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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la chauve-souris blonde (Antrozous pallidus) au Canada - Mise à jour

Habitat

De façon générale, la chauve-souris blonde vit dans des déserts arides à semi-arides où les précipitations annuelles moyennes sont de 200 à 375 mm et les températures estivales, élevées (maximums quotidiens pouvant atteindre 38 °C) (Vaughn et O’Shea, 1976). En Colombie-Britannique, l’espèce semble ne vivre que dans le fonds de vallées, à une altitude de 300 à 490 m (Nagorsen et Brigham, 1993).

Robertson (1998; figure 4) a récemment modélisé la disponibilité et la qualité des habitats de reproduction et des gîtes dans la plus grande partie du sud de la vallée de l’Okanagan. Son modèle classe les écosystèmes gérés (p. ex. pâturages, vignobles, terrains de golf) et non gérés (p. ex. steppe arbustive, prairie sèche, forêt sèche, milieux humides) de la région en fonction de divers habitats critiques et de besoins vitaux. Les habitats de reproduction et les gîtes diurnes (p. ex. crevasses rocheuses horizontales dans les falaises abruptes, les parois de canyons, les affleurements rocheux et les talus d’éboulis) sont considérés comme pratiquement identiques et hautement prioritaires pour l’espèce, alors que l’habitat d’alimentation, également pris en compte dans le modèle, est considéré comme moins limitatif (Robertson, 1988).

Aux fins du présent rapport, les besoins de l’A. pallidus en matière d’habitat sont examinés pour les trois principaux types suivants : 1. habitat d’alimentation; 2. gîte diurne; 3. gîte nocturne. L’habitat d’hibernation n’est pas considéré ici parce qu’on ne dispose d’aucune donnée sur l’hibernation des chauves-souris blondes dans la vallée de l’Okanagan ni d’aucune observation hivernale pour cette espèce (Nagorsen et Brigham, 1993).  

Besoins en matière d’habitat d’alimentation

La chauve-souris blonde utilise la plupart du temps l’écholocation passive pour repérer ses proies (habituellement terrestres), qu’elle glane au sol et consomme ultérieurement en vol ou dans un gîte nocturne (Bell, 1982; Fuzessery et al., 1993). Cette stratégie d’alimentation fait qu’elle doit passer un certain temps au sol. En captivité, on a vu des chauves-souris capturer des proies après de longues poursuites terrestres (Fuzessery et al., 1993). Ces séjours au sol présentent certaines difficultés, particulièrement pour cette grosse chauve-souris dont la charge alaire (masse corporelle/surface des ailes) relativement élevée rend le décollage ardu (Fenton, 1990), et supposent semble-t-il un accès à des habitats d’alimentation dégagés et non encombrés. De fait, Bell (1982) a signalé que l’A. pallidus préfère nettement s’alimenter en terrain dégagé à végétation éparse et, dans la vallée de l’Okanagan, Chapman et al. (1994) ont observé que les chauves-souris blondes s’alimentaient surtout dans des peuplements d’armoises ouverts ou des prairies clairsemées où poussent ça et là des pins ponderosa. Ce type d’habitat est commun dans les régions non perturbées de la vallée de l’Okanagan, mais est de plus en plus menacé par l’agriculture et l’expansion urbaine (Bailey, 1995; Sarell, comm. pers.). Comme l’A. pallidus ne fréquente pas les zones encombrées ou à végétation dense (Bell, 1982), l’accroissement de la fruiticulture et l’expansion urbaine auront probablement une incidence négative sur l’espèce en réduisant l’habitat d’alimentation disponible.

Le broutage par le bétail pourrait cependant offrir des avantages aux chauves-souris blondes, car il a pour effet de dégager l’habitat d’alimentation et d’accroître la densité des gros coléoptères associés aux excréments (p. ex. de la famille des Silphidés; Chapman et al., 1994), qui sont des proies courantes de l’espèce (Grindal et al., 1991). Jusqu’à récemment, l’exploitation des pâturages constituait l’activité agricole la plus commune sur la réserve d’Inkaneep, ce qui pourrait y expliquer l’abondance relativement élevée de l’A. pallidus. Par contre, le pâturage peut réduire la densité et la diversité globales des arthropodes et, s’il nécessite la coupe d’arbres, les chauves-souris blondes pourraient manquer de gîtes nocturnes (voir plus bas). Selon le modèle de qualité de l’habitat de Robertson (1998; figure 3), l’A. pallidus peut trouver dans la vallée de l’Okanagan beaucoup plus d’habitats de haute qualité pour son alimentation que pour sa reproduction.  

Besoins en matière de gîte diurne

Les récents travaux de Lewis (p. ex. 1993, 1994, 1996) sur l’écologie de l’utilisation par l’A. pallidus de ses gîtes diurnes et nocturnes sont ici particulièrement pertinents parce qu’ils ont trait aux populations de l’Oregon. Intuitivement, on peut penser qu’une population canadienne de chauves-souris blondes devrait avoir des besoins en matière d’habitat, de même qu’un profil génétique, probablement plus semblables à ceux des populations du Nord des États-Unis qu’à ceux des populations du Sud, qui ont à ce jour été les plus étudiées.

Durant le jour, l’Antrozous pallidus gîte habituellement dans des escarpements ou des crevasses rocheuses, et souvent aussi dans des immeubles et sous des ponts  (Vaughan et O’Shea, 1976). Lewis (1996) a observé que les chauves-souris blondes sont peu fidèles à leurs gîtes diurnes, et que leurs changements de gîtes sur de courtes périodes sont corrélés plus fortement avec leur charge individuelle en ectoparasites qu’avec les caractéristiques physiques ou climatiques des gîtes. Cependant, à long terme, l’A. pallidus préfère gîter derrière des dalles de pierre peu épaisses durant les mois les plus froids et dans des crevasses profondes au coeur de l’été.

Seulement trois gîtes diurnes de chauves-souris blondes ont été repérés dans la vallée de l’Okanagan et, à ce jour, aucune pouponnière n’a été trouvée. Ces trois gîtes ont été localisés par radiotélémétrie dans la réserve indienne d’Inkaneep et se trouvaient en hauteur dans des escarpements (Chapman et al., 1994). Par rapport aux deux autres types d’habitat de la chauve-souris blonde, les gîtes diurnes existants pourraient être relativement protégés des perturbations anthropiques dans la vallée de l’Okanagan, étant donné qu’ils sont inaccessibles et que l’espèce ne semble pas être tellement dérangée par la présence d’êtres humains à proximité de ces gîtes (Lewis, 1996). L’escalade, activité récréative de plus en plus populaire dans la région, peut cependant constituer une menace du fait que les grimpeurs peuvent approcher très près des ouvertures des gîtes.

La disponibilité des gîtes naturels peut constituer un facteur limitatif naturel pour diverses espèces de chauves-souris (Humphrey 1975) et, bien que les gîtes diurnes existants se trouvent relativement bien protégés, le modèle de qualité de l’habitat de Robertson (1998; figure 4) indique que les gîtes diurnes (où l’espèce se reproduit) de haute qualité sont très rares dans la vallée de l’Okanagan et constituent presque certainement le plus limitatif des trois types d’habitat. Le modèle tient compte du fait que les chauves-souris blondes préfèrent les gîtes situés très près d’habitats d’alimentation de haute qualité (c.-à-d. à moins de 8 km), paramètre important particulièrement là où les habitats d’alimentation se trouvant à proximité de gîtes potentiels sont perturbés par les activités d’expansion. De plus, comme les gîtes de pouponnière favorables sont relativement rares dans la région, on peut conclure que les activités humaines dans les gîtes diurnes mêmes ou à proximité, ainsi que dans les habitats d’alimentation environnants peuvent influer grandement sur la disponibilité et la fréquentation de ces gîtes. Des études télémétriques devront être réalisées pour trouver et protéger les gîtes.

Besoins en matière de gîte nocturne

Bien qu’ils ne soient pas considérés dans le modèle de qualité de l’habitat, les besoins de l’A. pallidus en matière de gîte nocturne pourraient être plus importants pour l’espèce qu’on ne l’a supposé jusqu’à maintenant. Lewis (1994) a signalé qu’en Oregon, les chauves-souris blondes sont remarquablement fidèles à leurs gîtes nocturnes tant en cours d’année que d’une année à l’autre, même après avoir été capturées et recapturées dans un même gîte. Dans la partie septentrionale de son aire de répartition, l’A. pallidus adopte des gîtes nocturnes comprenant des ponts et des saillies rocheuses (Lewis,1994) et passe également souvent la nuit dans diverses structures artificielles, comme des mines abandonnées et des bâtiments ouverts (Collard, 1990). Dans la vallée de l’Okanagan, les seuls gîtes nocturnes repérés étaient des pins ponderosa vivants (Chapman et al. 1994). Les gîtes nocturnes observés par Lewis (1994) se trouvaient le plus souvent sous des ponts et différaient des gîtes diurnes, car ils étaient suffisamment dégagés et accessibles pour que les chauves-souris puissent s’y rendre et les quitter en volant librement et sans avoir à ramper.

Des observations récentes portent à croire que les gîtes nocturnes pourraient avoir une fonction sociale chez cette espèce. Lewis (1994) a mesuré, entre la sortie des gîtes diurnes et l’entrée dans les gîtes nocturnes (±10 min), un intervalle de temps trop court pour permettre toute alimentation. Elle a aussi observé que souvent, les chauves-souris arrivaient aux gîtes nocturnes et les quittaient en groupes. Elle a avancé que la socialité au gîte nocturne pourrait offrir deux avantages : l’échange d’information concernant les meilleurs sites d’alimentation et la formation de groupes pour la recherche de nourriture. Bell (1982) a régulièrement observé jusqu’à 15 chauves-souris convergeant sur des proies communes sans interaction agonistique, ce qui laisse croire à la possibilité d’une certaine forme d’alimentation en groupe fondée ou renforcée au gîte nocturne.

Si la socialité au gîte nocturne aide l’A. pallidus à s’alimenter, le type de gîtes nocturnes utilisé par l’espèce au Canada pourrait être un facteur limitatif, tous les gîtes nocturnes repérés au Canada étant des pins ponderosa vivants (Chapman et al., 1994). L’espèce est très fidèle à ses gîtes nocturnes (Lewis, 1994), ce qui laisse penser que des caractéristiques rendent certains gîtes nocturnes potentiels plus attrayants que d’autres. Les gîtes choisis sont aussi exposés à des perturbations anthropiques et naturelles dans la vallée de l’Okanagan, les arbres pouvant facilement y être détruits par des phénomènes naturels (tempêtes, incendies, etc.) ainsi que par l’expansion urbaine ou agricole.

Les gîtes nocturnes de l’A. pallidus sont facilement repérables par les accumulations de déjections et les restes non comestibles d’insectes qui s’y trouvent. Ils peuvent donc constituer un indicateur important pour les relevés effectués dans les parties septentrionales de l’aire de répartition de l’espèce (Lewis, 1994). La réalisation d’études radiotélémétriques sur l’utilisation des gîtes nocturnes des chauves-souris blondes au Canada devrait être considérée comme prioritaire pour cette espèce.