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Programme de rétablissement du corégone de l'Atlantique

1. Rétablissement

Dans le cas du corégone de l’Atlantique, la survie et le rétablissement prennent les significations précises suivantes.

La survie consiste à maintenir l’existence du corégone de l’Atlantique à l’état sauvage en Nouvelle-Écosse, non seulement dans son habitat actuel connu, mais aussi ailleurs en populations établies. En effet, d’autres populations sont nécessaires à la survie de l’espèce afin de réduire le risque d’extinction au cas où une catastrophe anéantirait la population des lacs de la Petite Rivière.

Le rétablissement consiste à rétablir la forme anadrome de l’espèce et à étendre son aire de répartition hors des lacs de la Petite Rivière. Le rétablissement implique nécessairement la survie. Voici des options pour rétablir le caractère anadrome de l’espèce : rétablir la remonte anadrome qui existait dans la rivière Tusket, favoriser les migrations anadromes dans la Petite Rivière ou ailleurs. L’expansion de l’aire nécessitera d’autres populations résidentes d’eau douce.

1.1 Faisabilité du rétablissement[1]

Le rétablissement du corégone de l’Atlantique est réalisable tant sur le plan biologique que sur le plan technique.

1.1.1 Faisabilité biologique

La cause fondamentale de la réduction de l’aire de répartition et de la perte de la forme anadrome du corégone de l’Atlantique a sans doute été les perturbations anthropiques passées, particulièrement celles qui ont touché la migration. Les autorités fédérales interdisent la pêche au corégone de l’Atlantique depuis 20 ans, mais auparavant cette espèce n’était visée par aucune mesure de protection particulière. L’espèce a survécu malgré tout, et elle est donc susceptible de réagir favorablement à des mesures de rétablissement consistant à atténuer ou à corriger les perturbations anthropiques du passé (notamment en améliorant le passage du poisson pour encourager la migration anadrome) et aux récentes dispositions réglementaires qui la protègent davantage. 

L’équipe de rétablissement a confiance que le corégone de l’Atlantique est biologiquement capable de survivre hors de son aire actuelle, y compris dans des habitats estuariens et marins. Le corégone de l’Atlantique peut s’adapter à de nouveaux milieux dulcicoles et marins : il a colonisé naturellement le lac Minamkeak et on sait qu’il fréquentait jadis des estuaires. Ce dernier fait et les récentes études de terrain et de laboratoire qui montrent que l’espèce tolère l’eau de mer déjà à un jeune stade (MPO, données non publiées) appuient la faisabilité du rétablissement de la forme anadrome. Le corégone de l’Atlantique tolère la capture et survit plusieurs années en captivité : on peut donc en faire l’élevage. Comme il atteint la maturité vers trois ans, on s’attend à ce qu’il réagisse assez rapidement aux mesures de rétablissement. 

La faisabilité biologique du rétablissement du corégone de l’Atlantique dépend aussi de sa survie dans le milieu qu’il occupe actuellement. Le bassin versant de la Petite Rivière est naturellement tamponné contre les précipitations acides, et les lacs jouissent d’une protection supplémentaire à titre de réserves d’eau municipale. On estime que la qualité de l’eau ne menace pas, ni ne menacera, la survie du corégone de l’Atlantique dans la Petite Rivière, pourvu que l’on maintienne les pratiques actuelles de gestion de l’eau.

1.1.2 Faisabilité technique

Le rétablissement de l’espèce nécessite la stabilité de la population existante (c.-à-d. sa survie), le rétablissement de la forme anadrome et l’expansion hors de l’aire de répartition actuelle. Pour réaliser ces aspects du rétablissement, il faut que cela soit techniquement faisable de déplacer des corégones de l’Atlantique d’un endroit à un autre et d’en élever et de les faire se reproduire en captivité. Comme on a réussi à garder en captivité des individus sauvages, il devrait être techniquement possible d’en déplacer hors de leur aire actuelle. Le centre de biodiversité Mersey a mis au point des techniques de reproduction en captivité qui permettent la fraie et l’élevage de grands nombres d’individus. Il est aussi possible, en imitant les pratiques de fraie à l’état sauvage, de reconditionner les poissons capturés en milieu naturel pour qu’ils fraient plus d’une fois.

Le rétablissement est aussi réalisable sur le plan technique parce qu’il est possible d’atténuer les impacts anthropiques sur le corégone de l’Atlantique (p. ex. voir la section 2.7, Activités admissibles). Les administrations fédérale, provinciale et municipales peuvent réglementer ces activités. Par exemple, de nouvelles dispositions  réglementaires fédérales assurent une protection supplémentaire du corégone de l’Atlantique en permettant de modifier les saisons et les types d’engins des pêches visant d’autres espèces, de façon à réduire la vulnérabilité du corégone de l’Atlantique à la capture accidentelle. On s’attend à que l’espèce réagisse bien à cette protection accrue.

La faisabilité technique du rétablissement nécessite aussi un réseau de soutien pour appliquer et respecter les mesures de rétablissement. Des organismes non gouvernementaux locaux, des groupes communautaires, des industries qui mènent des activités dans l’habitat du corégone de l’Atlantique ainsi que les administrations provinciale et municipales concernées appuient le rétablissement de l’espèce et sont membres de l’Équipe de rétablissement. Le corégone de l’Atlantique est aussi désigné espèce en voie de disparition en vertu de l'Endangered Species Act de la Nouvelle-Écosse, ce qui devrait faciliter la mise en œuvre de mesures de rétablissement par les gouvernements fédéral et provincial.

Comme mentionné plus haut concernant la faisabilité biologique du rétablissement, la population existante de corégones de l’Atlantique pourrait avoir survécu en raison du refuge offert par les barrages sur la Petite Rivière. Certains craignent que la réouverture des voies de migration dans ce réseau hydrographique puisse en fait poser un risque pour le rétablissement de l’espèce. L’Équipe de rétablissement soutient que le rétablissement du libre accès vers la mer sur la Petite Rivière est essentiel à la migration anadrome, qui serait un résultat positif dans le contexte de la survie et du rétablissement. Bien qu’il faille assurer le passage du poisson selon une approche de précaution, cette approche est réalisable sur le plan technique. Le rétablissement du passage du poisson devrait comprendre des mesures d’exclusion des espèces indésirables (p. ex. poissons non indigènes), des mesures de sécurité pour prévenir le braconnage et des installations de surveillance pour étudier les déplacements du corégone de l’Atlantique, ainsi que l’abondance, les déplacements et les effets écologiques des autres espèces, et y réagir au besoin.

 1.2 But du rétablissement

Voici le but du programme de rétablissement du corégone de l’Atlantique : stabiliser la population actuelle de corégones de l’Atlantique en Nouvelle-Écosse, rétablir la forme anadrome de l’espèce et élargir son aire de répartition.

 1.3 Objectifs de rétablissement[2]

On créera et maintiendra les conditions nécessaires à une population viable de corégones de l’Atlantique en Nouvelle-Écosse en mettant en oeuvre les objectifs de rétablissement suivants, classés par ordre de priorité :

Objectif 1 : conserver, protéger et gérer l’espèce et son habitat.

Objectif 2 : accroître le nombre de populations viables et élargir leur aire de répartition.

Objectif 3 : améliorer les connaissances sur l’espèce et son habitat.

Objectif 4 : accroître la participation et l’acceptation du public.

Chaque objectif comprend une série de stratégies, non classées par ordre de priorité, dont la mise en oeuvre aidera à réaliser l’objectif correspondant. Ces stratégies sont suffisamment détaillées pour faciliter l’application de la LEP et l’étape suivante de planification du rétablissement, soit l’élaboration de plans d’action.

Voici les quatre objectifs de rétablissement et leurs stratégies connexes :

Objectif 1 :conserver, protéger et gérer l’espèce et son habitat.

Motifs : La population de corégones de l’Atlantique de la Petite Rivière est tout ce qui reste de cette espèce à l’état sauvage. La survie de l’espèce dépend de la protection des individus sauvages qui restent et de l’habitat qu’ils occupent (c.-à-d. les trois lacs semi-naturels dans le réseau hydrographique de la Petite Rivière). La conservation, la protection et la gestion de l’espèce et de son habitat seront aussi nécessaires à toute expansion de l’aire de répartition, afin d’assurer la survie et le rétablissement de l’espèce.

Stratégies  

  1. S’attaquer aux nouvelles menaces à la survie.
    • élaborer des plans d’urgence pour contrer efficacement ces menaces;
    • élaborer et appliquer des mesures d’atténuation pour réduire, limiter ou éliminer les nouvelles menaces (p. ex. invasion d’une espèce exotique).
  2. Élaborer et appliquer des mesures d’atténuation pour réduire au minimum les dommages causés par les activités humaines à l’espèce et à son habitat.
  3. Veiller au respect de la réglementation.
    • appliquer les règlements visant à protéger le corégone et son habitat;
    • signaler les cas de non-conformité;
    • évaluer l’application des règlements (protège-t-elle vraiment le corégone et son habitat?), et la corriger au besoin.
  4. Élaborer et appliquer des mesures de gestion et de protection de l’habitat propres au réseau hydrographique et au site.

Objectif 2: accroître le nombre de populations viables et élargir leur aire de répartition.

 Motifs : Le corégone de l’Atlantique n’existe plus à l’état sauvage que dans la Petite Rivière. Le rétablissement de l’espèce ne peut se limiter à la seule survie de la population qui persiste dans la Petite Rivière, mais doit comprendre le rétablissement de sa forme anadrome et l’expansion de l’aire de répartition hors des lacs de la Petite Rivière. Le rétablissement de l’espèce implique nécessairement sa survie. Voici des options pour rétablir la forme anadrome de l’espèce : rétablir la remonte anadrome qui existait dans la rivière Tusket, favoriser les migrations anadromes dans la Petite Rivière ou les favoriser ailleurs. L’expansion de l’aire nécessitera d’autres populations résidentes d’eau douce. Comme toute modification de son habitat actuel pourrait gravement menacer la survie du corégone de l’Atlantique (p. ex. phénomène aléatoire ou déversement accidentel), sa survie dépend de l’établissement de populations viables hors de son aire d’occupation actuelle.

Stratégies

  1. Viser l’établissement de remontes anadromes viables. Évaluer la faisabilité des options suivantes.
    • rétablissement de la remonte anadrome dans le réseau de la Tusket;
    • établissement de populations anadromes ailleurs, y compris dans d’autres parties de la Petite Rivière.
  2. Maintenir les infrastructures et l’expertise en matière d’élevage en captivité et de réintroduction de l’espèce.
  3. Créer un outil d’aide à la décision pour déterminer les habitats propices à l’ensemencement de l’espèce (en conciliant les facteurs biologiques et socioéconomiques).
  4. Planifier et réaliser les ensemencements dans des cours d’eau ou des lacs choisis (choisir le stock à ensemencer : poissons sauvages transplantés ou poissons élevés en captivité) selon les normes d’introduction et de transfert d’espèces.
  5. Planifier et soutenir des mesures de conservation, de protection et éventuellement de restauration de l’habitat dans les secteurs d’ensemencement.  Là où les poissons auront accès à la mer, il faudra appliquer des mesures de protection et de gestion depuis le secteur d’ensemencement jusqu’aux milieux estuariens et côtiers en aval. 

Objectif 3: accroître les connaissances sur l’espèce et son habitat. 

Motifs : Nos connaissances sur la biologie et l’écologie de base du corégone de l’Atlantique et sur ses besoins en matière d’habitat sont limitées. ll nous faut rapidement obtenir une estimation quantitative de la population et des données de base sur son utilisation de l’habitat et ses préférences à cet égard à ses différents stades de vie, ainsi que déterminer les incidences possibles d’espèces introduites sur la population sauvage qui persiste. Il faut aussi accroître nos connaissances pour soutenir les mesures de survie et de rétablissement, l’évaluation des menaces et l’application des interdictions prévues par la LEP pour protéger l’espèce et son habitat (y compris tout habitat essentiel ou résidence éventuellement désigné). 

Stratégies

  1. Réaliser, selon un échéancier préétabli, des évaluations quantitatives de la situation de l’espèce (il faut obtenir des données pour évaluer les menaces, gérer les stocks de géniteurs et évaluer l’efficacité des mesures prises).
  2. Élaborer et réaliser des programmes de recherche visant à déterminer les besoins de l’espèce en matière d’habitat (milieux dulcicole, estuarien et marin), notamment des études pour définir son habitat essentiel (voir la section 1.7) et pour déterminer si la notion de résidence s’applique au corégone de l’Atlantique.
  3. Poursuivre les recherches visant à combler les lacunes dans nos connaissances, notamment sur la génétique, la santé (y compris les maladies et les parasites), la nutrition, le cycle vital, le comportement et la physiologie de l’espèce.
  4. Évaluer le degré de risque posé par les menaces actuelles et nouvelles.

Objectif 4 : accroître la participation et l’acceptation du public.

Motifs : Contrairement à bien d’autres espèces en voie de disparition, le corégone de l’Atlantique n’est actuellement pas une espèce qui suscite beaucoup d’intérêt et qui est bien connue du grand public. Pour assurer le succès des efforts de rétablissement, il est essentiel d’accroître l’intérêt et le sens des responsabilités des parties intéressées à l’égard de la survie et du rétablissement de l’espèce. Cela pourrait être particulièrement difficile lorsqu’il faudra décider de sa réintroduction ou de son introduction dans des plans d’eau. La communication et l’éducation sont d’importants outils de promotion des mesures de rétablissement auprès des parties intéressées et du grand public.

Stratégies

  1. Établir un plan de communication général.
  2. Élaborer une stratégie pour gagner l’appui du public aux mesures de survie et de rétablissement.
  3. Encourager des projets d’intendance visant à conserver, à protéger et à gérer  l’espèce et son habitat. Obtenir la plus grande participation possible de groupes locaux intéressés aux ressources aquatiques dans les réseaux hydrographiques et les estuaires (p. ex. pêcheurs autochtones, récréatifs et commerciaux, propriétaires riverains, organismes bénévoles, organisations non gouvernementales, l’industrie et la communauté en général).
  4. Tenir des réunions de l’Équipe de rétablissement pour favoriser la communication et la collaboration entre tous ses membres.



[1]Selon la LEP, « le ministre compétent vérifie si le rétablissement de l’espèce sauvage inscrite est réalisable au point de vue technique et biologique. » Il doit fonder sa conclusion sur la meilleure information accessible, notamment les renseignements fournis par le COSEPAC. [LEP, art. 40]

[2]Ensemble, les objectifs de rétablissement suivants constitutent les grandes lignes du plan à suivre pour faire face aux menaces relevées au préalable [LEP, alinéa 41(1)b)] et « une description générale des activités de recherche et de gestion nécessaires à l’atteinte »[LEP, alinéa 41(1)d)] du but du rétablissement.