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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la chauve-souris blonde (Antrozous pallidus) au Canada - Mise à jour

Évaluation et statut proposé

En Colombie-Britannique, l’Antrozous pallidus est protégé par la Wildlife Act et figure sur la liste rouge du British Columbia Conservation Data Centre comme espèce considérée gravement en péril (critically imperiled, catégorie de risque S1) dans la province. Elle est aussi classée comme espèce de priorité 1 dans le cadre de la South Okanagan Conservation Strategy, à titre d’espèce indigène de la Colombie-Britannique présente seulement dans le sud de la vallée de l’Okanagan (Chapman et al., 1994). Cependant, la chauve-souris blonde n’est pas considérée comme rare dans les États américains de l’Ouest. Depuis 1989, elle ne figure plus sur la liste des espèces préoccupantes du Washington State Department of Fish and Wildlife et est classée dans la catégorie de risque G5 (secure, soit non en péril) à l’échelle mondiale. Rien ne semble indiquer que l’aire de la population canadienne soit séparée de l’aire générale de l’espèce; en 1989, on a signalé la présence de chauves-souris blondes à seulement 50 km au sud de la frontière américaine (Grindal et al., 1991). Ainsi, il est clair que, dans la plus grande partie de son aire de répartition, l’A. pallidus n’est pas en péril.

Cependant, sur le petit territoire canadien où il est présent, un certain nombre de menaces pèsent sur l’A. pallidus. Il est aujourd’hui pratiquement certain qu’il y a une population résidante de chauves-souris blondes dans la vallée de l’Okanagan. L’espèce y est signalée depuis près de 70 ans, et les données récentes infirment l’hypothèse de Balcombe (1988) selon laquelle elle pourrait être disparue du Canada. De plus, on dispose actuellement de données probantes indiquant la présence de femelles résidantes et d’une population reproductrice dans la région. Cependant, la ségrégation sexuelle peut y accroître le risque de disparition de l’espèce, car elle augmente le nombre de problèmes de conservation qui doivent être réglés pour que soient satisfaits les besoins en matière d’habitat des mâles et des femelles, la priorité devant toutefois clairement être accordée aux besoins des femelles.

Divers facteurs mettent en péril l’A. pallidus au Canada. Premièrement, les trois types d’habitat dont il a besoin (habitat d’alimentation, et gîtes diurnes et nocturnes) sont considérablement menacés dans la vallée de l’Okanagan en raison de la croissance démographique extrêmement rapide. Comme seule une très faible quantité d’habitat est protégée adéquatement dans des parcs et des réserves, la croissance démographique a déjà entraîné une destruction considérable de l’habitat, liée à l’expansion des zones habitées, des activités récréatives et de l’agriculture, particulièrement dans les régions de basse altitude où les chauves-souris blondes sont confinées (Durance 1992; Bailey 1995). Les gîtes diurnes propices à l’établissement de pouponnières, qui constituent probablement le type d’habitat le plus important pour la survie d’une population, sont surtout vulnérables parce qu’ils sont généralement rares (Robertson, 1998; figure 4), puisque ceux qui se trouvent dans des falaises et des parois rocheuses, bien que relativement protégés, peuvent tout de même être détruits ou perturbés par l’expansion et les activités récréatives, et parce que les chauves-souris blondes préfèrent fortement les gîtes qui se trouvent très près de sites d’alimentation, et vice versa (Robertson, 1998). Cela signifie que la perte d’habitats d’alimentation à proximité de gîtes potentiels réduira la possibilité pour l’A. pallidus de s’alimenter, mais aussi de trouver des gîtes convenables.

Deuxièmement, toujours en ce qui concerne la perte d’habitat, Robertson (1998) signale dans les indications accompagnant son modèle d’évaluation de l’habitat que, parmi les 28 mentions de l’espèce, on compte deux chauves-souris tuées par un chat, et une trouvée morte et une autre agonisante sans causes connues dans des zones résidentielles. Avec la continuation de la construction résidentielle dans les peuplements dégagés d’armoises à basse altitude dans la vallée, non seulement les habitats d’alimentation et les gîtes seront perturbés ou détruits, mais la mortalité pourrait s’accroître chez les chauves-souris blondes à cause des caractéristiques propres aux collectivités résidentielles. Ainsi, il pourrait notamment y avoir accroissement de la prédation par les chats domestiques (particulièrement dangereux pour l’A. pallidus du fait qu’il s’alimente au sol), de la bioaccumulation des pesticides employés sur les pelouses et du nombre d’animaux tués par des véhicules automobiles.

Enfin, bien que les effets de l’utilisation intensive des pesticides, commune en fruiticulture, n’aient pas été étudiés adéquatement pour cette espèce, il est très possible que, dans cette zone relativement plus froide de son aire de répartition, la bioaccumulation de ces substances entraîne chez la chauve-souris blonde une mortalité plus élevée découlant de son utilisation accrue de la torpeur, et donc de ses réserves lipidiques. La vérification de cette hypothèse devrait être une priorité dans les études futures effectuées dans la vallée de l’Okanagan.

Les populations qui se trouvent aux limites de l’aire de répartition de leur espèce sont particulièrement intéressantes pour les écologistes et les conservationnistes, parce que c’est là que les pressions de sélection peuvent être les plus fortes et induire diversification et spéciation. De plus, les initiatives de conservation doivent de plus en plus mettre l’accent sur la conservation des populations que les activités humaines ont déjà refoulées dans des habitats suboptimaux. Ainsi, l’étude de l’écologie des espèces dans les endroits présentant pour elles des conditions limites est importante pour l’élaboration de stratégies de conservation efficaces (Chapman et al., 1994).

La chauve-souris blonde satisfait aux critères du COSEPAC pour les espèces en voie de disparition en raison de sa faible population et des menaces multiples qui pèsent sur son habitat. Cependant, comme il existe une probabilité suffisamment élevée que des chauves-souris blondes de populations américaines plus stables immigrent au Canada, il paraît indiqué d’attribuer à l’A. pallidus le statut d’espèce menacée au Canada.