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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’onagre à fruits tordus (Camissonia contorta) au Canada

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur
l’Onagre à fruits tordus
Camissonia contorta
au Canada

l’Onagre à fruits tordus

Espèces en voie de disparition 2006

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2006. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’onagre à fruits tordus (Camissonia contorta) au Canada.  Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vi + 22 p.

Note de production

Le COSEPAC aimerait remercier Matt Fairbarns qui a rédigé le rapport de situation sur l’onagre à fruits tordus (Camissonia contorta) au Canada. Le COSEPAC aimerait aussi remercier le Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique qui a fourni le financement et le Capital Regional Districts Parks qui a préparé le présent rapport. Erich Haber, coprésident (plantes vasculaires) du Sous-comité de spécialistes des plantes et lichens du COSEPAC, a supervisé l’examen du présent rapport avec la participation du COSEPAC. Cet examen peut avoir entraîné des changements et des ajouts à la version initiale du rapport.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc.: 819-994-3684
Courriel du COSEPAC
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC assessment and status report on the contorted-pod evening-primrose Camissonia contorta in Canada.

Illustration de la couverture

Onagre à fruits tordus -- Jeanne R. Janish, avec l’autorisation de University of Washington Press.

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2006
No de catalogue CW69-14/472-2006F-PDF
ISBN 0-662-71745-7

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Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation -- Avril 2006

Nom commun : Onagre à fruits tordus 

Nom scientifique : Camissonia contorta

Status : Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation : Une plante herbacée annuelle restreinte à plusieurs habitats côtiers sablonneux, secs et ouverts, de très petite taille. Les petites populations fragmentées sont touchées par la perte continue d’habitat, l’utilisation intense à des fins récréatives et la compétition avec plusieurs plantes exotiques envahissantes.

Répartition : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 2006. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

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Résumé

Onagre à fruits tordus
Camissonia contorta

Information sur l’espèce

L’onagre à fruits tordus (Camissonia contorta) appartient à la famille des Onagracées. Il s’agit d’une petite herbe atteignant tout au plus 40 cm de longueur et dotée d’une étroite racine pivotante. La tige est flexible, généralement ramifiée, pelée dans le bas et souvent étendue. Ses petites fleurs portent quatre pétales jaunes. Les fruits sont de petites gousses tordues qui contiennent plusieurs graines minuscules. Les tiges, feuilles et capsules sont souvent rouge foncé, en particulier dans les milieux en plein soleil.

Répartition

L’aire de répartition de l’onagre à fruits tordus s’étend de la Colombie-Britannique à la Californie, vers l’est jusqu’en Idaho et dans l’ouest du Nevada. Au Canada, l’espèce est confinée aux zones côtières du sud-est de l’île de Vancouver et des îles Gulf voisines, soit une aire de répartition d’environ 750 km². À l’intérieur de cette aire, l’espèce occupe sept petits sites totalisant environ 8 ha.

Habitat

Au Canada, l’espèce est confinée à des platiers de sable et à des dunes semi-stables à moins de 15 m au-dessus du niveau de la mer. Ces habitats sont naturellement fragmentés, mais ils le sont encore davantage en raison de la dégradation des habitats sableux côtiers dans l’aire de répartition canadienne de l’espèce.

Biologie

L’onagre à fruits tordus est une plante annuelle très éphémère. Généralement, la germination a lieu de mars à mai, la floraison, en avril ou en mai et la dispersion des graines, en mai ou en juin. La plupart des plants meurent dès le début de la sécheresse d’été, en juin. Les années aux étés exceptionnellement pluvieux, une petite proportion de plants peuvent survivre jusqu’à la fin de l’été, voire au début de l’automne. Ces plants peuvent reprendre une croissance végétative, produire de nouvelles fleurs et fructifier après des précipitations abondantes.

Les graines de l’onagre à fruits tordus semblent dépourvues de toute forme d’adaptation qui faciliterait leur dispersion sur de longues distances. Il est probable que la plupart demeurent dans les environs immédiats du plant parent. Les courtes distances de dispersion des graines et une forte tendance à l’autopollinisation éliminent pratiquement toute possibilité d’une immigration de source externe, même sur de courtes distances.

Taille et tendances des populations

On compte sept populations existantes et une population disparue au Canada. Ces populations comptent entre 20 et 2 000 plants. On estime que la population totale du Canada se situe entre 3 500 et 4 500 plants matures. Une population a récemment disparu et une autre a subi un déclin d’environ 95 p. 100. Dans l’ensemble, on juge que la population canadienne a subi un déclin d’environ 35 p. 100 au cours des dernières années.

Facteurs limitatifs et menaces

Plusieurs facteurs importants menacent les populations existantes et leur habitat potentiel. Les activités récréatives représentent la menace la plus sérieuse, en particulier la circulation de véhicules et les activités de plage dans les vestiges d’habitat potentiel qui ont, eux-mêmes, subi un recul au cours des dernières décennies. Un certain nombre d’herbes et d’arbustes exotiques et envahissants amenuisent sérieusement la capacité des sites à accueillir l’espèce. Six des sept populations sont si petites qu’elles sont exposées à un risque de modéré à grave d’effondrement démographique. L’herbivorie, qui est vraisemblablement le fait du lapin à queue blanche, une espèce introduite, a eu un impact mineur sur plusieurs plants matures. Ce phénomène ne semble pas représenter une grave menace pour l’espèce.

Protection actuelle

En Colombie-Britannique, la seule province où l’on trouve l’onagre à fruits tordus, l’espèce est désignée S1 – gravement en péril (critically endangered). Aucune législation provinciale ne protège spécifiquement l’onagre à fruits tordus. Aucune des populations ne se trouve dans une aire protégée provinciale, mais une très petite population pousse dans une réserve de parc naturel. Capital Regional District Parks administre des terrains qui abritent une population de grande taille (environ 2 000 individus) et une de moyenne taille (<1 000 individus). Ces populations sont protégées par le règlement des parcs, mais de nombreuses activités récréatives se déroulent à l’intérieur même des petites zones occupées par l’espèce.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (2006)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged ,Note de bas de pagee
Une catégorie qui s’applique lorsque l’information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l’admissibilité d’une espèce à l’évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l’espèce.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

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Information sur l’espèce

Nom et classification

Nom scientifique :

Camissonia contorta (Dougl. ex. Hooker) Kearney

Synonymes :

O. cruciata (S. Wats.) Munz.; Oenothera contorta Dougl. ex. Hooker

Noms communs :

Français – onagre à fruits tordus. Anglais – Contorted-pod evening-primrose; Contorted evening-primrose; Contorted primrose; Bentpod desert primrose; Twisted suncup; Douglas’ evening primrose; Contorted suncup; Dwarf contorted suncup.

Famille :

Onagracées (famille des onagres)

Grand groupe végétal :

Plantes eudicotylédones phanérogames

Macoun a identifié les premiers spécimens de Camissonia contorta recueillis en Colombie-Britannique à la fin des années 1880 comme étant des Oenothera strigulosa (Fischer et Meyer) Torrey et A. Gray. Les trois spécimens de Macoun ont été identifiés comme étant des Camissonia contorta par des taxinomistes compétents.

Le Camissonia contorta est un taxon distinct, et aucun taxon infraspécifique n’est reconnu au Canada. Le Camissonia pubens (S. Wats.) Raven est une espèce étroitement apparentée qui est occasionnellement identifiée comme étant C. contorta var. pubens Kearney. Le Camissonia pubens est confiné à la Californie et au Nevada.

Description morphologique

Le Camissonia contorta (figure 1) est une herbe, généralement de petite taille, qui peut atteindre jusqu’à 40 cm de longueur et qui est dotée d’une étroite racine pivotante. La tige est flexible, habituellement ramifiée, pelée dans le bas et souvent étendue. La tige porte des poils grossiers et étalés, et l’inflorescence peut être glandulaire-pubescente. Les feuilles vont d’une ligne droite à une ellipse allongée, mesurent de 5 à 30 mm de longueur et sont entièrement ou partiellement dentées. Les fleurs, aux bractées foliacées, sont disposées en un racème terminal retombant. Les fleurs sont soit portées par un court pédoncule, soit exemptes de pédoncule. Chaque fleur est constituée d’un hypanthe de 1,5 à 2,0 mm de longueur qui porte quatre sépales, quatre pétales, huit anthères et un ovaire inférieur. Les sépales mesurent de 2,5 à 4,0 mm de longueur et sont réfléchis à maturité. Les pétales, de 3 à 5 mm de longueur, sont d’abord de couleur jaune, puis rougissent. Les étamines sont assez inégales, la plus longue étant presque deux fois la taille de la plus courte. L’ovaire renferme quatre compartiments et se transforme, à maturité, en une capsule linéaire de 2 à 4 cm de longueur d’une épaisseur d’à peine 1 mm. La capsule, sans pédoncule, est cylindrique et enflée au niveau des graines. Sa forme varie de droite à recourbée, presque en fer à cheval. On compte une rangée de graines de 0,7 à 0,9 mm de longueur, luisantes et légèrement texturées, par compartiment (Douglas et Meidinger, 1999). Les tiges, les feuilles et les capsules sont souvent rouge foncé, en particulier dans les milieux en plein soleil.

Figure 1. Le Camissonia contorta; fleur, fruit et apparence générale de la plante (illustration : Jeanne R. Janish, avec l’autorisation de University of Washington Press).

Figure 1. Le Camissonia contorta; fleur, fruit et apparence générale de la plante (illustration : Jeanne R. Janish, avec l’autorisation de University of Washington Press).

Description génétique

Le genre Camissonia a un nombre de chromosomes normal de x=7. L’aneuploïdie est presque inconnue chez les Camissonia, mais plus répandue chez d’autres genres d’Onagracées.Le Camissonia contorta est la seule espèce hexaploïde du genre Camissonia (n=21), d’après le décompte chromosomique de 40 populations, y compris des spécimens provenant de deux emplacements en Colombie-Britannique. Cette espèce peut produire des hybrides stériles avec l’espèce diploïde C. campestris et l’espèce tétraploïde C. strigulosa (dont aucun représentant ne pousse au Canada) et pourrait être un allopolyploïde dérivé d’une hybridation entre ces deux taxons. Cependant, l’espèce pourrait être issue de la fécondation de gamètes non réduits d’une espèce tétraploïde comme le C. strigulosa (autopolyploïdie). Rien n’indique l’existence d’un état intermédiaire entre le C. contorta et quelque espèce que ce soit dans son aire de répartition (Raven, 1969).

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Répartition

Aire de répartition mondiale

L’aire de répartition du Camissonia contortas’étend de la Colombie-Britannique à la Californie, vers l’est jusqu’en Idaho et dans l’ouest du Nevada (figure 2).

Figure 2. Aire de répartition mondiale du Camissonia contorta.

Figure 2. Aire de répartition mondiale du Camissonia contorta.

NatureServe indique la présence du Camissonia contortaau Vermont, mais celle-ci est fondée sur des enregistrements de l’Oenothera cruciata Nutt. var. sabulonensis Fern. (B. Popp, comm. pers., 2003). Cette bisannuelle ou vivace éphémère, de la section Euoenothera du genre Oenothera, aujourd’hui communément identifiée comme étant l’Oenothera parviflora L. (Kartesz,1999), est une plante commune de l’est du Canada et du nord-est des États-Unis. Il s’agit d’un taxon très différent de l’O. cruciata (S. Wats.) Munz (un synonyme du Camissonia contorta).  

Aire de répartition canadienne

Au Canada, le Camissonia contorta est répartie dans un territoire très restreint, seulement près du niveau de la mer, dans le bassin de Géorgie (figure 3). Il est confiné à la zone biogéoclimatique côtière du douglas taxifolié.

Figure 3. Aire de répartition canadienne du Camissonia contorta. Les populations existantes sont représentées par des étoiles noires, la population disparue par le triangle noir et la population la plus proche aux États-Unis par une étoile blanche. À l’échelle de cette carte, les populations 3 et 4 des îles Gulf du nord ne peuvent être représentées par des symboles distincts.

Figure 3. Aire de répartition canadienne du Camissonia contorta. Les populations existantes sont représentées par des étoiles noires, la population disparue par le triangle noir et la population la plus proche aux États-Unis par une étoile blanche. À l’échelle de cette carte, les populations 3 et 4 des îles Gulf du nord ne peuvent être représentées par des symboles distincts.

On connaît huit populations de l’espèce – en considérant comme distinctes les populations séparées par une distance minimale de plus de 1 km – soit sept populations existantes et une historique. Parmi les populations existantes, deux se trouvent sur l’île Savary dans le détroit de Géorgie, quatre dans la péninsule de Saanich et les îles côtières avoisinantes près de Victoria et une au sud-ouest de Victoria (figure 3). La répartition de l’espèce au Canada est très fragmentée : plus de 150 km séparent les deux populations du nord des autres, et la population du sud-ouest se trouve à plus de 30 km de sa plus proche voisine. Cette fragmentation est en grande partie due à la topographie naturelle. Les espaces séparant les populations sont des environnements marins, des écosystèmes forestiers ou des substrats non convenables (non sableux). De plus, d’importants aménagements résidentiels dans la partie sud de l’aire de répartition canadienne ajoutent un élément anthropique à cette fragmentation. La population canadienne, ainsi qu’une seule population voisine sur San Juan Island (État de Washington), est largement disjointe de l’aire de répartition principale de l’espèce. L’aire de répartition canadienne représente moins de 1 p. 100 de l’aire de répartition mondiale.

Aujourd’hui, les plants occupent une zone d’une superficie d’environ 1 500 km². L’océan couvre environ 50 p. 100 de cette superficie; une estimation généreuse de la zone d’occurrence serait donc d’environ 750 km². La zone d’occupation totalise 78 400 .

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Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le Camissonia contorta est un spécialiste des habitats arides, ouverts et sableux dans l’ensemble de son aire de répartition. On la trouve dans des zones ouvertes, des terres herbeuses, du chaparral et des terrains boisés au faible couvert végétal. Dans la région du Pacifique Nord-Ouest, l’espèce est confinée aux faibles élévations, mais en Californie, on la trouve jusqu’à 2 300 m d’altitude (Peck, 1941; Hitchcock et Cronquist, 1961; Raven, 1969; Atkinson et Sharpe, 1993; Wagner, 1993).

Au Canada, le Camissonia contorta a des besoins encore plus spécialisés en matière d’habitat. L’espèce est confinée à des platiers de sable et à des dunes semi-stables à moins de 15 m au-dessus du niveau de la mer. On la trouve sur cinq terrains plats près de Victoria (populations 1, 2, 5, 6 et 7) et sur des plans inclinés pouvant atteindre 50 p. 100 et exposés au sud sur Savary Island (populations 3 et 4). Les sept populations existantes occupent des sites xériques et qui s’assèchent rapidement, dont le sol contient du sable exposé et peu ou pas de matière organique ou de roche en surface. Les sites ont un couvert d’arbres et d’arbustes presque inexistant; seul le genêt à balais (Cytisus scoparius) pousse parfois à proximité et fait de l’ombrage sur les sites durant une partie de la journée. Le Camissonia contorta tend à occuper des sites peu végétalisés et est absent des zones présentant un important couvert de graminées et d’herbacées non graminoïdes. Il est rare ou inexistant dans les tapis uniformes de mousses comme le Racomitrium canescens, le Tortula princeps et le Polytrichum piliferum, qui poussent souvent en périphérie des populations. L’espèce tolère de faibles niveaux d’érosion et de dépôt et pourrait avoir besoin de ces perturbations pour prendre le dessus sur ses compétiteurs. On ne la trouve pas dans les parties les plus actives des dunes de sable ou d’autres endroits où le sable est dépourvu de végétation.

Ce type d’habitat est hautement fragmenté à l’intérieur de la zone d’occurrence de l’espèce au Canada. Cette fragmentation est fondamentalement due à la distribution naturelle des dépôts de sable sur la côte, mais elle a été accentuée par les aménagements résidentiels et touristiques dans bon nombre de fragments autrefois convenables pour l’espèce. Les enregistrements actuels et historiques indiquent que le Camissonia contorta est naturellement rare et n’occupe que de petites parcelles même dans les fragments d’habitat potentiel.

Tendances en matière d’habitat

On ne dispose d’aucune information quantitative sur le déclin global, en qualité et en étendue, des milieux dunaires et de plages sablonneuses dans le sud-est de l’île de Vancouver et les îles Gulf voisines. Bon nombre de signalements anecdotiques et qualitatifs font état d’une tendance assez grave à la détérioration de l’habitat (voir la section Facteurs limitatifs et menaces).

Chez la population de Saanich C, on trouve des parcelles dispersées deCamissonia contorta dans des fragments d’habitat intact situés sur des allées de golf récemment aménagées qui font partie d’un projet d’agrandissement du parcours de 40 000 . Le terrain de ces allées aménagées a été considérablement altéré, et il semble que la population qui s’y trouve soit un vestige d’une population autrefois contiguë et beaucoup plus abondante. Une zone adjacente de 140 000 m² d’ancienne plaine de sable a été transformée en allées gazonnées il y a plus de dix ans. Le Camissonia contorta occupait probablement la majeure partie de cette zone aussi. Il semble donc que l’habitat convenable à l’espèce chez la population de Saanich C ait subi un déclin de plus de 75 p. 100 au cours des dernières décennies.

Protection et propriété

Les populations 1 et 2 se trouvent dans les parcs administrés par Capital Regional District Parks. L’habitat est protégé par des règlements contenus dans le plan général d’administration de tous les parcs relevant de cette administration (Capital Regional District Parks, 2000). Dans les faits, les deux populations occupent un habitat qui reçoit une circulation piétonnière de moyenne à élevée des visiteurs des parcs. Des sentiers rustiques, qui ont été tracés à proximité de la population 2, canalisent la circulation piétonnière qui pourrait autrement nuire à la population. Capital Regional District Parks a manifesté un intérêt dans l’élaboration et la mise en œuvre de mesures de protection des deux populations.

Les populations 3 et 4 se trouvent dans un droit de passage appartenant au Ministry of Transportation de la Colombie-Britannique. Ce ministère n’a pas élaboré de législation ou de règlements concernant les espèces en péril ou leur habitat (Greg Czernick, comm. pers., 2004). La province de la Colombie-Britannique n’a aucune législation protégeant l’habitat du Camissonia contorta sur les terres provinciales.

Les populations 5 et 6 se trouvent sur des terres privées à vocation récréative. La majeure partie, voire la totalité, de la population 6 se trouve sur des allées en aménagement d’un projet de terrain de golf.

La population 7 se trouve dans la réserve du parc national des îles Gulf et est protégée par la loi fédérale, mais la population est menacée par des arbustes envahissants et, dans une moindre mesure, par les activités des visiteurs.

La population disparue se trouvait dans un parc municipal à Cordova Spit. Ce parc, accessible par bateau ou par les terres d’une réserve indienne, ne fait l’objet d’aucune gestion ou presque de la part de la municipalité. Il n’y a actuellement aucun plan de gestion pour ce site, ni pour les parcs de Central Saanich en général. Les lignes directrices de gestion sont plutôt contenues dans le plan officiel de la collectivité (Official Community Plan; Hope Burns, comm. pers., 2004). Cet énoncé de politique privilégie la conservation des processus naturels d’érosion et de dépôt qui entretiennent le milieu dunaire. Il encourage également la conservation des écosystèmes et des espèces rares, menacées ou en péril. Il n’indique toutefois pas à quelle valeur du patrimoine naturel ou à quelle espèce rare la priorité devrait être accordée en cas de divergence d’intérêts sur l’utilisation des terres.

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Biologie

Peu de publications ont décrit la biologie du Camissonia contorta, mis à part l’étude taxinomique du genre par Raven (1969). L’information qui suit, à moins d’indication contraire, est fondée sur des observations de terrain non publiées et des expériences en culture menées par Matt Fairbarns.

Cycle vital et reproduction

Le Camissonia contorta est une plante annuelle éphémère. Dans les populations sauvages, la germination commence en mars ou en avril et semble prendre fin en mai. Les expériences en culture ont démontré que les graines de l’année peuvent germer au milieu de l’été si elles sont suffisamment arrosées. Malgré des relevés fréquents en 2003 et en 2004, aucune jeune pousse n’a été observée sur le terrain après mai dans les populations 1 et 2.

La floraison commence en avril et culmine en juin. Raven (1969) affirme que le Camissonia contorta est autogame, mais n’apporte aucune preuve à l’appui. Le Camissonia contorta est une plante annuelle polyploïde portant de petites fleurs peu visibles; ce type de plante a une tendance à l’autogamie. Par ailleurs, ses fleurs sont parfaites, et leur stigmate a une assez grande surface, des caractéristiques souvent associées au croisement hétérogène. Dans l’un des sites étudiés, un petit coléoptère au corps maculé de pollen a été observé sur la surface du stigmate d’un C. contorta, ce qui suggère que le croisement hétérogène est possible. En fait, presque toutes les angiospermes, y compris un grand nombre considérées comme autogames, sont capables d’hétérogamie, ne serait-ce que dans une faible mesure. À la lumière de ce qui précède, ou pourrait conclure que la plupart des fleurs du Camissonia contorta sont probablement autopollinisées, mais que la pollinisation hétérogame n’est pas rare.

La dispersion des graines commence au début mai, et la plupart des plants ont perdu leurs graines à la fin juillet. Toutes les populations canadiennes ont une fécondité analogue. Les plants tendent à produire entre 3 et 10 capsules, bien que certains plants reproducteurs puissent produire une seule capsule ou jusqu’à 17 capsules. La plupart des capsules matures renferment de 10 à 20 graines.

Le Camissonia contorta, en tant qu’espèce à racine pivotante et annuelle éphémère, est incapable de se reproduire de façon végétative ou asexuée.

Les plants continuent de croître jusqu’à ce qu’ils succombent à la sécheresse d’été. La mortalité survient généralement en juin ou en juillet, mais des pluies d’été peuvent déclencher un nouveau cycle de croissance végétative, de floraison et de fructification. Les années où les conditions sont favorables, une petite proportion des plants peuvent continuer de fleurir jusqu’en octobre; les basses températures semblent alors stopper leur croissance.

Herbivores

On ne dispose d’aucune information sur l’herbivorie des jeunes pousses. Une légère herbivorie du feuillage a été observée sur des plants matures, apparemment due à des herbivores non indigènes. Ces observations sont discutées dans la section Facteurs limitatifs et menaces.

Physiologie

Le Camissonia contorta survit à la sécheresse d’été et au froid d’hiver au stade de graine.

Déplacements et dispersion

Les graines du Camissonia contorta semblent dépourvues de toute forme d’adaptation qui faciliterait leur dispersion sur de longues distances. Les observations de fruits déhiscents suggèrent que la plupart d’entre elles demeurent dans les environs immédiats (moins de 20 cm) du plant parent. L’espèce demeure au même endroit d’année en année plutôt que de former des populations sources ou des métapopulations. Les graines peuvent être transportées dans le sable lors de vents violents, ce qui peut parfois disperser les graines sur plusieurs mètres. Les courtes distances de dispersion des graines et une forte tendance à l’autogamie éliminent pratiquement toute possibilité d’une immigration de source externe, même sur les courtes distances qui séparent les populations.

Relations interspécifiques

Aucune relation interspécifique connue n’augmente le risque de disparition du Camissonia contorta du Canada.

Adaptabilité

Le Camissonia contorta est mal adapté aux sables non stabilisés : les plants sont de courte taille et peuvent être rapidement engloutis par le sable. Ses petites graines n’ont pas d’abondantes réserves d’endosperme (obs. pers.) et ont donc peu de chances de germer si elles sont recouvertes de plus de quelques millimètres de sable. Ces mêmes limites augmentent la vulnérabilité de l’espèce aux perturbations humaines qui déplacent le sable. Des expériences de propagation (obs. pers.) ont révélé qu’une grande proportion des graines germent facilement, mais que le taux de mortalité des jeunes pousses est élevé. Aucune tentative de transplantation n’a été effectuée. La dépendance de l’espèce à une racine pivotante profonde, sa nature annuelle et ses besoins spécialisés en matière d’habitat suggèrent qu’une transplantation à partir de cultures horticoles n’aurait aucune chance de réussite.

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Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Environ 100 heures (exclusion faite des déplacements) ont été consacrées à la recherche du Camissonia contorta dans 30 emplacements en 2002, en 2003 et en 2004 (figure 4). Les principaux chercheurs étaient Matt Fairbarns, Phil Henderson, Frank Lomer, Erica Wheeler, Heidi Guest, Adolf Ceska et Oldriska Ceska; tous connaissaient bien l’espèce.

Figure 4. Activités de recherche du Camissonia contorta. Les carrés noirs représentent l’emplacement de un ou de plusieurs sites inspectés dans l’aire de répartition connue de l’espèce et d’autres sites apparemment convenables sur la côte sud-ouest de l’île de Vancouver.

Figure 4. Activités de recherche du Camissonia contorta. Les carrés noirs représentent l’emplacement de un ou de plusieurs sites inspectés dans l’aire de répartition connue de l’espèce et d’autres sites apparemment convenables sur la côte sud-ouest de l’île de Vancouver.

Les relevés ont été menés dans l’ensemble de la zone d’occurrence connue de l’espèce. Des relevés ont également été menés dans des dunes et des platiers de sable sur des sections de la côte des îles Gulf et le long de la côte sud-ouest de l’île de Vancouver où la présence d’espèces associées comme l’abronie (Abronia latifolia) était déjà connue et où le Camissonia contorta aurait pu échapper aux observations.

Des botanistes connaissant peu l’espèce pourraient éprouver des difficultés à détecter cette petite plante sur le terrain, en particulier les jours nuageux et en fin d’après-midi, moments où la plupart des fleurs sont fermées. Les plants peuvent également être difficiles à détecter les jours très ensoleillés dans les reflets aveuglants du soleil sur le sable nu. Néanmoins, les botanistes connaissant bien l’espèce ont trouvé assez facilement les plants en raison de la nature hautement spécialisée de leur habitat, de la rareté de l’habitat convenable et de la pauvreté de la végétation associée. Cela a été le cas même pour les plants ne portant pas de fleurs, puisque le feuillage rouge foncé de la plupart pour les plants est relativement facile à détecter. En règle générale, si des plants étaient présents dans un site, ils étaient détectés au cours des 30 premières minutes de recherche.

Abondance

En 2004, on estimait que le nombre d’individus matures de Camissonia contorta au Canada se situait entre 3 500 et 4 500 (tableau 1). Les plants non reproducteurs sont très éphémères et ne peuvent être dénombrés avant leur mort. Le nombre d’individus matures par population varie d’environ 20 au site 7 à 2 000 au site 5.

Tableau 1. Données sur la population
Nom et numéro de la populationZone d’occupationNombre d’individus matures observéNombre d’individus matures estiméNombre total d’individus matures
Total78 400 m²  3 500 - 4 500
1 Metchosin
100
253
 
253
2 Saanich A
2 000 m²
 
500-1 000
500-1 000
3 Îles Gulf nord A
500 m²
190
200-250
200-250
3 Îles Gulf nord B
800 m²
696
700-750
700-750
5 Saanich B
35 000 m²
 
2 000
2 000
6 Saanich C
40 000 m²
 
100
100
7 Saanich D
1 m²
20
 
20
8 Saanich E
Disparue
Disparue
Disparue
Disparue

Fluctuations et tendances

Les enregistrements anciens du Camissonia contorta ne sont pas suffisamment détaillés pour que l’on puisse dégager des fluctuations ou des tendances générales dans la population canadienne. Cependant, certaines inférences peuvent être tirées des pertes d’habitat connues. L’occurrence la plus étendue, soit la population C de Saanich, est aujourd’hui constituée d’environ 100 individus très dispersés et confinés à de petites zones intactes dans un parcours de golf récemment aménagé. Environ 95 p. 100 du terrain est altéré au point de ne plus offrir qu’un habitat de piètre qualité pour le C. contorta. En extrapolant, la population historique de ce site aurait compté 2 300 individus si l’on postule une densité égale à celle observée dans la population B de Saanich (un site analogue voisin). La petite population E de Saanich a complètement disparu au cours des dernières années. Dans l’ensemble, la population canadienne de C. contorta a subi un déclin estimé entre 30 et 35 p. 100 ces dernières années.

Effet d’une immigration de source externe

La seule population voisine hors du Canada se trouve à San Juan Island dans l’État de Washington. On y trouve une saine population dispersée sur 10 km de dunes de sable et de dépôts d’épandage fluvioglaciaires. Cette grande population se trouve à plus de 10 km du point le plus rapproché au Canada et à environ 20 km de la population canadienne de Camissonia contorta la plus proche. Ces points sont séparés par l’océan. Compte tenu de la très faible distance de dispersion de l’espèce, les probabilités de migration vers le Canada des graines de la population de San Juan Island sont négligeables. Il y a donc une probabilité négligeable d’immigration de source externe des populations de l’État de Washington advenant la disparition des populations du Canada.

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Facteurs limitatifs et menaces

Perte d’habitat

L’aménagement d’un terrain de golf a détruit une grande quantité d’habitat convenable chez la population Saanich C. 

Activités récréatives

Dans l’aire de répartition canadienne du Camissonia contorta, les activités récréatives provoquent les impacts les plus marqués dans les platiers de sable. Elles tendent à se concentrer dans l’habitat convenable aux Camissonia en raison de la relative rareté des plages de sable dans la région. Sept des huit populations existantes ou disparues ont été de modérément à gravement touchées par les activités récréatives, notamment : le piétinement dû aux personnes faisant de la randonnée pédestre et des promenades avec leur chien, prenant des bains de soleil et faisant des pique-niques chez les populations 1, 2, 4, 7 et 8; ainsi que la circulation intensive de véhicules tout-terrain chez les populations 5, 6 et 8. Au cours de la dernière décennie, on a relevé une augmentation importante de la superficie des terrains déstabilisés par le passage de ces véhicules dans le site qui abritait autrefois la population 8. Ces activités sont presque certainement à l’origine de la disparition de la population, qui a été observée pour la dernière fois en 2002 (Adolf Ceska, comm. pers., 2004)

Plantes envahissantes

Le Camissonia contorta est une espèce tolérante aux conditions extrêmes, qui prolifère dans des habitats xériques et sablonneux où d’autres espèces indigènes n’arrivent pas à s’implanter ou à croître. Quelques espèces exotiques envahissantes ont pénétré cet écosystème au cours du dernier siècle et demi, et bon nombre d’entre elles dominent aujourd’hui des habitats autrefois convenables pour le C. contorta. Les principales menaces proviennent des espèces suivantes : Cytisus scoparius, Bromus rigidus, B. tectorum, B. sterilis, Aira praecox, A. caryophyllea et Rumex acetosella. Le Cytisus scoparius était présent à l’intérieur ou dans la périphérie immédiate des sept populations existantes, et on présume qu’il a envahi des terrains autrefois convenables au Camissonia contorta. En formant de denses bosquets, le Cytisus scoparius a la capacité de stabiliser complètement des zones sableuses semi-actives en une ou deux décennies. Ce phénomène enclenchera un processus de succession qui mènera à la disparition des habitats ouverts. Page (2003) a calculé que la superficie combinée des milieux ouverts de dunes et de graminées/bryophytes près de la population 2 a diminué de plus de 15 p. 100, passant de 6,3 ha en 1932 à 5,3 ha en 1995 (malheureusement, ce déclin n’a pas été réparti entre les deux types de milieux, et la disparition des graminées/bryophytes n’est pas associée à une perte directe d’habitat pour le C. contorta).

Parmi les autres espèces envahissantes qui représentent une grave menace dans au moins un site, on compte l’Allium vineale, un oignon résistant oignon qui se répand rapidement dans les zones qu’il a colonisées (en particulier chez la population 5) et l’Ammophila arenaria, qui tend à stabiliser les dunes et donc à modifier la dynamique du substrat à proximité des Camissonia contorta (en particulier chez la population 7).

Tableau 2. Sommaire des menaces dans les sites étudiés. Les sites sont numérotés comme dans le tableau 1.
EndroitPerte d’habitatActivités récréativesPlantes envahissantesHerbivoresEffondrement démographique
Pop. 1 : MetchosinMoyenneGraveGraveMoyenneModérée
Pop. 2 : Saanich AMoyenneMoyenneGraveMoyenneDe mineure à modérée
Pop. 3 : Îles Gulf nord ALégèreLégèreLégèreLégèreModérée
Pop. 4 : Îles Gulf nord BLégèreMoyenneMoyenneLégèreModérée
Pop. 5 et 6 : Saanich B et CGraveGraveGraveMoyenneMineure
Pop. 7 : Saanich DMoyenneGraveGraveMoyenneImportante
Pop. 8 : Saanich ELégèreGraveGraveMoyenneDisparue

Herbivores introduits

Les plants des populations 1, 2, 5, 6 et 7 subissent une herbivorie de légère à modérée, et on trouve beaucoup de fèces de lapin à queue blanche dans la plupart des sites visés, ainsi que dans l’ancien emplacement de la population 8. L’impact du broutage des lapins sur les plantes compétitrices semble contrecarrer les incidences mineures du broutage sur le Camissonia contorta lui-même.  

Effondrement démographique

Certaines populations de Camissonia contorta sont menacées tout simplement par leur petite taille. Pavlik (1996) avance que la taille minimale pour une population de plantes varie entre 50 individus chez quelques espèces et 2 500 individus chez d’autres. D’après Pavlik, le C. contorta, une herbe annuelle qui ne produit pas de ramets et qui tolère des conditions extrêmes dans un environnement très variable, correspond au profil d’une espèce dont la taille minimale d’une population viable est élevée. Par conséquent, six des sept populations existantes de C. contorta, qui comptent moins de 1 000 individus, seraient vraisemblablement menacées d’effondrement démographique. Cette menace est modérée (750 individus ou moins) ou importante (100 individus ou moins) dans quatre ou cinq sites.

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Importance de l'espèce

Hitchcock et Cronquist (1961) font mention du potentiel horticole de plusieurs espèces à grandes fleurs du genre Camissonia. Les espèces comme le C. contorta, qui ont des fleurs peu voyantes, suscitent peu d’intérêt chez les horticulteurs.

Aucune connaissance traditionnelle, y compris des usages artisanaux ou médicinaux par les Premières nations, n’est documentée au sujet du Camissonia contorta ou de tout autre membre du genre (Goulet, comm. pers., 2004).

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Protection actuelle ou autres désignations de statut

NatureServe accorde au Camissonia contorta la cote G5. L’espèce est classée S1 en Colombie-Britannique (la seule province ou le seul territoire du Canada où se trouve l’espèce). Elle a également la cote S1 au Vermont, mais cette cote est fondée sur une erreur taxinomique (voir la section Aire de répartition mondiale, page 3). Elle n’a pas été classifiée dans les cinq autres territoires où on la trouve (État de Washington, Idaho, Oregon, Nevada et Californie; NatureServe, 2004).

La Colombie-Britannique n’a pas de loi sur les espèces en péril, et le Camissonia contorta n’est pas protégé en vertu de la Wildlife Act de cette province.

Une seule des populations canadiennes (la population 7) est protégée par un parc national ou provincial, une réserve nationale de la faune ou une réserve écologique. La population en question est la plus petite des populations connues et fait face à la menace imminente d’une invasion par le Cytisus scoparius. Les populations 1 et 2 sont protégées par les parcs administrés par Capital Regional District Parks. Elles sont visées par une politique de protection des plantes rares, menacées et en péril, mais aucune législation ou réglementation ne vient appuyer cette politique, sauf une interdiction des véhicules motorisés, des bicyclettes et du camping. Aucune politique ne vise précisément la protection du Camissonia contorta ni des caractéristiques essentielles de l’habitat qu’il occupe. Ces deux populations subissent en permanence les impacts des activités récréatives. Les meilleurs habitats du C. contorta au Canada, de même que sa plus grande population, se trouvent sur des terres privées. Le nombre total d’individus sur des terres privées est légèrement supérieur au nombre total d’individus dans tous les autres sites réunis.

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Résumé technique

Camissonia contorta

Onagre à fruits tordus – Contorted-pod Evening-primrose

Répartition au Canada :

Répartition au Canada : Colombie-Britannique

Information sur la répartition

Superficie de la zone d’occurrence (km²) au Canada

Aire englobant toutes les populations à l’exclusion de l’océan :  750 km²

Préciser la tendance (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?

Non

Superficie de la zone d’occupation (km²)

Somme des aires occupées par les populations existantes. << 1 km²

Préciser la tendance (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

En déclin

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

Non

Nombre d’emplacements actuels connus ou inférés.

Sept

Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

En déclin

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)?

Non

Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

En déclin

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.).

5 mois

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles).

De 3 500 à 4 500

Tendance de la population quant au nombre d’individus matures en déclin, stable, en croissance ou inconnue.

En déclin

S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte).

Estimé à 35 %

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

Inconnu

La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie < 1 individu/année)?

Oui

Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

En déclin

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?

Non

Énumérer les populations et donner le nombre d’individus matures dans chacune :

  1. 253
  2. De 500 à 1 000
  3. De 200 à 250
  4. De 700 à 750
  5. 2 000
  6. 100
  7. 20

Menaces (menaces réelles ou imminentes sur les populations ou les habitats)

Menaces réelles : transformation importante et récente de l’habitat; activités récréatives causant un piétinement et circulation de VTT; plantes envahissantes; herbivores introduits (lapin à queue blanche).

Menaces possibles et probables : altération de la dynamique dunaire; déclin démographique dû à la petite taille de certaines populations.

Effet d’une immigration de source externe

Statut ou situation des populations de l’extérieur

États-Unis : NatureServe – non en péril

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?  

Non

Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre au Canada?

Probablement

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible au Canada pour les individus immigrants?

Oui

La possibilité d’une immigration de populations externes existe-t-elle?

Non

Statut existant

COSEPAC : En voie de disparition (2006)

Colombie-Britannique : Liste rouge; S1

Statut et justification de la désignation

Statut : En voie de disparition

Code alphanumérique : B1ab(ii,iii,iv,v) + 2ab(ii,iii,iv,v)

Justification de la désignation : Une plante herbacée annuelle restreinte à plusieurs habitats côtiers sablonneux, secs et ouverts, de très petite taille. Les petites populations fragmentées sont touchées par la perte continue d’habitat, l’utilisation intense à des fins récréatives et la compétition avec plusieurs plantes exotiques envahissantes.

Applicabilité des critères

  • Critère A (Population globale en déclin) : Menacée, A2ce + 3ce, en raison d’un déclin probable dans le passé et d’un présumé déclin futur des populations d’au moins 30 %, d’après les pertes d’habitat et la détérioration de la qualité de l’habitat causées par l’usage récréatif de l’habitat de l’espèce et l’expansion des plantes envahissantes sur une période de 10 ans.
  • Critère B (Petite aire de répartition, et déclin ou fluctuation) : Menacée, B1ab(ii,iii,iv,v) + 2ab(ii,iii,iv,v), en raison des très petites zones d’occurrence et d’occupation, de la grande fragmentation des populations et du déclin attribuable à la disparition récente d’une population, de la réduction de la zone d’occupation, d’une détérioration de la qualité de l’habitat et d’un déclin du nombre d’individus.
  • Critère C (Petite population globale et déclin) : s.o. La taille de la population est inférieure à 10 000 individus, mais aucun autre critère n’est satisfait dans cette catégorie.
  • Critère D (Très petite population ou aire de répartition limitée) : Menacée, D2; zone d’occupation inférieure à 20 km² et menaces permanentes provenant de l’usage récréatif de l’habitat de l’espèce et de l’expansion des plantes exotiques envahissantes.
  • Critère E (Analyse quantitative) : Aucune

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Remerciements et experts contactés

L’auteur tient à remercier Tracy Fleming (Capital Regional District) et Andrew Harcombe (BC Conservation Data Centre) de leur aide dans l’obtention de soutien financier et organisationnel pour le présent rapport.

M. Adolf Ceska, Ph.D., et Mme Oldriska Ceska ont participé aux relevés des populations existantes et disparues dans la péninsule de Saanich. Phil Henderson (Strix Consulting) a fourni de l’information détaillée sur une population qu’il a découverte à Savary Island et inventorié plusieurs autres sites, notamment ceux de Goose Spit, de Roberts Bank et de Centennial Park. Liz Webster (Savary Island Land Trust) a dirigé l’auteur vers une seconde population sur Savary Island et d’autres sites possibles sur l’île.

L’auteur a grandement apprécié l’aide de deux botanistes qui ont inventorié pour lui deux sites : Nick Page a inventorié le site de Goose Spit, et Frank Lomer a inventorié le site de Centennial Park (Tsawwassen). Plusieurs autres biologistes ont assisté le rédacteur dans les relevés de sites possibles : M. Robb Bennett, Ph.D., (Équipe de rétablissement de l’écosystème des chênes de Garry), Jenifer Penny, Marta Donovan et Shane Ford (BC Conservation Data Centre), Erica Wheeler et Heidi Guest (University of Victoria) et Brian Reader (Parcs Canada).

L’auteur remercie tout particulièrement  M. Hans Roemer, Ph.D., qui a contribué à échantillonner des parcelles de végétation renfermant le Camissonia contorta et qui a fourni une excellente rétroaction quant à des idées sur la biologie et la répartition de l’espèce.

Experts contactés

  • Peter Achuff (Ph.D.). Botaniste national, Direction de l’intégrité écologique, Parcs Canada, Parc national du Canada des Lacs-Waterton (Alberta).
  • David Cunnington. Endangered Species Specialist, Pacific Wildlife Research Centre, Delta (Colombie-Britannique).
  • David Fraser. Endangered Species Specialist, Biodiversity Branch, Ministry of Water, Land and Air Protection de la Colombie-Britannique, Victoria (Colombie-Britannique).
  • Jenifer Penny. Botaniste, Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique, Victoria (Colombie-Britannique).
  • Gloria Goulet. Coordonnatrice, connaissances traditionnelles autochtones, Service canadien de la faune, Ottawa (Ontario).

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Sources d’information

Atkinson, S., et F. Sharpe. 1993. Wild Plants of the San Juan Islands, 2e édition, The Mountaineers, Seattle, 191 p. 

Burns, H. Comm. pers. 2004. Conversation téléphonique avec M. Fairbarns, le 19 juillet 2004, Director of Planning and Building Services, Municipality of Central Saanich.

Capital Regional District Parks. 2000. Master Plan, Victoria (Colombie-Britannique), 49 p. 

Ceska, A. Comm. pers. 2004. Conversation avec M. Fairbarns, juillet 2004, Private Botany Consultant, Victoria (Colombie-Britannique). 

Czernick, G. Comm. pers. 2004. Correspondance par courriel adressée à M. Fairbarns, juin 2004, Manager of Environmental Services, Ministry of Transport, South Coast Region, gouvernement de la Colombie-Britannique, Victoria (Colombie-Britannique). 

Douglas, G.W., et D. Meidinger. 1999. Camissonia, p. 342, in G.W. Douglas, D. Meidinger et J. Pojar (éd.), Illustrated Flora of British Columbia Volume 3: Dicotyledons (Diapensiaceae through Onagraceae), British Columbia Ministry of Forests, 423 p.

Goulet, G. 2004. Correspondance par courriel adressée à M. Fairbarns, juin 2004, coordonnatrice, connaissances traditionnelles autochtones, Service canadien de la faune, Ottawa (Ontario).

Hitchcock, C.L., et A. Cronquist. 1961. Vascular Plants of the Pacific Northwest, Part 3: Saxifragaceae to Ericaceae, University of Washington Press, Seattle, 614 p.

Lee, O. Comm. pers. 2004. Correspondance par courriel adressée à M. Fairbarns, juillet 2004, Curatorial Technician, University of British Columbia Herbarium, Vancouver (Colombie-Britannique).

Mitrow, G. Comm. pers. 2004. Correspondance par courriel adressée à M. Fairbarns, juillet 2004, Curatorial Technician, Herbarium of the Eastern Cereal and Oilseed Research Centre (DAO), gouvernement du Canada, Ottawa (Ontario).

NatureServe. 2004. NatureServe Explorer: An online encyclopedia of life [application Web], version 3.1, NatureServe, Arlington (Virginie). (consulté le 18 juin 2004).

Pavlik, B.M. 1996. Defining and measuring success, p. 127-155, in D.A. Falk, C.I. Millar et M. Olwell (éd.), Restoring diversity: strategies for reintroduction of endangered plants, 423 p.

Page, N.A. 2003. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la noctuelle de l’abronie (Copablepharon fuscum) au Canada, vii + 43 p.

Peck, M.E. 1941. A Manual of Higher Plants of Oregon, Binford and Mort, Portland (Oregon).

Popp, B. Comm. pers. 2003. Correspondance par courriel adressée à M. Fairbarns, avril 2003, botaniste, Vermont Nongame & Natural Heritage Program, Waterbury (Vermont).

Raven, P.H. 1969. A Revision of the Genus Camissonia (Onagraceae), Bulletin of the United States National Museum, Contributions from the United States Herbarium Volume 37(5):161-396.

Shchepanek, M. Comm. pers. 2004. Correspondance par courriel adressée à M. Fairbarns, juillet 2004, Chief Collection Manager, herbier du Musée canadien de la nature (CAN), gouvernement du Canada, Ottawa (Ontario).

Wagner, W.L. 1993. Camissonia, p. 778-786, in J.C. Hickman (éd.), The Jepson Manual, Higher Plants of California, Univ. of Cal. Press, Berkeley.

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Sommaire biographique des rédacteur du rapport

Matt Fairbarns étudie la biologie de la conservation des plantes depuis plus de 25 ans. Il s’intéresse particulièrement à la flore et à la végétation de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Il a été botaniste au gouvernement de la Colombie-Britannique jusqu’en 2003 et dirige actuellement Aruncus Consulting, une agence privée de recherche en biologie de la conservation.

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Collections examinées

Les collections de l’herbier du Royal British Columbia Museum (V) ont été examinées. L’herbier de la University of Victoria (UVIC) a été visité, mais celui-ci ne contenait pas de spécimens de Camissonia contorta. Les collections de la University of British Columbia (UBC) et des Musées nationaux du Canada (MNC) n’ont pas été examinées, car les données des fiches de ces collections étaient disponibles dans la base de données du British Columbia Conservation Data Centre (CDC). Les conservateurs de ces collections ont confirmé l’absence de collections canadiennes dans ces deux institutions, hormis celles documentées par le CDC (O. Lee, comm. pers., juillet 2004; M. Shchepanek, comm. pers., juillet 2004). L’herbier du Centre de recherches de l’Est sur les céréales et oléagineux (CRECO) ne contient aucun spécimen de C. contorta (G. Mitrow, comm. pers., 2004).

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