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Cahier de consultation au sujet de l’inscription à la Liste des espèces en péril pour les populations de l’Atlantique du requin bleu, du requin-taupe bleu, et du grand requin blanc

Requin-taupe bleu

Le requin-taupe bleu (Isurus oxyrinchus) est l'une des cinq espèces de la famille des Lamnidés, qui comprend le grand requin blanc et le requin-pélerin. C’est un requin fusiforme, dont la couleur va du bleu nuit au pourpre sur la partie dorsale au blanc sur la partie ventrale. Il est doté d’une tête conique, d’un museau pointu et d’une nageoire caudale en forme de croissant. Sa bouche en U est garnie de grandes dents pointues; celles-ci font saillie à l’extérieur, même quand la bouche est fermée. L’animal peut atteindre une longueur maximale de plus de 4 mètres.   Il n’y a pas de relevés scientifiques sur le requin-taupe bleu dans les eaux canadiennes. 

Le requin-taupe bleu est présent dans toutes les mers tempérées et tropicales du monde. Dans l’Atlantique Nord‑Ouest, il fréquente aussi bien les eaux du large que les zones côtières, des Bermudes au golfe du Maine. Dans les eaux canadiennes, qu’on estime représenter la limite de son aire de distribution, on en a observé des spécimens sur les Grands Bancs du large de Terre-Neuve ainsi que sur le plateau néo-écossais et jusqu’au banc Georges.

Il ressort d’expériences de marquage que le requin-taupe bleu migre beaucoup et que sa distribution dépend apparement de la température de l’eau, sa préférence allant aux eaux de 17 à 22 oC. Il migre vers la côte atlantique du Canada, habituellement à la fin de l’été et en automne, où il est habituellement associé aux eaux chaudes du Gulf Stream. C’est un poisson qui a une très grande faculté d’adaptation et qui peut supporter d’importants changements de température ainsi que des variations dans la disponibilité des aliments dans toute son aire de distribution. Le requin-taupe bleu se nourrit habituellement d’autres poissons, dont le thon, le maquereau, le tassergal et l’espadon, mais il peut manger aussi des mammifères marins.

Contrairement à la plupart des autres requins, les Lamnidés peuvent réguler leur température corporelle; le requin-‑taupe commun bleu maintient la sienne à 1 à 10 oC au-dessus de celle de l’eau ambiante. Cela permet à ce requin (qui est un des plus rapides au monde) de continuer à nager très vite lorsqu’il traverse des eaux plus profondes et plus froides.

Les femelles accèdent à la maturité à une longueur totale de 2,7 à 3 m et leur progéniture se compose d’environ 4 à  25 petits, qui naissent au terme d’une période de gestation d’environ 15 à 18 mois. À la naissance, les petits mesurent environ 70 cm. Bien que les mâles soient de taille un peu plus petite (2-2,2 m) que les femelles lorsqu’ils arrivent à maturité, celle-ci survient à l’âge de 7 à 8 ans chez les deux sexes. La longévité minimale a été estimée à 24 ans et l’espérance de vie maximale peut aller jusqu’à 45 ans.

Évaluation du COSEPAC

Le COSEPAC justifie ainsi la désignation du requin-taupe bleu comme espèce menacée (M) :

En tant que grand requin pélagique (longueur maximale de 4,2 m) qui atteint la maturité assez tardivement (de 7 à 8 ans), l’espèce a des caractéristiques de cycle biologique qui la rendent particulièrement susceptible à un taux croissant de mortalité de toutes sources, y compris des activités humaines. L’espèce est circumglobale dans les eaux tempérées et tropicales. Les individus trouvés au Canada sont considérés comme faisant partie d’une population plus vaste de l’Atlantique Nord. Puisqu’il ne semble pas y avoir de raison de supposer que la « population » canadienne est démographiquement ou génétiquement indépendante de la population plus vaste de l’Atlantique, la situation de l’espèce au Canada devrait donc refléter la situation de l’espèce dans l’ensemble de l’Atlantique Nord. Bien qu’il n’y ait pas de déclin dans un indicateur de la situation pour l’espèce au Canada, deux analyses indiquent des déclins récents dans l’ensemble de l’Atlantique Nord (40 % de 1986 à 2001; 50 % de 1971 à 2003). Les causes principales du déclin de cette espèce (mortalité causée par la prise accessoire pendant des activités de pêche à la palangre et d’autres pêches) sont comprises et pourraient être renversées, mais ces causes de mortalité n’ont pas été réduites de façon adéquate.

Menaces qui pèsent contre le requin-taupe bleu

Selon le COSEPAC, la pêche, en particulier à la palangre pélagique, est la menace la plus importante qui pèse contre le requin-taupe bleu. Il n’y a pas  d’estimation fiable de l’abondance de cette espèce et le fait que l’effort de pêche à la palangre s’exerce largement sans surveillance dans les eaux internationales accroît l’incertitude quant aux tendances de l’abondance. Des études sur les prises accessoires dans les eaux canadiennes de l’Atlantique démontre  que le requin-taupe bleu

représente de 2 à 3 % du poids total des prises de la pêche de l’espadon à la palangre pélagique. Comme ce requin a une chair très convoitée, ses prises accessoires sont rarement remises à l’eau. 

Des études internationales fondées sur les données de prises à la palangre des pêcheurs américains et japonais reflètent un déclin des taux de prises de requin-taupe bleu de 40 à 50 %. Bien qu’on n’ait pas observé pareil recul dans les eaux canadiennes de l’Atlantique, des études préliminaires dénotent une diminution récente de l’abondance des gros individus.

Le requin-taupe bleu est prisé des pêcheurs sportifs, qui l’apprécient pour sa « combativité » et pour sa chair.

Protection du requin-taupe bleu

Il n’y a pas de pêche dirigée du requin‑-taupe bleu au Canada atlantique, mais il est capturé accessoirement dans d’autres pêches de poissons pélagiques, comme celles de l’espadon, d’autres requins et du thon. Ce requin est géré en vertu du Plan de gestion intégrée de la pêche des requins pélagiques du Canada atlantique, qui autorise des prises accessoires illimitées de requin-taupe bleu, mais  exige une vérification à quai intégrale (100 %) des prises. Quant à la pêche récréative, il s’agit uniquement d’une pêche avec remise à l’eau des captures, sauf lorsqu’elle a lieu dans le cadre de tournois de pêche, où les carcasses peuvent être gardées à des fins d’étude scientifique. Enfin l’ablation des ailerons (pratique consistant à enlever les ailerons pour les vendre et à rejeter la carcasse) est interdite dans toutes les eaux canadiennes depuis 1994.

Conséquences possibles pour les intervenants

Une fois le requin-taupe bleu ajouté à la liste des espèces en péril, il bénéficiera de la protection de la LEP. Si des activités données sont jugées menaçantes pour la survie et le rétablissement d'une espèce figurant sur cette liste, des mesures de gestion seront mises en place pour restreindre ces activités et protéger l'espèce considérée. 

Les mesures en question pourraient avoir des conséquences variées pour les intervenants, y compris des coûts supplémentaires. La liste qui suit n’est pas exhaustive. Veuillez profiter de cette consultation pour signaler toute omission.

Autochtones

Il se peut que les stratégies de gestion envisagées aient des incidences sur les Autochtones qui pratiquent la pêche à des fins alimentaires et sociales et la pêche commerciale communautaire  dans les eaux fréquentées par le requin-taupe bleu.

Industrie de la pêche

Il est important de déterminer toute l'étendue des menaces que pourraient représenter les activités de pêche pour le requin-taupe bleu. Si l’espèce est inscrite sur la liste de la LEP, les activités halieutiques considérées comme une menace à sa survie et à son rétablissement seront frappées d’interdiction. Un certain volume de prises accessoires pourrait être autorisé dans le cadre de la pêche  dirigée d’autres espèces, mais uniquement si des mesures sont prises pour réduire au minimum l’impact de l’activité sur l’espèce et si ce volume de prises accessoires ne nuit pas à ses chances de rétablissement. Les dispositions actuelles de la LEP interdisent toutefois de garder ces prises accessoires.

Opérations militaires

Il se peut que les Forces maritimes de l’Atlantique soient appelées à rédiger des lignes directrices pour les exercices navals dans les zones fréquentées par le requin-taupe bleu. On pourrait également leur demander de s’abstenir d’entreprendre certains genres d’exercices précis dans ces secteurs. Comme le précise la LEP, ces exigences cessent de s’appliquer en situation d’urgence et dans les cas où la sécurité nationale est compromise.

Activités récréatives

Des restrictions et mesures de gestion seront imposées pour limiter les activités récréatives susceptibles d’influer sur la survie et le rétablissement du requin‑-taupe bleu. Il est probable que la pêche récréative du requin-taupe bleu cesserait.

Activités scientifiques

Les personnes qui veulent mener des études sur le requin-taupe bleu ou dans des parties de son habitat devront obtenir un permis et se conformer à des lignes directrices plus strictes. Il est possible que ces exigences aient pour effet de limiter la nature et la durée des recherches autorisées sur le requin-taupe bleu et d’accroître les délais de planification des projets de recherche. 

Autres activités

La navigation maritime ainsi que les activités pétrolières et gazières pourraient également être touchées par l’inscription du requin-taupe bleu sur la liste de la LEP. Aucune menace qui proviendrait de ces activités ou d’autres n’a cependant été cernée. Toutefois, si tel que le suggère le COSEPAC, le requin‑taupe bleu est inscrit sur la liste de la LEP, les interdictions s’appliqueront à TOUTES les activités qui touchent l’espèce.   

Les incidences de toutes les activités prévues dans le milieu maritime qui sont visées par la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale devront aussi être évaluées par rapport aux espèces figurant sur la liste de la LEP, conformément à cette loi.

Bibliographie

COSEPAC 2006. Évaluation et Rapport
de situation du COSEPAC sur le
requin-taupe bleu
Isurus oxyrinchus Population de l'Atlantique au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.   Ottawa. vi + 24 pp.

(www.registrelep.gc.ca/status/showDocument_f.cfm?id=1018).

MPO, 2002. Plan de gestion intégrée de la pêche intégrée des requins pélagiques du Canada atlantique 2002-2007.