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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre fauve de l'Est population carolinienne et population des Grands Lacs et du Saint-Laurent au Canada - Mise à jour

Répartition

Aire de répartition mondiale

La couleuvre fauve aurait étendu son aire de répartition vers l’est le long d’un corridor prairial (steppe) après la glaciation du Wisconsin, durant la période xérothermique chaude et aride qui s’est déroulée il y a environ 4 000 et 6 000 ans (Schmidt, 1938; Conant, 1940; Smith, 1957). Selon Schmidt (1938), la couleuvre fauve est une espèce endémique du Midwest qui est confinée à la péninsule prairiale ou qui y est concentrée et qui n’est pas largement répartie vers le sud-ouest. Cette répartition a été interprétée comme le résultat d‘une expansion postglaciaire de l’aire de l‘espèce, favorisée par l’appauvrissement de la faune des forêts conifériennes durant le retrait glaciaire (Schmidt, 1938). L’invasion subséquente de la péninsule prairiale par la forêt a entraîné la séparation de l’espèce en deux groupes allopatriques (Schmidt, 1938; Conant, 1940; Smith, 1957). Relique de la période xérothermique, la couleuvre fauve de l’Est s’est maintenue dans les milieux riverains le long de certaines portions de la voie navigable des lacs Huron et Érié (Schmidt, 1938; Conant, 1940; Smith, 1957).

La couleuvre fauve de l’Est se rencontre en Ontario, ainsi que dans le sud-est du Michigan et le nord de l’Ohio, aux États-Unis (figure 1). Au Michigan, l’espèce est connue des comtés d’Iosco, de Macomb, de Monroe, de Saginaw, de St. Clair et de Wayne. En Ohio, elle est présente dans les comtés d’Erie, de Lucas, d’Ottawa et de Sandusky (NatureServe, 2006). Sa présence y a également été mentionnée dans le comté de Wood par Conant (1938), mais, d’après des données plus récentes, il semble qu’elle ne s’y rencontre plus (Harding, 1997).


Figure 1 : Aire de répartition de la couleuvre fauve de l’Est (Elaphe gloydi) en Amérique du Nord

Figure 1. Aire de répartition de la couleuvre fauve de l’Est (Elaphe gloydi) en Amérique du Nord.

 


Aire de répartition canadienne

Au Canada, la couleuvre fauve de l’Est se rencontre exclusivement en Ontario. Notre connaissance de la répartition de l’Elaphe gloydi en Ontario est en grande partie fondée sur les mentions compilées et organisées par le Relevé herpétofaunique de l’Ontario (RHO) (Oldham et Weller, 2000), qui est tenu à jour par le Centre d’information sur le patrimoine naturel (CIPN) de l’Ontario. Des études focales conduites récemment dans plusieurs localités de l’Ontario, des discussions tenues entre les membres de l’équipe de rétablissement de la couleuvre fauve de l’Est et de la couleuvre à nez plat et une analyse plus approfondie des données d’observation effectuée par Doucette (2005) et Willson et Rouse (2006) ont permis de préciser davantage la répartition de l’espèce dans la province.

En Ontario, la couleuvre fauve de l’Est est répartie de manière hautement discontinue le long des rives des lacs Érié et Huron, de certains de leurs affluents, de plusieurs îles du lac Érié, de la rivière Detroit et du lac Sainte-Claire et des quelque 30 000 îles de la baie Georgienne. Du sud vers le nord, trois populations, ci-après qualifiées de régionales, sont ainsi distinguées : 1) Essex-Kent; 2) Haldimand-Norfolk; 3) littoral de la baie Georgienne (figures 2 et 3). La zone d’occurrence, délimitée par le plus petit polygone convexe englobant toutes les mentions compilées par le CIPN de l’Ontario, est estimée à 68 505 km2.


Figure 2 : Aire de répartition de la couleuvre fauve (Elaphe gloydi) en Ontario (Canada)

Figure 2. Aire de répartition de la couleuvre fauve (Elaphe gloydi) en Ontario (Canada).

 


Figure 3 : Observations de la couleuvre fauve de l’Est (Elaphe gloydi) dans la région de Haldimand-Norfolk

Figure 3. Observations de la couleuvre fauve de l’Est (Elaphe gloydi) dans la région de Haldimand-Norfolk.

La limite nord des observations est indiquée par une ligne verte. La zone à l’intérieur de laquelle un nombre moyen de cinq individus est observé annuellement est délimitée par une ligne jaune. Les zones à l’intérieur desquelles l’espèce est la plus fréquemment observée, mais où les observations sont habituellement suivies de la mort des individus observés, sont délimitées par une ligne violette. Carte reproduite avec l’autorisation de M. Gartshore.

En Ontario, la mention fiable la plus septentrionale de la couleuvre fauve de l’Est provient d’une petite île sans nom de la baie Georgienne, située à un cinquantaine de kilomètres de Pointe au Baril (le 17 juin 1982; Mills et al., 1983). Vers l’ouest, la couleuvre fauve de l’Est se rencontre jusqu’à l’île Fighting, dans la rivière Detroit. L’extrémité de la flèche de sable de la pointe Long est probablement le point le plus à l’est où l’espèce a été observée. Vers le sud, l’Elaphe gloydi a été observé à l’île Middle, l’entité la plus méridionale au Canada, dans l’archipel du lac Érié. Aucune couleuvre fauve de l’Est n’a cependant été trouvée au cours de relevés récents effectués dans l’île (de 2001 à 2006) (D. Jacobs et données inédites du parc national de la Pointe-Pelée). La superficie de l’île Middle (23 ha) est probablement trop faible pour qu’une population résidente viable puisse s’y établir. Les observations périodiques de l’espèce sur l’île résultent probablement de la migration occasionnelle d’individus à partir de l’île Pelée (la flèche de sable « Fish Point » se trouve à seulement 5 km au nord).

La population régionale du littoral de la baie Georgienne se trouve dans l’écozone du bouclier de l’Ontario (région forestière des Grands Lacs et du Saint-Laurent). Comme l’indiquent les figures 2 et 4, la répartition de l’espèce dans cette région est étroitement associée à la zone littorale de la baie Georgienne. Sauf dans la portion la plus méridionale de son aire de répartition dans la région, elle s’y rencontre principalement à l’intérieur d’une bande littorale de 1 km (terre ferme et îles). L’extrémité sud de l’aire de cette population se trouve à environ 225 km de l’extrémité la plus rapprochée de l’aire de la population centrale de Haldimand-Norfolk.

Les deux autres populations régionales se trouvent dans l’écozone des plaines à forêts mixtes (région forestière de décidus) du sud-ouest de l’Ontario. Une distance d’environ 88 km sépare toutefois les extrémités les plus rapprochées des aires de ces deux populations (figures 2 et 5). Cet écart semble bien réel et non attribuable à une activité de recherche insuffisante dans la région comprise entre les deux populations, les recherches étant facilitées par le grand nombre de routes longeant les rives du lac Érié (figures 3, 4 et 6). Même si de petites populations isolées se trouvaient dans le territoire compris entre ces deux populations régionales, elles seraient fort probablement trop peu nombreuses pour assurer une continuité entre les deux populations. Dès lors, il semble plus prudent de considérer les populations de Haldimand-Norfolk et d’Essex-Kent comme deux entités distinctes. À l’intérieur de la région d’Essex-Kent, il pourrait être utile de distinguer et de délimiter des sites ou des sous-populations distinctes à cause des obstacles considérables (p. ex. des routes) qui entravent presque certainement les échanges entre certaines de ces sous-populations (voir également la section sur la génétique). Que tous les sites soient complètement isolés de leurs voisins immédiats ou non, leur délimitation permettrait de distinguer les différentes sous-populations et, probablement, de désigner des unités de conservation ou de gestion. Même si elles sont regroupées avec la population régionale d’Essex-Kent, les populations du réseau de milieux humides de l’île Walpole se trouvent techniquement à l’intérieur des limites du comté de Lambton.


Figure 4 : Répartition des observations de couleuvres fauves de l’Est (CIPN de l’Ontario (voir le texte) de la population du bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent effectuées entre 1998 et aujourd’hui (points noirs), entre 1995 et aujourd’hui (points noirs et points gris) et entre 1984 et aujourd’hui (tous les points)

Figure 4. Répartition des observations de couleuvres fauves de l’Est (CIPN de l’Ontario) de la population du bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent effectuées entre 1998 et aujourd’hui, entre 1995 et aujourd’hui et entre 1984 et aujourd’hui.

 


Figure 5 : Répartition des observations de couleuvres fauves de l’Est (CIPN de l’Ontario – voir le texte) dans la province faunique carolinienne effectuées entre 1998 et aujourd’hui (points noirs), entre 1993 et aujourd’hui (points noirs et points gris) et entre 1984 et aujourd’hui (tous les points)

Figure 5. Répartition des observations de couleuvres fauves de l’Est (CIPN de l’Ontario – voir le texte) dans la province faunique carolinienne effectuées entre 1998 et aujourd’hui (points noirs), entre 1993 et aujourd’hui (points noirs et points gris) et entre 1984 et aujourd’hui (tous les points) (pour obtenir de plus amples renseignements, voir le résumé technique).

Pour obtenir de plus amples renseignements, voir le résumé technique.

La présence de l’espèce a déjà été signalée sur la rive sud-ouest du lac Ontario (municipalités régionales de Hamilton-Wentworth et de Niagara), mais Lamond (1994) est d’avis que ces mentions se rapportent à des individus relâchés ou échappés. L’absence d’observations attestant de la présence de populations viables dans la région depuis 1994 donne plus de poids à cette hypothèse. Plusieurs autres mentions provenant des comtés septentrionaux de Lambton, de Middlesex, de Huron et de Bruce (en Ontario) sont également considérées comme douteuses et se rapportent probablement à des individus relâchés ou échappés ou, plus vraisemblablement, résultent d’une confusion avec la couleuvre tachetée (Lampropeltis triangulum). Les deux espèces sont souvent confondues, mais la couleuvre tachetée est commune et plus largement répartie. Ainsi, il a été démontré que la majorité des mentions (parfois assorties de photographies) de couleuvres fauves de l’Est provenant du comté de Middlesex concernaient en réalité des couleuvres tachetées (S. Gillingwater, comm. pers.). Il convient toutefois de noter que des individus tenus pour issus de populations locales ont apparemment été capturés dans le sud du comté de Bruce au début des années 1900 (Logier et Toner, 1961).

Les zones d’occupation des deux unités désignables ont été calculées comme le montre le texte qui suit. Des données d’observation datant de 50 ans et plus étaient disponibles, mais peu de données étaient antérieures à 1984, année de mise sur pied du Relevé herpétofaunique de l’Ontario. En conséquence, seules les mentions recueillies depuis 1984 ont été prises en considération. Toutes les mentions datant de 1984 ou plus récentes compilées par le CIPN de l’Ontario ont été examinées minutieusement et retenues ou rejetées selon leur utilité (certaines ont été rejetées parce qu’il était impossible de vérifier l’endroit d’où elles provenaient ou que l’identification ou la localisation était erronée) (Wilson et Rouse, 2006). Vérification faite, il est apparu clair que bon nombre des observations plus anciennes n’étaient plus utilisables, en particulier parmi celles concernant les populations caroliniennes, l’habitat ayant été détruit. En conséquence, en ce qui concerne les populations caroliniennes, il a été décidé de tenir compte des données sur une base temporelle de manière à pouvoir calculer une zone d’occupation tous les cinq ans (période approximativement égale à la durée d’une génération chez cette espèce). Les dates retenues étaient 1984, 1988, 1993 et 1998. Quant aux populations du bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent, la zone d’occupation a été calculée uniquement pour toutes les observations recueillies en 1984, en 1988 et par après. La valeur de 1998 a été considérée comme correspondant à la zone d’occupation actuelle. Dans tous les cas, la zone d’occupation a été calculée à l’aide d’une grille de 2 km sur 2 km superposée sur tous les emplacements. La zone d’occupation des populations caroliniennes s’élevait ainsi à 188 km2 et coïncidait drôlement avec la zone d’occupation des populations du bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent qui s’élevait également à 188 km2 (voir le résumé technique pour consulter toutes les valeurs calculées). Il est intéressant de constater que les valeurs de la zone d’occupation ont diminué de 1984 à 1988, en particulier dans la région carolinienne, ce qui indique une diminution chez les deux unités désignables (voir les figures 4 et 5).