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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre fauve de l'Est population carolinienne et population des Grands Lacs et du Saint-Laurent au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

La couleuvre fauve de l’Est a longtemps été considérée comme une espèce étroitement associée aux écosystèmes de marais des lacs Érié et Huron. Toutefois, comme le démontrent plusieurs populations présentes en Ontario, la présence de marais n’est pas essentielle au maintien de l’espèce, du moins pas à court terme dans le cas des populations du sud-ouest de l’Ontario, et pas du tout dans le cas de la population régionale du littoral de la baie Georgienne (voir plus bas). Malgré l’existence de caractéristiques communes entre les types d’habitats fréquentés par trois populations régionales, il nous paraît préférable d’examiner séparément les particularités de chaque population pour en dégager les tendances.


Essex-Kent

Divers relevés (Rivard, 1976; Freedman et Catling, 1978; Willson, 2002), études de télémétrie focale (Watson, 1994; M‘Closkey et al., 1995; Brooks et al., 2000; Willson, 2000) et observations générales de l’espèce (p. ex. Relevé herpétofaunique de l’Ontario (RHO), observations de naturalistes) semblent indiquer que la plupart des couleuvres fauves de l’Est de la population régionale d’Essex-Kent fréquentent principalement des milieux non boisés de début de succession (p. ex. des friches, des prairies, des marais, des bords de dunes) durant la saison active. L’espèce y utilise fréquemment les haies bordant les champs agricoles et les zones riveraines des canaux de drainage. Dans certaines régions soumises à une exploitation agricole intensive, ces bandes d’habitat linéaires forment vraisemblablement l’essentiel de son habitat.

L’examen des mentions du RHO provenant du comté d’Essex révèle que la couleuvre fauve de l’Est se rencontre à des distances considérables du littoral des Grands Lacs et, à première vue du moins, des marais et autres milieux humides. Toutefois, une analyse plus fine de la répartition de l’espèce prenant en compte les changements historiques de vocation des terres indique que bon nombre des milieux fréquentés par l’espèce sont actuellement reliés à des milieux humides (p. ex. le marais Hillman, le parc national de la Pointe-Pelée) ou qu’ils étaient probablement associés encore tout récemment à des milieux humides de plus grande superficie. Comme on le verra plus loin (voir la section « Tendances en matière d’habitat »), la superficie occupée par les milieux humides dans le comté d’Essex a considérablement diminué au cours des 100 dernières années : le réseau de milieux humides « Black Swamp » s’étendait autrefois sur une distance considérable à partir du littoral du lac Érié. En outre, la majorité des populations (dans la mesure où elles peuvent être distinguées d’après les mentions du RHO) apparemment encore présentes se trouvent à l’intérieur ou à proximité des bassins de drainage présumés de plusieurs bassins hydrographiques du comté (p. ex. le ruisseau Big, le ruisseau Cedar, le ruisseau Turkey, la rivière Canard). Enfin, à l’échelle de bon nombre de ces bassins hydrographiques, les structures de drainage (p. ex. les fossés, les drains) assurant la conservation des caractéristiques des milieux humides sont encore présentes. Les secteurs plus secs qui abritent encore des couleuvres fauves de l’Est semblent donc avoir conservé certains éléments caractéristiques des milieux humides ou ont déjà été humides dans le passé. Il semble donc que les attributs de milieux humides ont joué un rôle important lors de la colonisation initiale de ces régions par la couleuvre fauve de l’Est.

Pour les espèces de serpents qui vivent sous des latitudes nordiques, les trois caractéristiques du microhabitat les plus importantes sont, par ordre d’importance : 1) les sites d’hibernation; 2) les sites de ponte et/ou de gestation; 3) les sites utilisés pour les bains de soleil ou comme abris (p. ex. pour la mue, la digestion). Dans la région d’Essex-Kent, la couleuvre fauve de l’Est hiberne dans divers types d’abris naturels ou artificiels, comme des crevasses dans l’assise calcaire, des terriers de petits mammifères comme le rat musqué (Ondatra zibethicus) et, probablement, la taupe à queue glabre (Scalopus aquaticus) (T. Linke, obs. pers.), la base de poteaux de ligne de transmission, des canaux, des puits, des réservoirs et les fondations de vieux bâtiments. De nombreux hibernacles sont partagés par de nombreuses couleuvres fauves de l’Est et plusieurs autres espèces. L’hibernacle comptant le plus grand nombre d’occupants jamais documenté abritait 33 couleuvres fauves de l’Est, 22 couleuvres d’eau et 84 couleuvres rayées (Thamnophis sirtalis) (Watson, 1994; M‘Closkey et al., 1995). Des hibernacles abritant un seul occupant ont également été trouvés à l’île Pelée (Brooks et al., 2000) et à la pointe Pelée (M‘Closkey et al., 1995).

À l’île Pelée, des pontes ont été trouvées dans des cavités pourries de troncs gisants, la litière de feuilles en décomposition, des amoncellements de copeaux de bois, des amas de végétation herbacée, des terriers de rongeurs creusés dans des sols loameux le long des routes et des tas de foin (Porchuk et Brooks, 1995; Brooks et al., 2000; Willson et Brooks, 2006).

Fréquemment, la couleuvre fauve se fait chauffer au soleil ou utilise comme abris des sites qui possèdent des propriétés thermiques particulières (p. ex. exposition au soleil optimale). Elle peut ainsi maintenir sa température corporelle près du seuil maximal de sa gamme de température préférée. Ces sites lui procurent également une certaine protection contre les prédateurs. Les tas de broussailles, les amoncellements rocheux, les souches, les mottes de racines d’arbres abattus, le bois flotté et diverses combinaisons de ces éléments peuvent être utilisés à cette fin. La couleuvre fauve se réfugie également souvent sous de vieux morceaux de tôle, des débris de bois, des véhicules abandonnés, des capots ou des pièces d’automobile, des morceaux d’asphalte, des ouvrages de maçonnerie, etc. (Rivard, 1976; idem, 1979; Catling et Freedman, 1980; Watson,1994; M’Closkey et al., 1995; R. Willson, données inédites).

De toute évidence, la couleuvre fauve de l’Est utilise à son avantage des structures artificielles pour nidifier, hiberner et s’abriter. La nature des structures utilisées (naturelles ou artificielles) semble varier selon l’ampleur des perturbations subies par le paysage et, probablement, selon la quantité de structures naturelles disponibles. Ainsi, à l’île Pelée, 12 des 14 individus suivis par radiotélémétrie ont hiberné dans des fissures d’affleurements calcaires (R. Willson, données inédites), alors que, à la pointe Pelée, 6 des 10 individus suivis par radiotélémétrie ont utilisé des structures artificielles comme hibernacle (p. ex. des puits et des canaux) (Watson, 1994; M‘Closkey et al., 1995).


Haldimand-Norfolk

Les types de relief et de végétation (p. ex. les plages-dunes, les grands marais) à l’échelle de l’aire occupée par la couleuvre fauve de l’Est dans la région de Haldimand-Norfolk et les caractéristiques des secteurs où l’espèce est régulièrement observée par des chercheurs et des naturalistes donnent à croire que l’utilisation de l’habitat et les exigences de cette population en matière d’habitat sont généralement semblables à celles de la population régionale d’Essex-Kent. Les types d’habitats à la pointe Long et au marais du ruisseau Big sont semblables à ceux utilisés par l’espèce au parc provincial Rondeau et à la pointe Pelée. Bon nombre des observations dans la région sont effectuées dans le secteur du ruisseau Big, ce qui donne à croire que la couleuvre fauve de l’Est utilise le ruisseau Big comme corridor pour accéder aux baissières, aux forêts et aux marécages avoisinants (S. Gillingwater, comm. pers.) (voir la figure 3). Toutefois, le vaste complexe de dunes et de marécages bordant la pointe Long est passablement différent des autres sites abritant l’espèce dans le sud de l’Ontario (S. Gillingwater, comm. pers.). À ce site, de grandes dunes et un assemblage d’étangs, de marécages et de marais rejoignent la forêt carolinienne et procurent à l’espèce une gamme d’habitats diversifiée. Les haies et les zones de végétation riveraine sont aussi probablement utilisées par la couleuvre fauve de l’Est dans cette région.

Aucune étude télémétrique importante n’a été effectuée dans la région. Dès lors, notre connaissance des hibernacles se limite à seulement quelques sites. Deux individus suivis par radiotélémétrie en 1993 ont hiberné isolément dans des terriers de mammifères abandonnés (M. Gartshore et al., données inédites). Ces sites d’hibernation ne semblaient pas communaux, mais de nombreuses couleuvres fauves de l’Est ont hiberné ensemble dans les fondations d’une maison actuellement occupée par des humains (S. Gillingwater et al., obs. pers.).

Les sites de ponte sont probablement semblables à ceux utilisés dans la région d’Essex-Kent. De nombreux peupliers deltoïdes (Populus deltoides) semblables à ceux utilisés à l’île Pelée jonchent le sol (R. Willson, obs. pers.), et l’environnement agricole procure à l’espèce de nombreux sites riches en matière végétale en décomposition (p. ex. des amas de feuilles mortes et de copeaux de bois). Plusieurs nids ont été découverts sous des pièces de bois pourries sur les plages de la pointe Long, ainsi qu’en bordure de creux de déflation dunaires, où les œufs se trouvaient parmi les réseaux de racines des graminées dunaires ou à proximité (S. Gillingwater, obs. pers.). À Rondeau, des œufs ont été trouvés sous du bois flotté ou partiellement enfouis dans le sable, sous les grandes feuilles de plantes à feuilles larges, en bordure d’une plage ou de milieux humides (S. Gillingwater, obs. pers.).

Étant donné les similitudes relevées entre cette région et la région d’Essex-Kent pour ce qui est des types de relief et de végétation et des conditions climatiques, on peut supposer que l’espèce y exploite les mêmes types de structures pour se chauffer au soleil. La couleuvre fauve de l’Est se réfugie souvent à la base des jeunes genévriers dans la région de la pointe Long (S. Gillingwater, comm. pers.).


Littoral de la baie Georgienne

De façon générale, les milieux fréquentés par l’espèce le long du littoral de la baie Georgienne sont très différents de ceux utilisés dans le sud-ouest de la province. Les grandes surfaces rocheuses comportant un couvert d’arbres et d’arbustes épars comme le pin blanc (Pinus strobus) et le genévrier commun (Juniperus communis) dominent le paysage littoral continental et la côte des nombreuses îles. Lawson (2005) et MacKinnon (2005) ont observé que la couleuvre fauve de l’Est utilise divers types de milieux littoraux ouverts (p. ex. des surfaces rocheuses dénudées, des prés marécageux) pour se nourrir, se chauffer au soleil et s’accoupler. L’espèce s’aventure seulement sur de faibles distances et très brièvement en milieu boisé. Ces auteurs ont fait deux constatations importantes. Premièrement, ils ont noté que la couleuvre fauve de l’Est affiche une très grande affinité pour la zone littorale. En effet, 95 p. 100 de toutes les radiolocalisations obtenues d’individus suivis par radiotélémétrie au parc provincial Killbear et au site d’étude de Honey Harbour-Port Severn provenaient d’endroits situés à moins de 149 m et de 94 m du littoral, respectivement (MacKinnon, 2005). Deuxièmement, ils ont observé que la plupart des individus se déplaçaient principalement dans l’eau. Au lieu d’inhiber les déplacements de cette espèce considérée jusque-là comme terrestre, l’eau semblait les favoriser, voire les stimuler. Par exemple, des individus munis d’un radioémetteur ont facilement franchi à la nage des distances considérables (jusqu’à 10 km) pour atteindre des îles rocheuses éloignées (MacKinnon, 2005; Lawson, 2005). Au moins une sous-population de la population régionale du littoral de la baie Georgienne utilise des habitats différents de ceux décrits précédemment. Cette sous-population occupe une formation calcaire, type de formation rare dans la région, à l’extrémité sud de l’aire de la population du littoral de la baie Georgienne. Un suivi par télémétrie a révélé que l’espèce y occupe un paysage agricole et qu’elle fréquente des friches semblables à celles utilisées dans le sud-ouest de l’Ontario, ainsi que des microhabitats artificiels à proximité des fermes (MacKinnon, 2005).

Lawson (2005) et MacKinnon (2005) ont constaté que la majorité des couleuvres fauves de l’Est de la région hibernent dans des crevasses de l’assise rocheuses granitique ou calcaire. Au moins neuf hibernacles ont été découverts dans le parc provincial Killbear, et trois autres, dans la zone d’étude de Honey Harbour-Port Severn. De tous les hibernacles découverts à ce jour, un seul se trouvait à plus de 100 m des eaux de la baie Georgienne, dans une avant-butte calcaire, à environ 900 m du littoral. Des sites d’hibernation potentiels dans cette formation se rencontrent jusqu’à 960 m des eaux de la baie Georgienne. L’utilisation d’hibernacles communaux semble plus fréquente dans la région de la baie Georgienne que dans les autres régions. Les nombres moyen et maximal de couleuvres fauves de l’Est partageant un même hibernacle semblent également plus élevés dans cette région. Cette observation concorde bien avec la tendance généralement observée chez les serpents de zone tempérée selon laquelle l’utilisation communale des hibernacles s’accentue en fonction de la latitude (Gregory, 1982).

Des sites de ponte consignés trouvés sur le littoral de la baie Georgienne consistent e des crevasses rocheuses et des amas de matière végétale en décomposition (MacKinnon, 2005; Lawson, 2005). Si de tels amas sont également exploités comme sites de ponte dans le sud-ouest de l’Ontario, les crevasses rocheuses semblent être utilisées seulement dans la zone littorale de la baie Georgienne.

De façon prévisible, les couleuvres fauves de l’Est de la zone littorale de la baie Georgienne utilisent des sites rocheux pour se chauffer au soleil ou comme abris. Ces sites sont souvent des roches tabulaires comportant des creux ou des crevasses de l’assise rocheuse offrant des structures semblables (p. ex. une couche rocheuse sus‑jacente d’une épaisseur favorisant le maintien de régimes de température préférés par l’espèce). L’espèce utilise également pour sa thermorégulation et comme abris les tas de broussailles, les mottes de racines d’arbres vivants ou gisants et la base de genévriers communs.


Tendances en matière d’habitat

La répartition actuelle des zones de marais longeant les Grands Lacs inférieurs ne donne qu’une faible indication de la superficie anciennement occupée par ce type d’habitat dans la région. Plus de 90 p. 100 des milieux humides originaux (et peut-être même plus de 95 p. 100 dans le comté d’Essex et la municipalité de Chatham-Kent) ont été drainés et convertis, principalement en terres agricoles ou en sites d’enfouissement (Snell, 1987). Certains de ces changements sont relativement récents. Par exemple, même si 95 p. 100 des milieux humides présents dans le comté d’Essex au début des années 1800 avaient disparu en 1967, 15,8 p. 100 des 5 p. 100 de milieux humides restants ont disparu entre 1967 et 1982 (Snell, 1987). Des pertes de cette importance ne risquent pas de se produire dans le sud-ouest de l’Ontario, car la superficie occupée par les milieux humides y est déjà très faible et les offices de protection de la nature accordent une très grande importance à la préservation et à la mise en valeur des milieux humides.

Dans le sud-ouest de l’Ontario, la conversion du vaste réseau de milieux humides en terres agricoles a vraisemblablement causé une érosion de la qualité de l’habitat de la couleuvre fauve de l’Est. Toutefois, comme la densité des populations humaines est faible dans ces milieux ruraux et qu’une partie des éléments naturels originaux utilisés par l’espèce y ont été préservés par les agriculteurs (p. ex. des haies, de petits champs et des terres boisées), la couleuvre fauve de l’Est est parvenue à se maintenir dans plusieurs régions fortement transformées par l’agriculture (figure 6). Malheureusement, dans certaines régions, on continue d’éliminer ces éléments du paysage pour permettre l’exploitation de plus grandes superficies agricoles ou aménager des quartiers résidentiels, et cette pratique risque d’entraîner la disparition des populations de couleuvres fauves de l’Est encore présentes dans la région.

La même situation s’observe le long du littoral de la baie Georgienne, dans la région de Port Severn, où des secteurs soumis à une faible activité agricole et faiblement peuplés sont l’objet d’une exploitation intensive (MacKinnon et al., 2005). Aucune autre région de l’Ontario ne connaît une croissance aussi rapide (Watters, 2003). Fait plus inquiétant encore, la couleuvre fauve de l’Est est largement confinée à une bande de territoire qui s’étend à moins de 100 m du littoral, et son habitat à l’échelle de la région est de plus en plus menacé par la construction de chalets et d’autres formes d’aménagement à visée récréative (voir la figure 7, par exemple).

Dans les aires protégées, les ouvrages de contrôle de l’érosion et de régulation des niveaux d’eau, en empêchant la chute naturelle des arbres dans les zones riveraines, entraînent la perte de microhabitats importants que représentent ces arbres utilisés pour la ponte ou comme abris. À l’extérieur de ces aires, le « nettoyage » des lots (l’élimination des arbres gisants, des débris ligneux et de la végétation herbacée indigène) cause également la disparition constante de microhabitats importants le long des rives. Même si la destruction de ces microhabitats potentiellement importants est fortement déconseillée par les écologistes-conseils responsables (p. ex. par le truchement de plans de site limitant les modifications qui peuvent être apportées à une propriété), de nombreux propriétaires fonciers se soucient peu de ces préoccupations environnementales, et aucun mécanisme ne permet actuellement d’assurer le respect des ententes relatives aux plans de site.


Figure 6 : Vue aérienne de la région entourant le parc provincial Rondeau (péninsule dans le coin inférieur droit) montrant que le parc est isolé par l’agriculture et l’expansion résidentielle, et à quel point les quartiers résidentiels et les terres agricoles sont près du parc et du littoral du lac Érié

Figure 6. Vue aérienne de la région entourant le parc provincial Rondeau (péninsule dans le coin inférieur droit) montrant que le parc est isolé par l’agriculture et l’expansion résidentielle, et à quel point les quartiers résidentiels et les terres agricoles sont près du parc et du littoral du lac Érié. Les eaux du lac Érié apparaissent en noir. Photo : S. Gillingwater.

Les eaux du lac Érié apparaissent en noir. Photo : S. Gillingwater.

 


Figure 7 : Répartition des chalets dans le sud de la baie Georgienne, dans la portion méridionale de l’aire de répartition de la population de couleuvres fauves de l’Est du littoral de la baie Georgienne

Figure 7. Répartition des chalets dans le sud de la baie Georgienne, dans la portion méridionale de l’aire de répartition de la population de couleuvres fauves de l’Est du littoral de la baie Georgienne.

Les points noirs indiquent l’emplacement des chalets ou des immeubles. Les zones turquoise correspondent aux eaux de la baie Georgienne. Les zones violettes ou bleu foncé désignent les aires occupées par des couleuvres fauves de l’Est suivies par radiotélémétrie. Carte reproduite avec l’autorisation de C. MacKinnon.


Protection et propriété

Des mesures visant à protéger l’habitat de la couleuvre fauve de l’Est sur les terres publiques et privées ont été mises en place, mais il convient de noter que la désignation de l’habitat essentiel de la couleuvre fauve de l’Est en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) demeure à faire. L’espèce est présente dans deux parcs nationaux (Pointe-Pelée et Îles-de-la-Baie-Georgienne), plusieurs parcs provinciaux, plusieurs réserves nationales de faune (p. ex. Long Point, Big Creek, Sainte-Claire) et aires de conservation (p. ex. le marais Hillman). Dans les deux parcs nationaux, la protection des microhabitats et des macrohabitats importants devrait être efficace parce qu’en vertu des mesures prévues aux termes de la Loi des parcs nationaux du Canada (2000) et la LEP (2002), tous les éléments de l’« habitat essentiel » de l’espèce ou de la « résidence » de ses individus doivent être protégés sur les terres fédérales (voir http://laws.justice.gc.ca/fr/showtdm/cs/S-15.3). Bien que la superficie combinée de ces deux parcs nationaux soit relativement modeste en comparaison de la zone d’occupation de l’espèce, les deux parcs ont pris des mesures en vue de mieux protéger les écosystèmes à l’extérieur de leurs frontières (p. ex. par des accords d’intendance). La Loi sur l’aménagement du territoire de l’Ontario confère également une protection aux milieux humides qui sont considérés comme importants à l’échelle de la province et qui sont menacés par des projets d’aménagement du territoire. En bout de ligne, malgré toutes les mesures prises pour protéger l’habitat, cette protection ne vise que des fragments d’habitat dont la pérennité même est menacée. La perte historique de connexion entre les habitats et les populations et l’isolement qui en a résulté (figures 6, 7 et 11) ne sont pas pris en compte.

À l’intérieur des parcs provinciaux et des réserves provinciales abritant des populations de couleuvres fauves de l’Est, le niveau de protection accordé à l’habitat varie considérablement selon la classification de ces aires protégées et la façon dont elles sont gérées. Dans les réserves naturelles provinciales, qui sont tenues d’offrir le degré de protection le plus élevé, l’habitat est relativement exempt de perturbations à grande échelle. Toutefois, l’absence de réglementation relative à l’utilisation des véhicules à moteur (p. ex. des VTT) et de mécanismes d’application de la loi pourrait y causer la disparition de certains microhabitats importants. Les parcs provinciaux à vocation récréative offrent le niveau de protection le plus faible, car l’utilisation du territoire par les humains a préséance sur la protection de l’environnement. La circulation de bicyclettes et d’automobiles sur les routes et les sentiers de ces parcs cause la mort de nombreux serpents. L’élimination pour des raisons esthétiques des arbres gisants susceptibles d’être utilisés comme sites de ponte par la couleuvre fauve de l’Est constitue un exemple d’utilisation conflictuelle du territoire.

La couleuvre fauve de l’Est se rencontre dans plusieurs aires de conservation réparties le long du littoral de la baie Georgienne. Ces réserves et ces terres de la Couronne sont gérées par le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario. Tout projet d’aménagement ou toute activité susceptible d’avoir des effets environnementaux négatifs doit faire l’objet d’une évaluation environnementale rigoureuse.

Dans le cas des terres privées, les projets ou les actions réglementées par la Loi sur l’aménagement du territoire (p. ex. la division de lots, les changements de zonage) entraînent la mise en place d’un processus de protection de l’habitat des espèces en péril prévu par la Déclaration de principes provinciale de l’Ontario (Ontario, 2005), publiée aux termes de l’article 3 de la Loi sur l’aménagement du territoire. La section 2.1.2 stipule que la diversité et la connectivité des éléments naturels dans une région ainsi que la fonction écologique et la biodiversité à long terme du système du patrimoine naturel doivent être maintenues, restaurées ou, si possible, améliorées en tenant compte des liens physiques entre les éléments et zones du patrimoine naturel, les éléments d’eau de surface et les éléments d’eau souterraine. La section 2.1.3 stipule que l’aménagement et la modification d’emplacements sont interdits [...] dans les habitats d’importance pour les espèces en voie de disparition et les espèces menacées. La section 2.1.4 stipule que l’aménagement et la modification d’emplacements sont interdits […] dans les habitats fauniques d’importance […] à moins qu’on ait montré qu’il n’y aura pas de répercussions néfastes sur les éléments naturels ou leurs fonctions écologiques. Enfin, la section 2.1.6 stipule que l’aménagementet lamodification d’emplacements sont interdits sur les terres adjacentes aux éléments et zones du patrimoine naturel[...]à moins que les fonctions écologiques desterres adjacentes aient été évaluées et qu’on ait montré qu’il n’y aura pas de répercussions néfastessur les éléments naturels ni sur leurs fonctions écologiques.

Mises en place correctement, les mesures de protection de l’habitat prévues par la Déclaration de principes provinciale peuvent contribuer à protéger efficacement les « habitats d’importance pour les espèces en voie de disparition et les espèces menacées ». Toutefois, de nombreuses formes de « modification d’emplacements » néfastes pour l’habitat ne sont pas réglementées par la Loi sur l’aménagement du territoire (p. ex. la construction d’une route sur une terre privée), et, dans ce cas, aucune évaluation des effets environnementaux potentiels n’est requise. L’efficacité de la Déclaration de principes provinciale se trouve également réduite par le fait que de nombreuses municipalités n’ont aucun règlement restreignant les « modifications d’emplacements ». Fait encourageant, une nouvelle version renforcée de la Loi sur les espèces en voie de disparition (Ontario, 2007) visant à protéger l’habitat des espèces en voie de disparition et menacées a reçu la sanction royale le 17 mai 2007. Les mesures de protection de l’habitat prévues par la loi semblent plus strictes et devraient être plus efficaces que celles prévues par la Déclaration de principes provinciale ou par l’ancienne Loi sur les espèces en péril.