Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Tête carminée au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le cycle vital de la tête carminée et les caractéristiques de son habitat sont mal connus, la plupart des travaux sur le complexe spécifique ayant été réalisés à l’extérieur de son aire de répartition, dans des eaux peuplées par la tête rose (Pfeiffer, 1955; Reed, 1957a; idem, 1957b).

Au Manitoba, pendant les mois d’été, la tête carminée se rencontre généralement dans les ruisseaux ou les petites rivières au débit rapide. Elle préfère les eaux limpides de couleur brune qui se trouvent à mi-profondeur, à l’intérieur ou autour de seuils, de même que les substrats propres constitués de gravier ou de moellons (Smart, 1979; D. Watkinson, comm. pers., 2004). L’espèce ne migre pas, mais il se peut qu’elle se déplace vers des remous et des mouilles plus profondes en hiver. La tête carminée est parfois présente dans des lacs, près de l’embouchure de ruisseaux. Elle semble absente du cours inférieur de la rivière Rouge, entre Grand Forks et le lac Winnipeg, ce qui donne à penser que la turbidité et les substrats de sédiments fins limitent sa dispersion. Il est possible que ce méné supporte mal une turbidité soutenue (Trautman, 1957; Becker, 1983), mais qu’il tolère les augmentations de turbidité passagères qui sont associées aux crues naturelles du bassin hydrographique de la rivière Whitemouth (Stewart et Watkinson, 2004).

Smart (1979) a capturé des têtes carminées à 15 des 18 localités qui ont fait l’objet d’un échantillonnage dans le cours moyen de la rivière Whitemouth et à deux localités sur douze dans le tronçon de 19 km qui constitue le cours inférieur de la rivière Birch. Le chenal du cours intermédiaire de la rivière Whitemouth serpente légèrement, et le lit varie de 18 à 36 m de largeur. Le substrat est composé de sable, de galets et de cailloux, et la rivière compte de nombreux seuils. Le chenal du cours inférieur de la rivière Birch est semblable, mais le cours d’eau suit un tracé relativement droit. Le N. percobromus n’a pas été capturé dans les tronçons où le substrat est limoneux et où les seuils sont plus rares, que ce soit dans le cours supérieur ou inférieur de la rivière Whitemouth ou dans d’autres affluents. Plus récemment, des têtes carminées ont été prélevées dans les tronçons inférieurs de la rivière Whitemouth, dans des eaux vives de moins de 3 m de profondeur et sur des substrats variés – du sable, du gravier, des cailloux et de la roche (D. Watkinson, comm. pers., 2004). Ce type d’habitat se retrouve également dans les seuils du chenal Pinawa, en amont du vieux barrage de Pinawa.

Pendant les périodes de ruissellement intense, les têtes roses de l’Ontario se réfugient au bord des rivières inondées, là où le courant est plus lent, et sur la plaine inondable (Baldwin, 1983). Il se peut que la tête carminée fasse la même chose au Manitoba, mais ce comportement n’a jamais été observé. Là où ils existent, les milieux inondés offrent des sources d’alimentation supplémentaires et de meilleures possibilités d’alimentation en période de grande turbidité. Il est possible, toutefois, que ce type de comportement entraîne la mortalité de plusieurs individus, qui n’arrivent plus à regagner le cours d’eau après la baisse des eaux. Les lieux d’hivernage de la tête rose et de la tête carminée sont mal connus. En Ontario, la tête rose passe l’hiver dans des mouilles plus profondes, où elle demeurerait inactive, croit-on (Baldwin, 1983).

Nous ne possédons aucune information sur le type d’habitat que préfèrent les têtes carminées de l’année. Baldwin (1983) a capturé des têtes roses de l’année dans des mouilles qui étaient relativement troubles en été et plus limpides en automne. Ces poissons étaient concentrés dans des secteurs où la végétation recouvrait moins de 5 p. 100 de la superficie du substrat et où les berges étaient partiellement boisées.

La tête carminée a une aire de répartition limitée au Manitoba, et l’ensemble des espèces du complexe N. rubellus tolèrent les eaux chaudes. Compte tenu de ces deux facteurs, il est permis de croire que la tête carminée n’a colonisé la région qu’assez récemment (Houston, 1996) et qu’elle a gagné le bassin hydrographique de la baie d’Hudson à partir du lac du bassin hydrographique du haut Mississippi après le retrait des glaces et le drainage du lac Agassiz. Il n’est pas exclu que la colonisation ait eu lieu au cours du dernier millénaire. L’espèce a été relevée dans le cours supérieur de la rivière Rouge, dans le nord‑ouest du Minnesota, ce qui témoigne du fait que cette voie navigable a servi à la dispersion (Koel, 1997). Il se peut également que l’espèce ait atteint le cours supérieur de la rivière à la Pluie, non loin du bassin hydrographique du haut Mississippi, si l’on en croit une mention du début du siècle dernier qui provient du lac des Bois (Evermann et Goldsborough, 1907). Il y aurait cependant lieu de soumettre les spécimens à un nouvel examen, si possible, pour déterminer s’ils ont bien été identifiés; on a probablement affaire à des N. antherinoides (K. Stewart, comm. pers., 2006). L’absence de mentions concernant des poissons du complexe N. rubellus dans le bassin hydrographique du haut Mississippi, dans le nord du Minnesota, donne à conclure que l’espèce ne vit pas en amont des rivières Whitemouth et Winnipeg, dans le bassin hydrographique de la baie d’Hudson.

Avec l’information à sa disposition, l’Équipe de rétablissement de la tête carminée (2005) n’a pas pu désigner de façon certaine l’habitat essentiel à la survie ou au rétablissement de l’espèce. Les chercheurs ne savent toujours pas où et quand la fraye a lieu, pas plus qu’ils ne connaissent l’emplacement des lieux de croissance et d’alimentation, l’emplacement des sources d’alimentation ainsi que l’époque et l’étendue des migrations, si elles ont lieu. On sait que les adultes fréquentent les seuils peu profonds de la rivière Whitemouth, là où les eaux sont claires et où le substrat, de gravier ou de cailloux, est propre. Cependant, il est impossible de déterminer si ce type d’habitat est essentiel à la survie de l’espèce. Des spécimens de N. percobromus ont été prélevés dans une vaste gamme de milieux, ailleurs dans le réseau de la rivière Winnipeg.


Tendances et limites en matière d’habitat

En l’absence d’information précise sur le type d’habitat dont a besoin la tête carminée, il n’est possible pour l’instant d’évaluer ni les tendances qui se dessinent ni les facteurs limitant l’utilisation qu’elle fait de son habitat.


Protection et propriété

En vertu de la Loi sur les espèces en péril (paragr. 58.1), il est interdit de détruire un élément de l’habitat essentiel d’une espèce sauvage inscrite. La Loi sur les espèces en péril ne peut cependant pas protéger l’habitat de l’espèce pour l’instant, puisque celui-ci n’a pas encore été désigné (Équipe de rétablissement de la tête carminée, 2005). Au Manitoba, l’habitat des espèces inscrites en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition bénéficie d’une protection, mais la tête carminée n’a pas encore été inscrite. Il se peut que l’habitat de l’espèce soit visé par d’autres lois et politiques fédérales et provinciales qui protègent l’habitat du poisson en général.

À l’échelon fédéral, la Loi sur les pêches (L.R.C. 1985, chap. F-14) interdit la détérioration, la destruction ou la perturbation de l’habitat du poisson (art. 35), sauf dans des circonstances autorisées par le ministre. Elle interdit également le rejet ou l’immersion de substances nocives dans des eaux où vivent des poissons (c.-à-d. l’habitat du poisson) (par. 36.3). La Loi canadienne sur l’évaluation environnementale exige que toutes les mesures réglementaires fédérales, y compris celles qui autorisent la destruction de l’habitat du poisson, soient soumises à un examen environnemental approprié qui tient compte des espèces en péril.

En 1986, le Manitoba a classé réserve écologique une zone de 130 ha qui englobe le cours supérieur de la rivière Whitemouth, afin de protéger une forêt fluviale de fond. Cette réserve écologique pourrait également offrir une protection accessoire à l’habitat de la tête carminée (Hamel, 2003).