horaires d’exploitation et les débits réservés aux migrations des poissons. On cherchait surtout à améliorer le passage vers l’amont comme vers l’aval du saumon atlantique et du gaspareau. Depuis 2003, la période d’exploitation de l’échelle à poissons à la centrale est prolongée jusqu’à la fin de décembre pour permettre toute remonte de corégones de l’Atlantique qui pourrait subsister. On a aussi installé des dispositifs de surveillance pour confirmer la présence ou l’absence du corégone de l’Atlantique dans le réseau de la Rivière, mais aucun individu n’a ainsi été observé (NSPI, 2003), et on considère maintenant l’espèce comme disparue du réseau de la rivière Tusket. Si le corégone de l’Atlantique réussissait à s’y rétablir, la passe migratoire existante devrait convenir pourvu qu’on la mette en service durant ses migrations.

Dans le réseau de la Petite Rivière, on a harnaché et dérivé des plans d’eau à des fins diverses depuis la fin des années 1790, et ceux situés en amont alimentent la ville de Bridgewater en eau. La construction d’un barrage hydroélectrique à la décharge du lac Hebb Lake en 1901 a bloqué toute remonte de poisson. Il y a actuellement des barrages sans passe migratoire aux décharges des lacs Minamkeak, Milipsigate et Hebb (Figure 3). Bien qu’on ignore si du corégone de l’Atlantique anadrome adulte migrait vers ces lacs pour frayer avant la construction des barrages, le barrage Hebbville élimine maintenant toute possibilité de remonte jusqu’aux lacs, notamment pour les individus de la population non anadrome qui tenteraient de rejoindre la population après avoir été emportés au‑dessus du barrage. De plus, le passage du poisson est entravé au site de l’ancien barrage de Conquerall Mills et à un barrage existant à Crousetown et est également entravé ou bloqué aux barrages des lacs Milipsigate et Minamkeak (figure 3). Le tableau 1 ci-dessous décrit brièvement chaque obstacle au passage du poisson sur la Petite Rivière.

Tableau 1. Description des obstacles au passage du poisson dans la Petite Rivière (adapté de Conrad, 2005)

Barrage Description
Crousetown Barrage en bois de 2,4 m situé au site d’une ancienne scierie. Il y a une passe migratoire construite de pierres locales non consolidées, laquelle est jugée inefficace pour assurer le passage du poisson. 
ConquerallLe barrage de l’ancien site hydroélectrique de Conquerall Mills a été partiellement démonté, laissant un espace de 9 m entre les culées de bétons restantes. Cela crée une courte série de rapides sur un dénivelé de 1,2 m qui pourrait présenter un petit obstacle à la remonte du corégone de l’Atlantique.
HebbvilleLe barrage du lac Hebb qui sert à approvisionner la ville de Bridgewater en eau consiste en une structure de régularisation du débit en béton et une digue de roches et de terre qui s’étend plusieurs centaines de mètres jusqu’à un grand étang. L’étang est alimenté par l’infiltration constante à travers la digue et son eau se déverse dans un chenal sinueux et un ponceau de 1,5 m de diamètre avant de rejoindre le chenal principal de la rivière environ 60 m en aval de la principale structure de régulation du débit. Ce site n’offre aucun autre passage pour le poisson que la passe migratoire.
MilipsigateLa ville de Bridgewater exploite ce barrage de béton à des fins de régularisation du débit.  Ce site n’offre aucun autre passage pour le poisson que la passe migratoire.
MinamkeakCe barrage de retenue en béton est celui situé le plus en amont dont se sert la ville de Bridgewater à des fins de régularisation du débit.  Ce site n’offre aucun autre passage pour le poisson que la passe migratoire.

1.6.2 Acidification

L’acidification pourrait être un autre facteur limitatif pour le corégone de l’Atlantique. La rivière Tusket et la Petite Rivière se trouvent dans la région de la Nouvelle-Écosse la plus touchée par l’acidification, soit la régiondes hautes-terres du Sud, qui y est vulnérable en raison des caractéristiques de la roche-mère, des sols peu tamponnés et des conditions météorologiques dominantes. La rivière Tusket souffre davantage des précipitations acides que la Petite Rivière. On étudie actuellement les effets d’un faible pH sur les divers stades du corégone de l’Atlantique, mais on présume qu’ils sont comparables à ceux sur d’autres salmonidés. Par exemple, le MPO (2000) a déterminé que la toxicité due à l’acidité est un facteur important qui explique la faible abondance du saumon sauvage dans les eaux des hautes‑terres du Sud de la Nouvelle‑Écosse (MPO, 2000). Selon les données de Clair et al. (2004), le pouvoir tampon des eaux de la Petite Rivière et de certaines parties de la rivière Tusket est suffisant pour la survie du corégone de l’Atlantique (Bradford et al., 2004b).

1.6.3 Utilisations des terres

Les habitudes d’utilisation des terres peuvent contribuer à la dégradation de l’habitat aquatique. Les secteurs agricole, résidentiel et forestier notamment mènent des activités terrestres dans les bassins hydrographiques de la Petite Rivière et de la rivière Tusket. Bien qu’aucune étude n’associe ces activités de façon précise à des incidences sur le corégone de l’Atlantique, on peut présumer que bien des activités courantes peuvent avoir des incidences sur le poisson et son habitat si l’on ne les atténue pas convenablement.

Dans la partie supérieure du bassin hydrographique de la Petite Rivière, les activités agricoles ont entraîné la contamination bactérienne et l’envasement de cours d’eau. En effet, dans la région, l’agriculture est pratiquée surtout dans la partie supérieure du bassin versant naturel des lacs de la Petite Rivière, laquelle constitue 2,5 % de la superficie du bassin hydrographique naturel de la rivière (Kendall et Llewellyn, 2001). Même si l’agriculture connaît un déclin dans la région et que des champs autrefois cultivés retournent en friche, elle consiste beaucoup en de petits élevages de bétail, dont on épand le fumier sur des champs de foin (Kendall et Llewellyn, 2001). On ne connaît aucune application de pesticide ou d’herbicide à grande échelle dans la région, mais Kendall et Llewellyn (2001) ont soulevé des préoccupations concernant l’épandage de fumier sur les champs à proximité des cours d’eau et l’abreuvement du bétail dans les cours d’eau. Le fumier dans le milieu aquatique est un problème parce qu’il peut accroître l’abondance des bactéries et réduire le pH, mais on croit que la contamination par le fumier dans le bassin hydrographique de la Petite Rivière est à un niveau qui nuit peu à la qualité de l’approvisionnement en eau (Llewellyn et al., 2000).

En ce qui concerne l’exploitation forestière, Sayah (1999, cité par Llewellyn et al., 2000) a remarqué que des coupes à blanc chevauchaient des plans d’eau dans le bassin hydrographique naturel de la Petite Rivière. Les activités d’exploitation forestière, notamment la construction de chemins et de pistes de débusquage et la coupe à blanc, accélèrent souvent l’érosion du sol et l’envasement de plans d’eau, ce qui peut réduire la productivité de l’écosystème aquatique et altérer l’écoulement de l’eau (en vitesse et en quantité). Tous ces facteurs peuvent endommager l’habitat du poisson ou tuer le poisson (Birtwell, 1999). On n’a cependant pas signalé de coupe à blanc dans les environs immédiats des trois lacs abritant le corégone de l’Atlantique (Kendall et Llewellyn, 2001). Le Wildlife Habitat and Watercourses Protection Regulations (règlement sur la protection des habitats fauniques et des cours d'eau), pris en vertu de la Nova Scotia Forest Act (1989) impose diverses exigences visant à protéger les cours d’eau en milieu forestier (p. ex. zones tampons le long des cours d’eau). On ignore si le corégone de l’Atlantique a une vulnérabilité particulière à l’exploitation forestière faite selon les normes et les règlements provinciaux, mais en général rien n’indique que l’exploitation forestière actuelle autour des trois lacs abritant le corégone de l’Atlantique ne se conforme pas à ces prescriptions. 

1.6.4 Activités historiques de pêche

Les pratiques de pêche du passé, y compris le braconnage et la capture accidentelle, pourraient avoir été un facteur du déclin des populations de corégones de l’Atlantique. On aurait pêché le corégone de l’Atlantique dans le réseau hydrographique de la rivière Tusket avant les années 1960 et dans la Petite Rivière jusqu’à récemment. Il était capturé pour consommation humaine, surtout au filet maillant ou à l’épuisette et parfois à la ligne. Poisson savoureux, le corégone de l’Atlantique soutenait une petite pêche sportive, dit-on. Les captures servaient aussi peut-être à appâter les casiers à homards et à fertiliser des champs (Scott et Scott, 1988; P. Longue, MPO, 2001, communication personnelle).

Le corégone de l’Atlantique était jadis très abondant dans les rivières Tusket et Annis. On rapporte qu’avant 1940, il n’était pas rare d’en capturer 200 dans un filet lors de la pêche au gaspareau dans la rivière Tusket (Bradford et al., 2004a). L’accumulation de corégones de l’Atlantique dans les bassins amont de la passe migratoire du barrage hydroélectrique de la rivière Tusket facilitait le braconnage dans les années 1950 (Gilhen, 1977; Scott et Scott, 1988). Dans la rivière Annis aussi, la capture accidentelle de 50 à 100 individus était courante dans la pêche au gaspareau jusqu’en 1970.

Dans le réseau de la Petite Rivière, une petite pêche à la ligne se pratiquait peut-être déjà dans les années 1870 dans le secteur des lacs Milipsigate et Hebb (Edge et Gilhen, 2001). Le corégone de l’Atlantique était parfois capturé de façon accessoire dans la pêche gaspareau qui se pratiquait en mai et en juin dans l’estuaire de la Petite Rivière. Il n’existe plus de pêche dirigée ou accessoire légale de l’espèce depuis au moins 1978. L’article 6 du Règlement de pêche des provinces maritimes qui interdit expressément de prendre et de garder ou d’avoir en sa possession un corégone de l’Atlantique est entré en vigueur en 1993.

1.6.5 Espèces de poissons exotiques

Des poissons prédateurs non indigènes posent une menace pour le corégone de l’Atlantique. Selon Edge et Gilhen (2001), l’achigan à petite bouche (Micropterus dolomieu) et le brochet maillé (Esox niger) pourraient menacer le corégone de l’Atlantique. L’achigan à petite bouche a été introduit dans les deux réseaux hydrographiques, et le brochet maillé est présent dans le réseau de la Tusket. L’expansion de l’aire de répartition de l’achigan à petite bouche dans les deux réseaux est préoccupante, en particulier sa présence dans le lac Minamkeak, un des trois lacs de la partie amont de la Petite Rivière qui abritent la seule population importante de corégones de l’Atlantique qui persiste. On ne comprend pas bien la relation de ces espèces introduites avec le corégone de l’Atlantique, mais elles pourraient poser des risques de compétition et de prédation  (Bradford et al., 2004b).

1.7 Habitat essentiel[1]

L’article 2 de la LEP définit l’habitat essentiel comme « l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d’action élaboré à l’égard de l’espèce ».

Bien que nos connaissances sur les besoins du corégone de l’Atlantique en matière d’habitat augmentent à mesure que l’on obtient de nouvelles données scientifiques, il n’est actuellement pas possible de déterminer l’habitat essentiel de l’espèce. C’est pourquoi on n’a pas désigné l’habitat essentiel du corégone de l’Atlantique dans ce programme de rétablissement, mais il faudra le faire à une étape ultérieure dans un plan d’action. Comme le prévoit la LEP, si l’information accessible est insuffisante pour désigner l’habitat essentiel dans le programme de rétablissement, il faut établir un calendrier des études qui fourniront de nouvelles données permettant de décrire  l’habitat essentiel  de l’espèce.

L’annexe II présente une liste d’activités de recherche et de surveillance constituant un calendrier d’études visant à définir l’habitat essentiel de l’espèce. Même si l’on ne peut actuellement désigner l’habitat essentiel du corégone de l’Atlantique, la description suivante de l’habitat nécessaire pour la survie de l’espèce pourrait être utile dans une  future description de son habitat essentiel.

Jadis présent dans la rivière Tusket et la Petite Rivière, le corégone de l’Atlantique n’existe plus que dans le réseau hydrographique de la Petite Rivière. La population résidente des lacs Hebb, Milipsigate et Minamkeak (figure 3) parvient à boucler son cycle vital. La survie et le rétablissement de l’espèce dépendent donc entièrement du maintien de la viabilité de cette population qui n’occupe plus qu’environ 16 km2 d’habitat lacustre semi-naturel. Même si rien n’indique que les activités humaines actuelles menacent la survie du corégone de l’Atlantique ou que la qualité de l’habitat est insuffisante, l’espèce ne peut souffrir d’autre déclin de son abondance, de sa répartition ou de son habitat  (MPO, 2004a).



[1]Selon la LEP, le programme de rétablissement doit comprendre « la désignation de l’habitat essentiel de l’espèce dans la mesure du possible, en se fondant sur la meilleure information accessible, notamment les informations fournies par le COSEPAC » [LEP, par. 41(c)].