Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'obovarie ronde (Obovaria subrotunda) au Canada - 2003

Habitat

Besoins en matière d’habitat

L’obovarie ronde fréquente en général des rivières de moyenne à grande taille (van der Schalie, 1938; Strayer, 1983; Parmalee et Bogan, 1998), mais on la trouve aussi dans les lacs Érié et Sainte-Claire (Clarke, 1981; Strayer et Jirka, 1997). Pendant son étude de la mytilifaune de la rivière Huron dans le Sud-Est du Michigan, van der Schalie (1938) a trouvé l’O. subrotunda uniquement près de l’embouchure de la rivière et a estimé, tout comme pour le Quadrula pustulosa et le Ligumia nasuta, qu’il provenait du lac Érié. Ortmann (1919) a signalé avoir récolté cette espèce dans de petites branches de la rivière Ohio. L’obovarie ronde vit en général dans des substrats constitués de sable et de gravier dans des eaux à débit modéré et régulier, à une profondeur allant jusqu’à 2 m (Ortmann, 1919; Gordon et Layzer, 1989; Parmalee et Bogan, 1998). Toutefois, dans le Sud-Est du Michigan, on la trouve surtout dans des rivières de faible pente aux eaux troubles, instables sur le plan hydrologique et dont le substrat est composé d’argile et de sable ou d’argile et de gravier (van der Schalie, 1938; Strayer, 1983). Dans le lac Sainte-Claire, l’O. subrotunda est présent actuellement dans des zones riveraines peu profondes (<1 m) où le substrat est sableux et ferme (Zanatta et al., 2002).


Figure 3 : Répartition historique (de 1890 à 1990) et actuelle (de 1991 à 2001) de l’Obovaria subrotunda en Ontario (d’après les mentions figurant dans la base de données sur les Unionidés des Grands Lacs inférieurs)

Figure 3 : Répartition historique (de 1890 à 1990) et actuelle (de 1991 à 2001) de l’Obovaria subrotunda en Ontario (d’après les mentions figurant dans la base de données sur les Unionidés des Grands Lacs inférieurs).

On pense que les préférences des mulettes juvéniles en matière d’habitat sont différentes de celles des adultes, mais il y a eu peu d’études à ce sujet (Gordon et Layzer, 1989). Les individus du stade juvénile sont certainement plus vulnérables que les adultes, parce qu’ils n’ont aucune possibilité de choisir l’habitat où leur hôte les dépose et peuvent mourir rapidement dans un habitat inadéquat. Le stade larvaire (glochidium) est le stade où l’animal est le plus vulnérable et le plus spécialisé, parce qu’il doit réussir à se fixer à un hôte approprié pour terminer sa métamorphose jusqu’au stade juvénile. L’étendue et la qualité de l’habitat dans la rivière Sydenham sont probablement insuffisants pour le maintien de populations viables d’O. subrotunda, et l’on ne sait pas pour le moment si les populations du « refuge » du delta de la rivière Sainte-Claire persisteront (voir la section Taille et tendances des populations).


Tendances

Les habitats convenant à l’O. subrotunda et aux autres Unionidés dans les lacs Érié et Sainte-Claire ont été en grande partie détruits par la moule zébrée. Les communautés de mulettes indigènes étaient pratiquement disparues des eaux du large dans l’Ouest du lac Érié vers 1990 (Schloesser et Nalepa, 1994) et des eaux du large du lac Sainte-Claire vers 1994 (Nalepa et al., 1996). Les communautés de mulettes du lac Érié étaient en déclin depuis un certain temps, probablement à cause d’une dégradation générale de la qualité de l’eau au cours des 40 dernières années (Nalepa et al., 1991), mais le lac Sainte-Claire abritait encore des communautés de mulettes abondantes et diversifiées jusqu’à une époque aussi récente que 1986 (Nalepa et Gauvin, 1988). Des Unionidés sont encore présents dans certains secteurs riverains aux eaux très peu profondes qui communiquent très bien avec le lac (assurant ainsi l’accès aux poissons hôtes), et où les conditions sont difficiles pour la moule zébrée (température de l’eau élevée et action considérable des vagues en été; affouillement glaciel en hiver). Cependant, ce type de « refuge » est rare et la plus grande partie de l’habitat propice aux Unionidés dans les Grands Lacs est définitivement perdu.

L’obovarie ronde a apparemment disparu dans les rivières Thames et Grand, et ses effectifs ont diminué de façon importante dans la rivière Sydenham. Elle est également en déclin dans la plus grande partie de son aire de répartition aux États-Unis, en particulier dans le réseau de la rivière Tennessee (Parmalee et Bogan, 1998). On pense que l’agriculture est la principale cause de la destruction de l’habitat des mulettes en Amérique du Nord (Strayer et Fetterman, 1999). Étant donné que l’agriculture représente entre 75 et 85 p. 100 de l’utilisation des terres dans les bassins des rivières Grand, Thames et Sydenham, il est probable que les incidences des activités agricoles (p. ex. apport de sédiments, d’éléments nutritifs et de pesticides par les eaux de ruissellement; augmentation de la température de l’eau due à la perte de végétation riveraine; destruction de l’habitat par les tracteurs qui traversent les cours d’eau et par le bétail) soient les principales responsables de la perte d’habitat pour les mulettes dans ces rivières.


Protection et propriété

La plus grande partie des terres longeant le tronçon de la rivière Sydenham Est où quelques O. subrotunda vivants ont été trouvés ces dernières années sont des propriétés privées utilisées à des fins agricoles. Seules deux petites propriétés, les 7 ha de l’aire de conservation Shetland et les 20 ha de forêt du canton géographique de Mosa, sont publiques et jouissent donc d’une certaine protection. Toutefois, il convient de noter qu’une stratégie de rétablissement de l’écosystème aquatique de la rivière Sydenham a été élaborée et qu’un certain nombre de propriétaires participent à des projets de restauration des berges et d’amélioration des pratiques d’utilisation des terres, qui auront des effets bénéfiques pour l’O. subrotunda et d’autres espèces aquatiques en péril de la rivière Sydenham (Staton et al., 2002).

La population la plus importante d’O. subrotunda existant encore au Canada se trouve dans les eaux canadiennes du delta de la rivière Sainte-Claire, dans le territoire de la Première nation de Walpole Island. Une grande partie de ce secteur n’est pas perturbée et cette situation devrait se maintenir. Le centre du patrimoine de Walpole Island est conscient de la présence de l’O. subrotunda dans son territoire et de l’importance de l’espèce à l’échelle nationale.