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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Tête carminée au Canada

Biologie

Les données sur la tête carminée sont limitées et quelque peu confuses, parce qu’un grand nombre d’études sur le complexe spécifique N. rubellus ont été réalisées sur les populations de l’est avant même que les populations de l’ouest ne soient reconnues comme espèce distincte (c.-à-d. la tête carminée). L’examen mené par Houston (1996) pour le compte du COSEPAC portait sur les deux espèces, tout comme celui de Becker (1983). Pour éviter le problème, les données recueillies lors des études sur la tête rose, une espèce étroitement apparentée, sont présentées à titre de substitut uniquement lorsqu’il n’existe aucune information sur la tête carminée.


Croissance

Le profil de croissance et la structure par âge des populations de têtes carminées du Manitoba demeurent inconnus, et il en va de même pour la longévité de l’espèce. Dans l’État de New York, les têtes roses peuvent vivre jusqu’à 3 ans, et les femelles sont plus nombreuses que les mâles à atteindre cet âge (Pfeiffer, 1955). Il est impossible de déterminer si les têtes carminées qui se trouvent à la limite nord de leur aire de répartition vivent plus longtemps et mettent plus de temps à parvenir à la maturité que les têtes roses qui peuplent des eaux situées plus au sud, dans l’État de New York. L’intervalle de reproduction chez les populations du nord demeure inconnu.


Cycle vital et reproduction

Au Manitoba, la tête carminée a été observée en période de fraye à un seul endroit, soit en aval du vieux barrage de Pinawa, où une femelle mature et prête à frayer a été capturée le 7 juillet 2004 dans des eaux de 19,3 °C (D. Watkinson, comm. pers., 2004). On sait peu de choses sur les habitudes de fraye et le potentiel de reproduction de l’espèce au Canada. Les habitudes de reproduction de la tête carminée ressemblent probablement à celles de la tête rose. En général, les têtes carminées de la partie sud de l’aire de répartition et les têtes roses des bassins hydrographiques des Grands Lacs frayent en mai et en juin, dans des seuils où la température varie entre 20 et 28,9 °C (Starrett, 1951; Pfeiffer, 1955; Reed, 1957a; Miller, 1964; Pflieger, 1975; Baldwin, 1983; Becker, 1983). Les têtes roses adultes observées en Ontario étaient pourvues de leur coloration nuptiale ou de gonades mûres, ce qui donne à penser que la fraye s’étend du début de mai à la mi‑juillet (Baldwin, 1983). Le temps froid du printemps retarde la fraye chez la tête rose (Reed, 1957a). Dans la rivière Des Moines, en Iowa, les populations de certaines espèces qui frayent tôt au printemps – y compris la tête carminée – seraient limitées par les crues normales de mai et de juin (Starrett, 1951). Plus au sud, dans l’État du Missouri, la tête carminée fraye de la mi-avril au début de juillet, mais le gros de l’activité a lieu en mai et au début de juin (Pflieger, 1975). Cependant, il se peut que ces observations propres à des populations du sud ne soient pas directement applicables aux populations du Manitoba.

Pendant la fraye, les bancs de têtes roses se divisent en groupes de 8 à 20 individus qui déposent leurs œufs sur des dépressions dans le gravier (Pfeiffer, 1955; Miller, 1964). Souvent, ces dépressions sont des frayères construites par d’autres Cyprinidés, comme la tête à taches rouges et le mulet à cornes (Semotilus atromaculatus) (Miller, 1964; Vives, 1989). Certaines sont également occupées par le méné à nageoires rouges (Luxilus cornutus) (Reed, 1957a; Miller, 1964; Baldwin, 1983; Vives, 1989). La fraye chez la tête rose est décrite dans Pfeiffer (1955) et dans Miller (1964). L’hermaphrodisme a été observé chez les têtes roses de la Pennsylvanie (Reed, 1954), et il pourrait également exister chez les têtes carminées du Manitoba (K.W. Stewart, comm. pers., 2005).

Chez la tête rose, le nombre d’œufs par femelle s’accroît avec la taille et l’âge de l’individu (Pfeiffer, 1955). En moyenne, les femelles de 1 an portent 600 œufs (n = 10, fourchette de 450 à 754), celles de 2 ans, 1 090 œufs (n = 10, fourchette de 675 à 1 460) et celles de 3 ans, 1 175 œufs (n = 8, fourchette de 783 à 1 482). Les œufs non fécondés ont une forme sphérique et sont de couleur gris terne (Reed, 1958). Ils font 1,2 mm de diamètre lorsqu’ils se trouvent encore à l’intérieur de la femelle, et ils se gonflent à 1,5 mm au contact de l’eau. Les œufs fécondés tournent au jaune vif, durcissent à l’eau et deviennent adhérents. À une température de 21,1 °C (70 °F), ils mettent de 57 à 59 heures à éclore. Les larves nouvellement écloses trouvent refuge au fond de l’eau, dans les interstices du gravier (Pfeiffer, 1955), probablement jusqu’à ce que l’absorption du vitellus soit terminée. Reed (1958) a décrit les grandes étapes du développement des œufs et illustré une larve nouvellement éclose. 

L’hybridation entre la tête carminée et d’autres espèces du genre Notropis n’a jamais été décrite, mais il est probable qu’elle se produise, compte tenu du fait que la tête rose se reproduit naturellement avec plusieurs espèces, dont le méné à nageoires rouges (Raney, 1940; Pfeiffer, 1955; Miller, 1964), le méné pâle (N. volucellus; Bailey et Gilbert, 1960) et le méné rayé (Luxilus chrysocephalus; Thoma et Rankin, 1988).


Alimentation

En eaux canadiennes, les têtes carminées sont probablement des omnivores qui se nourrissent au fond de l’eau ou à mi-profondeur, à l’instar des populations du sud, dans la région des monts Ozark (Hoover, 1989), et des populations de têtes roses de l’État de New York (Pfeiffer, 1955; Reed, 1957b). Les insectes aquatiques, en particulier les larves de phryganes, constituent l’essentiel du régime alimentaire de ces poissons, qui consomment cependant aussi des insectes terrestres, des œufs de poisson, des algues, des diatomées et des matières inorganiques. Les poissons de l’année préfèrent les algues et les diatomées aux insectes. Dans un ruisseau de la région des monts Ozark, la compétition alimentaire entre les différentes espèces de ménés a poussé les têtes carminées à se spécialiser davantage en se nourrissant de moucherons (Chironomidés) (Hoover, 1989). Leur régime alimentaire a perdu en variété en présence d’achigans à petite bouche (Micropterus dolomieui), mais il s’est diversifié à des niveaux de lumière plus élevés, ce qui indique que l’espèce repère ses proies à vue. Dans la rivière Whitemouth, les insectes de surface semblent être la source de nourriture dominante, et certains spécimens de têtes carminées ont déjà été observés en train de monter à la surface de l’eau, apparemment pour s’alimenter (K.W. Stewart, comm. pers., 2006).


Physiologie

La physiologie de la tête carminée a été très peu étudiée. Dans le sud-ouest de la Virginie, les têtes roses évitent l’eau chlorée et ne s’acclimatent pas à une exposition continue au chlore (Cherry et al., 1977). Leur seuil de réaction, qui varie en fonction de la température de l’eau et du pH, est corrélé avec la proportion d’acide hypochloreux du chlore résiduel. Si la tête carminée réagit de la même façon, il se peut qu’elle évite d’autres polluants sur une base continue. Les têtes roses de la Virginie (rivière New) évitent peut-être aussi les eaux de plus de 27,2 °C (Stauffer et al., 1975). La réaction de la tête carminée à la température demeure inconnue, mais semble être similaire à celle de la tête rose.


Déplacements et dispersion

Il y a tout lieu de croire que la tête carminée ne migre pas, même si elle se déplace probablement vers des eaux plus profondes pour l’hiver. Dans la rivière Whitemouth, il arrive que des crues soudaines causées par de fortes pluies aient pour effet de disperser des individus en aval ou dans des étangs voisins. Il est pour l’instant impossible de déterminer si l’espèce est naturellement prédisposée à la dispersion.   Le fait que la tête carminée soit apparemment absente du cours inférieur de la rivière Rouge, entre Grand Forks et le lac Winnipeg, donne à penser que la turbidité limite sa dispersion. Cependant, cela ne signifie pas pour autant que l’espèce ne peut pas circuler dans des rivières troubles pour se disperser. Le profil de répartition détaillé de la tête carminée et de la tête rose porte les chercheurs à croire que les deux espèces se dispersent par de grands lacs et de grandes rivières, mais qu’elles s’établissent dans des affluents et qu’elles s’y disséminent jusqu’au premier obstacle infranchissable en amont de l’embouchure. La dispersion par des rivières normalement troubles peut se faire en hiver, époque où, en raison du gel à la surface qui réduit le débit, les eaux qui coulent sous la glace sont plus claires (K.W. Stewart, comm. pers., 2006).


Relations interspécifiques

Les prédateurs, les parasites et les maladies de la tête carminée sont mal connus. L’espèce est sans doute chassée principalement par de gros poissons et des oiseaux piscivores. Il se peut que ses œufs soient mangés par des dards, des meuniers noirs, des carpes (Cyprinus carpio) et des ménés – comme c’est le cas chez la tête rose (Reed, 1957a; Baldwin, 1983).

Les parasites et les maladies qui affligent la tête carminée au Manitoba n’ont jamais été étudiés. Hoffman (1970, p. 358) a énuméré six espèces de trématodes et une espèce de nématode (Spiroxys sp.) qui infestent le N. rubellus dans les eaux de l’Amérique du Nord. Cette liste restreinte témoigne probablement d’une activité d’échantillonnage limitée plutôt que du faible nombre d’espèces qui parasitent la tête carminée, puisque de nombreuses autres espèces ont été découvertes chez le L. cornutus (voir Hoffman, 1970, p. 356).


Adaptabilité

Les chercheurs ignorent dans quelle mesure l’espèce peut s’adapter à différentes conditions. La tête carminée semble occuper une niche écologique relativement restreinte, c’est-à-dire les seuils se trouvant dans les couches intermédiaires des ruisseaux d’eau brune au débit rapide, ce qui permet de croire à une capacité d’adaptation limitée.