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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la lampsile jaune (Lampsilis cariosa) au Canada - Mise à jour

Résumé

Lampsile jaune
Lampsilis cariosa

Information sur l’espèce

La lampsile jaune, Lampsilis cariosa (Say, 1817), est un mollusque bivalve dont la longueur peut atteindre 110 mm et, vu de côté, de forme presque ovale. Sa surface extérieure est lustrée, jaune clair ou rousse, avec habituellement plusieurs rayons fins sur le haut de la pente postérieure de la coquille. L’intérieur de la coquille est blanc avec du rose, et la charnière compte plusieurs dents fortes. Chez les individus vivants, les parties molles du corps (plus précisément le manteau) sont visibles entre les valves de la coquille. Le bord visible du manteau est lisse et pigmenté de stries et de points gris et présente, chez la femelle, un rabat de couleur vive arborant une tache en forme d’œil.

Répartition

L’espèce habite la pente atlantique du nord-est de l’Amérique du Nord, depuis la Géorgie au sud jusqu’à la Nouvelle-Écosse au nord. Au Canada, le L. cariosa ne se retrouve aujourd’hui qu’à deux endroits : la rivière Sydney, dans le comté du Cap-Breton (Nouvelle-Écosse), et le bas Saint-Jean et ses affluents, non loin de Fredericton (Nouveau-Brunswick). Une mention historique dans la rivière Saint-François, près de Drummondville (Québec), n’a pas encore été confirmée. L’aire de répartition de l’espèce se rétrécit et toutes les populations vivant au nord de l’État de New York sont isolées.

Habitat

On trouve généralement cette espèce dans les tronçons à fort courant des grandes rivières, surtout sur des fonds de sable ou de gravier dans les radiers. Toutefois, dans le nord de son aire de répartition, on la trouve également dans des lacs. L’habitat de la rivière Sydney comprend un lac aux rives végétalisées et baignées par les vagues et une section inférieure endiguée formant un bassin d’eau douce. Dans cet habitat, les moules vivent entre 0,5 et 6,0 mètres de profondeur et préfèrent des fonds sablonneux portant une faible couverture de macrophytes. L’espèce vit d’habitude dans des eaux alcalines au pH de plus de 7,0.

Biologie

Les parties molles du corps, à l’intérieur de la coquille protectrice, comprennent un pied musculaire qui sert à l’ancrage et au déplacement de l’animal et des branchies paires qui servent à la respiration, à l’alimentation par filtrage et au développement larvaire. Le développement larvaire débute à l’intérieur des femelles et est suivi d’un stade parasitaire pendant lequel l’individu se développe fixé aux branchies ou aux nageoires d’un poisson hôte. Il a été établi que le baret (Morone americana) et la perchaude (Perca flavescens) sont des hôtes propices. Après une période indéterminée de développement sur le poisson hôte, la jeune moule se décroche du poisson et tombe au fond de l’eau, où elle atteindra le stade adulte. La lampsile jaune se nourrit de plancton et de débris organiques qu’elle extrait de l’eau en la filtrant à l’aide de ses branchies. Le principal prédateur des adultes est le rat musqué.

Taille et tendances des populations

Des études de base faites dans la rivière Sydney en 2001 et 2002 ont permis d’évaluer que la densité de l’espèce varie entre 0,4 et 0,8 individu par m2, dans une zone habitable de 2,52 km2. Des études préliminaires faites en 2002 dans la rivière Canaan, affluent du Saint-Jean, indiquent des densités similaires à celles observées en Nouvelle-Écosse et au Maine. Même si la lampsile jaune est encore largement répartie dans le bassin du bas Saint-Jean, certains indices montrent une diminution de l’aire de répartition de l’espèce au Nouveau-Brunswick depuis 100 ans. On ne pourra connaître l’abondance globale de la lampsile jaune au Nouveau-Brunswick qu’après avoir réalisé des études supplémentaires, mais les dimensions importantes du bas Saint-Jean, la grande superficie d’habitat favorable, les résultats des recensements récents et les estimations préliminaires de la densité dans la rivière Canaan laissent penser que la plus grande partie de la population canadienne de cette mulette vit dans le bas Saint-Jean et ses affluents.

Facteurs limitatifs et menaces

En Nouvelle-Écosse, la population se trouve dans une zone suburbaine où existent des problèmes de pollution et de développement, ce qui suscite des inquiétudes. Un barrage construit en 1902 maintient le niveau d’eau dans la rivière Sydney. Une brèche dans ce barrage entraînerait un déclin de l’habitat du L. cariosa. Les populations de Lampsilis cariosa du bas Saint-Jean ne semblent pas très menacées pour l’instant (Sabine et al., sous presse). Toutefois, Sabine et al. (sous presse) mentionnent la nécessité d’étudier les effets sur le L. cariosa du faible niveau d’eau en fin d’été, en rapport avec l’élévation de la température de l’eau, l’exposition et la pénétration de l’eau salée. La limite actuelle de l’aire de répartition du L. cariosa vers l’aval sur le Saint-Jean coïncide de près avec la limite actuelle de l’intrusion de l’eau salée. Pendant les périodes de basses eaux, le front salin pénètre plus avant à l’intérieur des terres. Sabine et al. (sous presse) ont observé une certaine mortalité à la fin août et au début septembre 2001, année particulièrement sèche. Ils pensent qu’une partie de cette mortalité aurait été due à la baisse du niveau de l’eau et à la hausse de la température de l’eau sur les bancs de sable pendant les mois où sont normalement observés les plus bas niveaux d’eau de l’année.

Importance de l’espèce

Aux États-Unis, on estime que la lampsile jaune est menacée dans toute son aire de répartition; on croit même qu’elle est disparue ou en danger de disparition dans certains bassins. Au Canada, on ne connaît pour le moment que deux populations, l’une dans la rivière Sydney, en Nouvelle-Écosse, et l’autre dans le Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Une distance d’au moins 500 km sépare ces deux populations. La taille apparente et l’intégrité génétique présumée de ces populations isolées de L. cariosa et l’absence actuelle de moules zébrées (Dreissena sp.) dans les bassins du Saint-Jean et de la Sydney laissent penser que ces populations de lampsiles jaunes pourraient jouer un rôle important à l’échelle mondiale dans la conservation future de l’espèce.

Protection actuelle et autres désignations

À l’heure actuelle, la lampsile jaune ne bénéficie d’aucune protection spécifique au Canada. Son habitat n’est protégé que par des directives municipales, provinciales et fédérales générales touchant l’environnement, l’habitat du poisson et les zones d’approvisionnement en eau à usage domestique. À l’île du Cap-Breton, dans le cadre du Programme d’action des zones côtières de l’Atlantique, on élabore actuellement un programme volontaire de surveillance à long terme visant à détecter tout déclin de la taille et de la santé de la population de L. cariosa de la rivière Sydney.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant. 

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés ou autres unités désignables qui sont considérées comme étant en peril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes et incluant les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de membres de chacun des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature) et de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité de connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour examiner les rapports de situation sur les espèces candidates. 

Définitions (depuis mai 2004)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes DI)Note de bas de paged, Note de bas de pagee
Espèce sauvage pour laquelle l’information est insuffisante pour évaluer directement ou indirectement son risque de disparition.

 

Service Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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