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Pluvier siffleur (Charadrius melodus circumcinctus)

RÉTABLISSEMENT

3.1     Caractère réalisable du rétablissement

La détermination du caractère réalisable du rétablissement est fondée sur les critères suivants (tels que décrits dans la publication Environnement Canada, 2005) : 1) Existe-t-il ou non des individus capables de reproduction pouvant accroître le taux de croissance ou l'abondance de la population? 2) Existe-t-il ou non un habitat adéquat suffisant pour assurerla survie de l’espèce ou si un tel habitat peut être rendu disponible par l’aménagement ou la remise en état de l’habitat? 3) Des menaces significatives à l’espèce ou à son habitat peuvent-elles être évitées ou atténuées par des mesures de rétablissement? 4) Les techniques de rétablissement nécessaires existent-elles et leur efficacité est-elle démontrée?

Le rétablissement du Pluvier siffleur dans les Prairies canadiennes est réalisable tant sur le plan biologique que sur le plan technique. Les Pluviers siffleurs peuvent se reproduire dès la première année après l’éclosion et au cours d’années consécutives (Haig, 1992). Le taux de survie estimatif des adultes (0,74; Larson et al., 2000) est semblable à celui des autres espèces de pluviers. Dans les Grandes Plaines du Nord, le nombre d’oisillons qui survit jusqu’à l’envol s’élève à 0,9 par couple lorsqu’aucune mesure de gestion n’est appliquée, et cette productivité est jugée insuffisante pour stabiliser la population qui nécessite une productivité estimée à 1,25  oisillon atteignant l'envol par couple (Larson et al., 2002). Cependant, il est possible d’augmenter la productivité en atténuant des menaces connues, comme la prédation, les perturbations anthropiques et la gestion des eaux. La gestion intensive des activités humaines et des prédateurs sur la côte de l’Atlantique et dans la région des Grands Lacs aux États-Unis a permis d’accroître l’effectif des populations de pluviers (A. Hecht, comm. pers.; J. Stucker, comm. pers.). Larson et al. (2002) considèrent que la population des Grandes Plaines du Nord peut être stabilisée ou accrue par une gestion plus intensive. En 2001, des Pluviers siffleurs ont été observés à seulement 91 des 424 (21,5 %) sites de reproduction dans les Prairies canadiennes (Ferland et Haig, 2002), qui renferment des habitats apparemment propices à l’espèce.

Le prédation des œufs et, dans une certaine mesure, des oisillons nouvellement éclos peut être atténuée au moyen d’exclos (Murphy et al., 2003b). Les perturbations humaines et les pratiques foncières conflictuelles peuvent être réduites par une augmentation de la sensibilisation de la population et des accords d’intendance. Les inondations et l’empiètement de la végétation résultant des pratiques de gestion des eaux peuvent être réduits par des accords de conservation et par un travail de collaboration multipartite.  

Le Pluvier siffleur a disparu des Grands Lacs du Canada en tant qu’espèce reproductrice, et aucune recolonisation n’a eu lieu jusqu’à présent. Les travaux d’aménagement et la destruction de l’habitat historique du pluvier dans cette région ont rendu les habitats inadéquats. En raison de son effectif modeste (58 couples, J. Stucker, comm. pers.) et de son aire de reproduction restreinte aux États‑Unis (U.S. Fish and Wildlife Service, 2003), la population reproductrice des Grands Lacs peut être confrontée à des obstacles génétiques et géographiques. Le réétablissement de la population des Grands Lacs du Canada dépend de l’efficacité des efforts de rétablissement dans la partie américaine des Grands Lacs et du degré de protection accordé aux sites de reproduction adéquats. Il semble que les pluviers seront bientôt en mesure de se reproduire dans la partie des Grands Lacs située en Ontario, si l’on en juge par la grande efficacité des mesures adoptées pour gérer la population grandissante de la partie américaine des Grands Lacs et par les récentes mentions issues du sud de l’Ontario. Parmi les habitats potentiels qui se prêteraient à la recolonisation des sites de reproduction historiques, il faut mentionner le parc provincial Long Point, la Réserve nationale de faune de Long Point, le parc provincial Presqu’île, le parc provincial de Wasaga Beach et la Réserve nationale de faune de la baie Wellers. 

3.2     But du rétablissement

Le but à long terme du rétablissement du C. m. circumcinctus estd’établir une population viable[1], autosuffisante et largement disséminée dans l’aire de répartition actuelle des Prairies, ainsi que de réétablir le Pluvier siffleur dans son aire de répartition historique du sud de l’Ontario.

Population des Prairies canadiennes

Pour la population des Prairies canadiennes, le but du rétablissement est d'avoir un effectif de 1 626Pluviers siffleurs adultes. Ce chiffre est fondé sur des estimations ou des dénombrements provinciaux historiques. L’objectif de population sera considéré comme atteint si l’effectif visé est atteint au cours de trois recensements internationaux consécutifs (c’est-à-dire sur une période de 11 ans). Les effectifs minimums pour les populations (adultes) de chaque province sont les suivants : Alberta, 300; Saskatchewan, 1 200; Manitoba, 120 et Ontario (lac des Bois), 6. La population canadienne de C. m. circumcinctus est actuellement inscrite à la liste des espèces en voie de disparition, parce que sa population totale est petite et en déclin. Pour changer ce statut, il faudra tenir compte de la situation de la population des États-Unis. Le but du rétablissement aux États-Unis a été fixé à 2 300 couples reproducteurs dans les Grandes Plaines du Nord (U.S. Fish and Wildlife Service, 1994).

Population des Grands Lacs du Canada

Le réétablissement du Pluvier siffleur dans les Grands Lacs du Canada dépend du succès de la population américaine des Grands Lacs. Il est trop tôt pour établir un objectif de population pour le rétablissement de cette population, puisque aucune reproduction n’a eu lieu dans la région depuis 1977 (Lambert, 1987). Un couple actif au parc provincial de Wasaga Beach en 2005 (Heyens, 2005b), apporte quelque espoir que les Pluviers siffleurs pourraient nicher avec succès en Ontario dans un proche avenir. L'objectif actuel est d'assurer la protection et le suivi de l'habitat de reproduction historique ainsi que de tout individu ou couple reproducteur qui pourrait s’y présenter. Le but pour la population des États‑Unis est de maintenir une population de 150 couples pour au moins cinq années consécutives. Ce but vise à prévenir la disparition de la population et on prévoit l'atteindre d’ici 2020 (U.S. Fish and Wildlife Service, 2003). La réalisation du rétablissement dépend en partie des pratiques de gestion mises en oeuvre par une gamme variée d’organismes gouvernementaux et non gouvernementaux. Les stratégies proposées dans le présent document s’inspirent de techniques de gestion employées sur le terrain (annexe A) et sont, par conséquent, raisonnables et utiles dans le cadre d’un programme de rétablissement.

3.3     Objectifs du rétablissement (de 2006 à 2010)

1.    Mettre à jour le statut de la population des Prairies (nombre et répartition).

2.    Accroître les connaissances sur la dynamique des populations et les prédateurs.

3.    Atteindre et maintenir un taux d’envol du nid d’au moins 1,25 oisillon par couple par année pour les sites gérés.

4.    Désigner l’habitat essentiel et protéger l’habitat essentiel dans la mesure du possible par des mesures de conservation conjointes.

5.    Appuyer les pratiques, les politiques et les lois de conservation pertinentes.

6.    Assurer une protection efficace de l’habitat d’hivernage par des initiatives internationales.

7.    Préparer le réétablissement potentiel de la population canadienne des Grands Lacs.

3.4     Approches recommandées pour l'atteinte des objectifs du rétablissement

Tableau 2.  Tableau de planification du rétablissement du Pluvier siffleur (C. m. circumcinctus) [2]

Priorité Menace abordée Stratégie générale d’interventionApproches recommandées pour l'atteinte des objectifs du rétablissement
Objectif 1 : Mettre à jour le statut de la population des Prairies canadiennes (nombre et répartition).   
Nécessaire Toutes Recherche et suivi·     déterminer les tendances, la répartition et la situation de la population en réalisant des relevés locaux, régionaux, nationaux et internationaux.
Objectif 2 : Accroître les connaissances sur la dynamique des populations et les prédateurs.
Nécessaire Prédation Recherche et suivi

·     effectuer le suivi du succès de reproduction dans les sites gérés;

·     étudier l’écologie des prédateurs en ce qui a trait à son influence sur le taux d’échec de la reproduction du Pluvier siffleur;

·     déterminer les profils de survie, de recrutement et de dispersion.

Objectif 3 : Atteindre et maintenir un taux d’envol du nid d’au moins 1,25 oisillon par couple par année pour les sites gérés [3].
NécessairePerte de l’habitat; prédation; pâturage; perturbations anthropiquesGestion de l’habitat

·     continuer de recourir à la gestion adaptative en ajustant les activités de gestion pour optimiser les efforts de rétablissement;

·     identifier et appliquer des pratiques exemplaires pour la gestion de l’eau, de l’habitat et des prédateurs;

·     réduire les perturbations causées par le bétail en aménageant des enclos, en concluant des ententes de pâturage retardé et en déplaçant les lieux d’abreuvement;

·     évaluer la valeur de l’élevage en captivité et de la remise en liberté comme moyen de soutenir la productivité dans des circonstances exceptionnelles.

Objectif 4 : Désigner l’habitat essentiel et protéger l’habitat essentiel dans la mesure du possible par des mesures de conservation conjointes.
Nécessaire Perte de l’habitat Évaluation de l’habitat

·     déterminer les exigences de la sous-espèce en matière d’habitat ainsi que quantifier et évaluer l’habitat disponible par des recensements locaux et régionaux et par le recensement international de 2006;

·     déterminer le type de protection nécessaire pour chaque site spécifique d’habitat essentiel.

Objectif 5 : Appuyer les pratiques, les politiques et les lois de conservation pertinentes.
Nécessaire Perte de l’habitat Protection de l’habitat

·     créer des liens avec les agences et les organismes responsables des terres et des eaux;

·     élaborer des plans de gestion locaux;

·     élaborer et mettre en œuvre des activités de conservation de l’habitat;

·     protéger les processus naturels qui assurent la durabilité de l’habitat de nidification essentiel par des mesures d’intendance conjointes et la gestion des pâturages;

·     utilisation de la signalisation, de l'éducation et d’aires protégées afin de protéger les oiseaux et leur habitat;

·     poursuivre et intensifier l’application des règlements de protection;

·      conclure des accords de gestion des eaux;

·      réduire au minimum les projets industriels et récréatifs destructeurs;

·     veiller à ce qu’un examen approfondi des projets soit réalisé dans le cadre d’un processus d’évaluation environnementale structuré et à ce que les besoins du Pluvier siffleur soient pris en compte à leur juste titre;

·     promouvoir la modification et/ou l’adoption de lois et de règlements sur les terres et les eaux, de manière à protéger l’habitat;

·     mettre en œuvre des programmes de gardiens ou des activités d’intendance aux endroits où les perturbations anthropiques sont grandes.

Objectif 6 : Assurer une protection efficace de l’habitat d’hivernage par des initiatives internationales.
NécessaireMortalité sur les lieux d’hivernage Coopération internationale

·  continuer de participer à l’International Piping Plover Coordination Group;

·  appuyer les travaux de désignation de l’habitat d’hivernage et y participer; appuyer et étendre les initiatives de protection;

·  participer à des programmes de baguage conjoints pour effectuer le suivi des déplacements des oiseaux entre le Canada et les États‑Unis.

Objectif 7 : Préparer le réétablissement potentiel de la population canadienne des Grands Lacs.
Bénéfique Perte de l’habitat Réétablissement potentiel

·     évaluer l’habitat en prévision du réétablissement;

·     élaborer un plan de gestion des éventualités pour coordonner les activités de protection des oiseaux reproducteurs, des individus territoriaux et de leur habitat;

·     prévenir les perturbations et protéger les pluviers dans les sites occupés;

·     favoriser la protection des habitats qui semblent propices à la reproduction, y compris les sites historiques;

·     entretenir les liens établis avec la United States Great Lakes Piping Plover Recovery Team.

3.4.1 Commentaires à l'appui du tableau de planification du rétablissement

Le suivi et la recherche décrits dans les deux premiers objectifs orienteront les décisions futures de gestion par le truchement des évaluations des approches passées en matière de gestion et de l'augmentation des connaissances sur l’espèce. Le suivi est également un moyen essentiel de quantifier les progrès réalisés envers le rétablissement. La recherche devrait être effectuée sur les sites gérés afin de déterminer les facteurs limitatifs et d’affiner les techniques de gestion. Un programme élargi de baguage des oiseaux reproducteurs des Grandes Plaines fournirait une meilleure compréhension des déplacements et de l’interprétation des recensements. Une compréhension des exigences en matière d'habitat et des conditions qui maximisent le succès de la reproduction aidera à la désignation et à la protection de l'habitat essentiel.

Les menaces pesant sur le Pluvier siffleur seront éliminées ou réduites à l’aide de la gestion de l’habitat, d’accords de conservation, de l’intendance, de l’éducation et de l’application de la loi. Les meilleures pratiques de gestion seront identifiées et utilisées afin de réduire les menaces pesant sur le Pluvier siffleur et son habitat. Il existe des techniques efficaces de gestion des prédateurs (Schmelzeisen et al., 2004), et celles‑ci seront employées dans divers sites, selon les besoins. L'efficacité des outils de gestion sera évaluée de façon constante et perfectionnée de manière à réduire la prédation des œufs, des oisillons et des adultes.

L’intendance, l'éducation et l’application de la loi peuvent atténuer la menace que représentent les perturbations anthropiques. Des documents d’information comme des dépliants, des brochures et des sites Web sensibilisent le grand public et lui font apprécier la valeur et la vulnérabilité du Pluvier siffleur et de son habitat. Les terrains de stationnement, les barrières pour les véhicules et les panneaux identifiant les plages de reproduction peuvent également aider à réduire au minimum les perturbations anthropiques en limitant l’accès aux milieux fréquentés par les pluviers. Les programmes de gardiens permettent de sensibiliser la population (voir Dufour, 2003; Jacobson, 2003; Maconachie, 2003). Dans certains cas, il se peut qu’il faille appliquer plus rigoureusement la réglementation pour protéger la sous-espèce et son habitat.

La mise en place de mesures d’atténuation et la conclusion d’accords de conservation sont deux moyens de remédier à la menace que représente la gestion des eaux. Les futures mesures de protection de l’habitat seront axées sur l’intendance. L’habitat sera protégé grâce à des programmes d’intendance, à des mesures législatives et d’application de la loi. La création et la surveillance d’aires protégées, comme la Walter Cook Piping Plover Conservation Area (Manitoba), la Clandeboye Bay Piping Plover Conservation Area (Manitoba) et le Muriel Lake Waterbird Sanctuary (Alberta), contribueront à protéger l’habitat et l’effort de reproduction du Pluvier siffleur.

La disponibilité pendant toute l’année d’un habitat propice pour le Pluvier siffleur est essentielle au rétablissement. La protection de l’habitat au Canada aidera à assurer le maintien de la quantité et de la qualité de l'habitat de reproduction. La protection des populations périphériques peut encourager le maintien de la répartition actuelle. Le Pluvier siffleur passe huit mois ou plus sur les territoires d’hivernage chaque année. Les efforts pour améliorer la protection de l’habitat d’hivernage sont donc essentiels à la réussite des efforts de rétablissement au Canada. La coopération entre le Canada, les États-Unis et le Mexique augmentera les chances de survie et de rétablissement du Pluvier siffleur. Le International Piping Plover Coordination Group continuera de faciliter l’échange d’information et la coordination des efforts de rétablissement. 

Le réétablissement d’une population de pluviers des Grands Lacs du Canada dépend du succès de la population américaine voisine. La préparation du réétablissement tombe à point nommé alors que la population américaine des Grands Lacs a connu une augmentation de ses effectifs de 51 % entre 1996 (47 adultes) et 2001 (71 adultes) (Ferland et Haig, 2002).

3.5     Habitat essentiel

Au sens de la Loi sur les espèces en péril, l’habitat essentiel s’entend de l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d’action élaboré à l'égard de l'espèce (Paragraphe 2(1)).

L’habitat essentiel n’est pas désigné dans le présent programme de rétablissement. Même si plusieurs attributs et critères sont décrits pour aider à sa désignation (voir la section 1.7.2), il existe des lacunes dans les connaissances sur les localités précises qui répondent à ces critères. La désignation des sites d’habitat essentiel sera réalisée dans de futurs plans d’action (voir la section 2.7), et sera mise à jour au moins tous les cinq ans (parallèlement aux recensements internationaux), en s'appuyant sur les résultats des évaluations de l'habitat et de la population par les recensements internationaux et d’autres sources de données.

3.5.1 Critères et délimitation de l’habitat essentiel

L’habitat essentiel sera défini en se fondant sur le bassin d’eau, le lit de rivière et∕ou le lieu à l’intérieur d’un plan d’eau qui peut contenir les attributs essentiels définis dans la présente section et à la section 1.7.2. Dans certains cas, la terre humide ou le lac tout entiers pourrait être considéré comme l’habitat essentiel, alors que, dans d’autres, seule une partie du plan d’eau en ferait partie. La limite supérieure de l’habitat essentiel sera la ligne des hautes eaux ordinaires qui se définit comme suit : « le niveau habituel ou moyen auquel s’élève un plan d’eau à son point culminant et auquel il reste pendant un temps suffisant pour modifier les caractéristiques du sol. Dans le cas des eaux vives (rivières, cours d’eau), cette ligne se rapporte au “chenal actif/niveau de débordement”, qui est souvent le niveau de la période de retour du débit de crue de un à deux ans. Dans le cas des lacs intérieurs, terres humides ou milieux marins, elle se rapporte à ces parties du lit d’eau et des berges qui sont fréquemment inondées par l’eau, ce qui laisse une marque sur le sol, et où la végétation naturelle varie d’essentiellement aquatique à terrestre (sauf les espèces qui tolèrent l’eau). Dans le cas des réservoirs, cette ligne se rapporte aux niveaux d’exploitation élevés normaux (niveau le plus haut admis pour l’exploitation d’un réservoir) ». (Pêches et Océans Canada, 2006).

L’habitat essentiel sera désigné dans les plans d’action, qui seront généralement établis à l’échelle des provinces, en collaboration avec les compétences provinciales. Les provinces sont encouragées à désigner et délimiter des sites spécifiques d’habitat essentiel, ainsi qu’à définir le type de propriété et le niveau de protection accordée. Le type de propriété sera défini soit comme une propriété privée, une propriété publique provinciale ou une propriété publique fédérale, et le niveau de protection sera déterminé. Il ne sera pas nécessaire de délimiter les sites spécifiques dans les cas où la protection est appliquée à l’échelle du quart de section. Les exigences minimales pour la désignation de l’habitat essentiel incluront les trois critères suivants :

1)     un nombre moyen de ≥ 4 pluviers adultes en Alberta et en Saskatchewan et de ≥ 2 adultes au Manitoba et en Ontario (à tous les relevés), ou 5 % de l’objectif de rétablissement de la province pendant une année de la période couverte.

2)     un minimum de trois relevés par site pendant la saison de reproduction, tous menés au cours d’années différentes.

3)     une période flottante d’au moins 15 ans (débutant en 1991) pour déterminer le statut du site (terre humide, lac, lit de rivière). La période de 15 ans est fondée sur trois recensements internationaux se déroulant tous les cinq ans.

Le Manitoba et l’Ontario se voient octroyer une cible moindre de ≥ 2 adultes, parce que la population du Manitoba est petite et que l’Ontario possède une population relique qui représente un lien géographique important entre la population des Grandes Plaines et celle des Grands Lacs. Les populations de l’Alberta et de la Saskatchewan ont un effectif plus important et disposent d'un plus grand nombre d'habitats propices. Même si tout habitat du Pluvier siffleur est important, ces critères permettront de désigner les sites dont l'utilisation a été démontrée sur de longues périodes. Les critères seront évalués dans 5 ans.

3.5.2  Calendrier des études visant à désigner l’habitat essentiel

1)       Poursuivre les recensements des oiseaux et des territoires utilisés comme habitat (de 2006 à 2010).

2)       Évaluer l'habitat et recenser la population des Prairies canadiennes dans les sites connus (2006).

3)       Examiner, préciser et mettre à jour l’habitat essentiel (2010).

L’habitat essentiel sera désigné dans les plans d’action provinciaux d’ici décembre 2007. Les études susmentionnées aideront à compléter et à améliorer le processus de désignation, tel que requis.Les unités qui sont et qui seront évaluées dans les plans d’action à des fins d’inclusion dans l’habitat essentiel du C. m. circumcinctus comprennent 58 bassins et une section de lit de rivière.

3.5.3 Approches existantes et recommandées en matière de protection de l’habitat

Territoire domanial

La protection du territoire domanial peut être assurée par les cinq lois suivantes :

1.     La Loi sur les espèces en péril (2002) prévoit la protection des individus, de leur résidence, et de leur habitat essentiel tel que défini dans un programme de rétablissement ou un plan d’action.

2.     La Loi sur les espèces sauvages du Canada (1994) vise à protéger et à conserver les espèces sauvages et leur habitat au Canada en autorisant la création de réserves nationales de faune et de zones marines protégées.

3.     La Loi canadienne sur l’évaluation environnementale (1992) contient des dispositions pour faire en sorte que tous les impacts potentiels sur une espèce sauvage inscrite soient pris en compte lors de l’évaluation d’un projet.

4.     La Loi sur les parcs nationaux du Canada (2000) garantit l’intégrité écologique des parcs nationaux; l’Agence Parcs Canada est responsable de la protection des espèces en péril à l’intérieur des parcs nationaux.

5.     La Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) porte sur le contrôle de la pollution et des substances toxiques ainsi que sur la gestion des déchets.

Autres terres

Il est question ici des terres provinciales et des terres privées. La protection des terres provinciales est assurée par une série de lois provinciales. La protection des terres privées peut exiger une approche d’intendance.

Parmi les moyens non législatifs de protection de l’habitat, il faut mentionner les programmes de gardiens ainsi que l’inscription de parcelles au Réseau de réserves pour les oiseaux de rivage de l’hémisphère occidental, à la Convention de Ramsar et au Programme sur l’homme et la biosphère de l’UNESCO. Plusieurs aires de reproduction sont reconnues comme faisant partie de l’habitat d’espèces en péril dans le cadre du programme Réseau de réserves pour les oiseaux de rivage de l’hémisphère occidental (lac Beaverhill, lacs Chaplin/Old Wives/Reed, lac Last Mountain et lacs Quill); trois aires de reproduction des Prairies ont reçu le statut de zones humides d’importance internationale en vertu de la Convention de Ramsar (lac Beaverhill, lac Last Mountain et lacs Quill) et une autre a été désignée réserve de la biosphère (lac Redberry). Au Manitoba, les zones de conservation spéciales de la baie Clandeboye et de Walter Cook, respectivement sur le lac Manitoba et le lac Winnipeg, reconnaissent des habitats importants pour le pluvier, tout comme le Muriel Lake Waterbird Sanctuary, en Alberta. Les îles Sable, une réserve de nature provinciale en Ontario, offre une certaine protection à une région qui a accueilli des pluviers reproducteurs par le passé.

Les lois provinciales et les accords d’intendance existants qui préviennent la destruction de l’habitat, tel que décrit dans le présent document, constituent un premier niveau de protection. À l’échelle fédérale, la Loi sur les espèces en péril prévoit des interdictions qui peuvent servir d’outils de protection, au besoin. Elle accorde aussi à certains ministres fédéraux des pouvoirs pour empêcher la destruction de l’habitat essentiel en cas de danger imminent. Les renseignements concernant chaque compétence seront détaillés dans les plans d’action.

3.6     Effets sur les espèces non ciblées

Les possibilités de gestion utilisées dans l’intérêt du Pluvier siffleur profiteront probablement à une foule d'autres espèces qui utilisent des terres humides et des lacs alcalins ou d’eau douce permanents ou semi-permanents. Les espèces reproductrices qui en profiteront probablement incluent les oiseaux de rivage cohabitant tels que l’Avocette d’Amérique (Recurvirostra americana), le Pluvier kildir, la Barge marbrée (Limosa fedoa), le Chevalier grivelé (Actitis macularius), le Chevalier semipalmé (Catoptrophorus semipalmatus) et le Phalarope de Wilson (Phalaropus tricolor). De nombreuses autres espèces d’oiseaux de rivage migrateurs utilisent également cet habitat et tireront avantage de la gestion.   

Décourager les prédateurs (la Corneille d’Amérique, le coyote, les mouettes et goélands et les rapaces) près des sites de nidification du Pluvier siffleur peut réduire le taux de reproduction des prédateurs à l’échelle locale; cependant, il est très peu probable que cela ait un effet défavorable sur leurs populations en général. 

3.7     Calendrier du plan d’action

Des plans d’action seront achevés pour les quatre compétences d’ici la fin de décembre 2007.

Le plan de rétablissement du Pluvier siffleur de l’Alberta (Alberta Piping Plover Recovery Team, 2002) consiste en un programme pragmatique et est actuellement en cours d’actualisation. Une fois à jour, il couvrira la période de 2005 à 2010. Ce plan a comme but de rétablissement à long terme de parvenir à une population moyenne de 300 individus bien disséminés sur l'aire de répartition historique de l'espèce en Alberta (Alberta Piping Plover Recovery Team, 2005).

Le Manitoba travaille actuellement à la préparation d’un plan d’action sur le Pluvier siffleur. Le Manitoba s’intéressera principalement à évaluer la situation de la population reproductrice et de son habitat, à protéger la sous‑espèce contre la prédation et les perturbations anthropiques ainsi qu’à maintenir, à améliorer et à préserver la superficie et la qualité de l’habitat nécessaire au rétablissement.

Un plan d’action est en cours d’élaboration pour l'aire de répartition du Pluvier siffleur située en Saskatchewan et inclura une proposition d’habitat essentiel.

Bien que le Pluvier siffleur ait disparu des Grands Lacs du Canada en tant qu'espèce nicheuse, la population des Grands Lacs des États-Unis a quintuplé ente 1990 et 2005. La mise en œuvre du U.S. Great Lakes Recovery Plan (U.S. Fish and Wildlife Service, 2003) accroîtra les chances que les pluviers se reproduisent à nouveau sur les plages des Grands Lacs au Canada. Les organismes canadiens ont commencé à dresser des plans en fonction de cette éventualité; l’Ontario élabore actuellement un plan d’action.

 


[1]Une population viable se caractérise par des probabilités de disparition de moins de 5 % d’ici les 100 prochaines années(U.S. Fish andWildlife Service, 1996).

[2]Les objectifs 1 à 6 font référence à la population des Prairies.

[3]Les résultats d’une récente modélisation(Larson et al., 2002) indiquent qu’un taux de 1.25 oisillon par couple est requis pour l’entière population des Grandes Plaines afin de stabiliser la taille médiane de la population.