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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la lampsile jaune (Lampsilis cariosa) au Canada - Mise à jour

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur le
lampsile jaune
Lampsilis cariosa
au Canada

lampsile jaune

Espèce préoccupante 2004

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2004. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la lampsile jaune (Lampsilis cariosa) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. viii + 39 pp.

Note de production

Le COSEPAC remercie Derek S. Davis, Kellie L. White et Donald F. McAlpine pour la rédaction du rapport sur la situation de la lampsile jaune (Lampsilis cariosa) au Canada. Gerry Mackie, coprésident du Sous-comité de spécialistes des mollusques du COSEPAC, a supervisé le présent rapport et en a établi la version finale. Le COSEPAC remercie également le ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick et le Department of Natural Resources de la Nouvelle-Écosse, qui ont contribué financièrement à la préparation de ce rapport et aux déplacements sur le terrain.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :


Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environment Canada
Ottawa, ON

K1A 0H3
Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel du COSEPAC
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Yellow Lampmussel (Lampsilis cariosa) in Canada.

Photos de la couverture

Lampsile jaune – Lampsilis cariosa, lac Blacketts, station 8, 25 août 1999. En haut et au centre, femelle d’une longueur de 60 mm. En bas, mâle vivant d’une longueur de 75 mm.

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2004
de catalogue CW69-14/389-2004F-PDF
ISBN 0-662-77091-9
HTML : CW69-14/389-2004F-HTML
ISBN 0-662-77092-7

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Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – Mai 2004

Nom commun : Lampsile jaune

Nom scientifique : Lampsilis cariosa

Statut : Espèce préoccupante

Justification de la désignation : Les populations sont assez grandes et vraisemblablement stables au Canada, mais elles ne se trouvent que dans la rivière Sydney en Nouvelle-Écosse et dans le bassin hydrographique de la rivière Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. Les menaces sont actuellement très limitées, mais il existe des préoccupations à long terme en ce qui concerne l’introduction éventuelle de la moule zébrée dans la rivière Saint-Jean et le maintien de l’habitat de l’unique population dans la rivière Sydney.

Répartition : Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse

Historique du statut : Espèce désignée « préoccupante » en mai 2004. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

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Résumé

Lampsile jaune
Lampsilis cariosa

Information sur l’espèce

La lampsile jaune, Lampsilis cariosa (Say, 1817), est un mollusque bivalve dont la longueur peut atteindre 110 mm et, vu de côté, de forme presque ovale. Sa surface extérieure est lustrée, jaune clair ou rousse, avec habituellement plusieurs rayons fins sur le haut de la pente postérieure de la coquille. L’intérieur de la coquille est blanc avec du rose, et la charnière compte plusieurs dents fortes. Chez les individus vivants, les parties molles du corps (plus précisément le manteau) sont visibles entre les valves de la coquille. Le bord visible du manteau est lisse et pigmenté de stries et de points gris et présente, chez la femelle, un rabat de couleur vive arborant une tache en forme d’œil.

Répartition

L’espèce habite la pente atlantique du nord-est de l’Amérique du Nord, depuis la Géorgie au sud jusqu’à la Nouvelle-Écosse au nord. Au Canada, le L. cariosa ne se retrouve aujourd’hui qu’à deux endroits : la rivière Sydney, dans le comté du Cap-Breton (Nouvelle-Écosse), et le bas Saint-Jean et ses affluents, non loin de Fredericton (Nouveau-Brunswick). Une mention historique dans la rivière Saint-François, près de Drummondville (Québec), n’a pas encore été confirmée. L’aire de répartition de l’espèce se rétrécit et toutes les populations vivant au nord de l’État de New York sont isolées.

Habitat

On trouve généralement cette espèce dans les tronçons à fort courant des grandes rivières, surtout sur des fonds de sable ou de gravier dans les radiers. Toutefois, dans le nord de son aire de répartition, on la trouve également dans des lacs. L’habitat de la rivière Sydney comprend un lac aux rives végétalisées et baignées par les vagues et une section inférieure endiguée formant un bassin d’eau douce. Dans cet habitat, les moules vivent entre 0,5 et 6,0 mètres de profondeur et préfèrent des fonds sablonneux portant une faible couverture de macrophytes. L’espèce vit d’habitude dans des eaux alcalines au pH de plus de 7,0.

Biologie

Les parties molles du corps, à l’intérieur de la coquille protectrice, comprennent un pied musculaire qui sert à l’ancrage et au déplacement de l’animal et des branchies paires qui servent à la respiration, à l’alimentation par filtrage et au développement larvaire. Le développement larvaire débute à l’intérieur des femelles et est suivi d’un stade parasitaire pendant lequel l’individu se développe fixé aux branchies ou aux nageoires d’un poisson hôte. Il a été établi que le baret (Morone americana) et la perchaude (Perca flavescens) sont des hôtes propices. Après une période indéterminée de développement sur le poisson hôte, la jeune moule se décroche du poisson et tombe au fond de l’eau, où elle atteindra le stade adulte. La lampsile jaune se nourrit de plancton et de débris organiques qu’elle extrait de l’eau en la filtrant à l’aide de ses branchies. Le principal prédateur des adultes est le rat musqué.

Taille et tendances des populations

Des études de base faites dans la rivière Sydney en 2001 et 2002 ont permis d’évaluer que la densité de l’espèce varie entre 0,4 et 0,8 individu par m2, dans une zone habitable de 2,52 km2. Des études préliminaires faites en 2002 dans la rivière Canaan, affluent du Saint-Jean, indiquent des densités similaires à celles observées en Nouvelle-Écosse et au Maine. Même si la lampsile jaune est encore largement répartie dans le bassin du bas Saint-Jean, certains indices montrent une diminution de l’aire de répartition de l’espèce au Nouveau-Brunswick depuis 100 ans. On ne pourra connaître l’abondance globale de la lampsile jaune au Nouveau-Brunswick qu’après avoir réalisé des études supplémentaires, mais les dimensions importantes du bas Saint-Jean, la grande superficie d’habitat favorable, les résultats des recensements récents et les estimations préliminaires de la densité dans la rivière Canaan laissent penser que la plus grande partie de la population canadienne de cette mulette vit dans le bas Saint-Jean et ses affluents.

Facteurs limitatifs et menaces

En Nouvelle-Écosse, la population se trouve dans une zone suburbaine où existent des problèmes de pollution et de développement, ce qui suscite des inquiétudes. Un barrage construit en 1902 maintient le niveau d’eau dans la rivière Sydney. Une brèche dans ce barrage entraînerait un déclin de l’habitat du L. cariosa. Les populations de Lampsilis cariosa du bas Saint-Jean ne semblent pas très menacées pour l’instant (Sabine et al., sous presse). Toutefois, Sabine et al. (sous presse) mentionnent la nécessité d’étudier les effets sur le L. cariosa du faible niveau d’eau en fin d’été, en rapport avec l’élévation de la température de l’eau, l’exposition et la pénétration de l’eau salée. La limite actuelle de l’aire de répartition du L. cariosa vers l’aval sur le Saint-Jean coïncide de près avec la limite actuelle de l’intrusion de l’eau salée. Pendant les périodes de basses eaux, le front salin pénètre plus avant à l’intérieur des terres. Sabine et al. (sous presse) ont observé une certaine mortalité à la fin août et au début septembre 2001, année particulièrement sèche. Ils pensent qu’une partie de cette mortalité aurait été due à la baisse du niveau de l’eau et à la hausse de la température de l’eau sur les bancs de sable pendant les mois où sont normalement observés les plus bas niveaux d’eau de l’année.

Importance de l’espèce

Aux États-Unis, on estime que la lampsile jaune est menacée dans toute son aire de répartition; on croit même qu’elle est disparue ou en danger de disparition dans certains bassins. Au Canada, on ne connaît pour le moment que deux populations, l’une dans la rivière Sydney, en Nouvelle-Écosse, et l’autre dans le Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Une distance d’au moins 500 km sépare ces deux populations. La taille apparente et l’intégrité génétique présumée de ces populations isolées de L. cariosa et l’absence actuelle de moules zébrées (Dreissena sp.) dans les bassins du Saint-Jean et de la Sydney laissent penser que ces populations de lampsiles jaunes pourraient jouer un rôle important à l’échelle mondiale dans la conservation future de l’espèce.

Protection actuelle et autres désignations

À l’heure actuelle, la lampsile jaune ne bénéficie d’aucune protection spécifique au Canada. Son habitat n’est protégé que par des directives municipales, provinciales et fédérales générales touchant l’environnement, l’habitat du poisson et les zones d’approvisionnement en eau à usage domestique. À l’île du Cap-Breton, dans le cadre du Programme d’action des zones côtières de l’Atlantique, on élabore actuellement un programme volontaire de surveillance à long terme visant à détecter tout déclin de la taille et de la santé de la population de L. cariosa de la rivière Sydney.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant. 

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés ou autres unités désignables qui sont considérées comme étant en peril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes et incluant les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de membres de chacun des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature) et de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité de connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour examiner les rapports de situation sur les espèces candidates. 

Définitions (depuis mai 2004)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes DI)Note de bas de paged, Note de bas de pagee
Espèce sauvage pour laquelle l’information est insuffisante pour évaluer directement ou indirectement son risque de disparition.

 

Service Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

Retour à la référence de la note de bas de pageb

Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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Information sur l’espèce

Nom et classification

La lampsile jaune, Lampsilis cariosa (Say, 1817), a été décrite pour la première fois en 1817, sous le nom d’Unio cariosus, par Thomas Say, dans un article du deuxième volume de l’American Edition of the British Encyclopedia or Dictionary of Arts and Sciences. On l’a ensuite classée dans le genre Lampsilis. Cette description ne se basait que sur un petit nombre de spécimens et ne parvenait pas à distinguer cette espèce d’autres espèces possédant une morphologie similaire, ce qui a poussé certains à la confondre avec le Lampsilis (Leptodea) ochracea (Say, 1817), le Lampsilis ventricosa (Barnes, 1823) et le Lampsilis ovata (Say, 1817).

Embranchement :

Mollusques

Classe :

Bivalves  (Pélécypodes)

Sous-classe :

Paléohétérodontes

Ordre :

Unionoïdés

Super famille :

Unionacés

Famille :

Unionidés

Sous-famille :

Lampsilinés

Genre :

Lampsilis

Espèce :

cariosa

Le nom latin cariosa signifie « rongé »; Say l’a employé parce que les spécimens qu’il a examinés étaient tous fortement excoriés près des sommets.

Description

La lampsile jaune est une des 12 espèces ou sous-espèces de moules d’eau douce (mulettes) du Canada atlantique. Le L. cariosa a été décrit et illustré dans des publications récentes de Burch (1975), Clarke (1981), Smith (1986), Strayer et Jirka (1997) et Nedeau et al. (2000). Ces auteurs, à l’exception de Clarke (1981) et de Nedeau et al. (2000), fournissent des clés d’identification. Ces descriptions, basées sur les caractéristiques de l’intérieur et de l’extérieur de la coquille et sur celles du bord du manteau, permettent l’identification des animaux vivants et des coquilles. Il n’est donc pas nécessaire de tuer les animaux pour les identifier correctement.

La description suivante se base sur les publications mentionnées plus haut et sur des observations de spécimens de la rivière Sydney, en Nouvelle-Écosse. Les figures 1 a, b et c montrent des individus typiques de la rivière Sydney. Les coquilles sont bivalves et peuvent mesurer jusqu’à 110 mm de long, mais elles sont d’habitude plus petites (jusqu’à 75 mm environ). Lorsqu’on la regarde de côté, la coquille est presque ovale, mais sexuellement dimorphe, les adultes mâles étant plus allongés que les adultes femelles, chez qui la partie postérieure est plus haute que la partie antérieure. Les sommets sont modérément renflés et dépassent la charnière. L’épaisseur de la coquille est modérée; elle atteint 4,0 mm chez les plus gros individus. La surface extérieure est lisse, sauf les bourrelets de croissance concentriques. Le périostracum est normalement jaune-orange vif, parfois roux, et lustré. Les spécimens n’ont habituellement pas de rayons mais quand ils en ont, ceux-ci sont bien définis et se limitent à la pente postérieure de la coquille. Les spécimens récoltés dans la rivière Sydney portent souvent à l’extrémité postérieure un dépôt minéral qui peut masquer les rayons. À l’intérieur de la coquille, la nacre est blanche, avec une teinte rosée près des sommets. Les dents de la charnière sont complètes et bien développées, mais leur forme peut varier selon la provenance de l’individu. Les dents pseudo-cardinales sont souvent fortes et coniques. Les dents latérales – deux dans la valve gauche et une dans la droite – sont élevées, de longueur moyenne et droites ou légèrement incurvées. Chez les individus juvéniles, la sculpture des sommets se compose de 5 ou 6 bourrelets concentriques, modérément grossiers, arqués et à boucle simple ou double. L’illustration de ces caractéristiques par Marshall (1890) a été reproduite par Strayer et Jirka (1997). La plupart des spécimens adultes ayant des sommets fortement excoriés, ces caractéristiques des sommets ne sont pas visibles chez eux.

Figure 1.  Lampsilis cariosa du lac Blacketts, station 8, 25 août 1999. En haut et au centre, femelle d’une longueur de 60 mm. En bas, mâle vivant d’une longueur de 75 mm. Il est souvent difficile de distinguer les petits spécimens vivants de L. cariosa de ceux de Leptodea ochracea, qu’on retrouve d’une façon générale dans le même habitat.

Figure 1.  Lampsilis cariosa du lac Blacketts, station 8, 25 août 1999.

Le manteau des animaux vivants est visible le long des bords de la coquille. Le bord du manteau est lisse; il porte des stries ou des points gris et il est muni d’un rabat bien développé de couleur vive arborant une tache sombre en forme d’œil. Ces caractéristiques, mieux développées chez la femelle, sont bien illustrées par Smith (1986).

La larve, ou glochidie, est décrite par Hoggarth (1999). Elle a une longueur de 0,22 mm et une hauteur de 0,28 mm, une forme à peu près elliptique, une charnière rectiligne et elle n’est pas munie de crochets.

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Répartition

Aire de répartition mondiale

La lampsile jaune est une espèce des bassins de la pente atlantique; on la trouve à l’est des Appalaches depuis la rivière Sydney, en Nouvelle-Écosse, jusque dans la rivière Ogeechee, en Géorgie. La figure 2 en donne la répartition mondiale. L’espèce est mentionnée en Géorgie, en Caroline du Sud, en Caroline du Nord, en Virginie, au Maryland, au Delaware, en Pennsylvanie, au New Jersey, au New York, au Connecticut, au Massachusetts, au Maine, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et au Québec (Clarke, 1981; Williams et al., 1993).

Figure 2. Répartition générale de la lampsile jaune, Lampsilis cariosa, sur la pente atlantique de l’est de l’Amérique du Nord. On remarquera, à l’extrémité septentrionale de l’aire de répartition :

  1. la rivière Madawaska, Ontario (Lampsilis« cariosa » = Lcardium), qui n’a pas été incluse dans l’aire de répartition du L. cariosa;
  2. le bassin du Saint-Laurent, État de New York, populations de L. cariosa;
  3. le site de McKinley Ferry, rivière Saint-Jean, Nouveau-Brunswick;
  4. la rivière Sydney, Nouvelle-Écosse;
  5. une connexion hypothétique par une plaine côtière, 7000 ans avant le présent.
Figure 2. Répartition générale de la lampsile jaune, Lampsilis cariosa, sur la pente atlantique de l’est de l’Amérique du Nord.

Aire de répartition canadienne

Au Canada, on ne connaît que deux localités pour le L. cariosa, soit la rivière Sydney, sur l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, et le Saint-Jean et ses affluents, non loin de Fredericton, au Nouveau-Brunswick (Clarke, 1981; Sabine et al., sous presse) (figures 3 et figure4). Des mentions de l’espèce pour la rivière Madawaska, en Ontario, et le bas Saint-Laurent (Burch, 1975; La Rocque, 1953) se sont révélées n’être que de mauvaises identifications du Lampsilis ovata (Say, 1817) = Lampsilis ventricosa (Barnes, 1823) (Clarke, 1981). Toutefois, Strayer et Jirka (1997) rapportent que le L. cariosa est très répandu dans le bassin du Saint-Laurent dans le nord de l’État de New York. Cela pourrait indiquer la possibilité qu’il soit présent dans les affluents du Saint-Laurent au Canada. Une mention historique d’un spécimen récolté le 31 août 1952 par H.D. Athearn dans la rivière Saint-François, à 5,5 milles au nord-ouest de Drummondville, au Québec, semble étayer cette hypothèse. Ce spécimen est maintenant conservé à l’Ohio State Museum of Biological Diversity de l’Ohio State University (OSM 24450). G.T. Watters et D.H. Stansberry ont confirmé qu’il s’agit bien d’un spécimen de L. cariosa (Myers, comm. pers., 2003). Malheureusement, tout récemment, le spécimen s’est avéré introuvable et n’a donc pas pu être examiné. La situation actuelle du L. cariosa au Québec demeure donc incertaine et devra faire l’objet de recherches supplémentaires.

Figure 3. Répartition du Lampsilis cariosa dans le bassin du bas Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, avec tous les sites fouillés en 2001-2002.Les points noirs indiquent la présence de L. cariosa, les cercles vides l’absence de L. cariosa et les étoiles une présence passée (carte fondée sur Sabine et al., sous presse).

Figure 3. Répartition du Lampsilis cariosa dans le bassin du bas Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, avec tous les sites fouillés en 2001-2002. Les points noirs indiquent la présence de L. cariosa, les cercles vides l’absence de L. cariosa et les étoiles une présence passée (carte fondée sur Sabine et al., sous presse).

Le bassin hydrologique de la rivière Sydney est un petit bassin d’environ 14 000 hectares (140 km²) qui se déverse vers le nord dans l’Atlantique, dans le havre de Sydney (figure 4). Le cours d’eau principal a une longueur d’environ 15 km. On trouve deux lacs à la tête de la rivière. Le plus important est le lac Blacketts (187 ha), qui est le centre principal de la population de L. cariosa. Le lac Gillis (11,6 ha) est relié au lac Blacketts par un petit cours d’eau. On retrouve en Nouvelle-Écosse un ensemble d’espèces animales et végétales indigènes à affinité méridionale venues de Nouvelle-Angleterre environ 7000 ans avant le présent durant la période post-glaciaire chaude désignée sous le nom de période hypsithermale (Davis et Browne, 1996). L’abaissement du niveau de la mer a alors permis la formation d’une vaste plaine côtière parcourue de rivières parvenues à maturité, propices au L. cariosa. Deux autres populations disjointes de mulettes, l’une de Leptodea ochracea (Say, 1818) et l’autre d’une forme à rayons d’Elliptio complanata,habitent la rivière Sydney, de même qu’une population également disjointe d’un isopode aquatique, le Caecidotea communis. L’élévation du niveau de la mer, les refroidissements passés et des facteurs géologiques affectant la qualité de l’eau souterraine et la forme du paysage, comme le type de substrat rocheux, ont contribué à l’isolement de la population de la rivière Sydney. Counts et al. (1991) expliquent de façon similaire l’isolement des populations de moules de la péninsule Delmarva, aux États-Unis. 

Le bassin du Saint-Jean est beaucoup plus vaste : il a une superficie de 55 000 km², avec un cours d’eau principal d’une longueur de 700 km. Le L. cariosa ne se retrouve aujourd’hui que dans le bas Saint-Jean (en aval de la limite de la marée) et dans ses affluents. Cette portion du bassin comprend les 140 derniers kilomètres de la rivière principale et cinq affluents importants, couvrant une superficie de 15 000 km², soit 27 p. 100 du bassin complet. Le bassin du bas Saint-Jean comprend plusieurs lacs importants, dont le Grand Lac (17 100 ha), habité par le L. cariosa.

Figure 4. Sites des recensements de mulettes effectués dans la rivière Sydney, dans le comté du Cap-Breton (Nouvelle-Écosse), par Clarke et Meachem Rick (1963), par le personnel du Musée d’histoire naturelle de la Nouvelle-Écosse jusqu’en 1999 (1-8), et par K. White (deux bancs de moules denses recensés en 2002, 9 et 10). Voir le texte pour plus de détails.

Figure 4. Sites des recensements de mulettes effectués dans la rivière Sydney, dans le comté du Cap-Breton (Nouvelle-Écosse), par Clarke et Meachem Rick (1963), par le personnel du Musée d’histoire naturelle de la Nouvelle-Écosse jusqu’en 1999 (1-8), et par K. White (deux bancs de moules denses recensés en 2002, 9 et 10). Voir le texte pour plus de détails.

Il n’est pas étonnant de retrouver le L. cariosa dans le Saint-Jean, puisque cette rivière fait partie de l’aire de répartition générale de l’espèce et que cette dernière habite dans plusieurs bassins voisins, comme ceux des rivières Mattawamkeag et Penobscot, au Maine (Nedeau et al., 2000). Pourtant, les malacologues du 20e siècle ont négligé une mention ancienne de la présence de la lampsile jaune au Nouveau-Brunswick. Matthew et Stead (1903) ont écrit que la lampsile jaune était présente dans le Grand Lac et ailleurs dans la province. Cette observation est confirmée par des spécimens anciens découverts récemment lors de la préparation d’une base de données pour la collection de mollusques du Musée du Nouveau-Brunswick comprenant des spécimens récoltés au lac Darlings, sur la rivière Kennebecasis, probablement entre 1895 et 1900, et dans la crique Coal, au Grand Lac, par W. D. Matthew, peut-être autour de 1900. Il est donc prouvé qu’on connaît depuis longtemps l’existence de populations de L. cariosa au Nouveau-Brunswick, même si cette information a été largement négligée.

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Habitat

Besoins de l’espèce

Selon Clarke (1981), Strayer et Jirka (1997) et Nedeau et al. (2000), on retrouve surtout le L. cariosa dans des cours d’eau de taille moyenne à grande. Strayer (1993) a fait des études détaillées du macrohabitat d’espèces courantes de moules, dont le L. cariosaau milieu de son aire de répartition, en Pennsylvanie et au New York. Le L. cariosa est commun dans la région et habite 26 p. 100des cours d’eau examinés. Les résultats de ces études montrent que le L. cariosa préfère une eau dure, des pentes faibles et stables et des cours d’eau situés en basses terres, et que la taille du cours d’eau est probablement le facteur primordial. En règle générale, on le trouve plus souvent dans des cours d’eau ayant un bassin versant de plus de 1200 km² et beaucoup moins souvent dans les cours d’eau plus modestes.

On peut examiner les habitats du L. cariosa dans le nord du Maine et dans les provinces de l’Atlantique à la lumière de cette description. La figure 5montre une section de la Mattawamkeag, au sud d’Island Falls, au Maine. Clarke et Meachem Rick (1963) ont mentionné la présence du L. cariosa dans cette partie du bassin du Penobscot. En 1999, la présence en était encore attestée par des fragments de coquilles fraîches. L’habitat correspond à la description donnée plus haut, puisqu’il s’agit d’un réseau fluvial important au débit modéré et à pente faible, avec des radiers et des fonds de sable et de gravier (Davis, 1999).

Figure 5. Bras ouest de la Mattawamkeag, à 1,5 km au sud d’Island Falls, comté d’Aroostook (Maine), 9 août 1999. On y a trouvé des fragments de coquilles fraîches de L. cariosa. La présence du L. cariosa à cet endroit a été attestée par Clarke et Meachem Rick (1963). Le site n’est qu’à quelques kilomètres à l’ouest de la frontière du Nouveau-Brunswick, mais les cours d’eau de cette région appartiennent au bassin du Penobscot, qui se déverse directement dans le golfe du Maine.

Figure 5. Bras ouest de la Mattawamkeag, à 1,5 km au sud d’Island Falls, comté d’Aroostook (Maine), 9 août 1999.

Le L. cariosa de la rivière Sydney, en Nouvelle-Écosse, vit dans un habitat de type lacustre (figure 8). La construction d’une digue sur la rivière, en 1902, a créé un long lac à écoulement imperceptible, sauf au niveau des rétrécissements causés par la levée empierrée de la route, par le pont du lac Blacketts et par la digue. L’eau du lac Blacketts est alcaline, avec une conductance de 35,0 à 130,0 µS/cm et un pH de 7,2 à 7,5 (Alexander et al., 1986). On n’a pas trouvé de L. cariosa en aval du barrage, très probablement parce que l’eau y est saumâtre (2700 µS/cm à 200 m en aval du barrage). À 100 m en amont du barrage, par contre, la salinité est faible (76 µS/cm). L’habitat de la rivière Sydney en amont du barrage convient aussi au poisson dulcicole, dont on a relevé dix espèces différentes (tableau 1).

Figure 8. Rivière Sydney, en aval de la décharge du lac BlackettsLake, 21 juin 1999. On peut voir la levée empierrée, le pont et les eaux peu profondes avec végétation émergente.

Figure 8. Rivière Sydney, en aval de la décharge du lac Blacketts Lake, 21 juin 1999.

Les associations entre la population de L. cariosa de la rivière Sydney et les types de microhabitats ont été étudiées par K. White en 2001 et 2002. Cette étude consistait en un examen des densités des populations de moules selon le substrat et la couverture de macrophytes dans des quadrats d’un mètre placés de façon aléatoire le long du périmètre de 10 km du lac Blacketts, à une profondeur de 0,75 m. Les substrats des quadrats ont été classés en trois catégories à l’aide d’une échelle de Wentworthmodifiée (Cummins, 1962) : (1) surtout sableux (n = 68); (2) surtout graveleux (n = 109); (3) surtout vaseux (n = 104). La couverture de macrophytes de chaque quadrat a été classée grossièrement comme représentant plus de 50 p. 100 (n = 170) ou moins de 50 p. 100 (n = 111) de la surface. Cette couverture comprenait des joncs émergents (Juncusspp.), des pontédéries cordées (Pontederia cordata L.) et des potamots submergés (Potamogeton robbinsiiOakes). On a également fait un échantillonnage par quadrats à l’aide de scaphandres légers autonomes afin d’évaluer la densité des populations de moules dans une gamme de profondeurs allant de 0,25 m à 6,00 m. On a ensuite fait une analyse de variance afin de tester la relation entre type d’habitat et densité de lampsiles jaunes. Des comparaisons par paires ont été faites au moyen du test de Tukey, avec correction de Bonferroni pour les comparaisons multiples (Sokal et Rohlf, 1995).

Tableau 1. Espèces de poissons dulcicoles observées dans le bassin de la rivière Sydney, dans le comté du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Sources : Alexander et al. (1986) et Gilhen (1990).
Nom communNom scientifiqueChoix d’habitatNote de bas de pageaSource
Anguille d’AmériqueAnguilla rostrataCatadromeAlexander et al. (1986), Gilhen (1990)
Saumon de l’AtlantiqueSalmo salarAnadromeGilhen (1990)
Omble de fontaineSalvinus fontinalisDulcicoleAlexander et al. (1986), Gilhen (1990)
Chatte de l’EstNotemigonus crysoleucasDulcicoleAlexander et al. (1986), Gilhen (1990)
Meunier noirCatostomus commersoniDulcicoleAlexander et al. (1988)
Fondule barréFundulus diaphanusDulcicoleAlexander et al. (1986), Gilhen (1990)
BarbotteIctolurus nebulosusDulcicoleGilhen (1990)
Épinoche à trois épinesGasterosteus aculeatusDe dulcicole à marinGilhen (1990)
Épinoche à neuf épinesPungitius pungitiusDe dulcicole à marinGilhen (1990)
BaretMorone americanaDulcicoleAlexander et al.(1986)
Note de bas de page a

D’après Natural History of Nova Scotia (1996), vol. 1.

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Les densités de L. cariosa étaient nettement plus élevées (68 p. 100 de plus) dans un substrat sableux que dans un substrat vaseux et les quadrats à faible couverture de macrophytes contenaient un nombre nettement plus élevé de L. cariosa (77 p. 100 de plus) que les quadrats à importante couverture de macrophytes. Ces associations entre populations et types d’habitat sont similaires à celles observées chez d’autres espèces de mulettes apparentées (voir par exemple Huebner et al., 1990). Les résultats sont également compatibles avec l’explication qui veut que les espèces à plus lourdes coquilles, comme le L. cariosa,aient tendance à préférer les substrats sableux aux substrats vaseux parce qu’elles ont de la difficulté à maintenir une position favorable à la filtration et à la reproduction dans un substrat vaseux et mou. Les espèces à coquilles légères, comme le Pyganodon cataracta (appelé en anglais Eastern floater à cause de son aptitude à « flotter » au-dessus d’un substrat vaseux), n’ont pas ce problème et se développent aussi bien dans les substrats sableux que dans les substrats vaseux.

La densité de L. cariosa de la rivière Sydney variait aussi selon la profondeur, avec des densités plus faibles à moins de 0,25 mètre qu’entre 0,75 m et 6,0 m. Toutefois, il n’y avait pas de différences significatives entre les densités de lampsiles jaunes à 0,75 m, 2,0 m, 4,0 m et 6,0 m (n = 10). Les densités moyennes de L. cariosaau site étudié allaient de 1,7/m² (±1,1) à 0,75 m à 2,3/m² (±1,2) à 6 m. On n’a trouvé aucun individu sous la thermocline du lac Blacketts, dont on évalue la profondeur à environ 6 mètres. Des études portant sur d’autres espèces de mulettes ont observé des relations similaires entre profondeur et densité, avec des densités faibles à des profondeurs de moins de 50 cm et de plus de 5,0 m (Ghent et al., 1978; Huebner et al., 1990; Haukiofa et Hakala, 1974). Enfin, on n’a pas observé de différence quant aux âges, aux tailles et au sex-ratio selon le type de substrat, la couverture de macrophytes ou la profondeur (P > 0,05).

Soulignons que toute interprétation causale de la corrélation entre microhabitat et densité doit se faire avec prudence à cause de la présence possible de facteurs de confusion. Kellie White a constaté une forte corrélation entre le type de substrat et le pourcentage de la couverture de macrophytes, la couverture de macrophytes étant en général plus importante dans les zones à substrat vaseux. De plus, des facteurs non mesurés et pouvant jouer un rôle dans les associations entre l’espèce et l’habitat sont probablement aussi corrélés avec le type de substrat, la couverture de macrophytes et la profondeur.

La figure 6 montre une section du Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, située à 13 km en amont de Fredericton et à 4 km en aval du barrage Mactaquac. Des spécimens de Lampsilis cariosa ont été récoltés à cet endroit en 1962, soit avant la construction du barrage, laquelle a débuté en 1965 (Clarke, 1981; Clayden et al.,1984). La taille du bassin Saint-Jean correspond à la définition que donne Strayers (1993) des sites les plus susceptibles d’accueillir des populations de L. cariosa. Ailleurs, le Lampsilis cariosa a montré une préférence pour les substrats sableux (Nedeau et al., 2000) et Strayer et Ralley (1993) ont montré que l’endiguement contribuait à faire disparaître les sédiments fins du lit d’un cours d’eau sur une certaine distance en aval d’un barrage. Cependant, la faible pente et les marées du bas Saint-Jean ont entraîné la formation d’importantes barres de sable presque pur qui, selon Sabine et al. (sous presse), semblent fournir des conditions très propices à la lampsile jaune dans le bassin du Saint-Jean. Les eaux à marée du fleuve et de ses affluents sont caractérisées par un faible débit, de nombreuses et grandes îles et d’importantes barres peu végétalisées de substrat sableux plus ou moins fin. Les tronçons supérieurs des affluents du bas Saint-Jean ne sont pas endigués et possèdent des débits modérés, des substrats de gravier et de galets et de rares barres de sable. Même si Sabine et al. (sous presse) disent avoir parfois trouvé des L. cariosa sur des substrats de galets, ils notent que la plupart se retrouvent sur des barres de sable fin à grossier non végétalisées, à des profondeurs pouvant atteindre 5,15 m.

Figure 6. La Saint-Jean à McKinley Ferry, dans le comté de York (Nouveau-Brunswick), en 1999. En haut à gauche, on peut voir la structure du barrage Mactaquac, à environ 4 km en amont.

Figure 6. La Saint-Jean à McKinley Ferry, dans le comté de York (Nouveau-Brunswick), en 1999. En haut à gauche, on peut voir la structure du barrage Mactaquac, à environ 4 km en amont.

Tendances

Pour la population de la rivière Sydney, la construction d’un barrage sur cette rivière à marée a entraîné, pendant le siècle dernier, un accroissement de l’habitat (figure 7). En Nouvelle-Écosse, des habitats adéquats pourraient être présents dans le cours supérieur de quelques rivières importantes, comme les rivières Inhabitants, Sainte-Marie, Musquodoboit, Tusket et Shubenacadie/Stewiacke. On n’a jamais observé de L. cariosadans ces rivières, mais il n’y a eu aucun recensement complet de ces bassins et les collections des musées ne contiennent que peu de spécimens de moules originaires de ces cours d’eau. On ne peut donc affirmer que le L. cariosa ne s’y trouve pas. Toutefois, l’acidité relativement élevée de toutes ces rivières, à l’exception de la Musquodoboit, de la Shubenacadie et de la Stewiacke, semble exclure la présence du L. cariosa(Elderkin, comm. pers., 2004). Des recensements récents effectués dans deux parcs nationaux de Nouvelle-Écosse, le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton et le lieu historique national de la Forteresse-de-Louisbourg, portaient notamment sur des sections des bassins des rivières Sainte-Marie et Inhabitants, mais on n’y a trouvé aucun L. cariosa (Power et Gouthro, 2002; Lambert et al., 2003).

Figure 7. Le bassin de la rivière Sydney avant les inondations causées par la construction du barrage en 1902. La section fluviale (rivière Spanish) était probablement entièrement à marée, mais dominée par l’eau douce. Le lac Forks, devenu le lac Blacketts, était entièrement d’eau douce et n’était pas un lac à marée. Le lac Little Gillis a été formé par l’inondation d’un milieu humide situé près de la propriété « J. Gillis ».

Section de la Topographical Township Map of Cape Breton County, Nova Scotia, carte publiée par A.F. Church, Bedford, comté de Halifax, Nouvelle-Écosse, en 1864.

Figure 7.      Le bassin de la rivière Sydney avant les inondations causées par la construction du barrage en 1902. La section fluviale (rivière Spanish) était probablement entièrement à marée, mais dominée par l’eau douce. Le lac Forks, devenu le lac Blacketts, était entièrement d’eau douce et n’était pas un lac à marée. Le lac Little Gillis a été formé par l’inondation d’un milieu humide situé près de la propriété « J. Gillis ».

Au Nouveau-Brunswick, il est possible que l’endiguement ait réduit l’étendue de la zone propice au L. cariosa,puisque ce dernier n’a pas été observé lors de recensements du lac de retenue du barrage Mactaquac. Toutefois, il faudra faire des recensements supplémentaires avant d’éliminer avec certitude la possibilité de l’existence de populations dans ce lac et en amont de celui-ci (Sabine et al., sous presse). Des zones propices pourraient également exister dans d’autres grandes rivières du Nouveau-Brunswick qui n’ont pas encore été recensées, comme la Miramichi et la Magaguadavic. 

Protection et tenure

Le fait que la plupart des berges des lacs et des rivières de Nouvelle-Écosse sont de propriété privée a entraîné des modifications importantes des rives. Au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, les cours d’eau sont protégés par des règlements en vertu de lois administrées par les ministères provinciaux de l’Environnement et par Environnement Canada et Pêches et Océans Canada. Ces lois et règlements se concentrent surtout sur la prévention de la perte d’habitat des poissons, ce qui devrait donc contribuer à la protection des poissons hôtes du L. cariosa. On espère également que cette attention particulière portée à l’habitat des poissons suffira à prévenir la perte d’habitat du L. cariosa et la perturbation des moules.

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Biologie

Généralités

Les caractéristiques biologiques du L. cariosaont été décrites par Johnson (1947); un résumé en est donné par Clarke (1981) et par Strayer et Jirka (1997). En ce qui a trait à la reproduction et au comportement, elles correspondent à celles de la plupart des autres espèces d’Unionidés. On aurait toutefois besoin d’informations plus détaillées. Ces mulettes possèdent des branchies paires, avec deux hémibranchies de chaque côté de la ligne médiane, qui permettent la respiration, l’alimentation par filtration et le développement précoce des larves.

Reproduction

Les sexes sont séparés et il y a dimorphisme sexuel quant à la forme des coquilles des individus adultes et à la forme du bord du manteau et des autres parties molles. Le sperme est émis par les mâles et atteint les femelles de manière à fertiliser les œufs qui se trouvent et qui se développeront dans le marsupium, constitué des parties postérieures modifiées des deux hémibranchies externes. La majorité des Unionidés ont besoin d’un poisson hôte pour leurs larves parasites. Chez le L. cariosa femelle, comme chez toutes les femelles des espèces appartenant à la sous-famille des Lampsilinés, le manteau est modifié de façon à présenter un leurre ressemblant à un poisson, probablement pour attirer les hôtes piscivores (Kraemer, 1970). Lorsqu’il est frappé par un poisson prédateur, ce leurre relâche les glochidies, qui viennent s’attacher au poisson. Après un temps indéterminé de parasitage du poisson hôte, les glochidies se transforment en moules juvéniles et tombent au fond de l’eau. C’est là que l’animal commence sa période de croissance jusqu’à la forme adulte.

On peut classer les Unionidés en deux groupes selon la durée de la couvaison des glochidies par la moule femelle avant qu’elles soient relâchées vers un poisson hôte. Si elles sont fécondées au printemps ou à l’été, les moules à longue période de gravidité conservent leurs larves jusqu’au printemps ou à l’été suivant; les moules à courte période de gravidité, quant à elles, relâchent leurs larves plus tard la même année, d’habitude en juillet ou en août. On ne connaît pas le moment exact de la fécondation et de la libération des glochidies chez le L. cariosa. Toutefois, Wiles (1975) a montré qu’en Nouvelle-Écosse, une espèce apparentée, le Lampsilis radiata radiata, libère ses glochidies sur les poissons hôtes pendant une période allant au moins du printemps au début de l’automne. Chez les Lampsilinés, la libération des glochidies est reliée au déploiement du leurre du manteau et à la présence de marsupiums gonflés et sombres (Kraemer, 1970). On croit aussi que seules les femelles gravides déploient pleinement le leurre du manteau. Nous avons utilisé cette dernière caractéristique comme signe de gravidité du L. cariosadans la rivière Sydney.

Kellie White a observé des L. cariosa aux marsupiums gonflés et aux leurres du manteau bien en évidence dans la rivière Sydney le 5 juin 2002, à un moment où la température de l’eau était de 11,7 °C. Ces femelles contenaient des glochidies à maturité (c.-à-d. probablement prêtes à parasiter un poisson hôte). On a déterminé que les glochidies matures sont celles dont les coquilles se referment lorsqu’elles sont exposées à une solution molaire de NaCl. Les femelles ont cessé de déployer pleinement leur leurre le 15 août. Après cette date, on ne pouvait observer qu’une petite partie du leurre. Toutefois, des glochidies matures ont été trouvées au lac Blacketts, le 15 novembre 2002, dans une femelle au leurre non déployé. On n’a fait aucune récolte après cette date. Il semble donc que les L. cariosade la rivière Sydney sont des moules à longue période de gravidité, celle-ci s’étendant au moins de juin au 15 novembre. Il faudra obtenir des renseignements supplémentaires pour déterminer la période de gravidité de la population du Nouveau-Brunswick.

Jusqu’à récemment, on ne connaissait pas les poissons hôtes des glochidies du L. cariosa et on ne savait rien du stade parasitaire du développement de l’animal. Toutefois, à l’aide d’infestations en laboratoire, Wick et Huyrn (2003) ont étudié des hôtes possibles du L. cariosa qui sont présents au Maine. Les poissons utilisés ont été le crapet-soleil (Lepomis gibbosus), la perchaude (Perca flavescens) et le baret (Morone americana). Les L. cariosa se sont transformés en juvéniles sur la perchaude et le baret. Le stade parasitaire a duré de 43 à presque 80 jours dans le cas du baret et une moyenne de 42 jours dans celui de la perchaude. Il n’y a pas de perchaudes à l’île du Cap-Breton, mais le baret y est présent (Davis et Browne, 1996).

Des études faites dans la rivière Sydney confirment que le baret est un hôte de la lampsile jaune. En juillet 2002, on a capturé des poissons dans une zone de la rivière Sydney à forte densité de L. cariosa femelles et on les a examinés pour déterminer s’ils portaient des glochidies (tableau 1). Des six espèces représentées, seul le baret portait des glochidies de L. cariosa. Chez les 22 barets étudiés, le taux moyen d’infestation était de 44 glochidies par poisson (écart-type = ±16,7). La taille moyenne des barets étudiés était de 128,6 mm (écart-type = ±29,5). On n’a pas trouvé de relation entre le taux d’infestation et la taille des poissons. Aucune étude en bassin ou sur le terrain n’a été faite afin d’identifier les poissons hôtes de la population du Nouveau-Brunswick. Toutefois, le P. flavescens et le M. americana habitent tous deux le Saint-Jean (Gorham, 1970) et pourraient donc y servir d’hôtes au L. cariosa.

En 2001 et 2002, K. White a procédé à un échantillonnage par quadrats afin d’obtenir des renseignements sur la structure de la population et sur le recrutement des L. cariosa dans la rivière Sydney. Les femelles représentaient une moyenne de 48,7 p. 100 des L. cariosaéchantillonnés, le sex-ratio n’étant pas significativement différent de 1:1 (n = 91, khi carré = 0,06). Les L. cariosa vivants trouvés dans la rivière Sydney avaient un âge minimal d’un an, un âge maximal de 17 ans et un âge moyen de 7,8 ans (écart-type = ±2,7). Les distributions statistiques des âges et des tailles des L. cariosa vivants étaient quelque peu étalées vers la droite (asymétrie positive) et toutes les catégories d’âges étaient présentes, ce qui indique un recrutement récent. Les âges des individus ont été estimés en comptant le nombre de bourrelets « annuels » de croissance sur la coquille; il ne peut donc s’agir que d’approximations. L’utilisation des bourrelets de croissance a été critiquée, car elle sous-estimerait l’âge des moules du fait qu’il n’y aurait pas formation d’un bourrelet tous les ans (Downing et al.,1992). On ne connaît pas l’âge à la maturité sexuelle du L. cariosa, mais celui-ci est estimé à environ 5 ans chez une espèce apparentée, dont on estime par ailleurs que le taux de survie jusqu’à la maturité varie entre 9  et 18 p. 100 (Jansen et Hanson, 1991).

On croit que les animaux qui, comme le L. cariosa, forment des populations à faible densité et emploient la fécondation directe augmentent leurs chances de se reproduire en se regroupant (voir par exemple Anscombe, 1950). Le regroupement des L. cariosa est probablement accru par ses préférences en matière d’habitat (pour plus de détails, voir la section Habitat). Un échantillonnage effectué par K. White en 2001 en vue de décrire la distribution spatiale des L. cariosadu lac Blacketts révèle que cette population fait montre d’une agrégation spatiale importante, avec un rapport s²/m de 3,71, ce qui est élevé. Les résultats du test du khi carré indiquent que ce rapport diffère significativement de 1 et que la distribution spatiale diffère significativement d’une série de Poisson (P < 0,05).

Survie

On pense que, chez des espèces apparentées d’Unionidés, les chances qu’a une glochidie de survivre pour se transformer et se détacher d’un poisson varient entre 0,000 1 p. 100 (Jansen et Hanson, 1991) et 0,000 001 p. 100 (Young et Williams, 1984). Dans le cadre d’une étude sur la reproduction et la survie des Unionidés dans un lac de l’Alberta, Jansen et Hanson (1991) ont évalué que le taux de mortalité entre le moment où une glochidie se détache du poisson hôte et tombe sur le substrat et l’âge de la maturité sexuelle (5 ans environ) varie entre 82 et 91 p. 100.

Il n’existe pas de données sur la survie du L. cariosaau Nouveau-Brunswick. Par contre, en 2002, K. White a étudié la mortalité par prédation chez le Lcariosa dans la rivière Sydney. Ses données indiquent que le rat musqué est le principal prédateur de L. cariosa adultes dans la rivière Sydney, six tas de déchets étant alimentés au lac Blacketts (figure 9). On a surveillé trois de ces tas de déchets choisis au hasard. On y a observé des traces d’activité du rat musqué et d’autres prédateurs (sentiers venant de la forêt, pistes, fèces, marques de dents sur des coquilles, etc.). Le 25 juin 2002, on a retiré toutes les coquilles des tas, puis on a fait des récoltes subséquentes à toutes les deux semaines jusqu’au 26 septembre 2002. On évalue le taux de prédation du L. cariosa pendant cette période de 8 semaines à seulement 10,5 (écart-type = ±8,7) individus par semaine. Si on pose l’hypothèse que ce taux reste stable toute l’année, une moyenne de 546 L. cariosa seraient mangés par des rats musqués au lac Blacketts chaque année. La taille des coquilles de L. cariosa trouvées dans les tas de déchets variait entre 43,1 mm et 86,4 mm, avec une moyenne de 57,6 mm (±10,5), ce qui indique que seuls les individus adultes sont victimes des prédateurs. Le sex-ratio des proies n’était pas significativement différent de 1:1 (n = 54, khi carré = 0,91), ce qui indique que le rat musqué mange indifféremment des mâles et des femelles. Les populations du Saint-Jean semblent presque complètement à l’abri de la prédation par le rat musqué, mais celle-ci a été notée dans de petits affluents (Sabine, comm. pers., 2003).

On a craint que les manipulations auxquelles sont soumises les moules lors d’études sur la population de L. cariosa de la rivière Sydney puissent entraîner une mortalité. Ce problème a été étudié par K. White en 2002 au moyen d’une expérience sur le terrain visant à estimer la part de la manipulation humaine dans le taux de mortalité du L. cariosa. Dans cette expérience, des lampsiles jaunes (n = 20) ont été retirées de leur habitat naturel et manipulées hors de l’eau pendant 45 minutes. Ces moules ont ensuite été placées dans des enclos (des parcs en treillis métallique d’un mètre) et on a noté le temps nécessaire à un repositionnement normal dans les sédiments. Toutes les moules ont repris une position normale de filtration dans les sédiments, les femelles gravides ont recommencé à déployer le rabat de leur manteau dans l’heure qui a suivi leur mise en place dans l’enclos et aucune mortalité n’a été observée chez ces moules pendant une période d’observation de 18 semaines. Ces résultats indiquent que la manipulation associée à l’identification des espèces et à la mesure des coquilles ne cause ni perturbation notable ni mortalité.

Figure 9. Tas de déchets de rat musqué à la rivière Sydney, à côté de la levée empierrée de la route, 20 juin 1999. Les rats musqués vivent entre les pierres et se nourrissent des moules des eaux peu profondes avoisinantes.

Figure 9. Tas de déchets de rat musqué à la rivière Sydney, à côté de la levée empierrée de la route, 20 juin 1999. Les rats musqués vivent entre les pierres et se nourrissent des moules des eaux peu profondes avoisinantes.

Physiologie

Selon Strayer (1993), le L. cariosapréfère les grands cours d’eau, probablement avec une bonne aération, des températures plus faibles et un apport en calcium adéquat. Comme nous l’avons noté plus haut dans la section Habitat, l’eau du lac Blacketts, à cause du substrat rocheux calcaire, est alcaline, avec un pH de 7,2 à 7,5 (Alexander et al., 1986). Normalement, en hiver, une grande partie de la rivière est recouverte par la glace, à l’exception des zones à plus fort débit situées à l’embouchure des affluents. Nous ne connaissons aucune étude sur la physiologie du L. cariosa.

Déplacements et dispersion

Les moules adultes sont capables de se déplacer localement à l’aide de leur pied musculaire. Ces déplacements limités leur permettent de se repositionner pour une meilleure alimentation et de s’adapter aux changements du niveau de l’eau selon les saisons. Le déplacement des poissons porteurs de glochidies est le principal moyen de dispersion du L. cariosa. Comme nous l’avons mentionné plus haut dans la section Reproduction, le baret sert d’hôte pour la population de L. cariosade la rivière Sydney. Pour la population du Saint-Jean, ce rôle est probablement rempli par la perchaude et le baret. Ce qui suit est une description des déplacements de ces deux espèces et donc des déplacements possibles et de la dispersion des glochidies de L. cariosaqui y sont fixées.

On trouve le baret dans des eaux douces ou saumâtres (Scott et Crossman, 1974). Des populations anadromes existent dans certaines rivières et estuaires côtiers, mais elles ne sont pas communes dans les Maritimes. Il n’y a pour ainsi dire aucun stock anadrome dans la baie de Fundy. Par contre, dans le cadre de recensements provinciaux des stocks halieutiques, on a observé une migration estivale vers la mer dans la rivière La Have, en Nouvelle-Écosse. La fraye printanière se fait à la fin mai ou en juin dans des eaux peu profondes dont la température varie entre 11 et 16 °C, sur plusieurs types de fonds. La nuit, les populations d’eau douce et d’eau salée se déplacent vers les eaux de surface (ou vers les eaux côtières) et retournent vers des eaux plus profondes le jour.

La perchaude est un poisson d’eau douce (Scott et Crossman, 1974). Toutefois, on la retrouve parfois dans des eaux saumâtres le long de la côte de l’Atlantique. La fraye se fait d’avril à juillet, mais d’habitude en mai dans les Maritimes, dans des eaux dont la température varie entre 9 et 12 °C. Les individus adultes se déplacent alors vers les zones peu profondes des lacs ou dans des affluents. La fraye a lieu la nuit ou au petit matin, le plus souvent dans des zones aux fonds végétalisés ou couverts de débris. La perchaude croît rapidement et reste près des berges pendant son premier été. Les adultes se déplacent en bancs plus loin des berges. Ils se déplacent également entre eaux profondes et eaux peu profondes selon la disponibilité de la nourriture, la saison et la température.

Alimentation et interactions interspécifiques

Dans la rivière Sydney, le L. cariosa est associé avec, en ordre de fréquence, l’elliptio maigre de l’Est (Elliptio complanata, forme normale et forme à rayons), l’anodonte de l’Est (Pyganodoncataracta),le Leptodea ochracea et l’anodonte du gasparot (Anodonta implicata). On trouve également la mulette perlière de l’Est (Margaritifera margaritifera), mais d’habitude celle-ci n’est pas associée au L. cariosa (Clarke et Meachem Rick, 1963; Davis, 1999). On a déjà mentionné le parasitage de certains poissons dans la section Reproduction et la prédation par des poissons et par le rat musqué dans la section Survie. 

Les moules d’eau douce associées avec la lampsile jaune dans le bassin du Saint-Jean sont, en ordre de fréquence, l’elliptio maigre de l’Est (Elliptio complanata), l’anodonte du gasparot (Anodonta implicata), la lampsile rayée (Lampsilis radiata), le Leptodea ochracea, l’anodonte de l’Est (Pyganodon cataracta), l’alasmidonte à fortes dents (Alasmidonta undulata) et la mulette perlière de l’Est (Margaritifera margaritifera) (Sabine et al., sous presse). Sabine et al. (sous presse) mentionnent aussi qu’ils ont souvent trouvé, dans le Saint-Jean et ses affluents, le Leptodea ochracea dans un habitat semblable à celui du L. cariosa,ce qui en fait un marqueur utile de la présence possible de la lampsile jaune. Comme toutes les autres mulettes, le L. cariosase nourrit, par filtration de l’eau, de déchets organiques et de phytoplancton. Les matières en suspension sont pompées dans la cavité palléale par le siphon inhalant et passent à travers les branchies, où la nourriture est séparée des sédiments. La nourriture est acheminée en avant vers les palpes labiaux puis dans la bouche pendant que les particules indésirables ressortent par le siphon exhalant, situé plus haut que le siphon inhalant, sous forme de pseudofèces.

Comportement et adaptabilité

Sauf pour les caractéristiques mentionnées plus haut dans les sections sur la reproduction et les déplacements, on sait peu de choses du comportement du L. cariosa. La modification du bord du manteau en leurre chez la femelle pour attirer les poissons et la chronologie du déploiement de ce leurre ont été décrites dans la section Reproduction. On n’a jamais directement observé la libération des glochidies chez le L. cariosa .

La transformation des glochidies du L. cariosa en individus juvéniles a été réalisée avec succès en bassin sur des perchaudes et des barets (Wick et Huryn, 2002). Les résultats de l’expérience de K. White portant sur la mortalité causée par la manipulation humaine des spécimens (dont on a parlé plus haut) laissent croire que l’espèce pourrait être transplantée avec succès.

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Taille et tendances des populations

Depuis la découverte de la population de L. cariosa de la rivière Sydney, en Nouvelle-Écosse (Clarke et Meachem Rick, 1963), le personnel du Nova Scotia Museum a visité ce secteur à plusieurs reprises afin de vérifier l’occurrence de l’espèce et d’en obtenir des spécimens pour la collection du musée. Les sites visités fréquemment sont indiqués sur la carte reproduite à la figure 4. En 1977, 1978, 1987 et 1990, on a trouvé des L. cariosa aux sites 1, 2 et 3; en 1999, on en a aussi trouvé aux sites 5 et 8. En 1999, S. Kavannagh (comm. pers.) a signalé des L. cariosa dans tout le réseau fluvial, depuis la rive près du barrage jusqu’au lac Blacketts. En 1999, l’espèce semblait absente du fond de vase et de la rive marécageuse à l’extrémité sud-ouest du lac Blacketts et du cours inférieur du ruisseau Meadows (en aval de la station 6 de la figure 4). Les relevés de mulettes effectués par S. Kavannagh seront publiés dans un avenir plus ou moins rapproché avec d’autres relevés effectués en 1999 et en 2000 par le personnel du ministère des Ressources naturelles de Nouvelle-Écosse. D’autres relevés effectués par le personnel du même ministère en 1999 et en 2000 dans le cadre d’études portant sur l’ensemble de l’île du Cap-Breton et le nord de la Nouvelle-Écosse n’ont permis de trouver aucune autre localité de L. cariosa. On n’a pas trouvé non plus de L. cariosa lors du relevé effectué en 2001 au lieu historique national de la Forteresse-de-Louisbourg et dans l’écosystème environnant, ni dans le relevé du parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton réalisé en 2002 (Power et Gouthro, 2002; Lambert et al., 2003).

Une étude ayant pour but d’établir des estimations quantitatives de la taille de la population de L. cariosa de la rivière Sydney a été réalisée par K. White en 2001 et 2002. Cette étude se concentrait sur les secteurs où on avait déjà observé des L. cariosa, soit le tronçon de la rivière Sydney situé en amont du barrage, y compris les lacs Blacketts et Gillis (figure 4). Tous les échantillons de cette étude ont été prélevés entre le 1er juillet et le 25 août. La méthode d’échantillonnage consistait à prélever des moules dans 310 quadrats de 1  choisis au hasard dans le périmètre des lacs Blacketts et Gillis et 53 quadrats de 1 m² choisis au hasard sur la rive de la rivière Sydney, depuis la levée empierrée de la route du lac Blacketts jusqu’au barrage. La majeure partie de l’échantillonnage (333 quadrats) s’est faite au moyen d’un seau à fond de verre, en eau peu profonde (< 1,5 m). L’observation était visuelle ou tactile, selon la turbidité de l’eau. Pour une partie de la recherche de spécimens, les chercheurs brossaient les sédiments fins, soulevaient les éléments non enfoncés et raclaient les sédiments libres du bout des doigts. Un sous-ensemble comprenant 30 de ces quadrats a fait l’objet d’un deuxième échantillonnage par excavation (Smith et al., 2000). L’excavation consistait à enlever le substrat jusqu’à une profondeur d’environ 10 cm et à le tamiser dans une grille à mailles de 6,4 mm. D’autres échantillons (30 quadrats) ont également été prélevés à des profondeurs de 2 à 6 m à l’aide d’un scaphandre autonome afin de déterminer si les estimations effectuées en eau peu profonde étaient représentatives de la densité de moules en eau plus profonde. Au total, 393 quadrats ont été échantillonnés.  

La majorité des L. cariosa (à l’exception des femelles gravides) observés dans la rivière Sydney étaient complètement enfouis dans les sédiments; cependant, en y regardant de près, l’ouverture de leurs siphons était visible à l’interface entre les sédiments et l’eau. Le double échantillonnage a permis d’estimer qu’en moyenne, 87,5 p. 100 (±31,0) des L. cariosa étaient visibles lors des dénombrements de surface. Sur la base de ce constat et d’un autre constat, à savoir que la densité de L. cariosa à des profondeurs de 0,5 m et de 2,0 m est représentative de la densité observable à des profondeurs plus importantes (voir la section Habitat), il a été décidé de fonder les estimations de densité visant à estimer la taille de la population totale de la rivière Sydney sur le dénombrement en surface de 363 quadrats choisis au hasard dans les eaux peu profondes (< 1,5 m) en bordure de la rive.

La densité de L. cariosa au lac Blacketts était de 0,8 individu par m² (écart-type = ±1,7). Au lac Gillis, la densité était de 0,8 individu par m² (écart-type = ±1,1), et dans la rivière Sydney, cette densité était estimée à 0,4 individu par m² (écart type = ±1,2). L’extrapolation de ces estimations de la densité en estimations de l’abondance totale de la population au lac Blacketts et au lac Gillis nécessite une estimation de la superficie d’habitat utilisable dans notre zone d’échantillonnage. Sur la base de l’examen de la densité en relation avec la profondeur de l’eau, nous supposons que toute la superficie comprise entre les profondeurs de 0,5 et 5,0 mètres représente un habitat utilisable par le L. cariosa dans la rivière Sydney. Nous avons utilisé le logiciel ArcView pour estimer cette superficie à partir de cartes SIG et bathymétriques. Nous avons estimé que le lac Blacketts, le lac Gillis et la basse Sydney contenaient respectivement 0,564 km², 0,145 km² et 1,81 km² d’habitat utilisable. En multipliant ces nombres par les estimations de densité, nous obtenons une estimation de l’abondance totale de 434 401 individus (écart-type = ±953 425) pour le lac Blacketts, 108 636 individus (écart-type = ±165 128) pour le lac Gillis et 723 600 individus (écart-type =±2 225 070) pour le cours inférieur de la rivière Sydney jusqu’au barrage. L’estimation de la taille totale de la population de la rivière Sydney est donc de 1 266 637 individus (écart-type =±3 343 623). Évidemment, la forte marge d’erreur associée à ces estimations les vide quelque peu de leur sens. Le haut niveau d’agrégation spatiale observé chez la population de L. cariosa de la rivière Sydney est semblable à celui qu’on peut observer chez d’autres populations d’Unionidés; il en résulte un ratio variance: moyenne élevé, qui entraîne à son tour une grande imprécision dans les estimations de la densité et des difficultés dans l’examen de la dynamique des populations (Kat, 1983). En 2002, dans une tentative visant à obtenir des estimations plus précises de la taille minimale de la population de la rivière Sydney, K. White a réalisé un échantillonnage stratifié dans deux secteurs du lac Blacketts à forte densité de L. cariosa (les sites 9 et 10 de la figure 4). La densité à ces sites était de 3,5 individus par m² (écart-type = ±2,4) et de 3,9 individus par m² (écart-type = ±2,7). La superficie de ces grappes a été estimée à 12 500 m² et 23 200 m², ce qui donne des estimations de la taille des populations de 39 875 (écart-type = ±25 375) et 81 896 (écart-type = ±56 144) individus, respectivement.  

Bien que la lampsile jaune conserve une vaste aire de répartition dans le réseau hydrographique du bas Saint-Jean, certains signes indiquent que l’aire de répartition de l’espèce au Nouveau-Brunswick a diminué depuis un siècle (Sabine et al., sous presse). La lampsile jaune a peut-être déjà occupé des portions aujourd’hui endiguées du Saint-Jean en amont de la limite des eaux à marée. L’espèce est présente actuellement juste en aval du barrage Mactaquac, et on la trouve en amont de la limite des eaux à marée sur la rivière Canaan, parfois sur des substrats de galets qui étaient caractéristiques du haut Saint-Jean avant la construction des barrages. Il semble y avoir en abondance un excellent habitat pour la lampsile jaune dans les eaux peu profondes du bassin de retenue du barrage Mactaquac (Sabine et al., sous presse). Bien qu’il reste possible que la lampsile jaune soit encore présente en amont de ce bassin, la disparition du L. cariosa en amont du barrage Mactaquac représenterait une réduction de son aire de répartition et de sa population au Nouveau-Brunswick. De plus, deux valves de Lampsilis cariosa qui se trouvent aujourd’hui dans la collection de mollusques du Musée du Nouveau-Brunswick ont été prises au lac Darlings, sur la rivière Kennebecasis, probablement entre 1895 et 1900. Lors des relevés de moules effectués en 2001 et en 2002, on n’a pas relevé la présence de L. cariosa dans la rivière Kennebecasis. De même, des recherches spécifiques de l’espèce effectuées sur plusieurs kilomètres de rive au lac Darlings en 2002 ont également été infructueuses. Sabine et al. (sous presse) notent que même si la portion du Saint-Jean entre la limite inférieure de l’aire de répartition actuelle du L. cariosa et l’embouchure de la rivière Kennebecasis semble trop saumâtre pour accueillir l’espèce, la disparition de la lampsile jaune de la rivière Kennebecasis elle-même représenterait une réduction considérable de l’aire de répartition de l’espèce au Nouveau-Brunswick et, partant, de la superficie de ses zones d’occurrence et d’occupation.

Jusqu’à l’étude réalisée par Davis (1999) sur la situation de diverses espèces de mulettes au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse en 1999, la lampsile jaune avait été complètement ignorée au Nouveau-Brunswick, sauf les brefs commentaires sur la répartition de l’espèce au Canada émis par Clarke (1981) sur la base de deux valves usées récoltées par A.M. Rick près de Fredericton en 1962 (Clayden et al., 1982). Nous n’avons pas pu trouver ces spécimens dans la collection du Musée canadien de la nature pour les réexaminer en octobre 2000. Davis (1999) a été incapable de trouver le L. cariosa au Nouveau-Brunswick au cours de ses recherches; étant donné le long intervalle écoulé depuis les récoltes antérieures et les changements survenus subséquemment dans la rivière avec l’exploitation du barrage hydroélectrique Mactaquac (670 MW) depuis 1968, il a conclu que la lampsile jaune était probablement disparue du Nouveau-Brunswick. Si on considère que le site de la récolte faite par Rick en 1962 n’est qu’à environ 2 km en aval du barrage, cette conclusion n’était peut-être pas déraisonnable.

Néanmoins, les relevés effectués au Nouveau-Brunswick en 2001 et en 2002 indiquent qu’une importante population de lampsiles jaunes survit dans le bas Saint-Jean et ses affluents. Si jusqu’ici, les relevés ont surtout eu pour but de confirmer la présence du L. cariosa au Nouveau-Brunswick et de délimiter son aire de répartition dans le réseau du Saint-Jean, il est clair que le bas Saint-Jean et ses affluents abritent la majeure partie de la population canadienne de l’espèce (Sabine et al., sous presse). Par exemple, Sabine et al. (sous presse) signalent que l’un des 30 sites du réseau du Saint-Jean où se trouve le L cariosa se compose d’environ 2,4 km² d’habitat idéal. Si la densité de L. cariosa à ce site s’approchait de celles observées chez les populations voisines de la Nouvelle-Écosse (de 0,4 à 0,7 individu/m²) ou du Maine (de 0,4 à 2,8 individus/m²) (Wick et Huryn, 2002), le nombre d’individus vivant à ce site seulement frôlerait les 2 millions. Même en supposant une densité d’un ordre de grandeur inférieur, la population totale dans le réseau du bas Saint-Jean se chiffrerait à plusieurs millions. Les estimations préliminaires de la densité établies pour la rivière Canaan en 2002 par excavation de plus de 500 quadrats de 0,25 m² indiquent que les densités observées dans la Canaan sont du même ordre que celles qui ont été observées dans la rivière Sydney, en Nouvelle-Écosse, et au Maine (Sabine et al., sous presse).

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Facteurs limitatifs et menaces

Le fait d’être située dans un milieu suburbain présente plusieurs menaces pour la population de la rivière Sydney. Un barrage construit en 1902 aux fins de l’approvisionnement industriel et domestique en eau douce maintient les niveaux d’eau actuels dans la rivière Sydney. Une brèche dans ce barrage entraînerait le déclin de l’habitat du L. cariosa à cause de la réduction de l’habitat riverain couvert par l’eau et d’une intrusion accrue de l’eau de mer en amont du barrage. Les populations de poissons et de moules bénéficient des mesures de contrôle environnemental nécessaires au respect des normes de qualité de l’eau. Cependant, les rives de la rivière Sydney sont progressivement exposées au développement résidentiel et à la croissance de l’industrie des services, ce qui accroît les risques de pollution et d’envasement découlant de l’entretien des terrains, des accidents de transport et des activités récréatives. Au lac Blacketts, on signale des cas de dermatite du baigneur, affection cutanée causée par les cercaires de diverses espèces de trématodes parasites. Les cercaires sont transportés par divers escargots pulmonés dulcicoles, en particulier la stagnicole robuste des lacs (Stagnicola catascopium catascopium [Say, 1817]), espèce commune dans tout l’est du Canada (Scott et Burt, 1976; Clarke, 1981). Selon le composé utilisé, les efforts de lutte contre les escargots au moyen de molluscicides risquent de nuire aux populations de moules (Waller et al., 1993). 

Les populations de Lampsilis cariosa qui vivent dans le bas Saint-Jean ne semblent guère menacées pour le moment (Sabine et al., sous presse). Les populations les plus importantes, qui vivent au milieu de la rivière dans les vastes tronçons inférieurs du St-Jean, semblent relativement à l’abri, même de la prédation par le rat musqué, laquelle est considérée comme une menace pour certaines populations de moules en péril (Zahner-Meike et Hanson, 2001). Il y a bien quelques aménagements agricoles, résidentiels ou industriels sur la majeure partie du corridor du fleuve, mais une grande partie du bassin du Saint-Jean se compose de terres forestières non développées. La sédimentation, l’eutrophisation due au ruissellement agricole et aux eaux usées et le développement riverain sont des problèmes dans certaines portions du bassin du Saint-Jean; ces problèmes prennent de l’ampleur dans certains secteurs (Harvey et al., 1998). La portion de la rivière Kennebecasis pour laquelle il existe des mentions historiques du L. cariosa, mais où on a été incapable de retrouver l’espèce, a récemment été considérée comme une des zones riveraines les plus perturbées au Nouveau-Brunswick (Brillant, comm. pers., 2002).

D’après Sabine et al. (sous presse), il y aurait lieu de faire des études supplémentaires sur les effets qu’a sur la mortalité du L. cariosa la baisse du niveau de l’eau à la fin de l’été dans le bas Saint-Jean, en rapport avec l’augmentation de la température de l’eau, de l’exposition et de la pénétration d’eau salée. La limite actuelle de l’aire de répartition du L. cariosa vers l’aval sur le Saint-Jean coïncide de près avec la limite actuelle de l’intrusion de l’eau salée. Cependant, pendant les périodes de basses eaux, le front salin pénètre plus avant à l’intérieur des terres. Sabine et al. (sous presse) ont observé une certaine mortalité dans le Saint-Jean à la fin août et au début septembre 2001, année particulièrement sèche. Ces auteurs pensent qu’une partie de cette mortalité aurait été due à la baisse du niveau de l’eau et à la hausse de la température de l’eau sur les bancs de sable.

La moule zébrée (Dreissena polymorpha), espèce introduite, constitue une grave menace pour les populations indigènes de mulettes ailleurs en Amérique du Nord (Ricciardi et al., 1998; Martel et al., 2001). White (2001) est d’avis que le risque que le D. polymorpha s’établisse dans la rivière Sydney est faible, mais Sabine et al. (sous presse) considèrent la moule zébrée comme une menace éventuelle pour le L. cariosa au Nouveau-Brunswick. Certes, on n’a pas encore signalé la moule zébrée au Nouveau-Brunswick à ce jour, mais son aptitude à coloniser les milieux d’eau douce au courant non unidirectionnel − lacs et rivières à marée par exemple − indique qu’elle pourrait éventuellement se propager dans tout le cours inférieur du Saint-Jean si elle était introduite accidentellement.

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Importance de l'espèce

Bailey (1887) a signalé des perles de coquillage produites localement à partir d’Unionidés dans une tombe autochtone sur la Tobique, dans le nord du Nouveau-Brunswick. Certains documents indiquent également qu’une pêche informelle de perles d’Unionidés axée sur le genre Margaritiferia était pratiquée dans certains comtés du sud du Nouveau-Brunswick à la fin du 19e siècle (Ganong, 1889). Cependant, d’après ce qu’on en sait, ni les L. cariosa du Saint-Jean ni ceux de la rivière Sydney n’ont jamais eu d’utilisation traditionnelle, culturelle ou commerciale. Actuellement, la lampsile jaune est considérée comme une espèce menacée dans toute son aire de répartition au États-Unis; dans certains bassins versants, on croit qu’elle est disparue ou, à tout le moins, en voie de disparition.

Il faudra d’autres travaux pour estimer l’abondance totale du L. cariosa dans le réseau du Saint-Jean, mais il est déjà évident que le bas Saint-Jean et ses affluents abritent la majeure partie de la population canadienne de l’espèce. Les populations du Saint-Jean et de la Sydney sont disjointes, cette dernière se trouvant à au moins 500 km de la population la plus proche, dans la partie principale de l’aire de répartition. La taille apparente et l’intégrité génétique présumée de ces populations isolées de L. cariosa, de même que l’absence actuelle de la moule zébrée (Dreissena sp.) dans les réseaux du Saint-Jean et de la Sydney, laissent penser que ces populations de lampsiles jaunes pourraient jouer un rôle important dans la conservation future de l’espèce. De plus, l’accès relativement facile au L. cariosa et aux mulettes qui lui sont associées dans le Saint-Jean et la Sydney en fait une ressource importante pour la recherche et l’éducation.

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Protection actuelle ou autres désignations

Le Lampsilis cariosa est considéré comme une espèce menacée dans toute son aire de répartition aux États-Unis (Williams et al., 1993); il est protégé dans certains États, dont le Massachusetts et le Maine (D. Smith, 1999; Nedeau et al., 2000). Il pourrait avoir disparu de certains bassins versants (Counts et al., 1991; Strayer et Jirka, 1997). On envisage d’inclure l’espèce dans la liste fédérale des espèces en péril aux États-Unis à cause des indices actuels de vulnérabilité, mais il faudra des recherches supplémentaires avant d’inscrire l’espèce sur cette liste (U.S. Fish and Wildlife Service, 2004).

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Résumé technique

Lampsilis cariosa

Lampsile jaune – Yellow Lampmussel

Répartition au Canada :

seules deux localités sont connues : la rivière Sydney, comté du Cap-Breton (Nouvelle-Écosse); le bas Saint-Jean et ses affluents près de Fredericton (Nouveau-Brunswick).

Information sur la répartition

Superficie de la zone d’occurrence (km²).

  • Calculée sur ArcView d’après des cartes SIG
  • Rivière Sydney – 20 km²
  • Rivière Saint-Jean – environ 245 km²

Préciser la tendance de la zone d’occurrence.

  • Rivière Sydney : stable
  • Rivière Saint-Jean : signes d’une réduction de la zone historique, tendance actuelle inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes de la zone d’occurrence?

Probablement pas

Superficie de la zone d’occupation (km²)

  • Pour les méthodes de calcul, voir Taille et tendances des populations
  • Rivière Sydney : environ 2,6 km²
  • Rivière Saint-Jean : inconnue, mais considérablement inférieure à la zone d’occurrence

Préciser la tendance de la zone d’occupation.

  • Rivière Sydney : inconnue
  • Rivière Saint-Jean : inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes de la zone d’occupation?

On ne sait pas pour les deux populations.

Nombre de localités connues ou présumées :

2, soit la rivière Sydney (y compris 2 petits lacs) et environ 30 sites sur la Saint-Jean

Préciser la tendance du nombre de localités.

Indices d’un déclin historique sur la Saint-Jean, situation actuelle inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de localités?

Probablement pas

Préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat.

Stable dans la Sydney et la Saint-Jean

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population) :

Inconnue

Nombre d’individus matures :

Inconnu

Tendance de la population totale :

Inconnue

Pourcentage du déclin au cours des dernières/prochaines années ou trois générations :

Inconnu

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures?

On ne sait pas.

La population totale est-elle très fragmentée?

Oui

Préciser la tendance du nombre de populations :

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations?

Probablement pas

Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune :

  • Rivière Sydney ~ 0,4-0,8 individu par ;
  • Rivière Saint-Jean ~ 0,4-0,8 individu par m²

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

Modification du rivage en zone résidentielle le long de la rivière Sydney

Effet d’une immigration de source externe

Statut ou situation des populations de l’extérieur

États-Unis : Cote mondiale (Global Heritage Status Rank) : G3G4; cote arrondie : G3; justification de la cote : l’aire de répartition et l’abondance de l’espèce ont quelque peu régressé. Cote nationale pour les États-Unis : N3N4. Connecticut (SH), Delaware (SH), District de Columbia (SH), Georgia (S2), Maine (S2S3), Maryland (S1), Massachusetts (SH), New Hampshire (SX), New Jersey (S1), New York (S3), Caroline du Nord (S1), Pennsylvanie (S3S4), Caroline du Sud (S?), Vermont (SR), Virginie (S2), Virginie-Occidentale (S1). Union mondiale pour la nature (UICN) : espèce en danger. Statut de l’American Fisheries Society : espèce menacée (NatureServe, 2003; voir la définition des codes à l’annexe 1.)

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

  • Pas possible dans la rivière Sydney
  • Possible dans la Saint-Jean

Les individus immigrants survivraient-ils au Canada?

Oui

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants au Canada?

On ne sait pas.

Un sauvetage par des populations de l’extérieur est-il plausible?

Non

Analyse quantitative

Autres statuts

Statut et justification de la désignation

Statut : Espèce préoccupante

Code alphanumérique : Non applicable

Les populations sont assez importantes et apparemment stables au Canada, mais l’espèce ne se trouve que dans la rivière Sydney (Nouvelle-Écosse) et le bassin du Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). Les menaces sont actuellement très limitées, mais il demeure des préoccupations à long terme associées au risque d’introduction de la moule zébrée dans la Saint-Jean et au maintien de la qualité de l’habitat de l’unique population de la rivière Sydney.

Application des critères 

  • Critère A (Population totale en déclin) : Aucune donnée disponible sur le taux de déclin des populations. 
  • Critère B (Aire de répartition peu étendue, et déclin ou fluctuation) : La zone d’occurrence et la zone d’occupation sont toutes deux petites et correspondent aux critères d’une espèce en voie de disparition, mais le « déclin continu » est soit inexistant, non établi, ou la population est stable. 
  • Critère C (Petite population totale et déclin) : Le nombre d’individus adultes est inconnu, mais il dépasse probablement de beaucoup la valeur pour les espèces menacées (p. ex. la population totale est estimée à &gt;1 000 000). 
  • Critère D (Très petite population ou aire de répartition restreinte) : Le nombre d’individus adultes est inconnu, mais il dépasse probablement de beaucoup la valeur pour les espèces menacées (p. ex. la population totale est estimée à &gt;1 000 000). Si la zone d’occupation de l’espèce est inférieure à 20 km², cette dernière tomberait dans la catégorie « menacée » en vertu du critère D2, mais la zone d’occupation dans la rivière Saint-Jean est inconnue. 
  • Critère E (Analyse quantitative) : Aucune donnée n’est disponible pour l’analyse quantitative.

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Remerciements

Le financement du présent rapport de situation et des déplacements associés a été assuré par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada et les ministères des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick et de Nouvelle-Écosse. Les rédacteurs du rapport désirent également remercier Andrew Hebda, conservateur (zoologie) au Nova Scotia Museum of Natural History, et Jerry Leary, directeur du Nylander Museum, de leur avoir aimablement donné accès aux collections dont ils ont la responsabilité. Le personnel du ministère des Ressources naturelles de Nouvelle-Écosse a autorisé la consultation des résultats de ses relevés de mulettes de 1999. En outre, Sana Kavanagh, du University College of Cape Breton à Sydney, a fourni les résultats préliminaires de son étude réalisée en 1999 sur les moules de la rivière Sydney. Le Programme d’action des zones côtières de l’Atlantique pour le secteur de l’île du Cap-Breton, par l’entremise du programme de liaison scientifique d’Environnement Canada, a financé l’étude de la rivière Sydney réalisée par Kellie White en 2001-2002. Des services de consultation technique pour cette étude ont été fournis par Diane Amirault (Service canadien de la faune), Janice Smith (Institut national de recherche sur les eaux) et Jim Foulds (University College of Cape Breton). Edgar Barrington et Mike Joseph, du Projet d’innovation en emploi communautaire, ont réalisé la collecte de données pour l’étude de K. White sur la rivière Sydney. Nous sommes également reconnaissants à Dwayne Sabine et Scott Makepeace, de la Direction de la pêche sportive et de la chasse du ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick, qui nous ont autorisés à puiser largement dans leur manuscrit actuellement sous presse (préparé avec McAlpine) sur la lampsile jaune du Saint-Jean et de ses affluents. Dwayne Sabine a également émis des commentaires très utiles sur une ébauche du présent rapport.

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Ouvrages cités

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Sommaire biographique des rédacteurs du rapport

Toute sa vie, Derek Davis s’est intéressé à l’histoire naturelle et aux paysages; il s’intéresse particulièrement à la diversité et à la zoogéographie des mollusques. Après des études à Londres, il a obtenu en 1960 un baccalauréat en géologie, zoologie et botanique de l’Université de Londres. Au cours des cinq années qui ont suivi, il a effectué des relevés marins de sites de production d’électricité au Royaume-Uni, continué de s’intéresser à l’histoire naturelle, participé à un recensement cartographique de 10 km² de mollusques non marins et organisé des activités de conservation de la nature pour les jeunes en Grande-Bretagne et dans le nord-ouest de l’Europe. Il a immigré au Canada en 1965 et obtenu en 1972 un doctorat en biologie de l’Université Dalhousie, à Halifax, pour son étude sur l’écologie de la littorine rugueuse. Il est entré au Nova Scotia Museum en 1968 à titre de conservateur en chef des collections scientifiques. Administration, gestion, recherche et projets d’interprétation y étaient au nombre de ses activités. Par l’entremise du comité du gouvernement provincial sur l’aménagement du territoire, il a participé à la préparation de politiques et de textes législatifs se rapportant au réseau des parcs provinciaux, à la Special Places Protection Act et à la protection des habitats fauniques. Ces travaux ont notamment permis la production d’un important ouvrage de référence en deux volumes, The Natural History of Nova Scotia, publié d’abord en 1984 et révisé en 1996. Il a administré les collections d’invertébrés non arthropodes du musée et y a ajouté nombre de mollusques et d’autres invertébrés marins, dulcicoles et terrestres, principalement de Nouvelle-Écosse. Il a publié de nombreux articles et rapports. Il a pris sa retraite du Nova Scotia Museum en 1994, mais il y demeure chercheur associé. Derek Davis est membre de l’Ecology Action Centre, de l’American Malacological Society, de la Marine Biological Association of the United Kingdom, de la Malacological Society of London et d’autres sociétés scientifiques.

Kellie White a obtenu son baccalauréat en écologie et évolution en 1994 et terminé sa maîtrise en zoologie en 1997 à l’Université Western Ontario; son mémoire de maîtrise portait sur l’écologie des mulettes. Elle a ensuite travaillé au Center for Ecology and Conservation Biology de l’Université de Boston, dont elle a coordonné le programme d’écologie tropicale de 1998 à 2000. En 2001, elle a commencé à travailler pour le Programme d’action des zones côtières de l’Atlantique – secteur de l’île du Cap-Breton en tant que chercheure en écologie, avec pour centres d’intérêt la conservation de la faune, l’éducation et la restauration des habitats. Dans le cadre de ces travaux, elle a effectué des recherches sur le Lampsilis cariosa dans la rivière Sydney, évalué et rétabli plus de 100 km d’habitat du poisson en eau douce et élaboré des programmes de surveillance communautaire des mulettes, des estuaires et des oiseaux aquatiques migrateurs à l’île du Cap-Breton.

Donald McAlpine est titulaire d’un doctorat de l’Université du Nouveau-Brunswick; il est actuellement conservateur (zoologie) au département des Sciences naturelles du Musée du Nouveau-Brunswick (MNB). Il occupe également des postes auxiliaires à l’Université du Nouveau-Brunswick et à l’Université Dalhousie. Avant son entrée au MNB en 1981, il a travaillé  pour divers organismes scientifiques et de conservation au Canada, au Royaume-Uni, en Islande et au Panama.

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Authorité contacté

Un avis sur l’étude de la situation du L. cariosa a été inséré dans le numéro de mai 1999 du Triannual Unionid Report17 (Davis, 1999). Cet avis n’a produit qu’une demande de renseignements généraux sur les mulettes locales. Les renseignements sur le L. cariosa en Nouvelle-Angleterre sont tirés d’un site Internet mis sur pied par D.G. Smith, de l’Université du Massachusetts (Research Request - Yellow Lampmussel, site disponible en anglais seulement). Nous avons communiqué avec Lori Small, bibliothécaire au ministère de l’Environnement de Nouvelle-Écosse (site disponible en anglais seulement) à Halifax, pour obtenir des renseignements sur la qualité de l’eau de la rivière Sydney (N.-É.). Nous avons également eu des discussions sur le projet avec Mark Elderkin, Terry Power et d’autres membres du personnel du ministère de l’Environnement de Nouvelle-Écosse dans le cadre d’un atelier sur les mulettes qui a eu lieu à Coxheath, dans le comté du Cap-Breton, le 21 juin 1999.         

Autres experts consultés

  • Caroline Pollock, IUCN/SSC, Redlist Programme, Cambridge (R.-U.)
  • Isabelle Picard
  • Dwayne Sabine, Scott Makepeace, Direction de la pêche sportive et de la chasse, ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie du Nouveau-Brunswick.
  • Carol Myers, Ohio State Museum of Biological Diversity, Ohio State University.
  • Shawn Brillant, Programme d’action des zones côtières de l’Atlantique, Saint John, Nouveau-Brunswick.
  • Chip Wick, Ecology and Environmental Sciences, University of Maine at Orono.

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Collections examinées ou consultées

Les collections suivantes ont été examinées ou consultées au cours de recherches sur le L. cariosa :

  • Musée canadien de la nature, 1740, chemin Pink, Aylmer (Québec), J9H 5EI. André Martel, conservateur.
  • Musée du Nouveau-Brunswick, 277, avenue Douglas, Saint John (Nouveau-Brunswick), E2K 1 E5. D. MacAlpine, conservateur (zoologie).
  • Nova Scotia Museum of Natural History, 1747, rue Summer, Halifax (Nouvelle-Écosse), B3H 3A6. Andrew Hebda, conservateur (zoologie).
  • The Nylander Museum, 657 Main Street, Caribou, Maine, 04736. Jerry Leary, directeur.
  • Ohio State Museum of Biological Diversity, Ohio State University, 1315 Kinnear Road, Columbus, Ohio, 432212. Carol Myers, Research Assistant.

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Annexe 1. Définitions des codes de statut

La cote de conservation d’un élément dont on sait ou on suppose qu’il existe dans un territoire est exprimée par un nombre entier de 1 à 5, précédé selon le cas de la lettre G (mondial), N (national) ou S (infra-national). Les chiffres signifient : 1 = gravement en péril, 2 = en péril, 3 = susceptible de disparaître du territoire ou de s’éteindre complètement, 4 = apparemment non en péril, 5 = largement répandu, abondant et non en péril, X = présumé disparu, H = peut-être disparu, R = signalé, ? = non classé

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