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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la lampsile jaune (Lampsilis cariosa) au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Le fait d’être située dans un milieu suburbain présente plusieurs menaces pour la population de la rivière Sydney. Un barrage construit en 1902 aux fins de l’approvisionnement industriel et domestique en eau douce maintient les niveaux d’eau actuels dans la rivière Sydney. Une brèche dans ce barrage entraînerait le déclin de l’habitat du L. cariosa à cause de la réduction de l’habitat riverain couvert par l’eau et d’une intrusion accrue de l’eau de mer en amont du barrage. Les populations de poissons et de moules bénéficient des mesures de contrôle environnemental nécessaires au respect des normes de qualité de l’eau. Cependant, les rives de la rivière Sydney sont progressivement exposées au développement résidentiel et à la croissance de l’industrie des services, ce qui accroît les risques de pollution et d’envasement découlant de l’entretien des terrains, des accidents de transport et des activités récréatives. Au lac Blacketts, on signale des cas de dermatite du baigneur, affection cutanée causée par les cercaires de diverses espèces de trématodes parasites. Les cercaires sont transportés par divers escargots pulmonés dulcicoles, en particulier la stagnicole robuste des lacs (Stagnicola catascopium catascopium [Say, 1817]), espèce commune dans tout l’est du Canada (Scott et Burt, 1976; Clarke, 1981). Selon le composé utilisé, les efforts de lutte contre les escargots au moyen de molluscicides risquent de nuire aux populations de moules (Waller et al., 1993). 

Les populations de Lampsilis cariosa qui vivent dans le bas Saint-Jean ne semblent guère menacées pour le moment (Sabine et al., sous presse). Les populations les plus importantes, qui vivent au milieu de la rivière dans les vastes tronçons inférieurs du St-Jean, semblent relativement à l’abri, même de la prédation par le rat musqué, laquelle est considérée comme une menace pour certaines populations de moules en péril (Zahner-Meike et Hanson, 2001). Il y a bien quelques aménagements agricoles, résidentiels ou industriels sur la majeure partie du corridor du fleuve, mais une grande partie du bassin du Saint-Jean se compose de terres forestières non développées. La sédimentation, l’eutrophisation due au ruissellement agricole et aux eaux usées et le développement riverain sont des problèmes dans certaines portions du bassin du Saint-Jean; ces problèmes prennent de l’ampleur dans certains secteurs (Harvey et al., 1998). La portion de la rivière Kennebecasis pour laquelle il existe des mentions historiques du L. cariosa, mais où on a été incapable de retrouver l’espèce, a récemment été considérée comme une des zones riveraines les plus perturbées au Nouveau-Brunswick (Brillant, comm. pers., 2002).

D’après Sabine et al. (sous presse), il y aurait lieu de faire des études supplémentaires sur les effets qu’a sur la mortalité du L. cariosa la baisse du niveau de l’eau à la fin de l’été dans le bas Saint-Jean, en rapport avec l’augmentation de la température de l’eau, de l’exposition et de la pénétration d’eau salée. La limite actuelle de l’aire de répartition du L. cariosa vers l’aval sur le Saint-Jean coïncide de près avec la limite actuelle de l’intrusion de l’eau salée. Cependant, pendant les périodes de basses eaux, le front salin pénètre plus avant à l’intérieur des terres. Sabine et al. (sous presse) ont observé une certaine mortalité dans le Saint-Jean à la fin août et au début septembre 2001, année particulièrement sèche. Ces auteurs pensent qu’une partie de cette mortalité aurait été due à la baisse du niveau de l’eau et à la hausse de la température de l’eau sur les bancs de sable.

La moule zébrée (Dreissena polymorpha), espèce introduite, constitue une grave menace pour les populations indigènes de mulettes ailleurs en Amérique du Nord (Ricciardi et al., 1998; Martel et al., 2001). White (2001) est d’avis que le risque que le D. polymorpha s’établisse dans la rivière Sydney est faible, mais Sabine et al. (sous presse) considèrent la moule zébrée comme une menace éventuelle pour le L. cariosa au Nouveau-Brunswick. Certes, on n’a pas encore signalé la moule zébrée au Nouveau-Brunswick à ce jour, mais son aptitude à coloniser les milieux d’eau douce au courant non unidirectionnel − lacs et rivières à marée par exemple − indique qu’elle pourrait éventuellement se propager dans tout le cours inférieur du Saint-Jean si elle était introduite accidentellement.